survielero

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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)

mercredi 25 novembre 2009

"La Françafrique se porte bien, merci": état des lieux 2009

Rencontre-débat avec Odile Biyidi - Tobner,
présidente de l’association SURVIE
Vendredi 27 novembre 2009 à 19h à la librairie-café Terra Nova
18 rue Gambetta 31000 Toulouse
Tél : 05 61 21 17 47

Qu’il est loin le temps où, candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy se présentait comme le candidat de la rupture, y compris dans les relations avec les anciennes colonies africaines de la France. On l’entendait souhaiter une « relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé ». Et d’attaquer : « Cette relation doit être plus transparente. Il faut la débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent». Nous étions en 2007.
Depuis, quoi de neuf ? En vrac, le fameux discours de Dakar, l’éviction rapide de J.M. Bockel, et toujours, le soutien aux pires dictatures du continent. A l’heure où une grande partie des pays africains connaissent une régression démocratique et une série d’élections plus que douteuses (Gabon, Congo, Niger, Mauritanie…), qu’en est-il de la politique africaine de la France ?
Nous parlerons du Niger, du Cameroun, du Gabon, de la Guinée, des biens mal acquis des dictateurs africains … mais aussi et surtout de ceux qui ici font la politique africaine de la France : Sarkozy, Guéant, Bourgi, et de… Toubon, chargé de préparer l’année 2010, "année de l’Afrique".
Professeur agrégé de Lettres, auteur et épouse de l’écrivain Mongo Beti, Odile Tobner a réalisé avec lui, de 1978 à 1991, la revue bimestrielle "Peuples Noirs, Peuples Africains". Elle s’occupe, depuis 1993, de la Librairie des peuples noirs à Yaoundé, Cameroun. Elle dédicacera son dernier livre,
Du racisme français, paru aux éditions Les Arènes en 2007.


À Perpignan le 28 novembre : à ne pas rater!


vendredi 20 novembre 2009

SSI à Montpellier


 

CONFÉRENCES DEBATS, TÉMOIGNAGES, ANIMATIONS, SPECTACLES
LA CRISE EN AFRIQUE

Vendredi 20 novembre, 17h30 – 23h

Centre Rabelais

27 boulevard Sarrail, Montpellier (Tram Comédie)

Nos dirigeants politiques ont fait le choix d’un système de société et l’ont imposé aussi aux pays africains, par un ensemble de moyens et de conditions non négociables : aide publique au développement, prêts de la Banque Mondiale et du FMI accompagnés de conditionnalités qui ont conduit à de nombreuses privatisations et à un désengagement des Etats dans la protection des populations ou pour l’accès de tous aux biens communs. Négociations commerciales de l’OMC, avec pour conséquences la signature d’accords de partenariat économiques en défaveur de l’Afrique, etc.
Depuis les années 1970, les populations en subissent les conséquences désastreuses et les solutions mises en œuvre ont servi à conforter le modèle dominant.
L’impact de la crise actuelle va encore aggraver la situation au quotidien pour près d’un milliard d’Africaines et d’Africains.
Le 20 novembre nous tenterons, avec des regards portés sur cette région du monde par des économiste, juriste, agronome, spécialiste de la santé, de dresser un constat sur les dégâts en Afrique. Mais aussi de voir nos actions menées ici et là-bas, ensemble, par des associations et des mouvements de citoyens, pour construire un monde plus juste et durable.
AU PROGRAMME

17h30 : ouverture des stands, informations et dégustations (PAF)
18h : conférence-débat « L’Afrique des crises » avec Henri WANKO, économiste, Cheik SAKO, avocat, M’bemba DRAMÉ, étudiant agronome et Raymond KIMIKA, intervenant sur la santé
19h45 : témoignages et vidéos « Les amoureux au ban public »
20h : conférence débat « L’Afrique, la crise et les ONG » avec Philippe MAYOL, responsable du service Afrique au CCFD – Terre Solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement)
21h15 : spectacle :


Le récital « Larmes d’exils » et « Esclavages » proposé par le groupe des « Ricoch’tons » évoque, au rythme de la guitare de Corinne Donat et du djembé d’Ahmed El Kaoui, sur des chorégraphies de Delphine Mignon, et des textes récités par Cécile Grivois et Marie-Thérèse Bernabé Garrido, les douleurs des exilés, de tous ces exils historiques qui laissent d’ineffaçables traces, mais aussi la violence des esclavages, tout au long de l’histoire de nos civilisations, la traite des Noirs, et les esclavages des temps modernes à travers l’exploitation des enfants ou des femmes dans le monde…pour finir sur le nécessaire espoir de fraternité entre les hommes. Survie Languedoc Roussillon et la MTMSI vous invitent au
Café-débat « Migrations-Solidarités »
Samedi 21 novembre, 15 h à 18 h   --   Café du Théâtre
(3 Place de la Comédie, Montpellier – tram Comédie)
avec Mehdi Alioua et Cécile Frank, universitaires, Maguy Mas pour Survie, Barbara Wolfram,  CIMADE (Comité Inter-Mouvements Auprès des Evacués)
Organisé par la promotion 2009/10 du Master 2 « Opérateur en coopération internationale et développement » de l’Université de Montpellier 1, pour la 12ème édition de la Semaine Internationale de la Solidarité (14-22 novembre), en coordination avec la Maison des Tiers Mondes et de la Solidarité Internationale (MTMSI) dont la 20° Quinzaine des Tiers Mondes (14 - 30 novembre) a pour thème « Du Nord au Sud, la crise : quelles solidarités ? ».
Le café-débat abordera, parmi d’autres, la question du lien entre les migrations et le développement dans les pays d’origine, ainsi que les mouvements de solidarité avec les immigrés et leur relation avec la politique migratoire française.

NOTE BIOGRAPHIQUE DES INTERVENANTS AU CAFE-DEBAT
Mehdi Alioua
est sociologue à l’Université de Toulouse le Mirail. Il mène depuis 2003 des recherches sociologiques sur la migration transnationale des africains subsahariens et de leur étape au Maroc.
Il est membre fondateur du Gadem (Groupe anti-raciste d'accompagnement et de défense des étrangers et des migrants au Maroc) et fait partie du réseau Migreurop.
Cécile Frank
est Docteur en Science politique, attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’Université de Montpellier 1. Rattachée au Centre d’études politiques d’Europe Latine (CEPEL-CNRS). Axes de recherche : action publique, immigration, comparatisme international, mobilisations collectives, sans-papiers.
Maguy Mas
est responsable du groupe local Languedoc-Roussillon de Survie, une association (loi 1901) qui mène des campagnes d’information et d’interpellation des citoyens et des élus pour une réforme de la politique de la France en Afrique et des relations Nord-Sud.
Barbara Wolfram
est présidente Languedoc-Roussillon de la CIMADE, association qui se consacre à l'accompagnement des étrangers migrants, en voie d'expulsion, demandeurs d'asile ou réfugiés. L’association est présente dans les 13 "centres de rétention" et veille au respect de la dignité des personnes retenues et à leurs droits.
Pour plus d'information, contacter Damien Pereyra deulb[at]hotmail[dot]com 06 28 33 04 09


mercredi 11 novembre 2009

Pillés là-bas, Chassés ici : Le Nord place le Sud dans l'impasse


Toulouse, 12-20 Novembre 2009 
rencontres - musiques - débats - lectures - témoignages - projections


Evénement soutenu par : les Amis de la Terre MP, ATTAC Toulouse, le CCFD Terre solidaire, le Cercle des voisins, CSF 31, le CIDES, la CIMADE, le CLIC sans papiers, le CROSI, ETM (Egalité Toulouse Mirail), RESF 31, RUSF Toulouse, SURVIE Midi-Pyrénées, Tâssakh, TV Bruits.

vendredi 6 novembre 2009

Tunisie: Le pays du jasmin, le miroir déformé de l’Occident, la face honteuse de ses pratiques dévoyées


par René NABA, 2/11/2009
L’arrestation du journaliste Taoufik Ben Brik, le 29 octobre, cinq jours après la réélection du président Zine El Abidine Ben Ali a retenti comme un camouflet à l’égard de ses protecteurs occidentaux et des pensionnaires gracieux de ses sites balnéaires. Il porte condamnation de leur complaisance et discrédite leur discours.
Paris, 2 novembre 2009. La Tunisie célèbre, le 7 novembre 2009, le 22ème anniversaire du coup d’État médical du général Zine El Abidine Ben Ali, contre le père de l’indépendance tunisienne, le "Combattant suprême" Habib Bourguiba, dans une ambiance de résignation de la population découragée par la perspective d’une présidence à vie de son «général président» du fait de ses jongleries constitutionnelles visant à assurer sa longévité politique avec la complicité silencieuse de ses protecteurs occidentaux.
Régime décrié pour son usage abusif du népotisme, de la répression, de l’intimidation et de la corruption, la Tunisie continue de bénéficier néanmoins d’une étonnante mansuétude de la part des pays occidentaux, plus prompts à dénoncer les violations des droits de l’homme en Iran ou en Syrie que dans l’arrière-cour de la France (Tunisie, Maroc, Gabon, Tchad), plus prompts à s’enflammer pour le Darfour que pour Gaza, pour le Tibet que pour le Yémen. Plus prompts à fustiger la fraude électorale en Iran à grands renforts de campagnes médiatiques que le trucage massif en Afghanistan, ou la parodie de démocratie à la tunisienne ou encore la vénalité de la féodalité politique du bloc parlementaire du milliardaire libano-saoudien Saad Hariri au Liban. Plus prompts enfin à carboniser un chef d’État coupable d’avoir prolongé son mandat de trois ans, rien que trois ans, le Libanais Emile Lahoud, que leurs clients arabes multirécidivistes de la reconduction, l’Égyptien Hosni Moubarak (28 ans de pouvoir) ou le Tunisien Ben Ali (22 ans de pouvoir) ou encore les dinosaures de la Françafrique.
Doté d’une coterie familiale agglomérant des trafiquants de drogue, des écumeurs des mers et des prédateurs de banques, le roitelet tunisien trône en partage avec son envahissante épouse Leïla sur le pays du jasmin, devenu au fil des ans le royaume putride de la corruption, une parodie de démocratie, l’alibi occidental à la lutte contre le fondamentalisme religieux, le miroir déformé de l’Occident, la face honteuse de ses pratiques dévoyées.
En vue de la reconduction de son mandat, le petit génie de Carthage s’est surpassé lors de la dernière consultation électorale, dimanche 25 octobre, faisant preuve d’imagination et d’innovation au point que la plupart des observateurs s‘accordent à penser que le scrutin présidentiel aura été un chef d’œuvre de mascarade et d’arbitraire. Si Zine El Abidine Ben Ali a été officiellement réélu, sans surprise, pour un cinquième mandat avec 89,62 % des suffrages exprimés, selon les résultats définitifs du ministère de l’intérieur, le président sortant n’a toutefois pas réussi à dépasser les 90 % réalisés lors des deux précédents scrutins, en 1999 et 2004.
L’homme n’avait pourtant pas ménagé ses efforts. Il a ainsi veillé à donner l’apparence d’une compétition pluraliste en s’assurant la présence de trois autres concurrents, dont deux figurants, représentants des partis proches du pouvoir, Mohamed Bouchiha, du Parti de l’Unité populaire et Ahmed Inoubli de l’Union démocratique unioniste, ainsi que M. Ahmed Brahim, dirigeant du parti Ettajdid (Renouveau, ex-communiste), seul véritable contestataire dans cette compétition.


Préconisant une transparence qui fera date dans les annales des scrutins électoraux à l’effet d’inspirer plus d’un dirigeant aspirant à l’éternité, le président Ben Ali a retourné l’équation, aménageant une transparence non pas du scrutin mais des votants par le biais des enveloppes à déposer dans les urnes, coloriées en fonction des candidats.

Le motif officiel avancé pour justifier le coloriage était de faciliter l’identification des candidats dans les zones à fort taux d’analphabétisme et le décompte des voix. Mais le vote technicolor pouvait masquer une opération de tri entre les «bons votants» et les autres, plus rares, les «mauvais votants», les abstentionnistes et autres opposants. Sans surprise, le carton présidentiel était de couleur rouge vif, très visible de loin, facilement repérable à distance et son porteur tout aussi facilement identifiable. Malheur à celui qui se serait hasardé à sortir de l’isoloir avec l’enveloppe rouge à la main. La trappe aurait été son destin. Pas difficile de présumer en effet qu’il s’inscrivait potentiellement sur la liste des candidats aux tracas.

L’arbitraire est incrusté à toutes les strates de l’état. Le ministre de la Communication a ainsi payé de son poste le fait de n’avoir su aménager un tirage au sort favorable au président Ben Ali pour la présentation de son programme à la télévision alors qu’il avait déjà accaparé 97,22 % de l’espace consacré à la campagne présidentielle par la presse écrite, contre 0,22 % pour son principal rival, Ahmed Brahim, et 1,27 et 1,28 % pour les deux autres candidats, selon une étude commune de l’Association des femmes démocrates, de la Ligue de défense des droits de l’homme et de Reporters sans Frontières (LeMonde.fr  23.10.2009 ).
Sacrifions à l’usage et souhaitons donc longue vie au président réélu Ben Ali (73 ans) et à ses protecteurs français, l’homme de la rupture affichée mais de la continuité pratiquée, le Président Nicolas Sarkozy, le Président gaulliste de la Cour des comptes, Philippe Seguin, le vacancier de Bizerte, Bertrand Delanoë, maire socialiste de Paris, le résident de Sidi Bou Saïd, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, et la cohorte des intellectuels médiatiques, pensionnaires gracieux de ses sites balnéaires, qui assurent sa promotion et celle de son paradis d’enfer, notamment l’équipe de Télé-matin de France 2, William Leymergie, Sophie Davant, Françoise Laborde, ainsi que les natifs de Tunisie, le producteur Richard Moatti et la présentatrice Daniella Lombroso.
Leur silence sur l’arrestation du journaliste Taoufik Ben Brik, le 29 octobre, cinq jours après la réélection de M. Ben Ali retentit comme un camouflet à leur égard. Il porte condamnation de leur complaisance et discrédite leur discours.

Et plutôt que de se gargariser des vertus de la démocratie à la tunisienne, plutôt que nous gargariser avec les sempiternelles ritournelles sur le rempart contre l’islamisme que représente cette «dictature éclairée», que ces grands défenseurs autoproclamés de la démocratie se plongent donc dans la lecture salutaire de deux ouvrages qui constituent de véritables radioscopies des turpitudes du régime, un exposé des dérives de cet État policier, chouchou de l’Occident.

Notes:
  • La régente de Carthage, main basse sur la Tunisie de Nicolas Beau, directeur du site satirique bakchich.info et de Catherine Graciet, journaliste, Editions La Découverte. Un livre enquête sur régime tunisien, dont les bonnes feuilles sont consultables sur ce lien: http://www.bakchich.info/La-regente-de-Carthage-main-basse,08817.html

  • Sur la connivence médiatique entre France et la Tunisie, cf. Ben Ali, Françoise le borde http://www.bakchich.info/article539.html

  • Le jour où j’ai réalisé que la Tunisie n’est plus un pays de liberté, ouvrage de M. Mohamed El Boussaïri Bouebdelli, préface de Me Patrick Baudouin, Président d’Honneur de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de L’homme (FIDH). Téléchargement gratuit sur internet en version arabe et française sur son site http://www.bouebdelli.org/


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Chronologie de la Tunisie,
depuis la proclamation de son indépendance en 1956

20 mars 1956
La France reconnaît l’indépendance de la Tunisie 18 jours après avoir reconnu celle du Maroc. Le traité du Bardo signé en 1881 qui établissait le protectorat français dans le pays est abrogé, mettant fin à 75 ans de protectorat. Habib Bourguiba, de retour d’exil et vainqueur des élections d’avril 1956, devient chef du gouvernement et fait adopter le code du statut personnel instaurant l’égalité juridique entre hommes et femmes.
Juillet 1957
Habib Bourguiba proclame la République, devenant le premier président, entraînant la destitution du dernier bey.
1961 – Crise de Bizerte
Un conflit diplomatique et militaire opposera, l’été 1961, la France et la Tunisie, cinq ans après l’indépendance tunisienne, sur le statut de la base navale militaire de Bizerte restée sous contrôle français.
Bizerte, de par sa position stratégique, commande le canal de Sicile sur la route reliant Gibraltar à Suez. Au même titre que Brest, Toulon, et Mers el Kébir, la base représente un maillon de la chaîne des bases nécessaires à la défense française et à son dispositif atomique. Mais surtout, Bizerte constituait du point de vue de l’OTAN un point d’écoute radar absolument irremplaçable, puisqu’un câble coaxial reliait directement Bizerte à la base aérienne du Stratégic Air Command de l’aéroport Mohammed V de Casablanca (Maroc). Un dispositif qui permettait à l’Otan d’être averti de toute attaque du bloc soviétique. Des affrontements autour de la base feront plusieurs centaines de mort. La France évacue finalement la base navale en octobre 1963.
1975
Habib Bourguiba fait modifier la constitution et devient président à vie.

26 janvier 1978
Jeudi noir à Tunis: les forces paramilitaires du Parti socialiste destourien tirent sur des ouvriers grévistes rassemblés au centre de Tunis. Plusieurs centaines de morts.
1983-1984
« Emeutes du pain » dans le sud du pays et à Tunis.
1987
Coup d’etat médical du Premier ministre, le général (de police) Zine El Abidine Ben Ali contre Habib Bourguiba, déposé pour « sénilité ».
1989
Zine El Abidine Ben Ali est élu président avec 99,27% des voix.
1991
Répression du parti islamiste Ennahda (La Renaissance), exclu du Pacte national.
1994
Le président Ben Ali est réélu avec 99,9% des voix.
1999
Troisième réélection de Ben Ali avec 99,4% des suffrages.
Avril 2000
Décès de Habib Bourguiba.
Avril 2002
19 personnes sont tuées dans un attentat contre la synagogue de Djerba, revendiqué par Al Qaïda.
Mai 2002
un référendum constitutionnel adopté par 99,52% des électeurs autorise le renouvellement sans limite des candidatures à la présidence de la République.
Septembre 2002
Libération du dirigeant du Parti communiste ouvrier Hamma Hammami, qui a purgé une peine de onze années d’emprisonnement pour « appartenance à organisation illégale « .
Octobre 2004
Ben Ali réélu pour la quatrième fois avec 94,49 % des voix.
Octobre 2006
Tunis rompt ses relations avec le Qatar pour protester contre la diffusion, par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, d’interviews de l’opposant tunisien Moncef Marzouki.
Juin 2008
Affrontements entre police anti-émeutes et manifestants durant le mouvement social de masse dans la région minière de Gafsa en effervescence depuis plusieurs mois. Plusieurs morts. Les leaders du mouvement social seront condamnés à dix ans de prison.
Octobre 2009
Ben Ali réélu pour la cinquième fois avec 89,62 % des voix.

jeudi 5 novembre 2009

Les Rwandais, les Congolais et les Nantais méritent mieux que Pierre Péan et Charles Onana


Communiqué de Survie 44, 5/11/2009


Le vendredi 6 novembre 2009 est organisée à Nantes une conférence intitulée "Les Droits de l'Homme dans la Région des Grands Lacs" avec pour intervenants Pierre Péan et Charles Onana. Survie 44, très préoccupé par la situation humanitaire et politique dans cette sous-région (1) souhaite réagir face au choix de ces conférenciers qui ne nous semblent pas réunir les conditions d’impartialité et de droiture qui conviendrait à ce sujet.
Nous remettons en cause l’impartialité des travaux réalisés par ces invités dans leur approche du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 et les guerres qui ont suivies dans la sous-région.
Le journaliste de Libération Christophe Ayad présentait dans un article de 2004, C. Onana et le québécois Robin Philpot avec qui il a collaboré, comme des « auteurs négationnistes ». Les deux essayistes qui avaient porté plainte ont été déboutés devant le tribunal correctionnel et en appel en 2005. La même année, C. Onana répondant aux questions de RFI, balayait d’un revers de la main toutes les études historiques faites depuis 1994 et même avant, en ce qui concerne la planification du génocide : «Dix ans après les faits, le tribunal international ne dispose pas de preuves du génocide des hutus contre leurs compatriotes tutsis» (2).
Concernant Pierre Péan, le journal belge Le Soir présentait son livre Noires Fureurs, Blancs Menteurs comme la « synthèse de tous les négationnismes déjà publiés » (3). Pierre Péan assume d’ailleurs ce qualificatif lors d’une interview à L’Express : « je sais que je serai classé, au mieux parmi les révisionnistes, au pire chez les négationnistes. Mon espoir étant de ne figurer que dans la première catégorie. Ce que j'assume […] » (4). Victor Sègre, dans Billet d’Afrique écrivait le 1er mars 2009 « Péan prétend réécrire l’« histoire officielle » du génocide des Tutsi, mais il se défend de faire partie des négationnistes […]. Comme la plupart de ces derniers, il ne va pas jusqu’à nier la qualification de génocide, mais il la dénature et la prive de sa signification historique. Il garde le mot sans son contenu. Ainsi il récuse d’abord l’idée d’une planification antérieure à l’exécution du génocide5. Le génocide ne serait ensuite qu’un dommage collatéral de la guerre civile, au cours de laquelle des massacres de même nature auraient été commis de part et d’autre. Représailles, crimes de guerre et génocide étant mis sur le même plan. Comme Mitterrand puis de Villepin, il défend ainsi, de manière plus ou moins explicite au gré de ses interventions, la thèse du double génocide. Enfin, il est prisonnier d’une vision ethniste de l’histoire à l’instar des officiers français avec lesquels il s’affiche en colloque. Il ne raisonne qu’en terme de responsabilité collective de « l’ethnie » tutsi ou de « l’ethnie » hutu. Si le FPR [Front Patriotique Rwandais dirigé par Paul Kagamé] commet des crimes de guerre, c’est que « les victimes » deviennent à leur tour « les bourreaux », comme si les rescapés de la Shoah avaient dû collectivement porter, parce que Juifs, la responsabilité des exactions commises par l’armée israélienne. » (6)
Cette thèse du double génocide semble induite sur le recto du tract de présentation de la conférence du 6 novembre, où apparaît le mot « génocides » au pluriel. Ceci fait référence soit à l’affirmation d’un double génocide au printemps 1994 au Rwanda : celui commis par les extrémistes hutus du Gouvernement intérimaire rwandais (GIR) envers les Tutsis et celui supposé commis par le FPR (et les Tutsis) envers les Hutus ; soit à la thèse d’un deuxième génocide perpétré par la suite par les Tutsis en représailles depuis 1994 sur les Hutus de la République Démocratique du Congo. Dans les deux cas, ce sont des erreurs historiques et sémantiques. Il y a eu un génocide et un seul, celui mis en œuvre par les extrémistes du régime Habyarimana puis le GIR envers les Tutsis à partir d'avril 94 au Rwanda, génocide qui s’est accompagné du massacre d’opposants hutus. D’un autre côté, des crimes de guerre qui peuvent être qualifiés de crimes contre l'humanité ont été commis par le nouveau régime rwandais de Paul Kagamé au Rwanda et en RDC. Au-delà de l'association Survie, il s'agit d'un point de vue partagé par de nombreux observateurs internationaux, ONG, journalistes, historiens.
Aujourd'hui, nous assistons à une surenchère du verbe qui veut que la qualification de génocide soit appliquée à tout massacre pour lui donner plus de poids médiatique, comme si l’horreur ne se suffisait pas à elle-même, faisant fi du droit international et d’une démarche intellectuelle honnête qui permet une action juste. Il n'y a aucun jugement de valeur de notre part dans cette distinction. Mais cette confusion fait que les mots n'ont plus de sens, et dans ce cas, il ne reste que les poings et les armes...
Nous souhaitons rappeler que Survie a toujours alerté sur les responsabilités de tous les acteurs impliqués dans les guerres des Grands Lacs. C’est cette approche multiple qu’il importe de montrer et que l’on doit replacer dans une vision historique longue, au moins depuis le début du XXème siècle. La RDC meurt de sa richesse et des convoitises de groupes armés mafieux (tutsis, hutus, d’autres groupes de population, qu’ils soient du Rwanda, de RDC, d’Ouganda…), de mercenaires attirés par l’appât du gain, de pays d’Europe, d’Amérique, d’Afrique, d’Asie prenant parfois partie pour l’un ou l’autre des protagonistes et de grandes entreprises minières américaines, anglaises, sud africaines, chinoises…. On a même vu une entreprise canadienne employer des mercenaires s’engageant dans la guerre civile afin de pouvoir continuer tranquillement l’exploitation de sa concession. Nous souhaitons rappeler également qu’en tant qu’association de citoyens français, Survie est tout particulièrement engagée dans l’étude et la dénonciation de l’implication des autorités politiques et militaires françaises dans le génocide des Tutsi. C’est en toute indépendance qu’elle mène ce combat au grand damne de ceux qui, relativisant le génocide pour entre autre mieux disculper la France, continuent de se faire le relais de la propagande des extrémistes.
Par principe, Survie 44 ne s’oppose pas à la tenue de cette conférence car l’expression d'avis divers doit permettre au public de se faire sa propre opinion. Nous pensons par contre, qu’il y a un risque de ne pas obtenir d’informations objectives lors de cette conférence dans la mesure où elle présente uniquement le point de vue d’auteurs polémistes à tendance révisionniste. C’est pourquoi, il nous paraissait important d’apporter ces quelques éléments de compréhension. Vous trouverez, (annexe à télécharger) la position de Survie vis-à- vis du génocide et des crimes du FPR. Il nous semblerait important d’organiser dans les mois à venir une table ronde sur la situation des Grands Lacs qui fait débat et intéresse manifestement un certain nombre de Nantais, avec des intervenants aux avis peut-être divergents mais crédibles dans leurs recherches.

(1) Pour exemple, Jet FM, le 25 juin 2009
(2) RFI interview du 11/12/2005
(3) Le Soir, 26/11/2005
(4) L’Express, 1/12/2005
(5) « Contrairement à ce qu’affirme Péan, le TPIR ne nie pas la planification du génocide, mais, et c’est regrettable, il s’est révélé incapable de juger à qui incombait la responsabilité de cette planification. »
(6) Billets D’Afrique… et d’ailleurs n°178, mars 2009
A lire : - Des Forges Alison, Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda, Human Rights Watch/FIDH, Karthala, 1999.
- BRAECKMAN Colette, Rwanda, histoire d'un génocide, Fayard, 1994.
- Survie, La complicité de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda. 15 ans après, 15 questions pour comprendre, L’Harmattan, avril 2009, 164 p.

mardi 3 novembre 2009

L’élection présidentielle en Mauritanie - Rapport d’observation


par Violette DAGUERRE
Version originale arabe: تقرير موريتانيا ورئاسيات 2009
Violette DAGUERRE, née en 1955 au Liban, vit en France depuis 1976; elle est docteur en psychologie et l'a enseignée. Militante des droits de l’homme depuis un quart de siècle, elle préside la Commission arabe des droits humains, qu’elle a contribué à fonder. Elle a écrit des livres, et rédigé des rapports et des articles sur des thèmes différents dont l'immigration, le confessionnalisme, la démocratie et les droits de l'homme, les groupes vulnérables, le crime d'agression et le droit à la santé.

Introduction  
Suite à sa victoire à l’élection, remportée dès le premier tour, avec plus de la moitié des suffrages exprimés, le Général Mohamed Ould Abdelaziz a été investi aujourd’hui Président de la Mauritanie, dans une cérémonie marquée par une présence arabe, africaine et européenne et un boycott des pôles de l’opposition. La question qui se pose dès lors : est-ce que la République islamique de Mauritanie, qui paraît être à la croisée des chemins, se dirige vers une transition démocratique effective et un processus qui mérite de lui accorder attention et même de l’imiter, ou bien connaîtra-t-elle, après avoir été isolée sur le plan international, une aggravation de sa situation et peut-être aussi de nouveaux coups d’Etat ?
En effet, la crise politique de longue durée d’ avant l’ élection présidentielle, n’a pas pris fin après l’annonce des résultats et la proclamation de la victoire de Mohamed Ould Abdelaziz devant huit autres candidats. Ces derniers, pour plus de la moitié d’entre eux, étaient entrés dans la compétition pour la première fois et représentaient différentes tendances politiques, ethniques, régionales et idéologiques. Les malheureux candidats ont contesté les résultats de ce qu’ils ont appelé une fraude électorale pendant le déroulement de l’opération et dès sa préparation, et ils ont déclaré que la rumeur du taux des 52 % qu’a obtenu le Général Abdelaziz circulait déjà pendant la campagne électorale. Ils ont également affirmé que la fraude et la manipulation ont eu lieu même si le Conseil constitutionnel a rejeté, comme on s’y attendait, les recours présentés 48 heures seulement après l’annonce des résultats par le Ministère de l’intérieur. Des composantes de l’opposition ont affirmé avoir présenté des preuves irréfutables sur des violations inacceptables, alors que d’autres ont signalé qu’elles ne s’adresseraient pas au Conseil, puisqu’elles ne le considèrent pas comme une autorité impartiale. Car ses prises de positions ont démontré qu’il ne s’est pas conformé à la neutralité dont il devait faire preuve, en refusant le report des élections à une date ultérieure au 18 juillet. Parmi les recours qui ont été présentés, une demande pour procéder à un nouveau dépouillement des voix, et aussi pour procéder à l’examen des bulletins de vote préparés par une société installée à Londres, société proposant des services de « production de feuilles sensibles et susceptibles de s’acclimater et de fondre ».
La campagne électorale s’est déroulée donc dans une sorte de consensus basé sur l’accord de Dakar, conclu à la faveur d’interventions étrangères. Il a servi comme cadre de règlement des différends entre les différents courants et forces politiques du pays, ayant connu des fractionnements et de fortes tensions pendant une dizaine de mois après le renversement par Ould Abdelaziz de son prédécesseur. Cet accord a été parrainé par un groupe international représenté, principalement, par le Président Abdoulaye Wade, l’Union Africaine, la Ligue arabe, l’Union Européenne et les Nations Unies. Or mis à part l’intérêt que portent à la Mauritanie ses pays voisins, en particulier la Libye, le Maroc, l’Algérie et le Sénégal, le pétrole découvert il y a quelques années, ainsi que les dossiers de l’émigration et du terrorisme, ont préoccupé au plus haut niveau les États occidentaux. Surtout la France qui s’efforce de restaurer une situation qui garantisse ses intérêts, sans laisser entrer dans la scène des acteurs qui pourraient représenter une quelconque menace. D’ailleurs, certains font le lien entre la série des coups d’État survenus en Mauritanie, le nouvel intérêt international pour ce pays, et la découverte depuis 2000 d’importants gisements de pétrole à l’intérieur de ses frontières.
La France était en fait dans les coulisses de la politique mauritanienne et ne le nie pas. Elle se vante même de remettre de l’ordre. MM. Balkany et Bourgi, des proches du Président Sarkozy et de la cellule France-Afrique de l’Élysée, œuvraient, plus particulièrement, pour éviter l’isolement international d’Ould Abdelaziz, préparer sa réception à Paris, et exercer des pressions sur l’opposition afin qu’elle participe aux élections, et ce en dépit de leur préparation hâtive et de l’impact de cette précipitation sur les résultats. Bref, la légitimation du coup d’État contre l’ancien président. L’Union Européenne a pour sa part pris une position différente, en insistant sur une enquête portant sur ces rumeurs de fraude, et sur la nécessité pour les autorités mauritaniennes de reconnaître ces faits, conformément aux lois nationales et aux usages internationaux.
Quant à la commission électorale indépendante, qui a représenté à parts égales les partis proches du gouvernement et l’opposition dans une toute première expérience électorale, elle a vu son président démissionner après l’annonce des résultats et les allégations de fraude. Ces élections ont connu en fait une rude concurrence entre des candidats n’ayant pas de véritables programmes ni de références idéologiques et politiques. Et en l’absence de consensus entre les forces de l’opposition même au niveau intellectuel et idéologique, ainsi que la contribution de certaines d’entre elles à son effritement malgré un accord autour de quelques personnalités. Tout comme les sables du désert, la scène politique mauritanienne semble être en mouvement, se caractérisant par le nomadisme, sur un fond de système tribal relativement flexible et qui ne s’impose pas comme un acteur politique. Et ce, malgré un fort alignement tribal des forces soutenant les candidats sur la tribu des Ould Bessbaa d’un côté, et celles des Samassid et Id Ouali, de l’autre. En dépit de la crise politique qui a secoué le pays depuis le coup d’État de Mohamed Ould Abdelaziz contre Sidi Ould Cheikh Abdallah, la société mauritanienne paraît, globalement, conciliante. Ce qui pourrait expliquer l’absence d’affrontements sanglants, à l’image de ceux survenus en Iran, par exemple, lors d’élections dont l’impartialité a été remise en cause.
La société mauritanienne va-t-elle pour autant accepter des résultats déjà contestés et une victoire au premier tour, qui a constitué une surprise pour beaucoup, et qui laissera des interrogations en suspension ? Ou bien les attraits du pouvoir et l’intérêt pour des postes bien placés et les privilèges afférents sauront, une fois proposés, disperser les alliances et affaiblir les oppositions dans un pays dont 64 % de la population sont analphabètes et les deux tiers vivent en dessous du seuil de pauvreté ?
Sous le titre : « Est-ce que le 16ème coup d’État est en gestation ? », nous lisons dans le quotidien « Assaraj » du 14 juillet 2009, que parmi les raisons de s’inquiéter pour la stabilité du pays, « l’élection de Ould Abdelaziz est un problème et son échec est un autre, et entre les deux il y a bien d’autres problèmes.. ».
Durant ces dernières années, la Mauritanie a su donner d’elle une image d’un pays capable d’assurer la transition démocratique, à tel point que beaucoup d’intellectuels arabes n’ont pas tari d’éloges pour le pays des poètes. Image qui n’est pas forcément celle que connaissent ses ressortissants, surtout ceux qui suivent de près l’évolution de leur pays et s’interrogent sur l’avenir de leur progéniture. Les désirs et les projections font nécessairement partie de la construction imaginaire et des rêves de ceux qui vivent dans des pays connaissant des régimes qui les enferment dans une chape de plomb, avec son lot de problèmes politiques et crises successives, états d’urgence et lois d’exception.. Sinon comment expliquer que l’ancien président Ely Ould Mohamed Val, en qui beaucoup ont vu la concrétisation de la possibilité d’une transition démocratique dans un pays du Tiers monde, soit arrivé au premier tour, bien loin (avec 3 % seulement) derrière Ould Abdel Aziz, auquel personne ne prédisait une telle popularité en si peu de temps passé au pouvoir - même en restant en arrière-plan et en tant que faiseur des présidents comme on en laissait courir le bruit- ou après Massoud Ould Belkheir (16 %) ou Ahmed Ould Daddah (13 %) ?

Rapide tour d’horizon
Pour clarifier quelque peu les contours de l’image de ce pays qui parait assez vague chez la plupart de ceux qui s’y intéressent, il nous faut brosser un rapide tour d’horizon de sa constitution (en nous appuyant sur les écrits de Mohamed Lemine Ould El Kettab, qu’il en soit remercié). La capitale Nouakchott, qui paraît aujourd’hui encombrée d’immeubles et de véhicules, n’était il y a un demi-siècle qu’un endroit parsemé d’une poignée de constructions sur le long de la route transafricaine principale n° 1 qui reliait Dakar à Alger. L’édifice principal était à cette époque-là un garage de réparation des camions qui assuraient le transport de marchandises sur cet axe routier. Et ce jusqu’au jour de 1959 où fut décidé le transfert de la capitale de la Mauritanie de Saint-Louis du Sénégal vers ce village devenu le Nouakchott d’aujourd’hui. Quelques bâtiments devaient être construits rapidement pour abriter la présidence de la République, l’Assemblée nationale et quelques ministères, avant la proclamation de la naissance de la République islamique de Mauritanie le 28 novembre 1960. Faute de locaux appropriés, les premières séances du conseil des ministres ont dû se tenir sous des tentes ; et pour relier ce pays au monde un petit aéroport devait voir le jour.
La Mauritanie, qui compte 2.8 millions d’habitants, sur une superficie de 1.030.700 km² dont 750 km de côtes, est riche en pétrole découvert récemment, de quelques minerais comme le fer ou le phosphate et des plus précieux comme l’or ou le diamant. Sa population vit des produits agricoles comme les céréales et les produits maraîchers, ainsi que de l’élevage d’animaux et de la pêche fluviale et maritime, où des centaines de milliers de tonnes de poissons sont vendus et exportés annuellement. Nouadhibou est tout particulièrement connue par sa grande variété de poissons, menacés pourtant d’épuisement du fait de l’usage de méthodes non appropriées et d’une pêche intensive. Cette wilaya est aussi connue des touristes pour ses belles plages et ses sites naturels ainsi que ses îles. Mais elle doit en même temps faire face à la rareté de l’eau potable et à l’impressionnante hausse du coût de la vie, tout comme d’autres wilayas qui doivent lutter contre la sécheresse, les invasions de criquets ou l’avancée galopante du désert.
Beaucoup reste à faire pour un pays assez étendu et très pauvre. Et ce, en dépit des transferts d’argent effectués par les Mauritaniens de l’étranger, et des fonds servant à la construction de routes, écoles, mosquées et dispensaires ; et malgré la présence de coopératives agricoles et artisanales et les projets des mécènes ou les actions des pays étrangers et des organisations humanitaires qui s’emploient dans des projets de forage de puits, d’électrification des centres urbains, de mise sur pied de projets à caractère social, d’aide au développement, d’alphabétisation et d’amélioration de la vie de la population. La Mauritanie connaît une situation très contraignante pour la majorité de sa population, et à laquelle échappe une petite minorité qui détient de grosses fortunes et parfois le pouvoir en même temps, et dilapide des devises dans des vacances à l’étranger au lieu de les faire fructifier dans le développement du pays. En dépit des grandes réformes économiques entreprises depuis 1986 et des dettes épongées, beaucoup reste à entreprendre pour faire décoller ce pays dont le revenu annuel moyen par tête d’habitant n’a pas atteint les 500 dollars US. Combativité, compétitivité, assiduité et persévérance sont des qualités qui demandent à être cultivées pour contrer la pauvreté et l’analphabétisme, construire les infrastructures et sédentariser les communautés. Pour stabiliser des populations portées au nomadisme et à la vie d’errance surtout dans les villages souffrant de conditions de vie déplorables, avec un taux de chômage dépassant, selon les chiffres officiels, les 22 %. Mais aussi les risques d’une émigration clandestine, encouragée par la faiblesse des contrôles aux frontières et les lois sur la migration et la nationalité dans lesquelles certains voient une menace pour l’équilibre démographique mauritanien.
En outre, malgré son interdiction légale, l’esclavage subsiste sous certaines formes dans la Mauritanie d’aujourd’hui, tandis que survivent les incitations au mariage précoce des filles et leur gavage forcé pour hâter leur croissance, la polygamie, les pratiques d’excision et tout ce qui compromet leur scolarisation et expose leur maternité aux dangers et leur vie maritale au divorce. Ceci malgré le fait que cette société semble donner plus de poids et d’autorité à la femme, dépassant le seuil de sa maison.
L’élection présidentielle
Alors que la plupart des observateurs parlaient d’élections déroulées dans la transparence et l'équité, peu nombreux sont ceux qui ont évoqué un ensemble d'irrégularités dans le déroulement du processus électoral. Par exemple la partialité de certains fonctionnaires impliqués dans les opérations électorales, la non-autorisation à des inscrits sur les listes électorales établies après les accords de Dakar de participer aux élections, la faiblesse de l'appareil administratif chargé des élections, les irrégularités dans les listes électorales, l'ignorance par de nombreux présidents de bureaux de vote de la réglementation et de la procédure électorales, etc. Ceux qui ont prétendu que ces manquements ne sauraient motiver la remise en question des élections, ont prétexté qu'elles ont été plus transparentes que les élections libanaises qui les ont précédées par exemple, que la corruption n'a pas été aussi flagrante, ou que les deux parties en lice ont autant participé au déroulement du processus électoral.
En revanche, des voix de l'intérieur de la Mauritanie ont regretté ”les espoirs déçus du peuple et la violation du climat qui a régné après l'accord de Dakar”, ou ”la corruption et l'achat des voix et le trafic des résultats”, de même que ”les irrégularités dans les listes établies, où la moitié seulement des inscrits lors de l'accord de Dakar l'ont été de fait”. Evoqués aussi ”les résultats à pourcentage presque égal dans les différentes wilayas qui ont voté pour Abdelaziz” ou ”les bulletins conçus de façon telle que le signe « B » devant être apposé par le votant était inscrit de la même manière hors du bureau du vote”, ou encore ”d’un taux de vote pour Abdelaziz exagérément gonflé même là où il n’y a pas eu de votes pour lui”.
De son côté, un enregistrement vidéo diffusé par le parti d'Ahmed Ould Daddah sur son site montre une opération de trafic énorme des cartes d'identité et des listes électorales. Des témoins nous ont parlé de faux électeurs ayant voté à la place des vrais lorsque ceux-ci se sont rendus aux bureaux pour élire leur candidat.
Nous avons, quant à nous, noté le 18/07/09 la présence massive de militaires à l'intérieur même des bureaux de vote, au prétexte de garantir l'ordre public. Ils étaient parfois trop proches non seulement des électeurs, mais aussi des observateurs. Certains ont voté avec leur uniforme et sans carte de vote, alors que cette carte était exigée des votants civils. Ceux qui ne l’avaient pas devaient revenir en sa possession après l’avoir extrait des listes affichées sur l’internet, ceci afin de permettre l’identification des numéros affichés sur la carte d’identité et la carte électorale. Et alors que certains bureaux étaient fort exigeants d’autres ont été plus permissifs, jusqu’à ne pas exiger de certaines personnes de signer les listes d’émargement après leur vote, ou ne pas veiller à la bonne correspondance des chiffres affichés sur les deux cartes du votant. Cela dépendait apparemment des humeurs et des appartenances politiques des présidents de bureaux, des colorations politiques des quartiers où se trouvaient les bureaux de vote, ou aussi des moments de la journée et de l’affluence des votants.
S'il est admis que cet échantillon ne saurait valoir pour le reste (sur un total de 2400 bureaux de vote qui ont géré 60% des 1 183 447 inscrits) il est sûr par contre qu'une observation de quelques minutes par bureau ne peut représenter qu'une simple photographie du moment, ne permettant pas de prétendre confirmer ou d’infirmer à coup sûr les résultats des élections. C’est sans prendre en considération tout ce qui les a précédées depuis des mois ou ce qui les a accompagnées dans la rue ou dans les coulisses. Il faut reconnaître aussi que la présence d'observateurs pousse à une certaine modification du comportement, le faussant, tout comme la personnalité de l’observateur, sa culture et ses choix politiques marquent de leur sceau l'observation. Outre le fait que l'observateur ne peut tout saisir et ne s’arrête généralement que sur certains faits parfois de forme plus que de fond et sur leur répétition.
Pour toutes ces raisons, nous sommes appelés à relativiser nos conclusions sur un prétendu processus électoral véritablement ”démocratique”, et ce même dans les pays avancés et où il y a indépendance, multipartisme, programmes électoraux ou transition démocratique. Les électeurs sont susceptibles là aussi d’être manipulés par la mobilisation des sommes d’argent mises à la disposition des candidats, interférant ainsi sur les résultats par le biais de la propagande et du tapage médiatique ou de l’usage d’autres cartes maîtresses capables de les influencer dans un sens ou un autre. Des spécialistes dans le domaine opèrent à différents niveaux notamment psychologique pour orienter les résultats. Et c’est généralement au détriment de l’électeur qui peut déchanter tôt ou tard en constatant que son vote n’a pas servi à sanctionner les moins bons et à donner leur chance à ceux qu'il croyait défendre le mieux ses intérêts. Surtout lorsque la bascule opère en défaveur de celui qui aurait du être le gagnant au vu de son bilan.
Notre but n’est pas de critiquer ou d’encenser l’un quelconque des candidats, mais de dire qu’il nous a semblé que la préparation des élections en Mauritanie s’est déroulée au pas de charge et en imposant le fait accompli. En plus, durant la période écoulée, les acteurs politiques ont témoigné de peu d'attachement et de conscience de l'État de droit et de la légalité électorale. Un certain nombre des partis et de membres de l'élite politique ont démontré un relatif égoïsme et une courte vue en ce qui concerne l'éviction du Président Ould Al Cheikh Abdallah par l'occupation du Palais présidentiel. Cet épisode a sans doute laissé des conséquences dans l'esprit des gens qui ont constaté le silence de personnalités politiques d'envergure sur un acte illégal à tout point de vue constitutionnel. Ce qui a fait que les partis politiques ont abordé la campagne électorale en rangs dispersés et en position de faiblesse, sans un candidat fédérateur et capable de contrecarrer la propagande officielle à la gloire du Général, qui était candidat à l’élection depuis son accession au pouvoir.
Conclusion
Nous concluons en confirmant que l'élection ne s'est pas déroulée dans des conditions normales de transparence et de légalité, malgré tout ce qui a été dit et ce qui peut être dit, et que les urnes n'ont pas exprimé la volonté du peuple. Ce qui risque d’être interprété comme pouvant mettre de l'huile sur le feu et rouvrir des blessures appelées à se refermer afin de préserver l'avenir. C’est un point de vue qui doit être examiné au même titre que les autres et trouver sa légitimité dans le cadre de la liberté d'expression et de la discussion démocratique critique, pacifique et constructive. Il n'est absolument pas question de jouer le rôle d'un observateur « qui n'a rien vu » et de légitimer la politique de l'autruche. Ce qui ne pourrait déboucher à long terme que sur des conflits et des tensions qui engendreraient à leur tour des violences étouffées par la répression sanglante.
Se résoudre à tourner la page avant de clarifier les choses et d’aller au fond des choses ne serait pas la bonne méthode pour celui qui entreprendrait de construire l'avenir sur des bases saines et solides. La peur de ramer à contre-courant ou la volonté de privilégier les intérêts propres ou collectifs du moment ne saurait empêcher la construction d'une opinion alternative au discours dominant. La vérité est toujours révolutionnaire, et l'on ne pourrait pas faire abstraction d’une partie du paysage. Surtout à une époque dominée par un ordre mondial barbare et des intérêts économiques transnationaux qui travaillent parfois dans l'ombre en vue de disloquer les sociétés et de multiplier les divisions, afin de faire main basse sur les potentialités des peuples et de ravir leurs volontés.
Ce qui est véritablement de première nécessité pour la construction de la démocratie, du pluralisme et des droits de l'homme en Mauritanie, c'est de dire toute la vérité au-delà de toute motivation partisane. Et si la démocratie débouche sur le progrès dont ce pays a le plus besoin pour vaincre l'ignorance, la pauvreté et le sous-développement, il ne saurait être question de progrès sans démocratie dans une société dominée encore par des valeurs tribales, souffrant de faiblesse dans la conscience civique; et ce, malgré la présence de nombreux courants politiques et de partis qui ont fleuri durant les dernières années.
Si nous espérions la formation d'un gouvernement d'unité nationale et la constitution d'un accord national général pouvant éviter les conflits et les tensions, il serait à craindre à bon droit que l'opposition ne fasse valoir ses conditions et ne se contente pas de certains portefeuilles ministériels. De même le Président proclamé refuse lui aussi cette option unitaire, se fondant sur une victoire électorale majoritaire obtenue auprès du peuple mauritanien. N'allons-nous pas dans ces conditions vers le renouvellement du spectacle qui a vu l'affrontement avec la police, les manifestations de rue et la revendication de réexamen des résultats électoraux avec toutes les tensions que cela crée? Ou bien le Président élu va-t-il tenter de calmer des esprits au lieu de mener la guerre à ses adversaires pour se concentrer sur le développement du pays, la lutte contre la corruption et le terrorisme comme il l'a affirmé, ainsi que la mise en oeuvre de son programme de restriction budgétaire, d'amélioration du revenu des couches pauvres, de lutte contre le chômage, pour affronter de nombreux défis dans un contexte régional et international particulièrement difficile?
Bien des promesses peuvent s'évanouir une fois que l'on est bien établi au pouvoir, mais gardons une note d'espoir et ne jouons pas les oiseaux de malheur prématurément.


lundi 2 novembre 2009

La ruée sur les terres agricoles : une nouvelle épreuve pour l’Afrique


par Ama BINEY, Pambazuka News. Traduction  révisée par Fausto Giudice

Comment est-il possible qu’au 21ème siècle, alors que le monde a de quoi nourrir chaque être humain de la planète, la majorité des gens en Afrique et dans le Sud de la planète soient chroniquement menacés par la famine cependant qu’en Occident l’obésité augmente ? De surcroît, pourquoi y a-t-il eu un accaparement des terres africaines par les pays riches ? La réponse à la première question est que les richesses sont inégalement distribuées et que le contrôle et la possession de la richesse mondiale sont dans les mains de quelques-uns. La réponse à la deuxième question est liée à la première et fait l’objet de cet article.

La ruée sur l’achat de terres en Afrique, au cours de ces douze derniers mois, trouve son origine dans nombre de facteurs qui ont trait au souci de la sécurité alimentaire globale. Entre en ligne de compte, en particulier l’augmentation du prix du blé entre 2007 et 2008, qui a généré des émeutes de la faim dans plus de 20 pays dans le monde, dont Haïti, le Sénégal, le Yémen, l’Égypte et le Cameroun.

La volatilité des prix des produits alimentaires sur le marché international et la spéculation sur les cours futurs ont contribué à cet état des choses. Les pays producteurs de denrées alimentaires ont imposé des taxes sur les aliments de base afin de faire baisser leur exportation. Ces mesures ont contribué à l’aggravation de la situation. Les pays du Golfe, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, Oman, Qatar (qui contrôlent 45% de la production pétrolière mondiale) découvrent ainsi qu’ils ne peuvent plus se reposer sur les marchés régionaux et mondiaux pour nourrir leur population. Ils se sont alors précipités vers l’Afrique pour s’y emparer de terres et ils sont les pionniers de cet agro-colonialisme qui doit servir à nourrir leur population. La conséquence géopolitique de cette démarche va probablement faire des denrées alimentaires la prochaine matière première objet de convoitise après le pétrole. Parmi les autres facteurs, le fait de n’avoir pas tenu compte des tendances de l’environnement comme le changement climatique qui génère des pénuries d’eau et des sécheresses en de nombreux endroits.

La sécheresse pour les Masais de la vallée du Rift au Kenya et pour les paysans du Pendjab au Pakistan a été désastreuse. Ces éléments ont conduit des pays comme la Chine, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite et le Koweït, qui sont à court  de terres arables, à chercher à investir dans l’agriculture en Afrique. Ils ont été rejoints par la Malaisie, le Qatar, le Bahreïn, l’Inde, la Suède, la Libye, le Brésil, la Russie et l’Ukraine. Les projections qui prévoient que la population mondiale va croître de 6 milliards à 9 milliards d’ici à 2050 donnent à penser que la production alimentaire va connaître ses limites. À moins de changer la façon de produire des denrées alimentaires, de diminuer la consommation des pays riches et de ralentir les effets pervers sur l’environnement, on va vers une crise de sécurité alimentaire générée par une augmentation de la demande qu’on ne parviendra pas à satisfaire. Cela est déjà clairement le cas pour des pays comme l’Arabie saoudite, qui ne peut plus nourrir sa propre population, et s’efforce par tous les moyens d’acquérir de la terre dans d’autres pays pour remédier à cet état des choses.



Simple alarmisme ?

Au cours des quatre derniers mois, une série d’articles dans les médias occidentaux, avec des titres comme ‘’La précipitation sur les denrées alimentaires : l’augmentation des besoins de la Chine et de l’Occident précipitent l’accaparement des terres africaines ‘’. (1) ‘’L’accaparement mondial des terres’’ (2), ‘’ Les investissements en Afrique provoquent la peur de l’accaparement des terres’’ (3), ont mis en lumière une tendance émergente. Mis à part le côté sensationnaliste des titres, cette tendance est perturbante dans ce qu’elle implique au niveau politique et économique. La préoccupation parmi les Africains est justifiée par ce que le directeur de la FAO, Jacques Diouf, a qualifié de ‘’ système néocolonial’’. Le vice-directeur de la FAO, David Hallam, estime que ‘’ Ceci peut être une situation dans laquelle tout le monde gagne ou au contraire une forme de néocolonialisme aux conséquences désastreuses pour certains des pays impliqués. Le risque, pour certains des pays hôtes, en particulier ceux politiquement sensibles et dépourvus de sécurité alimentaire, est qu’ils perdent le contrôle de leur propre ravitaillement alimentaire au moment où ils en ont le plus besoin’’.

D’autres ont parlé de ‘’ nouveau colonialisme’’ ou de ‘’ colonialisme agraire’’. La réalité est qu’au cours de l’année écoulée, des millions d’hectares de terre ont été loués par des pays comme le Ghana, l’Éthiopie, le Mali, la Tanzanie, le Kenya et le Soudan, à des fins de production agricoles ou de biocarburants. Par exemple, l’Arabie saoudite a approché le gouvernement tanzanien, en avril 2008, afin de louer 500 000 hectares de terres agricoles pour produire du riz et du blé. (4)

Le pour et le contre ces acquisitions de terre à grande échelle a récemment été débattu dans un document intitulé : ‘’ Accaparement de terres ou opportunité de développement ? Investissement dans l’agriculture et les transactions agraires internationales en Afrique’’, publié en juin par la FAO, l’institut pour le développement et l’environnement (IIED), et le Fonds international pour le développement de l’agriculture (FIDA). La position libérale des auteurs les amène à dire’’ que le but n’est pas de fournir des réponses définitives mais bien de faciliter un débat vigoureux entre gouvernements et secteur privé et les groupes d’intérêt de la société civile’’ (5). Ils soulignent qu’ « il y a un fossé entre l’annonce d’un plan (de vente ou de location de terres) et l’acquisition de la terre pour ne pas parler de la mise en  culture’’. Ils maintiennent que « certaines de ces acquisitions sont sans précédent et concordent avec The Economist qui affirme que l’investissement dans des fermes étrangères n’est pas nouveau ». (6)

Ce qui est sans précédent c’est d’abord l’échelle de ces transactions agraires. La boîte à idées de Washington DC, l’ International Food Policy Research Institute (IFRI) (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) estime que les transactions s’élèvent à entre 20 et 30 milliards de dollars et impliquent entre 15 et 20 millions d’hectares de terres arables dans les pays pauvres en Afrique, au Cambodge, au Pakistan et aux Philippines. Selon la FAO, ces énormes transactions pourraient n’être que « la pointé émergée de l’iceberg ». Déjà, 2.5 millions d’hectares de terres arables dans cinq pays subsahariens ont été achetés ou loués au cours de cinq dernières années, pour un montant total de 920 millions de $ (7).

La deuxième caractéristique de ces nouvelles acquisitions de terre est qu’elles sont focalisées sur des cultures vivrières (par exemple : blé, maïs, riz, jatropha) ou sur la production de biocarburants. Par exemple, en 2002, le Soudan a signé avec la Syrie un accord spécial d’investissement dans l’agriculture. Celui-ci implique un bail de location de 50 ans entre le gouvernement soudanais et le gouvernement syrien. Selon la FAO, ’’Il est rapporté que la compagnie saoudienne Hadco a acquis 25 000 hectares de terres arables au Soudan, 60% des coûts du projet étant payés par le fonds gouvernemental saoudien de développement industriel. (8) En Éthiopie, le gouvernement de Meles Zenawi a récemment accepté une transaction de 100 millions de dollars permettant à l’Arabie saoudite de cultiver de l’orge et du blé.

Dans le passé les investissements dans l’agriculture provenaient d’investisseurs privés. Maintenant, les nouvelles transactions se traitent souvent entre gouvernements. Parfois, les acquéreurs sont des entreprises étrangères. Les vendeurs sont les gouvernements hôtes qui dispensent des terres, comme le Cambodge qui a loué des terres à des investisseurs du Koweït en août 2008. La même année, les gouvernements du Qatar et du Soudan ont créé une co-entreprise au Soudan.

La terre est généralement rendue disponible au travers de baux de location ou de concessions, mais parfois elle est achetée. La FAO souligne que « pour compliquer encore un peu les choses, il n’y a pas un modèle dominant unique pour les arrangements financiers ou de propriété, mais plutôt une grande variété d’arrangements spécifiques locaux entre gouvernement et secteur privé’’. (9)

Une situation où tout le monde gagne ?

Le document de la FAO essaie de naviguer entre les louanges de ces transactions agraires et leur critique. Les auteurs écrivent : «Cette situation à l’évolution rapide crée des opportunités, des défis et des risques. Une augmentation des investissements peut amener des bénéfices au niveau macroscopique (croissance du PIB et des revenus du gouvernement) et générer des opportunités pour améliorer le niveau de vie local. Pour des pays plus pauvres, pourvus d’une relative abondance de terre, ces nouveaux investisseurs peuvent amener du capital, de la technologie, du savoir-faire, l’accès aux marchés et peuvent jouer un rôle important de catalyseurs du développement économique rural. D’autre part, des acquisitions à large échelle peuvent entraîner, pour la population locale, la perte de l’accès aux ressources dont elle dépend pour sa sécurité alimentaire et sa survie. » (10)

Ce que ces transactions ne disent pas, c’est le coût, pour l’environnement, des pratiques d’agricultures intensives, c'est-à-dire, les sols dévastés, l’assèchement des nappes phréatiques et un environnement ravagé par la contamination chimique. Ce coût sera à la charge du pays hôte et ne sera pas différent des ravages de l’exploitation menée par Shell dans le delta du Niger au Nigéria.

Le Dr Vandana Shiva, directrice de la Research Foundation for Science, Technology and Ecology en Inde, met en question l’enthousiasme de l’Occident pour les biocarburants qui ne nécessitent pas seulement des millions d’hectares mais sont aussi, comme elle le souligne, « très centralisés et industriels’’ (11) Ils ont  été un élément caché de la flambée des prix des denrées alimentaires en 2007-2008. La production des biocarburants comme alternative aux énergies fossiles a en effet contraint de nombreux paysans à changer leur production sur des terres qui autrement auraient produit des denrées alimentaires. Dans la région de Chattisgarh, dans le centre de l’Inde, des villageois ont arraché des champs entiers de jatropha (les graines de jatropha servent à produire des biocarburants). Une femme qui a été emprisonnée pour avoir arraché de la jatropha a énoncé les choses clairement : « Le problème que nous avons avec le jatropha c’est qu’on ne peut pas le manger. On ne peut pas le brûler. On ne peut l’utiliser pour rien. Les pauvres doivent vivre de leur terre. Le jatropha ne sert qu’à faire du carburant. Comme nous n’avons pas de véhicule, ça n’a aucune valeur pour nous. Un autre grand problème c’est que si nos animaux mangent du jatropha, ils meurent’’. (12)

On a rapporté récemment que des terres au nord du Ghana ont été offertes à une entreprise norvégienne produisant des biocarburants, qui veut créer une immense plantation de jatropha. La population du nord du Ghana devrait être attentive à l’expérience des villageois dépossédés de Chattisgarh, qui souhaitent l’autosuffisance alimentaire et dont on a donné les terres pour la culture du jatropha à des fins lucratives.

Walden Bello soutient avec raison qu’à l’indépendance beaucoup de pays africains étaient autosuffisants du point de vue alimentaire et exportaient des excédents. Cette situation a dramatiquement changé. Les politiques d’ajustement structurels imposées par le FMI et la Banque Mondiale, au cours des années 1980 et 1990, ont contribué à détruire l’agriculture en imposant des conditionnalités qui étaient le prix à payer pour obtenir leur assistance pour le service de la dette.

Les gouvernements africains ont été obligés d’abandonner leur contrôle et les mécanismes de soutien et de surcroît « ont dû renoncer à contrôler le prix des engrais en même temps qu’ils ont été contraints de réduire les systèmes de crédit agricole. Ce qui a conduit à des investissements moindres et donc à des récoltes moindres. » (13). Le FMI et la Banque Mondiale ont insisté que leurs politiques favoriseraient les investissements étrangers directs. Mais les prédictions néolibérales se sont avérées fausses, pays après pays. C’est exactement le contraire qui s’est produit. Le retrait de l’Etat a entraîné le désengagement plutôt que l’engagement des investisseurs privés. En résumé, comme dans de nombreuses autres régions, les ajustements structurels n’ont pas simplement été un sous-investissement mais bien un désinvestissement de l’Etat.

Actuellement, des gouvernements africains comme l’Ethiopie et le Soudan donnent pour raison de leur invitation à des pays riches à venir acquérir des terres dans leur pays, leur quête d’investissements directs. Même avant ces acquisitions sans précédent, les paysans en Afrique étaient forcés de produire des denrées demandées par le marché s’ils voulaient survivre. Peu de fermiers avaient vraiment le choix. Ils se sont souvent endettés pour acheter ou louer des machines, obtenir un crédit pour acheter des semences et des engrais ou ont du abandonner leur ferme pour migrer vers les centres urbains en quête d’une source alternative de revenus.

De façon générale, ces achats de terre présentent des risques économiques et politiques colossaux qui l’emportent largement sur les éventuels bénéfices. Il ya plusieurs raisons à cela.
Primo - L’asymétrie des relations de pouvoir dans ces transactions met en péril la subsistance des pauvres. Par définition, les investisseurs étrangers ont, par le pouvoir de l’argent, les moyens d’acheter les élites locales et gouvernementales. De cette façon, les petits paysans seront légalement piétinés, déplacés, sinon spoliés de leur terre. Ruth Meinzen-Dick, une chercheuse à l’IFPR souligne ainsi que ’’ le pouvoir de marchandage est du côté des investisseurs étrangers lors de la négociation de ces accords, en particulier lorsque leurs aspirations sont partagées par les pays hôte et les élites locales.’’

Souvent ces petits fermiers sont peu scolarisés et ne comprennent pas toutes les implications des clauses en petits caractères dans les documents légaux. Par ailleurs, les Nations Unies et d’autres agences mettent en garde contre le fait que de nombreux fermiers africains, qui n’ont pas de titres de propriété pour la terre qu’ils cultivent, seront simplement poussés dehors au profit d’un investisseur. Secundo - Nombreux sont les pays africains qui n’ont pas mis en place les mécanismes légaux ou  procéduraux qui protégeraient les droits de ces petits fermiers. Facteur aggravant, le manque de transparence dans le processus et l’absence de contrepoids dans de telles négociations de contrats. Ceci est un terreau fertile pour la corruption, particulièrement parce qu’il y a souvent loin entre le codes de procédure et la réalité sur le terrain qui peut être manipulée à des fins d’intérêts particuliers.

Est-ce juste une question de transparence ou de nécessité de créer un code de conduite ? La réunion du groupe des pays riches, le G8, qui s’est tenue à L’Aquila en Italie, en juillet, a promis de développer une proposition sur les principes et meilleures pratiques en matière d’acquisitions de terre dans les pays en voie de développement. Ce code de conduite est soutenu par l’IFPRI et l’Union africaine (UA)

Le discours de l’ agrobusiness occidental, qui dit que tout le monde y gagne, cache le fait, comme le souligne Raj Patel, qu’ « au moment où les banques récupèrent, rachètent les terres, le taux de suicides chez les paysans du monde entier a flambé’’. (14) Le taux de suicides chez les fermiers africains est, lui, inconnu, selon P. Sainath. Par contre, entre 1997 et 2007, le chiffre officiel des paysans indiens qui se sont suicidés a été de 182 936. Il écrit que ceux qui ont attenté à leur vie étaient endettés – l’endettement des ménages paysans a doublé dans la première décennie des « réformes économiques néolibérales » (15). Entretemps, il est ironique de noter qu’alors que les paysans se suicident, le gouvernement indien s’efforce d’acheter de la terre en Éthiopie et au Soudan afin de produire des denrées alimentaires.

La détresse sociale se mesure à l’aune du taux de suicides en augmentation dans des pays comme le Sri Lanka, la Chine et la Corée du Sud. «  Ceci représente non seulement des tragédies individuelles, mais aussi une tragédie sociale », souligne Patel. (16). Ils disent l’impuissance économique et politique de la communauté. Ils constituent un symptôme aigu de l’incapacité de la société à assurer non seulement sa souveraineté alimentaire, mais aussi sa sécurité économique, qui échappent à la population. Ils sont aussi indicatifs de l’absurdité de la logique capitaliste de libre entreprise chère à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui décrète que la concurrence est une bonne chose et qu’elle éliminera  les producteurs inefficaces.

Entretemps, les paysans en Occident continuent de recevoir des subventions agricoles qui leur donnent une longueur d’avance dans ce jeu capitaliste, leur permettant d’éliminer  la concurrence des paysans africains.

Pourquoi la ruée sur les terres est cruciale pour l’Afrique

Pour la majorité des Africains, la terre est un sujet émotionnel et politique. Il suffit de regarder l’histoire de la colonisation en Afrique, dans des pays comme le Zimbabwe, le Kenya et l’Afrique du Sud, pour comprendre que la terre n’est pas seulement une ressource économique et source de vie, mais qu’elle est aussi liée à l’identité. L’acquisition continue de terres africaines est cruciale pour l’Afrique, parce qu’elle fait partie intégrante de la dimension néocoloniale du partenariat qui existe entre les élites africaines, les gouvernements occidentaux et les multinationales. Cette classe continue de jouer le rôle de gestionnaire de l’État rentier, en bradant des ressources (que ce soit le pétrole, les diamants, le coltane ou la terre)  qui devraient être utilisées au profit de la majorité africaine, afin de consolider sa propre base économique et politique dans le but de renforcer son régime illégitime en terme de défenses et de sécurité.

Franz Fanon a justement décrit cette élite comme ne considérant pas  « qu’elle a quelque chose à voir avec la transformation de la nation ; elle est tout simplement la courroie de transmission entre la nation et le capitalisme rampant, quoique que camouflé, qui aujourd’hui porte le masque du néocolonialisme » (17)

Conscients de ce masque, nous devons demander : dans quelle mesure les dirigeants du Soudan et de l’Ethiopie sont–ils différents des chefs et rois africains qui à l’époque du colonialisme ont signé les documents qui les dépossédaient sans qu’ils sachent véritablement ce qu’ils signaient ? Aujourd’hui, à la différence des chefs africains de l’époque coloniale, des dirigeants africains comme Meles Zenawi et Omar Bashir signent de tels contrats en connaissance de cause. La question est alors de savoir si l’Europe, la Grande Bretagne et les USA se seraient développés comme il le sont aujourd’hui, s’ils avaient vendu ou loué d’immenses terres de leurs pays à d’autres pays.

La mise à disposition de l’étranger des terres africaines est un aspect profondément négatif de la mondialisation et il est nécessaire que nous empêchions nos dirigeants de transformer de nouveau l’Afrique en une colonie. De telles entreprises néocoloniales recolonisent indirectement les ressources africaines et il est peu vraisemblable qu’elles profitent équitablement à toutes les parties.

Par exemple, l’Union européenne (UE) a versé, en 2008, 125 millions de livres à des pays en voie de développement pour permettre aux flottes moderne s de pêche européennes de pêcher dans leurs eaux. Ce deal a été controversé et continue de l’être. Pendant des années des chalutiers du monde entier, mais plus particulièrement d’Europe, ont pêché le long des côtes du Sénégal. Certains légalement, d’autres illégalement. Chaque année, environ 25 000 tonnes de poissons sont exportés vers l’Union européenne. De nombreux grands chalutiers battent pavillon sénégalais et sont supposés être des bateaux de ce pays. Mais Moussa Faye d’ActionAid, qui fait campagne contre la surpêche, remarque : « Ils flouent le gouvernement sénégalais et le peuple sénégalais, parce que ce sont des entreprises européennes qui viennent pour nos ressources et qui exportent le poisson et le profit. Je pense que la pêche devrait servir la population sénégalaise et devrait être la source de subsistance des gens d’ici. Or il y a une sérieuse limitation du nombre de chalutiers autorisés à pêcher, alors qu’au Sénégal nous dépendons principalement du poisson pour l’apport en protéines. Ce qui signifie un apport protidique diminué pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter de la viande. Le résultat sera de la malnutrition ». (18)

Tout comme les chalutiers européens engagés dans la pêche dans les eaux africaines pour leur propre population, il n’y a aucun doute que les pays qui achètent des terres africaines cherchent à s’assurer l’accès à une nourriture bon marché pour leur propre population. De même que durant la période de la traite des esclaves et des colonies, les nations européennes ont réussi à maintenir un contrat social tacite avec leurs classes ouvrières : la classe dirigeante s’efforçait d’éviter trop de faim et de privations en s’assurant que suffisamment de nourriture était disponible. Ce contrat s’est réalisé au détriment de millions d’esclaves africains dans le Nouveau Monde et des sujets coloniaux dans les colonies africaines qui produisaient à bas prix du sucre, du thé, du coton, du caoutchouc, de l’étain, de l’huile de palme qui étaient envoyés vers les métropoles.

Aujourd’hui comme alors, le sucre bon marché et autres produits agricoles sont destinés à pacifier les travailleurs européens. A la lumière des émeutes qui ont eu lieu dans plus de 20 pays dans les années 2007-2008, la flambée de nouvelles transactions joue un rôle similaire, en pacifiant les citoyens au détriment des pauvres d’Afrique et, particulièrement, au détriment des communautés paysannes africains. Dans une telle situation, qui va nourrir les Africains affamés ?


Que faire ?

Les paysans malgaches ont récemment montré aux paysans dans le monde un exemple de ce qu’il faut faire. Leur exemple requiert une plus grande couverture médiatique afin de faire connaître leur résistance victorieuse à la mondialisation et aux transactions concernant les terres. Ils ont récemment résisté à une transaction entre le sud-coréen Daewoo Logistics et le gouvernement de Marc Ravalomana.

Lorsqu’il a été annoncé que le gouvernement de Marc Ravalomana était entré en négociations avec l’entreprise  Daewoo Logisitics, pour lui louer pour 99 ans quelque 1.3 millions d’hectares dans l’est et l’ouest de Madagascar, le gouvernement est tombé. Le contrat donnait à Daewood Logisitics le droit de produire et d’exporter du maïs et de l’huile de palme vers la Corée du Sud pour une valeur de 6 milliards de dollars. Le nouveau président, âgé de 34 ans, a déclaré que dans son pays la terre n’était pas à vendre. La Confédération des paysans malgaches (Fekritana) a mobilisé ses adhérents afin de résister à ce contrat.

Un de ses responsables, Rihatiana Rasonarivo, a déclaré qu’une telle transaction n‘était pas dans l’intérêt de Madagascar. Et de déclarer : « Nous ne sommes pas d’accord avec l’idée que des étrangers viennent acheter des terres à Madagascar. Notre premier souci est que le gouvernement devrait faciliter l’accès à la terre pour les paysans locaux avant de traiter avec des étrangers. Un des plus grands problèmes des paysans à Madagascar est la question de la propriété de la terre. Ce qui fait que nous pensons qu’il n’est pas juste que le gouvernement loue ou vende des terres aux étrangers dès lors qu’il n’y en a pas assez pour les paysans malgaches ».
De même, aux Philippines, un pays pauvre de l’Asie du Sud-Est qui compte quelques 90 millions d’habitants, le politicien Rafael Mariano , qui représente les paysans philippins, a introduit une résolution qui exige une enquête immédiate sur ce qu’il nomme  « le grand accaparement des terres par des étrangers ». Il a déclaré que « c’est le comble de la stupidité pour notre pays de brader nos terres pour la sécurité alimentaire d’autres nations alors que nous dépendons des importations pour notre propre sécurité alimentaire. »

Il y a donc lieu de se demander comment il est possible qu’un pays comme l’Ethiopie, largement associé à la famine et à Live Aid, promet de nourrir la population d’Arabie saoudite et signe des transactions agraires avec elle, alors qu’il ne peut pas nourrir sa propre population mais promet de nourrir celle d’Arabie saoudite ? De même, comment est-il possible que le Kenya considère la location des riches terres côtières dans le delta de la rivière Tana, qui est le lieu de vie de communautés paysannes et pastorales, alors que ce pays doit non seulement faire face à une immense pénurie alimentaire et à des prix élevés mais aussi à la troisième année consécutive de sécheresse ?

D’autres protestations, qui ont reçu peu de couverture médiatique en Occident et en Afrique, comme les campagnes menées par les militants de l’ Asian Peasant Coalition (Coalition des paysans asiatiques) et l’International League of Asia Wide Peasants Caravan for Land and  Livelihood (Caravane pour la terre et la subsistance de la ligue paysanne asiatique), de juillet à novembre 2009 dans dix pays asiatiques. Le thème de la caravane des paysans est « Arrêtez d’accaparer des terres ! Luttez pour une authentique réforme agraire et la souveraineté alimentaire des gens ».

Ce mouvement paysan de base veut mettre en lumière la crise générée pour les paysans pauvres dont les conditions de subsistance se sont détériorées à la suite des politiques néo-libérales des multinationales, de l’OMC et de l’industrialisation à grande échelle de l’agriculture. Son objectif est de populariser les victoires des paysans et leurs réussites dans leur lutte pour une authentique réforme agraire qui inspirera et amènera un changement en faveur des intérêts des paysans asiatiques.

En réponse à la question « que faire », il y a une série d’endroits où des actions peuvent être initiées.

Primo. Les gouvernements africains doivent faire de la sécurité alimentaire de leur population une priorité. Des investissements dans l’agriculture doivent être la priorité autant que l’aide aux petits paysans à produire de meilleures récoltes afin d’endiguer aussi bien la faim rurale qu’urbaine ; les paysans africains doivent recevoir un bon salaire pour produire pour la nation plutôt que pour des investisseurs étrangers.

Secundo. La société civile, les unions de paysans africains et les coopératives doivent éduquer les populations locales et les petits paysans et leur expliquer que ces transactions ayant pour objet la terre ne sont pas dans leur intérêt, même si des termes comme « tout le monde y gagne » apparaissent ou si elles semblent bien intentionnées.

Tertio. La résistance, telle qu’instaurée par les paysans malgaches et la Coalition des Paysans Asiatiques, doit être partagée avec les unions paysannes du Sud de la planète dans un esprit non seulement de solidarité, mais aussi comme preuve concrète que le changement collectif à la fois une possible et une réalité à l’encontre face à ces transactions agraires.

En dernier lieu, nous devons lutter pour les droits des peuples d’Afrique à contrôler leurs terres et d’autres ressources essentielles qui doivent être gérées selon leurs intérêts.

NOTES

[1] The Guardian Fri 3 July 2009.
[2] http://farmlandgrab.org/6623
[3] http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/1/hi/business/8150241.stm
[4] Christian Science Monitor, July 8 2009.
[5] P.16.
[6] May 21 2009.
[7] Guardian Fri 3 July 2009.
[8] FAO paper, p.39.
[9] Ibid, p.35.
[10] Ibid, p.15.
[11] Future of Food, British Broadcasting Corporation, Channel BBC2 documentary, presented by George Alagiah, 24 August 2009.
[12] Ibid.
[13] Walden Bello, ‘Destroying African Agriculture’ in Global Research, June 5 2008.
[14] Raj Patel, Stuffed & Starved: Markets, Power and the Hidden Battle for the World’s Food System, Portobello, 2007, p. 15.
[15] P. Sainath, ‘The Largest Wave of Suicides in History’ in CounterPunch, February 12, 2009.
[16] Raj Patel, Stuffed & Starved, p. 27.
[17] Frantz Fanon, The Wretched of the Earth, p. 122.
[18] Future of Food, British Broadcasting Corporation, Channel BBC2 documentary, presented by George Alagiah, 24 August 2009.

 En bleu: pays vendeur| En rouge : Pays acheteur


 Cliquer ici pour agrandir la carte de l'accaparement de terres dans les pays en développement par des investisseurs étrangers




Source : Pambazuka News Nr. 448-Land grabs: Another scramble for Africa
Source de cette traduction : Pambazuka News Numéro
118, 12/10/2009
Article original publié le 17/9/2009
Sur l’auteure
Fausto Giudice est membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, le traducteur, le réviseur et la source.
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dimanche 1 novembre 2009

Sang et argent dans les rues : Les affaires de la Chine avec la junte détestée de Camara en Guinée pourraient lui attirer des ennuis à brève échéance

par  AFRICA-ASIA CONFIDENTIAL, octobre 2009. Traduit par Isabelle Rousselot, édité par Fausto Giudice

Les responsables du ministère des Affaires étrangères de Pékin sont
en train de se désolidariser énergiquement d'un contrat minier de 7 milliards $ annoncé le 9 octobre, entre le régime de Guinée de plus en plus isolé et le Fonds International de Chine (CIF), basé à Hong-Kong. Sans un rapide jeu de jambes diplomatique, la Chine pourrait à nouveau se trouver clouée au pilori pour soutien financier à un régime meurtrier, cinq ans après qu'une campagne internationale avait commencé à faire pression sur Pékin pour ses liens militaires et financiers avec le régime soudanais et les massacres au Darfour.

Le Capitaine Moussa Dadis Camara

De nombreux observateurs sont sceptiques devant l'insistance du Ministère des affaires étrangères à nier les liens ou les arrangements financiers du CIF avec le gouvernement chinois. En Angola, le géant pétrolier étatique Sinopec, est l'associé majoritaire dans une co-entreprise avec Dayuan International Development, la maison mère du CIF. Les directeurs de Dayuan sont les bénéficiaires financiers de cette coopération de plusieurs milliards de dollars avec des entités gouvernementales africaines et chinoises.
Le 17 octobre, les dirigeants d'Afrique de l'Ouest ont imposé un embargo sur les ventes d’armes à la junte du capitaine Moussa Dadis Camara, pour le meurtre d'au moins 157 personnes lors de tirs des troupes gouvernementales sur des manifestants le 28 septembre dernier. La Cour Pénale internationale a indiqué qu’elle ouvrirait une enquête pour déterminer si ces attaques brutales pouvaient être qualifiées de crimes contre l'humanité. Ce qui fait suite à des sanctions annoncées par l'Union européenne et les USA, accompagnées de l'ouverture d'une enquête indépendante sur les crimes de Conakry par le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.
Face à une pression croissante de l'étranger et localement, de la part des factions militaires rivales, la clique au pouvoir du Capitaine Camara a joué l'offensive en faisant annoncer au ministre des Mines, M. Mamoudou  Thiam, que le CIF souhaitait investir 7 à 9 milliards de $ dans des projets pétroliers et miniers en Guinée, ainsi que dans des projets de construction de routes, de chemins de fer et autres transports. Thiam l'a appelé le contrat du siècle. Le point était clair : les critiques de l'Europe et des USA n'ont pas d'importance puisque la Chine va remplacer les intérêts occidentaux en Guinée.
Cela aurait pu encore être un stratagème populaire il y a une dizaine d'années, mais aujourd'hui, la plupart des Guinéens sont aussi sceptiques sur les ambitions de la Chine pour leur pays qu'au sujet des intentions des Occidentaux. L'annonce du ministre Thiam sur le contrat avec la Chine a alimenté des inquiétudes au niveau local : en effet, il a indiqué que le gouvernement était en train de créer une co-entreprise qui formera une société minière appartenant à l'État guinéen, basée à Singapour, qui détiendra tous les droits sur toutes les mines et les réserves de gaz du pays, à l'exception de celles déjà exploitées dans le cadre de contrats déjà établis. On ne sait pas clairement comment le contrat du CIF affectera les nombreux contrats miniers qui sont réexaminés par le régime Camara.
La société d’État angolaise Sonangol et sa co-entreprise avec le CIF, China Sonangol International,, devraient aussi investir dans des projets en Guinée. Les négociateurs guinéens ont accepté la demande du CIF que l’accord incluse la plupart des ressources minérales, pétrolières te gazières encore inexploitées. Les représentants officiels des deux parties sont réticents à parler des détails précis, notamment les avances financières à court terme dont le régime a besoin pour survivre face aux sanctions.
Selon une source proche du dossier, le contrat avec le CIF a été proposé par Mamady Diaré, l'ambassadeur de Conakry à Pékin, en juin dernier (AAC Vol 2 No 11). Selon le protocole, que Africa-Asia Confidential a pu lire,  « Les parties (le CIF et la Guinée) souscriront au capital social de la société et exerceront leurs droits de vote et les autres pouvoirs de contrôle en relation avec la Société Sino-Guineenne de Développement'», indiquant que le capital de départ sera à 15 % contrôlé par la Guinée et à 75 % par le CIF. Les 10 % restants doivent être payés d'avance par le CIF, et pourront ensuite être achetés par le gouvernement guinéen au taux du marché afin d'augmenter ses parts à 25 %.
Un responsable du ministère des Mines qui s'oppose au contrat a indiqué : « le but est de mettre en place une grande société appelée la Guinea Development Corporation (GDC) Mining, Oil and Gas, qui aura un droit de premier refus sur les ressources qui ne sont pas exploitées par les sociétés minières. Cette société nationale aura des filiales (GDC Transport, etc.) qui se déploieront dans chaque secteur pour développer des infrastructures ou des entreprises.
L'accord daté du 12 juin stipule que « les parties sont d'accord pour s'engager, pendant la période d'exclusivité des discussions, à ne faire aucune autre négociation ni conclure de contrats ou d'accords avec un tiers sur des projets concurrents. » Cette clause, qui implique une option de premier refus, a rendu furieux certains responsables du ministère des Mines. « Cet accord est véreux ! Comment peut-on donner autant de pouvoirs à une prétendue société nationale qui n'est en fait pas contrôlée par la Guinée ? Pourquoi a-t-on décidé d'aller à Singapour pour signer une joint venture comme si c'était impossible de le faire à Conakry ? », a demandé une de nos sources.
Thiam, le ministre des Mines, qui est un ami proche du Capitaine Dadis, indique que le contrat a été signé par lui-même, le Ministre d'Etat chargé de la Construction, Boubacar Barry et le Ministre des finances, Mamadou Sandé, qui est également proche de Dadis.

Boubacar Barry, ministre de la Construction


Le ministre des Mines et de l'Énergie Mamoudou Thiam, ancien vice-Président de l' Union des Banques Suisses à New York


Le Capitaine Mamoudu Sandé, ministre à la Présidence chargé de l'Économie et des Finances


Thiam fait l'éloge du « partenariat stratégique » signé entre la Guinée et le CIF. « Il s'agit de créer une société minière nationale qui maintiendra les intérêts de l'État dans des projets existants et qui développera de nouveaux permis miniers, comme GEPetrol en Guinée-Équatoriale, Sonangol en Angola et Vale Doce à ses débuts, au Brésil. »
Les discussions ont commencé, a indiqué Thiam, sur des projets miniers et sur les travaux d'infrastructure nécessaires. « Les 7 milliards de $ seront financés par le CIF à travers les mêmes mécanismes utilisés pour les 11 milliards $ investis par les Chinois en Angola depuis 2005 : un mélange de leurs fonds propres, de lignes de crédit privées et de banques d'État chinoises, puis ensuite des banques internationales une fois le contrat signé », a déclaré Thiam.
Après l'annonce du contrat, la junte de Camara a promis l'installation d'une centrale thermique d'urgence de 30 MW, un service de métro aérien à Conakry et des commandes d'avions pour lancer une compagnie aérienne appelée Air Guinea International.
L'accord du 12 juin comprend une longue liste de courses :
  • une nouvelle centrale thermique et la réhabilitation des installations (75 millions $)
  • des projets d'eau à Badi (215 millions $) et des logements bon marché (250 millions $)
  • l'amélioration des réseaux électriques à Conakry, Tinkisso et Kinkon (30 millions $)
  • la construction de bureaux officiels à Koloma (650 millions $)
  • la construction d'une zone industrielle
  • des barrages à Foumi (350 millions $), à Cogon (350 millions $) et à Kaléta (290 millions $)
  • Air Guinea International (216 millions $), des services de bus urbains et ferroviaires ;
  • la voie ferrée du Trans-Guinéen pour évacuer le minerai des Monts Nimba et le développement d'un port intégré (coût estimé en 2003 :  4,1 milliards $).
D'autres projets figurant sur la liste du document-cadre comprennent des sociétés de pêche, de coton, de traitement agro-industriel, de ciment, de tourisme et de télécommunications. Si le projet CIF fonctionne, les sociétés chinoises contrôleront presque tous les secteurs productifs de l'économie. Pour rembourser les emprunts de plusieurs milliards de dollars promis par le CIF, la GDC devra développer ses permis miniers et les possibilités du pétrole et du gaz guinéens.
Il existe déjà des retards de financement : les 100 bus promis dans les 45 jours après la signature de l'accord du 12 juin et les avions dans les deux mois ne sont toujours pas arrivés. Une source de l’Initiative pour a Transparence dans les Industries extractives a indiqué à AAC que les paiements de 50 millions $ du CIF à la Guinée ont été bloqués il y a environ 2 mois, par BNP Paribas et Citibank pour cause de documentation insuffisante.
D'autre part, les voitures de luxe offertes par la Chine pour la célébration des 50 ans d'indépendance de la Guinée servent désormais de moyens de transport à la direction du CIF pour effectuer ses courses autour de Conakry.
Les directeurs de CIF et de China Sonangol ont transformé leurs lucratives affaires en Angola en un empire commercial mondial. Un accord pour l'achat par China Sonangol de 49 % d'Air Tanzania a été annoncé par la Tanzanie en août 2008 (AAC Vol 1 No 10) mais le projet ne semble pas avoir évolué depuis.


China Sonangol a commandé trois premiers  Airbus A318 en février 2007

Des projets sont également en cours pour que China Sonangol finance la rénovation de  l'aéroport international Julius Nyerere à Dar es Salaam. La direction d'Air Tanzania souhaite que China Sonangol soutienne un projet de 508 millions $ pour acheter neuf nouveaux avions et améliorer la formation et la technologie.
Il semble qu'en échange du versement de 21 millions $ pour qu'Air Tanzania développe sa flotte, China Sonangol aurait reçu trois permis de prospection pétrolière, une infraction par rapport aux procédures existantes. En janvier, la Tanzania Petroleum Development Corporation a révélé qu'elle avait attribué trois licences pour Rukwa à China Sonangol pour célébrer les relations naissantes entre la société et le gouvernement du Président Jakaya Kikwete. Les responsables de TPDC ont affirmé que ces licences datent d'un accord signé en 2007. Se présentant au gouvernement comme une société privée, China Sonangol a participé aux négociations avec la banque publique chinoise, la China Development Bank, afin de financer l'achat des 49 % d'Air Tanzania, ont indiqué des responsables en août 2008.

Le nouveau siège de CIF China Sonangol, à Luanda, Angola, septembre 2008. Photo Paulo Carvalho Costa

Petroci, la compagnie pétrolière nationale de Côte d'Ivoire est allée chercher les investissements chinois dans le secteur pétrolier et gazier. En 2009, Petroci a engagé des négociations avec China Sonangol et Sinopec, la société pétrolière d’État, au sujet de la construction d'une raffinerie et pour une prospection commune (AAC Vol 2 No 8). Et au Nigeria, China Sonangol a racheté les droits à la compagnie pétrolière, Devon, du bloc offshore OPL 256, en 2008, mais ne l'a pas encore exploré.
La maison-mère de CIF, Dayuan International Development et la banque portugaise Escom ont formé un partenariat avec la compagnie pétrolière nationale du Congo-Brazzaville, la Société Nationale des Pétroles du Congo, appelée SNPC Asia Holding, en 2005 avec pour objectif de vendre du pétrole congolais en Chine. On retrouve à sa tête Mmes Lo Fong Hung et Veronica Fung Yuen Kwan et des proches du Président Denis Sassou-Nguesso, Denis Gokana et Blaise Elenga.

 
Denis Gokana et Blaise Elenga



Source :  Blood and money in the streets

Tlaxcala remercie Africa-Asia Confidential pour l'avoir autorisé à publier ce texte et son original. les illustrations ont été ajoutées par Tlaxcala

Article original publié en octobre 2009


Sur l’auteur

Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.

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