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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)

jeudi 20 janvier 2011

Palabres africaines à Montpellier : 1ère rencontre le 1er février 2011

En collaboration avec les associations SURVIE LR et la CASE présente :
LES PALABRES AFRICAINES
UNE SÉRIE DE QUATRE PROJECTIONS – DÉBATS  sur
 L’HISTOIRE DE L’AFRIQUE
Épisode 1 
De la conférence de Berlin à la veille des indépendances : entre stratégies coloniales et résistances africaines
MARDI 1ER FÉVRIER 2011 à 18 heures
Espace Martin Luther KING (TRAMS CORUM)
27 Boulevard Louis BLANC MONTPELLIER 
Projection de la première partie de la série
AFRIQUE(S), Une autre histoire du 20ème siècle
d’Alain Ferrari et Jean-Baptiste Péretié:
Le crépuscule de l’homme blanc (1885-1944)
 suivie d’un débat participatif

Plus d’informations : case2004m@voila.fr    urbattitud@gmail.com
 
LA DÉMARCHE
Ces rendez-vous mensuels (de janvier à avril) nous permettront de replonger dans les méandres de l’histoire du continent noir, afin de donner au public intéressé l’opportunité de partager, discuter et échanger des points de vue et autres connaissances sur l’Afrique mais aussi au-delà, sur la diaspora noire d’une manière plus générale.
Cette démarche initiée par le Collectif du 10 mai de Montpellier pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage vise à contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire et de l’évolution du continent noir en cette année 2011 déclarée par l’UNESCO année des ascendances africaines.
De cet élan ressortent deux intérêts majeurs. Celui de remettre l’histoire au cœur du débat dans le but de mieux comprendre les enjeux géopolitiques du monde d’aujourd’hui.
 Les problèmes de transition démocratique dans certains pays en sont les exemples les plus patents et aussi les plus épatants.
Le second intérêt repose sur l’idée de mettre en place à Montpellier une dynamique de rencontres, échanges et débats autour de thèmes variés qui ont pour finalité de redorer le blason de l’histoire de l’Afrique si souvent mal comprise ou tout simplement ignorée. Ville pionnière dans l’organisation de la marche commémorative de l’abolition de l’esclavage, notre volonté consiste à faire que Montpellier «la surdouée», à l’instar d’autres villes françaises,  soit au rendez-vous en cette période de la quête de la vérité historique. A cet effet nous souhaitons nous appuyer sur ce qui a toujours fait partie de l’identité de notre cité à savoir : la présence et l’apport de la matière grise dans toutes ses évolutions. 
À travers la ville, il est important de souligner l’action notoire et significative des structures associatives comme Solidarité DOM/TOM, Ti’ CONODO, la CASE, TROUBAD’OC, METISS KA, KARAKWELA, ORGANISATION POUR LA DEFENSE DES DROITS DE L’ENFANT, LES AMIS DES ENFANTS D’HAÏTI  et plus récemment SURVIE LR qui, en compagnie du Collectif, n’ont ménagé aucun effort depuis 2006 pour faire du 10 mai une date symbole, bien riche en évènements (veillée mémorielle, concerts de musique, gospel, conférences, expositions, marche etc.).
Le partage de nos connaissances constituera durant toute cette période notre fil directeur. Dans cette perspective, l’apport de toutes les bonnes volontés est le bienvenu.
Ce chapelet d’évènements sera une sorte de rampe de lancement qui nous plongera directement vers les activités organisées autour du 10 mai pour célébrer la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Le Collectif du 10 mai de Montpellier pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage

lundi 10 janvier 2011

Côte d'Ivoire : comment sortir de la crise ? Les propositions de la société civile ivoirienne

Nous  versons ce document au débat sur la crise en Côte d'Ivoire, même si nous n'en partageons pas tous les points. Survie exige notamment le départ de la force militaire française Licorne, ce qui n'est pas le cas des auteurs de cette déclaration, la Convention de la société civile ivoirienne (voir ci-dessous), qui méritent d'être entendus.


CONVENTION GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE
SUR LA SORTIE DE CRISE

5 ET 6 JANVIER 2011

COMMUNIQUÉ FINAL

La Convention de la Société Civile Ivoirienne a tenu sa deuxième Convention Générale Extraordinaire les 05 et 06 janvier 2011 à la Bibliothèque Nationale en présence de 64 organisations membres sur la centaine que compte la CSCI. L’objectif principal est de proposer des solutions pouvant aider à sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse post -électorale actuelle. Les propositions portent sur quatre préoccupations majeures : l’apaisement du climat social, une meilleure sécurisation des prochaines élections (législatives, municipales et régionales), une meilleure appréhension du rôle de la communauté internationale en Côte d’Ivoire dans la sortie de crise et la contribution au dénouement de l’impasse du bicéphalisme au sommet de l’État.
I –Au titre de l’apaisement du climat social post-électoral
La Convention Générale Extraordinaire a noté que les principales sources des tensions politiques et sociales sont les médias, les partis politiques, les forces armées et les populations. A cet effet, la CGE fait les recommandations suivantes :
I-1- Concernant les médias
Le pays n’étant pas en guerre, la raison d’État invoquée pour confisquer les médias publics à des fins de propagande au profit d’un seul camp est inopportune. Les dispositions suivantes devront être prises avec urgence :
- amener les organes de régulation, notamment le Conseil National de la Communication Audiovisuelle (CNCA), à faire leur travail avec beaucoup plus de rigueur, de vigilance et de professionnalisme ;
- arrêter la propagande politique et la diffusion de messages de haine et de violence dans les médias publics ;
- assurer un traitement équilibré et impartial de l’information dans les médias publics, notamment la RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne).
- assurer l’accessibilité des médias publics à toutes les personnes physiques et morales ;
- assurer la couverture de toute l’étendue du territoire national par la RTI ;
- prévoir des tranches horaires dans les programmes de la RTI pour l’éducation civique et citoyenne ;
- faire des émissions dans les langues nationales pour promouvoir la paix et la cohésion sociale ;
- autoriser la réouverture de tous les médias internationaux fermés, dans le strict respect des lois nationales ;
- fermer les médias (écrits et audio-visuels) qui échappent au contrôle du CNCA et du CNP, (Conseil national de la presse) sur toute l’étendue du territoire national. Ces médias devront, avant d’émettre, se conformer aux lois et règlements en vigueur en Côte d’Ivoire ;
- accorder une plus grande représentation de la société civile dans les organes de régulation (CNCA et CNP).
I-2- Concernant les partis politiques
La CGE a déploré une radicalisation dans les discours et les comportements des partis politiques. Par conséquent, la CGE demande aux partis politiques de :
- éviter le recours aux considérations ethniques, régionales ou religieuses ;
- éviter l’usage d’armes et de la violence comme moyens d’expression et d’action ;
- éviter l’usage des moyens de l'État (finance, personnel, matériel, force publique) dans les actions ;
- faire preuve de modération dans leurs prises de position politique ;
- respecter le code de bonne conduite des partis politiques ;
- éduquer les militants à la tolérance et aux valeurs démocratiques. Enfin, la CGE demande aux deux protagonistes (MM. Gbagbo et Ouattara) d’adresser des messages d’apaisement à leurs militants qui devront être diffusés dans les médias publics.
I-3- Concernant les Forces Armées
La Convention Générale Extraordinaire déplore les attitudes partisanes et bellicistes des FDS et FAFN. Elle demande donc :
- la cessation immédiate, par les FDS (Forces de Défense et de Sécurité) et FAFN ( Forces Armées des Forces Nouvelles ), de toute hostilité, de défiance ou d’annonce d’intention d’hostilité ;
- la réactivation du Centre de Commandement Intégré (CCI) et sa dotation en moyens conséquents pour accroître son efficacité ;
- l’encadrement pacifique des marches et des manifestations conformément à la législation en vigueur ;
- la libération immédiate et sans condition du quartier général du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix) ;
- la levée immédiate du blocus de l’hôtel du Golf imposée par les FDS ;
- la cessation des rackets sur les routes, entrainant parfois les mouvements de grèves dans le secteur des transports ;
- l’arrêt immédiat dans les zones CNO (Centre, Nord et Ouest) des blocages récurrents des convois de ravitaillement du marché national en vivres et en bétail ;
- le non recours à toute intervention armée pour le règlement de la crise. Enfin, la CGE demande que les négociations pour la sortie de crise ne s’enlisent pas et qu’elles permettent un dénouement rapide.
I-4- Concernant les populations
La CGE déplore la manipulation des masses populaires par les partis politiques. Trois partis ayant réunie à eux seule 95,5% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle exercent une réelle hégémonie sur les populations. La CGE contacte qu’une telle hégémonie est de nature à entrainer par moments, à entrainer les populations dans des logiques de méfiance, d’hostilité voire de violence. Par voie de conséquence, la CGE demande :
- à la jeunesse de ne pas céder à la manipulation et de refuser de servir de chair à canon,
- aux chefs traditionnels et aux leaders religieux d’éviter les positions partisanes prise en publique,
- à la population d’utiliser les moyens d’expression démocratique (meetings et marches pacifiques) dans leurs revendications.
- à la population de respecter le droit à la différence.
- la tenue de conseils locaux dans les familles, les quartiers, les communautés etc.
- l’utilisation et la promotion des alliances inter-ethniques pour détendre l’atmosphère post-électoral actuel.
II- Au titre des propositions pour améliorer la gestion et la sécurisation des prochaines élections
La Convention Générale Extraordinaire note que des problèmes et des défaillances ont été constatés dans la gestion et la sécurisation du deuxième tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Ces problèmes et ces défaillances sont en partie responsables de l’impasse post-électoral actuel que vit le pays. En conséquence, la CGE suggère :
- la reconstitution entière de la CEI et l’administration de cette institution par la société civile.
- le remaniement partiel du Conseil Constitutionnel en vue du renforcement de sa crédibilité et de son impartialité.
- le désarmement total de tous ceux qui détiennent illégalement des armes en Côte d’Ivoire,
- la réunification effective de l’armée ivoirienne
III- Au titre du rôle de la communauté internationale et de ses rapports avec les autres acteurs.
La CGE reconnait l’importance du rôle joué par la communauté internationale dans la sortie de crise. Elle note cependant que les activités et les prérogatives de la communauté internationale sont souvent méconnues et mal comprise par les ivoiriens. La CGE suggère donc :
- que l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) poursuivre ses missions en Côte d’Ivoire, mais que celles-ci soient davantage expliquées aux populations ;
- que les forces impartiales complémentaires ne comprennent pas de ressortissants de la CEDEAO et que leur désignation soit faite en accord avec les autorités nationales ;
- que les structures internationales appuient les organisations nationales sans se substituer à elles et sans les concurrencer.
IV- Au titre du dénouement du bicéphalisme au sommet de l’État.
La CGE propose :
- la poursuite des négociations jusqu’à la fin du mois de Janvier 2011.
- En cas d’échec des négociations, propose la reprise de l’élection présidentielle conformément à l’article 64 du code électoral en ayant réuni les conditions d’une meilleure sécurisation et d’une totale transparence des élections.
- Enfin la CGE propose parallèlement aux efforts de négociation et de médiation internationale actuellement en cours, la constitution d’un groupe de médiateurs nationaux comprenant :
  • - La société civile ivoirienne,
  • - Les organisations professionnelles et syndicales,
  • - La chefferie traditionnelle,
  • - Et les confessions religieuses.
Fait à Abidjan le 06/01/2011
La Convention Générale Extraordinaire

Qu'est-ce que la CSCI ?
La Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) est une coalition organisationnelle ivoirienne créée en janvier 2003 au départ par la Ligue ivoirienne des droits de l'homme en réponse à la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire débutée en octobre 2002. Puis, elle s'est renforcée en 2005 pour représenter l'ensemble des citoyens ivoiriens. Elle a pour but de faire participer les forces vives aux objectifs de la Côte d'Ivoire, de réunir l'ensemble des ivoiriens autour du projet de la nation.

La CSCI est dotée depuis le 15 février 2008 d'une charte de 38 articles définissant la composition et le fonctionnement de la convention. La CSCI est composée de l'ensemble des organisations représentant le peuple ivoirien (centrales syndicales, ONG, partis politique, chefferies traditionnelles, organisation religieuses). Elle comprend au total 132 structures nationales.

Sa mission est de rebâtir la Côte d'Ivoire, mettre en place un nouveau contrat social, assurer la stabilité politique et une démocratie participative, et mettre en place un contrat de développement économique. Le coordonnateur de la Convention de la société civile ivoirienne est Patrick N’Gouan. Son slogan officiel est “Agir ensemble et bâtir durablement”.
Site web : http://societecivile-csci.org/

Le Bureau de Coordination et l'équipe technique de la Mission d 'observation électorale de la CSCI

jeudi 6 janvier 2011

La guerre n’est jamais la solution... même en Côte d’Ivoire

Communiqué du Mouvement de la Paix, 5/1/2011


La Côte d’Ivoire vit des heures difficiles alors que les populations ivoiriennes souffrent déjà beaucoup. La nouvelle crise issue des élections présidentielles des 31 octobre et 28 novembre, entachées de graves irrégularités, ne trouvera de sortie positive que dans le dialogue, pas dans les armes.
Fallait-il ou non organiser ces élections ? On peut aujourd’hui se poser la question. Il devient de plus en plus évident que cette élection n’a pas été préparée dans les meilleures conditions de sérénité nationale et internationale.
Qui peut donc affirmer qu’il y ait eu ou non triche ? Notamment dans les nombreux secteurs non couverts par des observateurs internationaux. La France et les grandes puissances – qui prennent fait et cause pour l’un des deux camps – prennent la terrible responsabilité de brandir une torche embrasée au-dessus d’un tonneau de poudre. Ces prises de position enveniment la situation et entretiennent le « conflit de civilisation » que nombre d’obscurantismes veulent alimenter, en Côte d’Ivoire, en France, et ailleurs.
La culture de la paix, c’est ne pas entraver, ni de près, ni de loin, la prise en mains par les Ivoiriens, de leur propre chemin vers une démocratie.
S’indigner comme le font aujourd’hui les anciennes puissances coloniales, ignorant leurs parts de responsabilités dans cette situation, n’est pas crédible. Cela participe d’une nouvelle forme de colonialisme dont le peuple Ivoirien n’a aucunement besoin.
Le Mouvement de la Paix s’inquiète des appels aux armes et des préparations d’interventions militaires, et affirme haut et fort que « la guerre n’est jamais la solution, ni en Côte d’Ivoire, ni ailleurs ». Au contraire, c’est toujours dans les situations les plus difficiles qu’il faut « oser la paix ».
Le Mouvement de la Paix met en garde contre toutes les conséquences d’un conflit militaire sur les pays voisins, notamment ceux sans accès à la mer dont le port d’Abidjan constitue une source de vie précieuse.
La seule issue durable est une issue pacifique et politique. La guerre ne résoudra rien. Elle engendrera de nouvelles frustrations et amplifiera les antagonismes, prétextes d’ingérences des grandes puissances sous couvert humanitaire. Le Mouvement de la Paix demande au gouvernement français de refuser toute escalade guerrière et de donner la priorité à une solution politique.
Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, issus de la même famille d’hommes politiques et formés aux intérêts de l’oligarchie africaine et des grandes puissances, doivent calmer le jeu et négocier un nouveau processus de consultation populaire.
La communauté internationale doit soutenir ce retour aux urnes en proposant de travailler à définir au préalable – par la concertation de toutes les parties – les conditions de la mise en œuvre d’un contrôle international non contestable. En s’appuyant sur sa charte, dans laquelle la priorité est celle des peuples, l’ONU doit retrouver son rôle de médiateur.
Le Mouvement de la Paix soutiendra en France toutes les initiatives refusant le recours à la force en Côte d’Ivoire et consulte ses partenaires pour que s’exprime haut et fort le rejet de toute intervention militaire.

Le Mouvement de la Paix
Saint Ouen, le 5 janvier 2011
Contacts :
pierre.villard[at]mvtpaix[dot]org - 06 82 92 29 46
Presse : catherine.rio[at]mvtpaix[dot]org - 01 40 12 72 35
 LE MOUVEMENT DE LA PAIX
MAISON DE LA PAIX, 9 rue Dulcie September – 93400 Saint-Ouen Tel : 01 40 12 09 12 - Fax : 01 40 11 57 87
Site web : www.mvtpaix.org - mail : national[at]mvtpaix.org
Agréé Association Nationale de la Jeunesse et d’Education Populaire

Côte d'Ivoire : Appel à la CEDEAO

« Vos peuples sont en danger. Ne vous trompez pas de guerre !»

La situation insolite et inédite de deux « Présidents » et deux « gouvernements » à la tête de la même Côte-d’Ivoire est certainement déconcertante. Mais bien plus préoccupante est la conformité de vues entre les dirigeants des pays membres de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le reste de la « communauté internationale » sur les sanctions à infliger au Président Laurent Gbagbo, dont le recours à la force, s’il refuse de céder le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara.
La CEDEAO mettra-t-elle cette dernière menace à exécution en assumant ainsi, de manière ouverte, le rôle de bras armé de l’impérialisme collectif qui se cache derrière l’appellation pompeuse et trompeuse de « communauté internationale » ?
La paix en Côte d’Ivoire et en Afrique, d’une manière générale, est au prix de la lucidité, de la solidarité et du courage politique dont nos dirigeants feront preuve dans un monde globalisé injuste et violent.
Nous tenons à rappeler aux chefs d’État africains qu’ils se trompent d’ennemi et de guerre pour les raisons suivantes, valables pour la quasi totalité de nos pays :
1 – L’échec notoire du système électoral prôné
Il y a dix ans, dans la Déclaration de Bamako sur la Démocratie, les Droits et les Libertés en date du 03 novembre 2000, les Ministres et les Chefs de délégation des États et gouvernements ayant le français en partage relevaient, en plus des « acquis indéniables », des insuffisances et des échecs qui ont pris aujourd’hui des proportions alarmantes. Ils ont pour noms : « récurrence des conflits, interruption de processus démocratiques, génocide et massacres, violations graves des droits de l’Homme, persistance de comportements freinant le développement d’une culture démocratique, manque d’indépendance de certaines institutions et contraintes de nature économique, financière et sociale, suscitant la désaffection du citoyen à l’égard du fait démocratique ».
Y a-t-il lieu d’envisager une intervention militaire en Côte d’Ivoire, au nom d’un système électoral si défaillant ?
2 – Les pièges du système néolibéral
Ce système électoral inadapté et cruellement dépendant de l’«expertise» et de financements extérieurs est au service d’un modèle économique particulièrement désastreux en Afrique. Il rime avec pillage des richesses du continent, chômage endémique, pauvreté, injustices, corruption et violences. Les taux de croissance salués par la « communauté internationale » n’ont pas d’incidence sur la situation de l’immense majorité des Africains.
Alors au nom de quel projet de société, la CEDEAO devrait-elle s’engager dans une intervention militaire en Côte d’Ivoire ?
3 – Des « démocraties » minoritaires
L’enthousiasme et les espérances que les premières élections suscitèrent ne sont plus au rendez-vous comme l’attestent les taux de participation aux élections présidentielles généralement inférieurs à 50%, sauf dans les pays en crise (Guinée, Côte d’Ivoire par exemple) où les populations caressent l’illusion d’instaurer la paix par le vote.
Au lieu du rôle de gendarme que la « communauté internationale » lui confie au risque de la discréditer, la CEDEAO ne devrait-elle pas chercher d’abord à conférer à la démocratie un sens qui réconcilie les Africains avec la politique ?
4 – Des graves régressions politiques
L’État postcolonial qui se voulait souverain est devenu l’État sous-tutelle des institutions de Bretton Woods, chargé de libéraliser, de privatiser et de gérer ensuite les conséquences sociales dramatiques de cette politique. L’impopularité des gouvernants démocratiquement élus tient en grande partie aux réformes contraignantes et souvent erronées du FMI et de la Banque mondiale qui dégagent leur responsabilité en cas de soulèvement des populations.
Faut-il que la CEDEAO, au nom d’une démocratie que les argentiers foulent au pied, ajoute davantage à l’injustice et à la souffrance du peuple ivoirien ?
5 – Dépolitisation, personnalisation et ethnicisation
Pour ou contre Untel ou Untel sont les termes de la démocratie au rabais qui est servie aux peuples mineurs que nous sommes dans l’imaginaire de l’Occident. Et, malheureusement, ça marche.
Rares sont les acteurs politiques qui se donnent la peine de familiariser l’électorat avec les enjeux économiques, pétroliers, miniers, géopolitiques et militaires qui engagent le destin de notre continent.
Qu’y a-t-il d’étonnant si à partir de ce moment les électeurs se saisissent de repères tels que l’ethnie et la religion ?
6 – L’imposture de la « communauté internationale»
On n’aura jamais autant entendu parler de la « communauté internationale » en Afrique que ces dernières semaines. Alors, le citoyen ordinaire se demande : « Qui est-elle ? »
Elle est une dangereuse construction de l’après guerre froide. Elle se pose en garant du droit international, mais ses exigences varient selon les lieux et les circonstances. Ses membres sont, entre autres…
  • - le Conseil de Sécurité, une institution non démocratique dont les résolutions sont ignorées par l’État d’Israël, protégé par les Etats-Unis,
  • - les États-Unis d’Amérique, qui ont envahi l’Irak au nom d’armes de destruction massive qui n’existaient pas,
  • - l’Union Européenne (UE), dont les desseins sont clairs à travers les Accords de Partenariat Economique (APE) qu’elle tient à imposer aux pays ACP,
  • - la France, dont les forfaits sont brillamment illustrés par le documentaire de Patrick Benquet : La Françafrique,
  • - le FMI et la Banque mondiale, qui dans un monde autre que celui-ci devraient être traduits devant la justice internationale pour crime contre l’Afrique.
Quant à l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO, leur fonctionnement est à l’image des États qui les composent : frileuses, financièrement dépendantes, elles sont plus à l’écoute des grandes puissances et des institutions de Bretton Woods que de leurs peuples, de plus en plus désemparés et en danger.
Aux conséquences incommensurables des sanctions économiques, faut-il ajouter celles désastreuses de la violence militaire en Côte d’ Ivoire?
7 – L’instrumentalisation de la souffrance et du désarroi des Africains
Les électeurs et les électrices ivoiriens et africains sont, en somme, des victimes collatérales de la guerre économique qui fait rage à l’échelle de la planète. La pauvreté que le modèle économique dominant leur impose et leur souffrance sont instrumentalisés dans le cadre d’élections dites « transparentes », « régulières » et « démocratiques » qui, comme nous l’avons déjà souligné, ne répondent en rien à leur quête légitime de dignité.
8 – L’opacité des enjeux
Personne ne peut croire un seul instant que l’auteur du discours de Dakar sur l’homme africain et père de l’immigration choisie se soucie des droits des Africains et de la démocratie en Afrique. L’ancienne puissance coloniale a surtout besoin de préserver ses intérêts en Côte d’Ivoire qui, aujourd’hui comme au lendemain des indépendances, lui sert de point d’ancrage ainsi que de tremplin dans la sous région.
Quant aux États Unis d’Amérique, une partie de la réponse à leur demande – considérable – en pétrole se trouve dans le Golfe de Guinée.
Y a-t-il un lien quelconque entre ces desseins et la démocratie que les peuples d’Afrique appellent de tous leurs vœux ?
9 – La crise systémique du capitalisme
Les dirigeants africains sont victimes du discours mensonger du « win-win » qui prétend que tout le monde peut gagner dans la mondialisation néolibérale, dont la faillite est désormais évidente. Aussi s’efforcent-ils d’entrer dans le moule préfabriqué de la « croissance accélérée », de la « bonne gouvernance », de la « démocratie », etc.
L’histoire qui est train d’être écrite à coup de larmes et de sang en Côte d’Ivoire n’est pas qu’une crise politique et institutionnelle grave, dont l’issue dépendrait des seuls acteurs ivoiriens. Elle est l’une de ces guerres de « basse intensité » que l’ordre cynique du monde impose aux peuples dominés, tout en ne jurant que par la « démocratie », les « droits de l’homme » et les « libertés ».
10 –  La crise de leadership mondial et la question de l’éthique
Face à la crise structurelle et systémique du capitalisme mondialisé, il n’y a pas d’homme providentiel en Côte-d’Ivoire, ni même aux États-Unis où l’élection de Barack Obama a pu faire croire le contraire. Le Président américain et son homologue français, Nicolas Sarkozy, qui visiblement n’ont que des certitudes quand il s’agit de la démocratie en Afrique, sont confrontés aux pires difficultés dans leurs propres pays, du fait de la nature inique de ce système économique dans lequel les africains sont embarqués à leur insu. La dé-protection de nos économies, la concurrence déloyale et surtout la mise en échec délibéré de l’État au nom de la croissance et de la compétitivité sont autant d’options qui n’ont rien d’éthique.
L’ordre actuel du monde n’a pas besoin d’Alassane Dramane Ouattara et encore moins de Laurent Gbagbo, mais des richesses et de la position géostratégique de la Côte-d’Ivoire en Afrique de l’Ouest.
Espérons que cette réalité cruelle, qui n’est un secret pour personne, contribuera à dépassionner le débat et à inciter les protagonistes de la crise ivoirienne, et de manière générale les décideurs politiques africains, à plus de lucidité et de maturité politique.

Déclaration

Face à cette offensive sans précédent de la « communauté internationale » contre un État souverain au nom de la démocratie et face à l’instrumentalisation de la CEDEAO,
Nous exprimons :
  • -      Notre solidarité avec le peuple frère et meurtri de Côte d’Ivoire qui est le véritable perdant de la « démocratie » formelle, dictatoriale et belliqueuse que les puissances occidentales imposent aux autres à coups de chantage au financement et de corruption.
  • Notre profond désaccord avec l’usage de la force contre un État souverain au mépris des vies humaines, de la cohésion sociale et la paix, déjà malmenées.
  • Notre conviction que la « communauté internationale » n’est qu’une coalition de puissances et d’intérêts qui fait la loi à travers le Conseil de Sécurité, les institutions financières et autres instances.
  • Notre désapprobation de l’alignement de l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO sur des positions compromettantes et dangereuses.
  • Notre indignation face à l’ingérence arrogante et décomplexée des Nations Unies, qui outrepassent leur rôle en Côte d’Ivoire, et face aux pressions et aux sanctions, dont celles scandaleuses du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale, qui oublient qu’ils ont une part considérable de responsabilité dans la situation dramatique de l’Afrique.
  • Notre consternation face à la violation des droits politiques des Africains, qui devraient être les seuls juges de l’état de leurs pays et de la conduite de leurs dirigeants, et face à l’infantilisation de l’électorat africain par un système qui érige le vote en une fin en soi.
  • Notre révolte face aux supercheries des puissants de ce monde, notamment la France et les États-Unis, qui inversent les rôles en Côte d’Ivoire en s’érigeant en sauveurs des peuples et faiseurs de paix, alors qu’ils sont fauteurs de guerre. L’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, pour ne citer que les faits plus récents, sont devenus de véritables bourbiers attestant que la démocratie ne s’exporte pas.
  • Notre dépit vis à vis de la Cour Pénale Internationale (CPI) qui ignore que les victimes des massacres pré et post électoraux sont d’abord des hommes et des femmes que le système, dont elle est l’une des armes, affame, exclut et tue à petit feu par millions.
  • Notre conviction que la réforme en profondeur du système des Nations Unies, que les mouvements sociaux appellent de leurs vœux, s’impose non pas seulement en termes de représentation du continent, mais d’éthique.
  • Notre conviction que la situation dramatique en Côte d’Ivoire justifie l’évaluation dans les meilleurs délais des pratiques démocratiques en Afrique.
  • Notre détermination à éveiller les consciences, notamment celles des femmes et des jeunes, de telle sorte que le vote influe sur les politiques économiques qui sont à l’origine du chômage, de la faim et de l’exil.
  • Notre volonté de faire du Forum Social Mondial (FSM) de Dakar (du 6 au 11 février 2011) le lieu par excellence de la confrontation des idées sur les alternatives au capitalisme mondialisé et destructeur.
Personne ne doit mourir en Côte d’Ivoire, ni ailleurs en Afrique, au nom d’une démocratie décrédibilisée et dévoyée parce que conçue, financée et évaluée de l’extérieur par des puissances d’argent en quête de dirigeants « sûrs ».
Alors, trêve d’ingérence, d’arrogance et d’humiliation ! Chaque peuple s’indigne, résiste et se libère en se référant à son histoire et son propre vécu des injustices et d’asservissement.
Puissent les souffrances infligées aux peuples d’Afrique servir de levain pour l’émergence de valeurs, de structures et d’institutions démocratiques, pacifiques et humanistes ici et de par le monde.

Les signataires

  • Aminata Dramane TRAORE (Forum pour un Autre Mali)
  • Demba Moussa DEMBELE (Forum Africain des Alternatives)
  • Samir AMIN (Forum du Tiers-Monde)
  • Pr Jean Bosco KONARE (Enseignant)
  • Ray LEMA (Artiste musicien)
  • Cati BENAÏNOUS
  • Ismaël DIABATE (Artiste peintre)
  • Bernard FOUNOU (Forum du Tiers-monde)
  • Nathalie M’Dela MOUNIER ( Ecrivain)
  • Antonia REIS (Interprète)
  • Clariste SOH-MOUBE (Centre Amadou Hampâté Bâ)
  • Mohamed EL BECHIR BEN ABDALLAH (Président de la Coordination des Partants Volontaires à la Retraite- CPVR)
  • Borry KANTE (au nom de toute la CPVR – 5666 adhérents)
  • Taoufik BEN ABDALLAH (Enda Tiers-Monde)
  • Patrick Anges GOGOGNON (Étudiant, candidat à la Maitrise en bioéthique, Université de Montréal)
  • Hamidou MAGASSA (CERNES)
  • Abdoulaye NIANG, Ph.D (President & Founder  The Niang Abdoulaye Foundation)
  • Karine BALLON ( Documentaliste)
  • Kakadou N’DIAYE (Universitaire)
  • Joel MARSEILLE (Enseignant)
  • Mme Chantal CAMPOS (Marchand d’Art)
  • Pierre LERAY(Éducateur retraité)
  • Mme Annouk LE FLOCH (Bibliothécaire)
  • Jacques ROCHARD (Enseignant retraité)
  • Mme Madeleine ROCHARD (Enseignante retraitée)
  • Mme Albertine COURTIADE (Professeur retraitée)
  • Latévi Georges LAWSON-BODY (Enseignant chercheur)
  • Tcherno Hamadou BOULAMA ( Journaliste)
  • Jean Prosper BOULADA (Traducteur-Interprète)
  • Me Abdoulaye SANGARE (Avocat)
  • Claire MALBOS (Artiste)
  • Boubacar COULIBALY (FORAM)
  • Ousmane AMION GUINDO (Ingénieur d’agriculture)
  • Mme Edwige KOUASSI
  • Narcisse ZAHIBO (Enseignant-chercheur)
  • Christian BENATREAU (chargé de mission)
  • Benoni Benjamin ECKONGO (Ingénieur en radioélectricité)
  • Bernard MASSART (Professeur)
  • Jean Pierre LECOMTE
  • Emmanuel Isidore BOCCO (Enseignant)
  • Dr Nathalie CALLEDE
  • Bruno ELLA-ONDO (Géopolitologue)
  • Kokouvi Edem N’TSOUKPOE (Doctorant)
  • Jacqueline PIRROTINA
  • Brou Narcisse GODRIN-KOUADIO (Ingénieur Télécoms)
  • Cloclo RENOU
  • Mme Nora PETTEX (Traductrice)
  • Orphé ADOM (Manager)
  • Stephane MALBOS (Navigant retraité)
  • Mme Lydie ROY (Référente famille)
  • Olivier VILAIN (Journaliste)
  • Mouloud MAHROUG (EDF)
  • Hervé BORDERAN (Informaticien)
  • Faustin ZE ONDO (Cadre)
  • René BEAUCHAMP
  • André LENDOYE
  • Sette DIOP (Chercheur)
  • Hervé AYRAULT (Artiste)
  • Pr. Mbuyi KABUNDA(Directeur de l´Observatoire d´Études sur les Réalités Sociales Africaines AM/FCM Madrid)
  • Edwige HAUBEKY
  • Désiré Roch BIY-NZE (Ingénieur en informatique)
  • Fausto GIUDICE (Traducteur)
  • G. TENE-SOP (Ecologue)

 Source: http://www.foram-forum-mali.org/index.php/non-classe/signez-lappel-a-la-cedeao/

mercredi 5 janvier 2011

Le CADTM : 20 ans de lutte aux côtés des exploité(e)s


Exposé de conclusion de la journée de célébration du 20e anniversaire du CADTM, réalisée à Bruxelles (Belgique) le 27 novembre 2010, par Éric Toussaint
 
Depuis 20 ans maintenant, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) s’est caractérisé par son combat contre la dette qui est utilisée par les créanciers comme un puissant instrument de domination et de pompage de richesses. Sans relâche, le CADTM a su, à partir de cette question placée au cœur de son combat, tisser des liens avec les luttes du monde entier, sur des thématiques diverses, afin de formuler une analyse globale du système capitaliste et d’avancer des alternatives.
  1. Depuis 20 ans maintenant, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) s’est caractérisé par son combat contre la dette qui est utilisée par les créanciers comme un puissant instrument de domination et de pompage de richesses. Sans relâche, le CADTM a su, à partir de cette question placée au cœur de son combat, tisser des liens avec les luttes du monde entier, sur des thématiques diverses, afin de formuler une analyse globale du système capitaliste et d’avancer des alternatives (voir la charte politique du réseau international CADTM). Vingt ans après sa création, le CADTM est aujourd’hui un réseau international horizontal présent dans plus de 30 pays répartis sur 4 continents. Voir également la charte de fonctionnement du réseau CADTM international.
     
  2. Le CADTM est convaincu qu’il n’y aura pas de changements révolutionnaires mondiaux sans une multitude de combats locaux. C’est pourquoi la dimension locale (quartier, ville, région...) est primordiale à condition qu’elle soit systématiquement reliée à la dimension internationale.
     
  3. Depuis sa création, le CADTM a mis un point d’honneur à inviter lors d’événements publics des représentant-e-s des luttes en provenance des 4 coins de la planète afin de favoriser les convergences. C’est ainsi qu’il a invité des ouvriers d’usines en grève en Belgique (par exemple, les sidérurgistes des Forges de Clabecq qui ont mené une lutte très dure et exemplaire), des représentants de la mouvance zapatiste du Mexique, Rosario Ibarra combattante mexicaine des droits humains, Vandana Shiva féministe d’Inde en pointe dans le combat écologiste, des représentants du mouvement indigène d’Equateur, du Mouvement des Sans Terre du Brésil, une multitude de militantes et militants d’Afrique, Lidy Nacpil (Philippines) et Beverly Keene (Argentine) de Jubilé Sud, Adolfo Perez Esquivel (Argentine) prix Nobel de la Paix, René Dumont agronome combattant écologiste, l’évêque Jacques Gaillot quand il a reçu un coup de crosse du Vatican pour son combat radical du côté des opprimés, Albert Jacquard généticien, Alejandro Olmos d’Argentine et bien d’autres représentants et représentantes des luttes pour un autre monde possible.

  4. A partir de l’angle d’attaque de la dette et convaincu qu’il fallait renforcer une puissante dynamique altermondialiste, le CADTM a participé très activement à la création du Forum social mondial à Porto Alegre au Brésil en 2001. Il a contribué à renforcer l’assemblée mondiale des mouvements sociaux, a participé à la fondation du Forum social de Belgique (et les organisations membres du réseau international CADTM ont fait de même dans leur pays respectif) et du Forum social européen. L’objectif poursuivi : construire des outils de transformation du monde. De ce point de vue, notre bilan est tout à fait honorable, bien qu’il y ait encore énormément de choses à faire. Il faut continuer la lutte sans relâche et avec enthousiasme.

 Discours de clôture d’Eric Toussaint
  1. Le CADTM est un mouvement social international et a, en ce sens, un fonctionnement et des objectifs différents de nombreuses ONG.

    Beaucoup d’ONG, en fonction de leur plan d’action dont dépend leur financement, changent régulièrement de thématique, passant par exemple du travail décent à la souveraineté alimentaire, de la dette du tiers-monde au changement climatique...

    Le CADTM souhaite développer une continuité de thématique tout en étant ouvert activement aux combats des autres. Le CADTM a essayé de participer à une multitude de combats tout en mettant constamment la question de la dette au centre des préoccupations des autres. L’enjeu pour le CADTM est que les autres mouvements, comme par exemple la Marche Mondiale des Femmes (MMF), intègrent la problématique de la dette dans leur thématique. Simultanément, le CADTM lui-même intègre le combat féministe dans ses propres analyses, sa pratique quotidienne et sa stratégie d’action. Ce n’est qu’un exemple, on pourrait en mentionner de nombreux autres : la participation au combat pour la justice climatique, pour la promotion des droits humains (qu’ils soient politiques, civils, économiques, sociaux ou culturel conçus comme indivisibles), pour la souveraineté alimentaire, pour la démilitarisation… j’en oublie et non des moindres. 

  2. Après toutes ces années consacrées à la lutte pour l’annulation de la dette, on s’aperçoit aujourd’hui que la question centrale dans les pays européens est la dette publique dans le sens où toutes les politiques sociales et économiques menées par les gouvernements en place prennent prétexte de l’explosion récente de la dette publique pour tenter d’imposer de véritables plans d’ajustement structurel avec leur cortège d’atteintes aux droits sociaux fondamentaux. Que l’on soit en Belgique, en Roumanie, en France, en Espagne, en Grèce, en Pologne, en Grande Bretagne, en Irlande... dans tous les pays de l’Union européenne et en dehors de celle-ci, la dette publique est devenue un thème central. La dette qui constitue une préoccupation vitale pour les populations des pays du Sud de la planète est venue aussi sur le devant de la scène dans les pays du Nord. Notre démarche qui consistait à faire converger les luttes au Nord et au Sud s’en retrouve incontestablement renforcée.
     
  3. Le CADTM a développé une expertise au service des mouvements sociaux. Beaucoup de think tank, de bureaux d’étude (même politiquement à gauche) donnent la priorité au lobbying afin d’influencer des gouvernements, des ministres, des parlementaires, les dirigeants d’institution comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. Ils produisent des recherches et des plaidoyers avec pour interlocuteurs principaux les gouvernants et les directions des institutions du pouvoir. Notre option a été de nous placer du côté des mouvements sociaux, de produire une analyse pertinente et de la mettre à la disposition des citoyennes et des citoyens de base organisés en association, la « société civile d’en bas » comme dirait François Houtart. Cela a un effet démultiplicateur car si réellement cette analyse est prise en compte par les mouvements sociaux, par la société civile d’en bas, alors cela percole vers les lieux du pouvoir car un rapport de force se constitue. Cela devient un thème qui est un centre d’intérêt de l’opinion publique, un thème de mobilisation à la base, dans la rue. Alors le pouvoir politique est obligé d’en tenir compte.
À l’occasion de l’anniversaire du CADTM, discours de François Houtart (fondateur du Centre Tricontinental et de la revue Alternatives Sud)
  1. Les institutions financières internationales (BM, FMI), quand elles invitent les ONG et d’autres composantes de la société civile, veulent juste passer devant les caméras pour faire croire qu’elles pratiquent un véritable dialogue. Les représentants des IFI adoptent un discours creux, ronflant, ils veulent donner l’impression d’avoir compris leurs erreurs, ils font leur acte de contrition et affirment qu’ils sont en train de changer leur mode d’opérer, mais en réalité ils appliquent la même logique néolibérale du tout marché et tout pour l’exportation. Le CADTM est disposé à participer à des confrontations publiques avec ces institutions afin notamment de leur demander des comptes et d’améliorer la connaissance du public en portant la contradiction par des débats publics. En revanche, le CADTM se refuse à participer à des organes de concertation permanente avec celles-ci. Le CADTM refuse d’être instrumentalisé.

  2. Le CADTM recherche l’unité entre les organisations qui travaillent sur le même thème, même si elles ont un point de vue différent. Cela vaut pour Jubilé Sud dont nous avons soutenu l’action dès sa création en 1999, cela vaut aussi pour Eurodad, basé à Bruxelles, qui donne la priorité au lobbying. Cela vaut pour Latindadd, ce réseau latino américain basé au Pérou. Cela vaut pour tous les mouvements qui agissent pour une solution au problème de la dette. Depuis 2007, nous avons contribué à mettre en place une coordination permanente entre tous les mouvements qui agissent sur la question de la dette des pays en développement, nous avons également réussi à organiser ensemble chaque année une semaine globale d’action contre la dette et les IFI. Même si nous n’avons pas exactement la même approche quant au contenu des analyses et des revendications, même si nous différons quant à la stratégie, cela ne nous a jamais empêché d’essayer de travailler ensemble, car c’est le meilleur moyen d’atteindre des résultats. Une des armes de ceux que nous combattons consiste à nous diviser, c’est pour cela qu’il faut chercher l’unité. Pas à n’importe quel prix bien sûr. Mais il faut faire des efforts extrêmement importants pour atteindre l’unité entre des mouvements différents qui agissent sur un même thème.

  3. Il faut aussi la convergence entre organisations qui travaillent sur des thématiques différentes et sont composées différemment (Via Campesina, syndicats de salariés, ATTAC...), il faut converger entre ceux et celles qui travaillent avec pour priorité la question des droits humains, les autres sur la libération des femmes, etc. Il est fondamental que les partis politiques, les mouvements sociaux, les organisations de citoyens, des ONG de gauche travaillent ensemble au changement. Dans cette perspective-là, nous avons convoqué le 29 septembre 2010 à Bruxelles une réunion de tous les mouvements sociaux, des citoyens et des partis politiques qui sont prêts à affronter en Europe l’utilisation de la dette publique comme prétexte pour mettre en place des plans d’austérité. Des partis politiques et des mouvements sociaux d’orientations différentes se sont mis autour de la table afin notamment de convoquer en 2011 une grande conférence européenne contre la dette et les politiques d’austérité. Il faut aussi bien sûr l’unité entre les peuples du Nord et du Sud de la planète, c’est le cœur de notre démarche. Le CADTM déploie beaucoup d’énergie afin de faire entendre au Nord, les voix du Sud, Les Autres Voix de la Planète.
     
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À l’occasion des 20 ans du CADTM, un hommage a été rendu à Denise Comanne (1949-2010), co- fondatrice du CADTM, féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat et à Jos Geudens (1947-2010), co-fondateur du CADTM.
  1. Dans ce monde capitaliste globalisé, une série de peuples dont la boussole, les valeurs de vie et la vision du monde ne sont pas le tout au marché, la priorité à la propriété privée et l’accumulation de richesses personnelles se sont fait entendre grâce à leur action résolue en faveur du rejet du capitalisme et des politiques néolibérales extractivistes. C’est le cas notamment des peuples originaires, les populations indigènes d’Amérique latine par exemple Y compris au Nord, des collectivités ont maintenu, face à la logique capitaliste, un autre type d’options. Des secteurs de la population, notamment dans la jeunesse, cherchent par des luttes et leur mode de vie à rompre avec la logique productiviste capitaliste. On pourrait aussi mentionner les réseaux d’économie solidaire, d’échanges de services. L’autre monde possible pour lequel nous agissons est basé partiellement là-dessus. Bien sûr, pour réaliser concrètement cet autre monde possible, il faut une authentique révolution à tous les niveaux.
     
  2. Au delà de l’action de conscientisation, notre travail a-t-il était utile ? La réponse est affirmative. Nous avons contribué très concrètement à la réalisation de l’audit de la dette équatorienne en 2007-2008, à partir du moment où le gouvernement de ce pays a décidé de poser un acte unilatéral souverain pour trouver un début de solution au problème du remboursement de la dette qui représentait alors 38% du budget de l’Etat. Nous avons été en ce sens très utile, puisqu’une partie de la dette de l’Équateur a été éliminée pour un montant de 3,2 milliards de dollars (plus les intérêts qui restaient à payer jusqu’en 2030). Nous avons contribué, certes modestement, à ce que la nouvelle Constitution de l’Équateur contienne toute une série d’articles pour empêcher que se perpétue la question de la dépendance à l’égard de la dette publique. Un peu auparavant, nous avions contribué à ce que le Paraguay décide de répudier une dette illégale contractée auprès de banques suisses. Le CADTM a également contribué par ses conseils à la mise en place d’une Banque du Sud entre 7 pays d’Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Uruguay, Venezuela) dont l’activité devrait prochainement débuter. On le voit, lorsque des gouvernements progressistes nous ont demandé notre concours, nous avons été prêts à prendre nos responsabilités. Cela ne nous a jamais empêchés d’exprimer des critiques à leur égard. De plus, le CADTM a développé une expertise sur la dette et ses alternatives qui permet à toute organisation ou à tout gouvernement qui souhaite lutter réellement contre la dette de trouver des outils déjà prêts dans ce but.
     
  3. Le CADTM a une boussole, un critère fondamental : être toujours et partout du côté de celles et de ceux qui sont exploité-e-s ou opprimé-e-s. Notre critère fondamental dans toutes les actions que nous entreprenons, y compris quand nous envisageons d’apporter notre soutien à certains gouvernements de gauche comme c’est le cas en Amérique latine, est : cela vient-il en aide à celles et ceux qui sont exploités pour progresser vers leur émancipation ? Si la réponse est positive, alors nous fonçons à leurs côtés !
Source :  CADTM