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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)

lundi 1 décembre 2014

En 2015 avec Survie, soutenez les peuples, pas les dictateurs !



Opérations militaires au Mali, en Centrafrique, au Sahel, redéploiement de la présence militaire française en Afrique, sommet France-Afrique organisé par l’Élysée, soutien au dictateur tchadien Idriss Déby alors même que la contestation gronde au Tchad... La Françafrique fait régulièrement la une de l'actualité : Survie est mobilisée à chaque instant.

En 2015, Survie a 30 ans. Pour que l'association puisse poursuivre son combat contre cette Françafrique qui ne faiblit pas, nous avons besoin de votre soutien !

Survie est une association indépendante, uniquement financée par ses adhérents et donateurs et par la diffusion de ses publications. C'est grâce à votre soutien que nous pouvons poursuivre ce combat à la fois indispensable et de longue haleine dans un contexte économique difficile qui n'épargne pas notre association. 

Soutenez notre combat, et invitez vos proches à nous soutenir également : votre don, si vous êtes imposable, peut être déduit de vos impôts sur le revenu à hauteur de 66%. Ainsi un don de 50 euros vous coûtera 17 euros et un don de 100 euros vous en coûtera 34.
Votre soutien nous permettra de continuer à informer le grand public sur les zones d'ombre de la politique étrangère de la France en Afrique, de maintenir une vigilance permanente sur les activités de l'armée française en Afrique, sur les soutiens officiels ou officieux apportés par la France à des dictatures africaines, sur les pratiques des entreprises françaises en Afrique.



Quelques-unes de nos actions en 2014 :

Notre campagne sur le génocide des Tutsi : Survie s'est largement mobilisée pour dénoncer  20 ans d'impunité sur la complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda. L'année s'est ouverte sur une victoire : la première condamnation d'un présumé génocidaire rwandais réfugié en France. Survie, en tant que partie civile aux côtés d'autres associations, a participé activement à ce procès. Survie a poursuivi sa mobilisation toute l'année: pétition pour la déclassification des archives, colloque à l'Assemblée nationale, plaidoyer en direction des élus, sensibilisation du grand public. Grâce à ce travail, en 2014, la vérité a progressé, et l'impunité a reculé.



Notre dernière publication : Françafrique, la famille recomposée
Survie a publié une analyse des évolutions récentes de la Françafrique : ce livre collectif est le fruit de la première université d'été de Survie en 2013 et du travail des militants de l'association. 
Merci pour votre soutien, et à très bientôt !
Fabrice Tarrit,
Président de Survie
Commandez notre dernier livre
Francafrique, la famille recomposée
Redécouvrez nos Dossiers Noirs : Areva en Afrique, L'or noir du Nigeria, L'Armée française en Afrique   

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samedi 29 novembre 2014

La francophonie, un instrument de la Françafrique !

Survie s’associe à cet appel diffusé lors du Sommet de la Francophonie à Dakar.
Nous diffusons aussi, plus bas, le communiqué envoyé par certains des initiateurs de l’appel suite à l’annulation du colloque qu’ils organisaient.

Pour l’Afrique, ce que l’on appelle pudiquement la francophonie consiste d’abord en l’imposition de la langue française comme unique langue officielle, donc d’administration et d’enseignement dans des pays où seule une infime minorité dominante en possède la maîtrise, créant ainsi un fossé insurmontable entre les élites et les masses. Jamais l’on a vu un pays, dans l’histoire de l’humanité, connaître des progrès significatifs dans une langue ignorée de la majorité de ses habitants !


L’aliénation culturelle que cela implique se double d’une politique de domination militaire qui s’est traduite par plus de 50 interventions armées de la France, de la Belgique et du Canada sur notre continent : depuis le Congo dit belge dès 1960 jusqu’à la récente exfiltration du criminel Compaoré en fuite par les aéronefs de l’armée française et sans compter la longue série de massacres inaugurée à Thiaroye le 1er décembre 1944, et couronnée par le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994…
En matière économique et financière, l’humiliante dévaluation du franc CFA, à Dakar (1994) suivie du rattachement scandaleux de la zone CFA à l’Euro, lors du remplacement du franc français par la monnaie unique européenne en 1999, confirment le statut de monnaie coloniale du franc CFA. Que l’on pense en outre à la mainmise des multinationales françaises sur les secteurs-clés des économies africaines captives (mines, électricité, eau potable, télécommunications, infrastructures, transports, banques etc.) ! Et que dire alors de la menace de ruine générale, agricole, artisanale et industrielle, représentée par la signature prochaine des Accords inéquitables dits de « partenariat économique » (APE), que les peuples africains concernés dénoncent et rejettent massivement ?
Comment, dans ces conditions, s’étonner que les pays dits francophones enregistrent les taux d’analphabétisme les plus élevés d’Afrique, que l’écrasante majorité d’entre eux figurent parmi les pays les moins avancés (PMA), et que tous se retrouvent au bas de l’échelle de l’indice de développement humain (IDH) du PNUD ?
C’est pourquoi, nous nous élevons contre cette seconde édition à Dakar du honteux Sommet de l’OIF, qui porte sur ‘les jeunes et les femmes, acteurs de paix et de développement’, objectif sécuritaire calqué sur l’agenda de l’Etat français, obsessionnellement focalisé sur la sécurité (et ce, quinze jours avant le prochain raout françafricains sur la sécurité organisé à Dakar les 15 et 16 décembre) alors que les politiques menées génèrent chez le jeunes la désespérance et des flux d’immigration suicidaires et que les femmes sont les premières touchées par les conséquences du modèle économique libéral.
A l’inverse, nous exigeons que se posent les questions politiques sous-jacentes au développement de l’Afrique, qui passe avant tout par la souveraineté. D’une part, il s’agit de mettre immédiatement fin au statut inadmissible de la langue française comme langue officielle exclusive dans les pays dits francophones et ériger les langues africaines en langues de travail constitutionnellement reconnues ;
D’autre part, il s’agit d’établir les valeurs de la souveraineté africaine et du patriotisme économique comme principes directeurs dans la stratégie d’unification, de reconstruction continentale et de développement endogène et de récuser par conséquent la signature ou la ratification des APE inégaux avec l’Union Européenne ;
Enfin d’instituer et appliquer effectivement les décisions du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine (UA), en donnant notamment à la Commission de l’UA les pouvoirs nécessaires pour, d’une part, négocier l’évacuation hors de l’espace continental de toute force armée non africaine ; et d’autre part, assurer le déploiement sans délai des Forces dites en Attente ainsi que l’opérationnalité de la Force Africaine de Réaction Rapide.
L’Afrique ne saurait, en effet, continuer à s’en remettre à de prétendues puissances étrangères pour garantir sa sécurité, sa souveraineté ou son développement démocratique, car son devenir dépend essentiellement des peuples africains eux-mêmes, à commencer par les femmes et les jeunes qui viennent d’en administrer une nouvelle preuve ces derniers jours au Burkina Faso.
A ce titre ces trois dernières années où les Tunisiens ont su mener à bien leur transition démocratique en parvenant à maintenir la paix et à contrer, dans une certaine mesure, les pressions extérieures, ouvrent des perspectives pour faire tomber les régimes autoritaires, toujours soutenus par un Etat français qui dénie aux Africain-e-s la liberté de choisir, au Tchad, au Gabon, au Cameroun, au Togo…
Liste partielle des signataires de la plateforme contre le sommet francophone de Dakar : Aminatou SAR, Présidente d’Honneur du RND, Sénégal ; Augusta EPANYA, représentante de l’Union des Populations du Cameroun, France ; Pierre EBOUNDIT, Président de la Ligue Panafricaine Umoja, France ; Aminata Dramane TRAORE, Mali ; Demba Moussa DEMBELE, Sénégal ; Boubacar Boris DIOP, Sénégal ; Dialo DIOP, Sénégal ; Odile TOBNER, France ; Fabrice TARRIT, France ; Mohamed TOURE, Guinée ; Mor DIOP, USA ; Coumba TOURE, Sénégal ; Hamadou Tcherno BOULANA, Niger ; Alioune SALL, Cheikh Tidiane SOUMARE, Afrique du Sud ; Jacques DEPELCHIN, USA ; Mohamed WADE, Maroc ; Amenophis LO, Canada ; Daniel BADJI, Zimbabwe ;
Et aussi : Issouf SAWADOGO : Génération Check Anta DIOP, Piiga Souleymane YAMEOGO, Dr. Denis NEBIE BETEO, Ignace YAMEOGO, Fatmata BANCE, Gisèle TOE, Mernepta ZOUGMORE, Idrissa BARRY, Wiraogo ZONGO, Pr. Basile GUISSOU, Calixthe OUEDRAOGO, Da Sie DE BINDOTE, Génération Léo FROBENIUS au Burkina Faso ; Herman OUALBIOGO, Alymana BATHILY, Makhily GASSAMA, Malick SY, Salimata KA, Fatou NDIAYE, Oumar DIOUME, Samba Boury MBOUP, Mamadou DIOUF, Moussa MBAYE, Samba KA, Marième Blondin DIOP, Omar Blondin DIOP, Gora NDOYE, Papa Malick NGOM, Bakary SARR, Amadou CAMARA, Mustapha DIOP, Galaye DIAO, Cheikh Hamallah Blondin DIOP, Generation Cheikh Anta Diop, Osiris Issouf SAWADOGO au Sénégal ; Hatamoussa DIARISSO KONARE, Francis SECK, Yoporeka SOMET en France

Communiqué

C’est avec indignation que nous avons appris, le vendredi 28 novembre vers 17 heures, l’interdiction, non motivée, par une lettre en date du même jour, du Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop, du Colloque que devait organiser le Front Contre le Sommet de la Francophonie, le 29 novembre 2014, à 9 heures, à l’Amphithéâtre dénommé UCAD 2. Interdiction appuyée du remboursement du montant de la location, payée depuis 1 mois et demi.

Voila qui est pris, celui qui croyait prendre, comme dit l’adage ! Le masque est tombé. La Francophonie des dictateurs drapés de manteaux de démocrates s’est dévoilée au grand jour. Suprême ignominie, une manifestation de débat d’idées, les colloquants d’éminents universitaires (Lux mea Leix), qui devait se dérouler dans l’Université qui porte le nom de Cheikh Anta Diop, interdite. en violation des lois et règlements de la République du Sénégal, sur les franchises universitaires et sur les réunions privées : La salle a été louée par une personne privée et la manifestation devait se dérouler dans une enceinte privée fermée.
Tous ceux qui créditent ou créditaient la Francophonie de principes ‘’nobles’’, doivent se rendre compte qu’elle marche sur les pas des gouverneurs coloniaux (pas question de repentance sur les crimes du colonialisme, ni pour Sarkozy, ni pour François Hollande), par la grâce de ‘’sous-préfets’’ locaux ‘’peaux noirs masques blancs’’ se prenant pour ce qu’ils ne sont pas : Président.
Présentement, tous les démocrates, à l’exception de ceux qui ne le sont en paroles, mais pro colonialistes dans les faits, devant cette veulerie, cette duperie, cette contrebande sur la démocratie, la juste, qui veulent nous faire avaler, ce ‘’MACHIN : La Francophonie/Françafrique.
Dakar, le 29 novembre 2014
Ababacar Fall-Barros
Ancien conseiller municipal Membre du comité de pilotage du Front Contre le Sommet de la Francophonie

vendredi 28 novembre 2014

Le Burkina Faso va demander au Maroc l'extradition du dictateur déchu Compaoré

Le Burkina va demander au Maroc l'extradition du président déchu Compaoré
 (Photo AFP)
Le Burkina va demander au Maroc l'extradition du président déchu Blaise Compaoré, a annoncé jeudi le Premier ministre intérimaire Isaac Zida, alors que les autorités de transition ont déjà menacé à plusieurs reprises l'ancien régime de sanctions.
"Si au niveau de la justice, une plainte est déposée contre le président Compaoré, je pense que nous allons demander au Maroc, bien qu'il n'y ait pas d'accord de justice (...) de mettre le président Compaoré à la disposition de la justice burkinabè", a déclaré M. Zida lors d'une rencontre avec la presse nationale.
Blaise Compaoré a fui son pays le 31 octobre pour se réfugier en Côte d'Ivoire avant de rejoindre le Maroc le 20 novembre. Fer de lance du soulèvement contre l'ex-chef de l'Etat, la société civile appelle à des poursuites judiciaires contre Compaoré.
Le lieutenant-colonel Zida a par ailleurs annoncé que le dossier du président Thomas Sankara serait "entièrement rouvert" et que la "justice" serait "rendue".

Bénéwendé Stanislas Sankara : "Après la mort de Thomas Sankara, nous avons du militer comme des snipers pour continuer son combat"

Interview de Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l'UNIR/PS (Union pour la Renaissance / Parti Sankariste) et du FPS (Front Progressiste Sankariste), et ancien chef de file de l'opposition burkinabè.
Interview réalisée au siège de l'UNIR/PS à Ouagadougou le 26 novembre 2014 par Mikaël Doulson Alberca



mercredi 5 novembre 2014

Blaise Compaoré chassé par son peuple ! Il ne doit pas échapper à la justice

 Le 2 novembre 2014, à Ouagadougou, Abidjan, Berlin, Dublin, Dakar, Londres, Paris, Rennes, Montpellier, New York, Washington, Bamako, Lomé, Nairobi, Madrid, Bruxelles, Turin, Ajaccio, Toulouse, Liège, Munich, Kinshasa
Traductions disponibles : Español  Deutsch  English  Italiano
L’insurrection populaire au Burkina Faso a balayé le régime décadent de Blaise Compaoré. Ces jours du 30 et 31 octobre 2014 sont entrés dans l’histoire d’un peuple brave, un peuple mûr, un peuple digne, et au-delà de ça dans l’histoire de l’Afrique et du monde entier. 27 ans de règne de ce mégalomane sanguinaire, ça suffit !


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Photo Mikaël Doulson Alberca
Le peuple a retrouvé sa dignité bafouée, il reprend son destin en main avec force, intelligence et conviction. Quels moments de joie, quels moments d’émotion !


Dans ces moments décisifs, toutes les forces vives de Burkina Faso se sont unies, pour mettre fin à ce régime corrompu qui a trop longtemps bénéficié du soutien de la communauté internationale, alors qu’il maintenait son peuple dans la misère.

Jusqu’au dernier moment alors que Blaise Compaoré a conduit son pays dans le chaos, certains de ces soutiens ont suggéré que ce soit lui qui gère la transition.

Après cette première victoire, il convient sans tarder que les militaires, les organisations de la société civile et les partis politiques de l’ancienne opposition se concertent rapidement, pour une transition apaisée. Le peuple ayant assuré la victoire, il convient de mettre en place rapidement une politique qui s’attaque en priorité à la misère et réponde pleinement aux aspirations populaires.
Le réseau international « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique » s’incline devant le merveilleux peuple burkinabè, particulièrement la jeunesse, qui a marché au-devant des forces de sécurité les mains nues. Plusieurs dizaines de personnes ont sacrifié leur vie ! Qu’ils reposent en paix et qu’ils restent dans notre mémoire comme des héros !

Il les remercie d’avoir mis fin à cette hypocrisie de la communauté internationale qui consacrait Blaise Compaoré comme un « homme de paix », lui qui était impliqué dans toutes les guerres qui ont embrasé la région, entrainant des centaines de milliers de victimes. Toutes les forces progressistes en Afrique et dans le monde entier doivent aujourd’hui soutenir concrètement la révolution du Burkina Faso et organiser la solidarité concrète.
 


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Photo Mikaël Doulson Alberca

Blaise Compaoré a pris la fuite. Il doit être arrêté et jugé pour ses crimes. Nous réclamons une enquête internationale indépendante sur l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses camarades le 15 octobre 1987. Aux membres du Congrès américain nous demandons d’exiger que soient ouvertes les archives de l’époque et qu’une investigation soit menée sur une éventuelle implication de la CIA. Aux parlementaires français, nous demandons d’accepter la demande d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara, déjà déposée deux fois à l’Assemblée nationale de la République française, le 20 juin 2011 et le 5 octobre 2012. Nous appelons les peuples du Togo et de la Côte d’Ivoire à exiger que la lumière soit faite sur l’implication de leurs pays dans cet assassinat.
 
Il ne peut y avoir de démocratie dans l’impunité. La campagne « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique », forte des 14.000 signatures déjà obtenues (http://www.thomassankara.net/spip.php?article866) et du soutien des dizaines d’associations et de partis politiques de par le monde, doit s’amplifier car Blaise Compaoré bénéficie de soutiens puissants que nous dénoncerons sans relâche. Nous devons plus que jamais exiger que justice soit rendue. L’heure de la vérité et de la justice approche. Hâtons-la tous ensemble !
 
Gloire au peuple burkinabè ! Justice pour Thomas Sankara et ses camarades assassinés le 15 octobre 1987, justice pour toutes les victimes des assassinats et crimes économiques !
 
Le réseau international « Justice pour Sankara Justice pour l’Afrique »
 Contact  : contactjusticepoursankara at gmail.com

tel 00 33 6 85 03 88 6500 33 6 85 03 88 65 

Burkina Faso : Images de la Révolution d'Octobre

Photoreportage d'Ouagadougou de Mikaël Doulson Alberca

jeudi 30 octobre 2014

Burkina Faso : la France doit officiellement lâcher son vieil allié Blaise Compaoré

par Survie, 29/10/2014
Au Burkina-Faso, Blaise Compaoré renoue avec la tradition de modifier la Constitution afin de rester au pouvoir. Les manifestations contre ce projet se multiplient, la tension monte et une répression est à craindre. La France, qui a soutenu le pouvoir du « beau Blaise » 27 ans durant, doit condamner publiquement ce coup d’état constitutionnel et cesser toute coopération policière et militaire avec le régime.
Arrivé au pouvoir par l’assassinat de Thomas Sankara en 1987, le très françafricain Blaise

Compaoré n’entend pas quitter son fauteuil de président-dictateur du Burkina Faso. Après des mois de faux suspens, il a levé le voile le 21 octobre dernier sur sa volonté de réviser la Constitution de 1991, pour que soit supprimée la limitation à deux mandats présidentiels. Il faut dire que le régime est expert en tripatouillage constitutionnel : la limitation du nombre de mandats avait ainsi été supprimée en 1997, pour être réintroduite en 2000, en même temps que l’abandon du septennat au profit du quinquennat, entré en vigueur en 2005. Compaoré trouve ainsi toujours une argutie juridique pour se présenter : en 1991 comme président du Front populaire du Burkina Faso ; en 1998 pour son second septennat ; en 2005 et en 2010 pour son premier puis son second quinquennat, qui arrivera à terme en 2015. D’où la nécessité pour lui, de faire voter ce 30 octobre par les 2/3 des députés burkinabè une loi de révision constitutionnelle puis, en cas d’échec, d’organiser un référendum tout aussi bidon que sa dernière élection présidentielle [1].
La première décennie de son pouvoir est marquée par une série d’assassinats politiques (dont le plus emblématique, celui du journaliste Norbert Zongo en 1998, dont les responsables n’ont toujours pas été inquiétés), et ses 27 ans de règne sont émaillés d’opérations de déstabilisation dans la région. Son clan a notamment soutenu activement les milices de Charles Taylor au Liberia et en Sierra Leone, participé à des trafics de diamants au profit du mouvement rebelle angolais UNITA, abrité plus récemment les « rebelles ivoiriens » emmenés par Guillaume Soro avant qu’ils ne déclenchent la guerre dans leur pays, et joué un rôle trouble vis à vis de certains groupes armés qui ont occupé le nord du Mali à partir de début 2012.
Mais, en pilier régional de la Françafrique, Blaise Compaoré a su redorer son image à l’international, y compris grâce à des alliées au sein du Parti socialiste telles que Ségolène Royal et Elisabeth Guigou [2]. Une relative liberté d’expression et un multipartisme de façade l’ont rendu prétendument fréquentable, tandis que ses soutiens au sein de la Grande Loge Nationale Française (GLNF), à laquelle il appartient, l’Association d’amitié France-Burkina de Guy Penne, ou son hagiographe, Jean Guion, ont redoublé d’efforts pour forger en France et à l’international l’image d’un homme de paix. Il a ainsi été choisi pour être le médiateur de crises politiques au Togo, en Guinée, et même en Côte d’Ivoire et au Mali où il a pourtant soutenu des belligérants. Et, sur fond de crise malienne, il a été reçu à l’Elysée dès le 18 septembre 2012 par un François Hollande déjà soucieux d’enterrer le changement.
Mais au Burkina Faso, les mouvements sociaux n’ont eu de cesse de se structurer et de se renforcer, pour s’opposer au pouvoir à vie auquel prétend Blaise Compaoré. En particulier, après les manifestations contre la vie chère en 2008, une explosion de colère populaire avait menacé le régime en 2011, amenant même Alain Juppé, alors ministre français des Affaires étrangères, à déclarer, en référence à la révolution tunisienne, que le régime burkinabè devrait « [tenir] compte de ce qui se passe ailleurs car les mêmes causes produisent les mêmes effets » [3].
Pure langue de bois, pendant que, à l’instar de ce que Michèle Alliot-Marie avait proposé pour sauver le pouvoir de Ben Ali en Tunisie, les autorités françaises ont poursuivi leur coopération pour le « maintien de l’ordre » avec Ouagadougou. On apprenait ainsi qu’en 2011, la France disposait toujours sur place de « 9 militaires de l’Armée de Terre, la plupart détachés auprès des Forces Armées Nationales », et octroyait une aide directe sur le volet militaire (dépenses d’équipement et d’infrastructure, formation des cadres) d’environ 1,2 million € par an, sous la houlette de la Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense [4]. Une aide fournie sous l’habillage d’un maintien de l’ordre nécessaire au processus démocratique, mais en réalité indispensable au régime pour mater d’éventuels mouvements populaires. L’année dernière, l’hebdomadaire Jeune Afrique expliquait ainsi comment, du fait de tensions croissantes liées au projet de révision constitutionnelle, le gouvernement burkinabè, aidé par la France et les Etats-Unis, avait investi 15,2 millions d’euros « pour réorganiser et équiper la police » et qu’ « une unité de force spéciale [était] en cours de création avec le soutien du Raid français » [5].
Le régime avait vu juste : depuis le début de l’année, plusieurs manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, jusqu’au mois de septembre. Depuis cette semaine, et l’officialisation de ce projet de tripatouillage constitutionnel, la contestation se cristallise, avec une première manifestation rassemblant le 28 octobre des centaines de milliers de burkinabè déterminés à s’y opposer, et la promesses d’actions de blocage et de désobéissance civile dans les prochains jours. La colère est sur le point d’exploser, et une répression violente est à craindre. Après avoir soutenu Blaise Compaoré dans son putsch de 1987 et durant ses 27 ans de règne, les autorités françaises, qui ont fait du Burkina Faso un des maillons de leur « lutte contre le terrorisme » au Sahel, en installant à Ouagadougou la principale base des forces spéciales et en intégrant le pays dans la zone d’intervention de l’opération « Barkhane », ont donc une responsabilité particulière dans ce qui va se passer dans les prochaines semaines.
L’association Survie exhorte donc le gouvernement français à dénoncer publiquement ce projet de révision constitutionnelle, sans équivoque [6], et à cesser toute coopération policière et militaire avec le régime, et appelle à rejoindre la manifestation unitaire organisée devant l’ambassade du Burkina Faso à Paris ce jeudi 30 octobre de 16h30 à 19h


Contact presse : Ophélie Latil 01 44 61 03 25 ophelie.latil[at]survie.org

Notes

[1] Les chiffres officiels faisaient état d’un score de 80 % des suffrages exprimés... mais avec seulement 1,5 millions de voix dans un pays qui compte 16 millions d’habitants.
[3] Audition d’Alain Juppé devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, à Paris le 4 mai 2011. Texte disponoble sur http://discours.vie-publique.fr/not...
[4] Voir le site de l’ambassade de France au Burkina Faso (http://www.ambafrance-bf.org/Panora... ). Le site du ministère de la Défense indique qu’en 2009, cette coopération s’était «  appuyée sur 12 coopérants militaires et un budget de 3 M€  » (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/do... )
[6] Les déclarations alambiquées du porte-parole du Quai d’Orsay se référençant à la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance de l’Union Africaine, ne sauraient être considérées comme une condamnation (http://basedoc.diplomatie.gouv.fr/v... ).