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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)

jeudi 20 janvier 2011

Palabres africaines à Montpellier : 1ère rencontre le 1er février 2011

En collaboration avec les associations SURVIE LR et la CASE présente :
LES PALABRES AFRICAINES
UNE SÉRIE DE QUATRE PROJECTIONS – DÉBATS  sur
 L’HISTOIRE DE L’AFRIQUE
Épisode 1 
De la conférence de Berlin à la veille des indépendances : entre stratégies coloniales et résistances africaines
MARDI 1ER FÉVRIER 2011 à 18 heures
Espace Martin Luther KING (TRAMS CORUM)
27 Boulevard Louis BLANC MONTPELLIER 
Projection de la première partie de la série
AFRIQUE(S), Une autre histoire du 20ème siècle
d’Alain Ferrari et Jean-Baptiste Péretié:
Le crépuscule de l’homme blanc (1885-1944)
 suivie d’un débat participatif

Plus d’informations : case2004m@voila.fr    urbattitud@gmail.com
 
LA DÉMARCHE
Ces rendez-vous mensuels (de janvier à avril) nous permettront de replonger dans les méandres de l’histoire du continent noir, afin de donner au public intéressé l’opportunité de partager, discuter et échanger des points de vue et autres connaissances sur l’Afrique mais aussi au-delà, sur la diaspora noire d’une manière plus générale.
Cette démarche initiée par le Collectif du 10 mai de Montpellier pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage vise à contribuer à une meilleure connaissance de l’histoire et de l’évolution du continent noir en cette année 2011 déclarée par l’UNESCO année des ascendances africaines.
De cet élan ressortent deux intérêts majeurs. Celui de remettre l’histoire au cœur du débat dans le but de mieux comprendre les enjeux géopolitiques du monde d’aujourd’hui.
 Les problèmes de transition démocratique dans certains pays en sont les exemples les plus patents et aussi les plus épatants.
Le second intérêt repose sur l’idée de mettre en place à Montpellier une dynamique de rencontres, échanges et débats autour de thèmes variés qui ont pour finalité de redorer le blason de l’histoire de l’Afrique si souvent mal comprise ou tout simplement ignorée. Ville pionnière dans l’organisation de la marche commémorative de l’abolition de l’esclavage, notre volonté consiste à faire que Montpellier «la surdouée», à l’instar d’autres villes françaises,  soit au rendez-vous en cette période de la quête de la vérité historique. A cet effet nous souhaitons nous appuyer sur ce qui a toujours fait partie de l’identité de notre cité à savoir : la présence et l’apport de la matière grise dans toutes ses évolutions. 
À travers la ville, il est important de souligner l’action notoire et significative des structures associatives comme Solidarité DOM/TOM, Ti’ CONODO, la CASE, TROUBAD’OC, METISS KA, KARAKWELA, ORGANISATION POUR LA DEFENSE DES DROITS DE L’ENFANT, LES AMIS DES ENFANTS D’HAÏTI  et plus récemment SURVIE LR qui, en compagnie du Collectif, n’ont ménagé aucun effort depuis 2006 pour faire du 10 mai une date symbole, bien riche en évènements (veillée mémorielle, concerts de musique, gospel, conférences, expositions, marche etc.).
Le partage de nos connaissances constituera durant toute cette période notre fil directeur. Dans cette perspective, l’apport de toutes les bonnes volontés est le bienvenu.
Ce chapelet d’évènements sera une sorte de rampe de lancement qui nous plongera directement vers les activités organisées autour du 10 mai pour célébrer la commémoration de l’abolition de l’esclavage.

Le Collectif du 10 mai de Montpellier pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage

lundi 10 janvier 2011

Côte d'Ivoire : comment sortir de la crise ? Les propositions de la société civile ivoirienne

Nous  versons ce document au débat sur la crise en Côte d'Ivoire, même si nous n'en partageons pas tous les points. Survie exige notamment le départ de la force militaire française Licorne, ce qui n'est pas le cas des auteurs de cette déclaration, la Convention de la société civile ivoirienne (voir ci-dessous), qui méritent d'être entendus.


CONVENTION GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE
SUR LA SORTIE DE CRISE

5 ET 6 JANVIER 2011

COMMUNIQUÉ FINAL

La Convention de la Société Civile Ivoirienne a tenu sa deuxième Convention Générale Extraordinaire les 05 et 06 janvier 2011 à la Bibliothèque Nationale en présence de 64 organisations membres sur la centaine que compte la CSCI. L’objectif principal est de proposer des solutions pouvant aider à sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse post -électorale actuelle. Les propositions portent sur quatre préoccupations majeures : l’apaisement du climat social, une meilleure sécurisation des prochaines élections (législatives, municipales et régionales), une meilleure appréhension du rôle de la communauté internationale en Côte d’Ivoire dans la sortie de crise et la contribution au dénouement de l’impasse du bicéphalisme au sommet de l’État.
I –Au titre de l’apaisement du climat social post-électoral
La Convention Générale Extraordinaire a noté que les principales sources des tensions politiques et sociales sont les médias, les partis politiques, les forces armées et les populations. A cet effet, la CGE fait les recommandations suivantes :
I-1- Concernant les médias
Le pays n’étant pas en guerre, la raison d’État invoquée pour confisquer les médias publics à des fins de propagande au profit d’un seul camp est inopportune. Les dispositions suivantes devront être prises avec urgence :
- amener les organes de régulation, notamment le Conseil National de la Communication Audiovisuelle (CNCA), à faire leur travail avec beaucoup plus de rigueur, de vigilance et de professionnalisme ;
- arrêter la propagande politique et la diffusion de messages de haine et de violence dans les médias publics ;
- assurer un traitement équilibré et impartial de l’information dans les médias publics, notamment la RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne).
- assurer l’accessibilité des médias publics à toutes les personnes physiques et morales ;
- assurer la couverture de toute l’étendue du territoire national par la RTI ;
- prévoir des tranches horaires dans les programmes de la RTI pour l’éducation civique et citoyenne ;
- faire des émissions dans les langues nationales pour promouvoir la paix et la cohésion sociale ;
- autoriser la réouverture de tous les médias internationaux fermés, dans le strict respect des lois nationales ;
- fermer les médias (écrits et audio-visuels) qui échappent au contrôle du CNCA et du CNP, (Conseil national de la presse) sur toute l’étendue du territoire national. Ces médias devront, avant d’émettre, se conformer aux lois et règlements en vigueur en Côte d’Ivoire ;
- accorder une plus grande représentation de la société civile dans les organes de régulation (CNCA et CNP).
I-2- Concernant les partis politiques
La CGE a déploré une radicalisation dans les discours et les comportements des partis politiques. Par conséquent, la CGE demande aux partis politiques de :
- éviter le recours aux considérations ethniques, régionales ou religieuses ;
- éviter l’usage d’armes et de la violence comme moyens d’expression et d’action ;
- éviter l’usage des moyens de l'État (finance, personnel, matériel, force publique) dans les actions ;
- faire preuve de modération dans leurs prises de position politique ;
- respecter le code de bonne conduite des partis politiques ;
- éduquer les militants à la tolérance et aux valeurs démocratiques. Enfin, la CGE demande aux deux protagonistes (MM. Gbagbo et Ouattara) d’adresser des messages d’apaisement à leurs militants qui devront être diffusés dans les médias publics.
I-3- Concernant les Forces Armées
La Convention Générale Extraordinaire déplore les attitudes partisanes et bellicistes des FDS et FAFN. Elle demande donc :
- la cessation immédiate, par les FDS (Forces de Défense et de Sécurité) et FAFN ( Forces Armées des Forces Nouvelles ), de toute hostilité, de défiance ou d’annonce d’intention d’hostilité ;
- la réactivation du Centre de Commandement Intégré (CCI) et sa dotation en moyens conséquents pour accroître son efficacité ;
- l’encadrement pacifique des marches et des manifestations conformément à la législation en vigueur ;
- la libération immédiate et sans condition du quartier général du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix) ;
- la levée immédiate du blocus de l’hôtel du Golf imposée par les FDS ;
- la cessation des rackets sur les routes, entrainant parfois les mouvements de grèves dans le secteur des transports ;
- l’arrêt immédiat dans les zones CNO (Centre, Nord et Ouest) des blocages récurrents des convois de ravitaillement du marché national en vivres et en bétail ;
- le non recours à toute intervention armée pour le règlement de la crise. Enfin, la CGE demande que les négociations pour la sortie de crise ne s’enlisent pas et qu’elles permettent un dénouement rapide.
I-4- Concernant les populations
La CGE déplore la manipulation des masses populaires par les partis politiques. Trois partis ayant réunie à eux seule 95,5% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle exercent une réelle hégémonie sur les populations. La CGE contacte qu’une telle hégémonie est de nature à entrainer par moments, à entrainer les populations dans des logiques de méfiance, d’hostilité voire de violence. Par voie de conséquence, la CGE demande :
- à la jeunesse de ne pas céder à la manipulation et de refuser de servir de chair à canon,
- aux chefs traditionnels et aux leaders religieux d’éviter les positions partisanes prise en publique,
- à la population d’utiliser les moyens d’expression démocratique (meetings et marches pacifiques) dans leurs revendications.
- à la population de respecter le droit à la différence.
- la tenue de conseils locaux dans les familles, les quartiers, les communautés etc.
- l’utilisation et la promotion des alliances inter-ethniques pour détendre l’atmosphère post-électoral actuel.
II- Au titre des propositions pour améliorer la gestion et la sécurisation des prochaines élections
La Convention Générale Extraordinaire note que des problèmes et des défaillances ont été constatés dans la gestion et la sécurisation du deuxième tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Ces problèmes et ces défaillances sont en partie responsables de l’impasse post-électoral actuel que vit le pays. En conséquence, la CGE suggère :
- la reconstitution entière de la CEI et l’administration de cette institution par la société civile.
- le remaniement partiel du Conseil Constitutionnel en vue du renforcement de sa crédibilité et de son impartialité.
- le désarmement total de tous ceux qui détiennent illégalement des armes en Côte d’Ivoire,
- la réunification effective de l’armée ivoirienne
III- Au titre du rôle de la communauté internationale et de ses rapports avec les autres acteurs.
La CGE reconnait l’importance du rôle joué par la communauté internationale dans la sortie de crise. Elle note cependant que les activités et les prérogatives de la communauté internationale sont souvent méconnues et mal comprise par les ivoiriens. La CGE suggère donc :
- que l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) poursuivre ses missions en Côte d’Ivoire, mais que celles-ci soient davantage expliquées aux populations ;
- que les forces impartiales complémentaires ne comprennent pas de ressortissants de la CEDEAO et que leur désignation soit faite en accord avec les autorités nationales ;
- que les structures internationales appuient les organisations nationales sans se substituer à elles et sans les concurrencer.
IV- Au titre du dénouement du bicéphalisme au sommet de l’État.
La CGE propose :
- la poursuite des négociations jusqu’à la fin du mois de Janvier 2011.
- En cas d’échec des négociations, propose la reprise de l’élection présidentielle conformément à l’article 64 du code électoral en ayant réuni les conditions d’une meilleure sécurisation et d’une totale transparence des élections.
- Enfin la CGE propose parallèlement aux efforts de négociation et de médiation internationale actuellement en cours, la constitution d’un groupe de médiateurs nationaux comprenant :
  • - La société civile ivoirienne,
  • - Les organisations professionnelles et syndicales,
  • - La chefferie traditionnelle,
  • - Et les confessions religieuses.
Fait à Abidjan le 06/01/2011
La Convention Générale Extraordinaire

Qu'est-ce que la CSCI ?
La Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) est une coalition organisationnelle ivoirienne créée en janvier 2003 au départ par la Ligue ivoirienne des droits de l'homme en réponse à la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire débutée en octobre 2002. Puis, elle s'est renforcée en 2005 pour représenter l'ensemble des citoyens ivoiriens. Elle a pour but de faire participer les forces vives aux objectifs de la Côte d'Ivoire, de réunir l'ensemble des ivoiriens autour du projet de la nation.

La CSCI est dotée depuis le 15 février 2008 d'une charte de 38 articles définissant la composition et le fonctionnement de la convention. La CSCI est composée de l'ensemble des organisations représentant le peuple ivoirien (centrales syndicales, ONG, partis politique, chefferies traditionnelles, organisation religieuses). Elle comprend au total 132 structures nationales.

Sa mission est de rebâtir la Côte d'Ivoire, mettre en place un nouveau contrat social, assurer la stabilité politique et une démocratie participative, et mettre en place un contrat de développement économique. Le coordonnateur de la Convention de la société civile ivoirienne est Patrick N’Gouan. Son slogan officiel est “Agir ensemble et bâtir durablement”.
Site web : http://societecivile-csci.org/

Le Bureau de Coordination et l'équipe technique de la Mission d 'observation électorale de la CSCI

jeudi 6 janvier 2011

La guerre n’est jamais la solution... même en Côte d’Ivoire

Communiqué du Mouvement de la Paix, 5/1/2011


La Côte d’Ivoire vit des heures difficiles alors que les populations ivoiriennes souffrent déjà beaucoup. La nouvelle crise issue des élections présidentielles des 31 octobre et 28 novembre, entachées de graves irrégularités, ne trouvera de sortie positive que dans le dialogue, pas dans les armes.
Fallait-il ou non organiser ces élections ? On peut aujourd’hui se poser la question. Il devient de plus en plus évident que cette élection n’a pas été préparée dans les meilleures conditions de sérénité nationale et internationale.
Qui peut donc affirmer qu’il y ait eu ou non triche ? Notamment dans les nombreux secteurs non couverts par des observateurs internationaux. La France et les grandes puissances – qui prennent fait et cause pour l’un des deux camps – prennent la terrible responsabilité de brandir une torche embrasée au-dessus d’un tonneau de poudre. Ces prises de position enveniment la situation et entretiennent le « conflit de civilisation » que nombre d’obscurantismes veulent alimenter, en Côte d’Ivoire, en France, et ailleurs.
La culture de la paix, c’est ne pas entraver, ni de près, ni de loin, la prise en mains par les Ivoiriens, de leur propre chemin vers une démocratie.
S’indigner comme le font aujourd’hui les anciennes puissances coloniales, ignorant leurs parts de responsabilités dans cette situation, n’est pas crédible. Cela participe d’une nouvelle forme de colonialisme dont le peuple Ivoirien n’a aucunement besoin.
Le Mouvement de la Paix s’inquiète des appels aux armes et des préparations d’interventions militaires, et affirme haut et fort que « la guerre n’est jamais la solution, ni en Côte d’Ivoire, ni ailleurs ». Au contraire, c’est toujours dans les situations les plus difficiles qu’il faut « oser la paix ».
Le Mouvement de la Paix met en garde contre toutes les conséquences d’un conflit militaire sur les pays voisins, notamment ceux sans accès à la mer dont le port d’Abidjan constitue une source de vie précieuse.
La seule issue durable est une issue pacifique et politique. La guerre ne résoudra rien. Elle engendrera de nouvelles frustrations et amplifiera les antagonismes, prétextes d’ingérences des grandes puissances sous couvert humanitaire. Le Mouvement de la Paix demande au gouvernement français de refuser toute escalade guerrière et de donner la priorité à une solution politique.
Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, issus de la même famille d’hommes politiques et formés aux intérêts de l’oligarchie africaine et des grandes puissances, doivent calmer le jeu et négocier un nouveau processus de consultation populaire.
La communauté internationale doit soutenir ce retour aux urnes en proposant de travailler à définir au préalable – par la concertation de toutes les parties – les conditions de la mise en œuvre d’un contrôle international non contestable. En s’appuyant sur sa charte, dans laquelle la priorité est celle des peuples, l’ONU doit retrouver son rôle de médiateur.
Le Mouvement de la Paix soutiendra en France toutes les initiatives refusant le recours à la force en Côte d’Ivoire et consulte ses partenaires pour que s’exprime haut et fort le rejet de toute intervention militaire.

Le Mouvement de la Paix
Saint Ouen, le 5 janvier 2011
Contacts :
pierre.villard[at]mvtpaix[dot]org - 06 82 92 29 46
Presse : catherine.rio[at]mvtpaix[dot]org - 01 40 12 72 35
 LE MOUVEMENT DE LA PAIX
MAISON DE LA PAIX, 9 rue Dulcie September – 93400 Saint-Ouen Tel : 01 40 12 09 12 - Fax : 01 40 11 57 87
Site web : www.mvtpaix.org - mail : national[at]mvtpaix.org
Agréé Association Nationale de la Jeunesse et d’Education Populaire

Côte d'Ivoire : Appel à la CEDEAO

« Vos peuples sont en danger. Ne vous trompez pas de guerre !»

La situation insolite et inédite de deux « Présidents » et deux « gouvernements » à la tête de la même Côte-d’Ivoire est certainement déconcertante. Mais bien plus préoccupante est la conformité de vues entre les dirigeants des pays membres de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et le reste de la « communauté internationale » sur les sanctions à infliger au Président Laurent Gbagbo, dont le recours à la force, s’il refuse de céder le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara.
La CEDEAO mettra-t-elle cette dernière menace à exécution en assumant ainsi, de manière ouverte, le rôle de bras armé de l’impérialisme collectif qui se cache derrière l’appellation pompeuse et trompeuse de « communauté internationale » ?
La paix en Côte d’Ivoire et en Afrique, d’une manière générale, est au prix de la lucidité, de la solidarité et du courage politique dont nos dirigeants feront preuve dans un monde globalisé injuste et violent.
Nous tenons à rappeler aux chefs d’État africains qu’ils se trompent d’ennemi et de guerre pour les raisons suivantes, valables pour la quasi totalité de nos pays :
1 – L’échec notoire du système électoral prôné
Il y a dix ans, dans la Déclaration de Bamako sur la Démocratie, les Droits et les Libertés en date du 03 novembre 2000, les Ministres et les Chefs de délégation des États et gouvernements ayant le français en partage relevaient, en plus des « acquis indéniables », des insuffisances et des échecs qui ont pris aujourd’hui des proportions alarmantes. Ils ont pour noms : « récurrence des conflits, interruption de processus démocratiques, génocide et massacres, violations graves des droits de l’Homme, persistance de comportements freinant le développement d’une culture démocratique, manque d’indépendance de certaines institutions et contraintes de nature économique, financière et sociale, suscitant la désaffection du citoyen à l’égard du fait démocratique ».
Y a-t-il lieu d’envisager une intervention militaire en Côte d’Ivoire, au nom d’un système électoral si défaillant ?
2 – Les pièges du système néolibéral
Ce système électoral inadapté et cruellement dépendant de l’«expertise» et de financements extérieurs est au service d’un modèle économique particulièrement désastreux en Afrique. Il rime avec pillage des richesses du continent, chômage endémique, pauvreté, injustices, corruption et violences. Les taux de croissance salués par la « communauté internationale » n’ont pas d’incidence sur la situation de l’immense majorité des Africains.
Alors au nom de quel projet de société, la CEDEAO devrait-elle s’engager dans une intervention militaire en Côte d’Ivoire ?
3 – Des « démocraties » minoritaires
L’enthousiasme et les espérances que les premières élections suscitèrent ne sont plus au rendez-vous comme l’attestent les taux de participation aux élections présidentielles généralement inférieurs à 50%, sauf dans les pays en crise (Guinée, Côte d’Ivoire par exemple) où les populations caressent l’illusion d’instaurer la paix par le vote.
Au lieu du rôle de gendarme que la « communauté internationale » lui confie au risque de la discréditer, la CEDEAO ne devrait-elle pas chercher d’abord à conférer à la démocratie un sens qui réconcilie les Africains avec la politique ?
4 – Des graves régressions politiques
L’État postcolonial qui se voulait souverain est devenu l’État sous-tutelle des institutions de Bretton Woods, chargé de libéraliser, de privatiser et de gérer ensuite les conséquences sociales dramatiques de cette politique. L’impopularité des gouvernants démocratiquement élus tient en grande partie aux réformes contraignantes et souvent erronées du FMI et de la Banque mondiale qui dégagent leur responsabilité en cas de soulèvement des populations.
Faut-il que la CEDEAO, au nom d’une démocratie que les argentiers foulent au pied, ajoute davantage à l’injustice et à la souffrance du peuple ivoirien ?
5 – Dépolitisation, personnalisation et ethnicisation
Pour ou contre Untel ou Untel sont les termes de la démocratie au rabais qui est servie aux peuples mineurs que nous sommes dans l’imaginaire de l’Occident. Et, malheureusement, ça marche.
Rares sont les acteurs politiques qui se donnent la peine de familiariser l’électorat avec les enjeux économiques, pétroliers, miniers, géopolitiques et militaires qui engagent le destin de notre continent.
Qu’y a-t-il d’étonnant si à partir de ce moment les électeurs se saisissent de repères tels que l’ethnie et la religion ?
6 – L’imposture de la « communauté internationale»
On n’aura jamais autant entendu parler de la « communauté internationale » en Afrique que ces dernières semaines. Alors, le citoyen ordinaire se demande : « Qui est-elle ? »
Elle est une dangereuse construction de l’après guerre froide. Elle se pose en garant du droit international, mais ses exigences varient selon les lieux et les circonstances. Ses membres sont, entre autres…
  • - le Conseil de Sécurité, une institution non démocratique dont les résolutions sont ignorées par l’État d’Israël, protégé par les Etats-Unis,
  • - les États-Unis d’Amérique, qui ont envahi l’Irak au nom d’armes de destruction massive qui n’existaient pas,
  • - l’Union Européenne (UE), dont les desseins sont clairs à travers les Accords de Partenariat Economique (APE) qu’elle tient à imposer aux pays ACP,
  • - la France, dont les forfaits sont brillamment illustrés par le documentaire de Patrick Benquet : La Françafrique,
  • - le FMI et la Banque mondiale, qui dans un monde autre que celui-ci devraient être traduits devant la justice internationale pour crime contre l’Afrique.
Quant à l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO, leur fonctionnement est à l’image des États qui les composent : frileuses, financièrement dépendantes, elles sont plus à l’écoute des grandes puissances et des institutions de Bretton Woods que de leurs peuples, de plus en plus désemparés et en danger.
Aux conséquences incommensurables des sanctions économiques, faut-il ajouter celles désastreuses de la violence militaire en Côte d’ Ivoire?
7 – L’instrumentalisation de la souffrance et du désarroi des Africains
Les électeurs et les électrices ivoiriens et africains sont, en somme, des victimes collatérales de la guerre économique qui fait rage à l’échelle de la planète. La pauvreté que le modèle économique dominant leur impose et leur souffrance sont instrumentalisés dans le cadre d’élections dites « transparentes », « régulières » et « démocratiques » qui, comme nous l’avons déjà souligné, ne répondent en rien à leur quête légitime de dignité.
8 – L’opacité des enjeux
Personne ne peut croire un seul instant que l’auteur du discours de Dakar sur l’homme africain et père de l’immigration choisie se soucie des droits des Africains et de la démocratie en Afrique. L’ancienne puissance coloniale a surtout besoin de préserver ses intérêts en Côte d’Ivoire qui, aujourd’hui comme au lendemain des indépendances, lui sert de point d’ancrage ainsi que de tremplin dans la sous région.
Quant aux États Unis d’Amérique, une partie de la réponse à leur demande – considérable – en pétrole se trouve dans le Golfe de Guinée.
Y a-t-il un lien quelconque entre ces desseins et la démocratie que les peuples d’Afrique appellent de tous leurs vœux ?
9 – La crise systémique du capitalisme
Les dirigeants africains sont victimes du discours mensonger du « win-win » qui prétend que tout le monde peut gagner dans la mondialisation néolibérale, dont la faillite est désormais évidente. Aussi s’efforcent-ils d’entrer dans le moule préfabriqué de la « croissance accélérée », de la « bonne gouvernance », de la « démocratie », etc.
L’histoire qui est train d’être écrite à coup de larmes et de sang en Côte d’Ivoire n’est pas qu’une crise politique et institutionnelle grave, dont l’issue dépendrait des seuls acteurs ivoiriens. Elle est l’une de ces guerres de « basse intensité » que l’ordre cynique du monde impose aux peuples dominés, tout en ne jurant que par la « démocratie », les « droits de l’homme » et les « libertés ».
10 –  La crise de leadership mondial et la question de l’éthique
Face à la crise structurelle et systémique du capitalisme mondialisé, il n’y a pas d’homme providentiel en Côte-d’Ivoire, ni même aux États-Unis où l’élection de Barack Obama a pu faire croire le contraire. Le Président américain et son homologue français, Nicolas Sarkozy, qui visiblement n’ont que des certitudes quand il s’agit de la démocratie en Afrique, sont confrontés aux pires difficultés dans leurs propres pays, du fait de la nature inique de ce système économique dans lequel les africains sont embarqués à leur insu. La dé-protection de nos économies, la concurrence déloyale et surtout la mise en échec délibéré de l’État au nom de la croissance et de la compétitivité sont autant d’options qui n’ont rien d’éthique.
L’ordre actuel du monde n’a pas besoin d’Alassane Dramane Ouattara et encore moins de Laurent Gbagbo, mais des richesses et de la position géostratégique de la Côte-d’Ivoire en Afrique de l’Ouest.
Espérons que cette réalité cruelle, qui n’est un secret pour personne, contribuera à dépassionner le débat et à inciter les protagonistes de la crise ivoirienne, et de manière générale les décideurs politiques africains, à plus de lucidité et de maturité politique.

Déclaration

Face à cette offensive sans précédent de la « communauté internationale » contre un État souverain au nom de la démocratie et face à l’instrumentalisation de la CEDEAO,
Nous exprimons :
  • -      Notre solidarité avec le peuple frère et meurtri de Côte d’Ivoire qui est le véritable perdant de la « démocratie » formelle, dictatoriale et belliqueuse que les puissances occidentales imposent aux autres à coups de chantage au financement et de corruption.
  • Notre profond désaccord avec l’usage de la force contre un État souverain au mépris des vies humaines, de la cohésion sociale et la paix, déjà malmenées.
  • Notre conviction que la « communauté internationale » n’est qu’une coalition de puissances et d’intérêts qui fait la loi à travers le Conseil de Sécurité, les institutions financières et autres instances.
  • Notre désapprobation de l’alignement de l’Union Africaine (UA) et la CEDEAO sur des positions compromettantes et dangereuses.
  • Notre indignation face à l’ingérence arrogante et décomplexée des Nations Unies, qui outrepassent leur rôle en Côte d’Ivoire, et face aux pressions et aux sanctions, dont celles scandaleuses du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale, qui oublient qu’ils ont une part considérable de responsabilité dans la situation dramatique de l’Afrique.
  • Notre consternation face à la violation des droits politiques des Africains, qui devraient être les seuls juges de l’état de leurs pays et de la conduite de leurs dirigeants, et face à l’infantilisation de l’électorat africain par un système qui érige le vote en une fin en soi.
  • Notre révolte face aux supercheries des puissants de ce monde, notamment la France et les États-Unis, qui inversent les rôles en Côte d’Ivoire en s’érigeant en sauveurs des peuples et faiseurs de paix, alors qu’ils sont fauteurs de guerre. L’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan, pour ne citer que les faits plus récents, sont devenus de véritables bourbiers attestant que la démocratie ne s’exporte pas.
  • Notre dépit vis à vis de la Cour Pénale Internationale (CPI) qui ignore que les victimes des massacres pré et post électoraux sont d’abord des hommes et des femmes que le système, dont elle est l’une des armes, affame, exclut et tue à petit feu par millions.
  • Notre conviction que la réforme en profondeur du système des Nations Unies, que les mouvements sociaux appellent de leurs vœux, s’impose non pas seulement en termes de représentation du continent, mais d’éthique.
  • Notre conviction que la situation dramatique en Côte d’Ivoire justifie l’évaluation dans les meilleurs délais des pratiques démocratiques en Afrique.
  • Notre détermination à éveiller les consciences, notamment celles des femmes et des jeunes, de telle sorte que le vote influe sur les politiques économiques qui sont à l’origine du chômage, de la faim et de l’exil.
  • Notre volonté de faire du Forum Social Mondial (FSM) de Dakar (du 6 au 11 février 2011) le lieu par excellence de la confrontation des idées sur les alternatives au capitalisme mondialisé et destructeur.
Personne ne doit mourir en Côte d’Ivoire, ni ailleurs en Afrique, au nom d’une démocratie décrédibilisée et dévoyée parce que conçue, financée et évaluée de l’extérieur par des puissances d’argent en quête de dirigeants « sûrs ».
Alors, trêve d’ingérence, d’arrogance et d’humiliation ! Chaque peuple s’indigne, résiste et se libère en se référant à son histoire et son propre vécu des injustices et d’asservissement.
Puissent les souffrances infligées aux peuples d’Afrique servir de levain pour l’émergence de valeurs, de structures et d’institutions démocratiques, pacifiques et humanistes ici et de par le monde.

Les signataires

  • Aminata Dramane TRAORE (Forum pour un Autre Mali)
  • Demba Moussa DEMBELE (Forum Africain des Alternatives)
  • Samir AMIN (Forum du Tiers-Monde)
  • Pr Jean Bosco KONARE (Enseignant)
  • Ray LEMA (Artiste musicien)
  • Cati BENAÏNOUS
  • Ismaël DIABATE (Artiste peintre)
  • Bernard FOUNOU (Forum du Tiers-monde)
  • Nathalie M’Dela MOUNIER ( Ecrivain)
  • Antonia REIS (Interprète)
  • Clariste SOH-MOUBE (Centre Amadou Hampâté Bâ)
  • Mohamed EL BECHIR BEN ABDALLAH (Président de la Coordination des Partants Volontaires à la Retraite- CPVR)
  • Borry KANTE (au nom de toute la CPVR – 5666 adhérents)
  • Taoufik BEN ABDALLAH (Enda Tiers-Monde)
  • Patrick Anges GOGOGNON (Étudiant, candidat à la Maitrise en bioéthique, Université de Montréal)
  • Hamidou MAGASSA (CERNES)
  • Abdoulaye NIANG, Ph.D (President & Founder  The Niang Abdoulaye Foundation)
  • Karine BALLON ( Documentaliste)
  • Kakadou N’DIAYE (Universitaire)
  • Joel MARSEILLE (Enseignant)
  • Mme Chantal CAMPOS (Marchand d’Art)
  • Pierre LERAY(Éducateur retraité)
  • Mme Annouk LE FLOCH (Bibliothécaire)
  • Jacques ROCHARD (Enseignant retraité)
  • Mme Madeleine ROCHARD (Enseignante retraitée)
  • Mme Albertine COURTIADE (Professeur retraitée)
  • Latévi Georges LAWSON-BODY (Enseignant chercheur)
  • Tcherno Hamadou BOULAMA ( Journaliste)
  • Jean Prosper BOULADA (Traducteur-Interprète)
  • Me Abdoulaye SANGARE (Avocat)
  • Claire MALBOS (Artiste)
  • Boubacar COULIBALY (FORAM)
  • Ousmane AMION GUINDO (Ingénieur d’agriculture)
  • Mme Edwige KOUASSI
  • Narcisse ZAHIBO (Enseignant-chercheur)
  • Christian BENATREAU (chargé de mission)
  • Benoni Benjamin ECKONGO (Ingénieur en radioélectricité)
  • Bernard MASSART (Professeur)
  • Jean Pierre LECOMTE
  • Emmanuel Isidore BOCCO (Enseignant)
  • Dr Nathalie CALLEDE
  • Bruno ELLA-ONDO (Géopolitologue)
  • Kokouvi Edem N’TSOUKPOE (Doctorant)
  • Jacqueline PIRROTINA
  • Brou Narcisse GODRIN-KOUADIO (Ingénieur Télécoms)
  • Cloclo RENOU
  • Mme Nora PETTEX (Traductrice)
  • Orphé ADOM (Manager)
  • Stephane MALBOS (Navigant retraité)
  • Mme Lydie ROY (Référente famille)
  • Olivier VILAIN (Journaliste)
  • Mouloud MAHROUG (EDF)
  • Hervé BORDERAN (Informaticien)
  • Faustin ZE ONDO (Cadre)
  • René BEAUCHAMP
  • André LENDOYE
  • Sette DIOP (Chercheur)
  • Hervé AYRAULT (Artiste)
  • Pr. Mbuyi KABUNDA(Directeur de l´Observatoire d´Études sur les Réalités Sociales Africaines AM/FCM Madrid)
  • Edwige HAUBEKY
  • Désiré Roch BIY-NZE (Ingénieur en informatique)
  • Fausto GIUDICE (Traducteur)
  • G. TENE-SOP (Ecologue)

 Source: http://www.foram-forum-mali.org/index.php/non-classe/signez-lappel-a-la-cedeao/

mercredi 5 janvier 2011

Le CADTM : 20 ans de lutte aux côtés des exploité(e)s


Exposé de conclusion de la journée de célébration du 20e anniversaire du CADTM, réalisée à Bruxelles (Belgique) le 27 novembre 2010, par Éric Toussaint
 
Depuis 20 ans maintenant, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) s’est caractérisé par son combat contre la dette qui est utilisée par les créanciers comme un puissant instrument de domination et de pompage de richesses. Sans relâche, le CADTM a su, à partir de cette question placée au cœur de son combat, tisser des liens avec les luttes du monde entier, sur des thématiques diverses, afin de formuler une analyse globale du système capitaliste et d’avancer des alternatives.
  1. Depuis 20 ans maintenant, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) s’est caractérisé par son combat contre la dette qui est utilisée par les créanciers comme un puissant instrument de domination et de pompage de richesses. Sans relâche, le CADTM a su, à partir de cette question placée au cœur de son combat, tisser des liens avec les luttes du monde entier, sur des thématiques diverses, afin de formuler une analyse globale du système capitaliste et d’avancer des alternatives (voir la charte politique du réseau international CADTM). Vingt ans après sa création, le CADTM est aujourd’hui un réseau international horizontal présent dans plus de 30 pays répartis sur 4 continents. Voir également la charte de fonctionnement du réseau CADTM international.
     
  2. Le CADTM est convaincu qu’il n’y aura pas de changements révolutionnaires mondiaux sans une multitude de combats locaux. C’est pourquoi la dimension locale (quartier, ville, région...) est primordiale à condition qu’elle soit systématiquement reliée à la dimension internationale.
     
  3. Depuis sa création, le CADTM a mis un point d’honneur à inviter lors d’événements publics des représentant-e-s des luttes en provenance des 4 coins de la planète afin de favoriser les convergences. C’est ainsi qu’il a invité des ouvriers d’usines en grève en Belgique (par exemple, les sidérurgistes des Forges de Clabecq qui ont mené une lutte très dure et exemplaire), des représentants de la mouvance zapatiste du Mexique, Rosario Ibarra combattante mexicaine des droits humains, Vandana Shiva féministe d’Inde en pointe dans le combat écologiste, des représentants du mouvement indigène d’Equateur, du Mouvement des Sans Terre du Brésil, une multitude de militantes et militants d’Afrique, Lidy Nacpil (Philippines) et Beverly Keene (Argentine) de Jubilé Sud, Adolfo Perez Esquivel (Argentine) prix Nobel de la Paix, René Dumont agronome combattant écologiste, l’évêque Jacques Gaillot quand il a reçu un coup de crosse du Vatican pour son combat radical du côté des opprimés, Albert Jacquard généticien, Alejandro Olmos d’Argentine et bien d’autres représentants et représentantes des luttes pour un autre monde possible.

  4. A partir de l’angle d’attaque de la dette et convaincu qu’il fallait renforcer une puissante dynamique altermondialiste, le CADTM a participé très activement à la création du Forum social mondial à Porto Alegre au Brésil en 2001. Il a contribué à renforcer l’assemblée mondiale des mouvements sociaux, a participé à la fondation du Forum social de Belgique (et les organisations membres du réseau international CADTM ont fait de même dans leur pays respectif) et du Forum social européen. L’objectif poursuivi : construire des outils de transformation du monde. De ce point de vue, notre bilan est tout à fait honorable, bien qu’il y ait encore énormément de choses à faire. Il faut continuer la lutte sans relâche et avec enthousiasme.

 Discours de clôture d’Eric Toussaint
  1. Le CADTM est un mouvement social international et a, en ce sens, un fonctionnement et des objectifs différents de nombreuses ONG.

    Beaucoup d’ONG, en fonction de leur plan d’action dont dépend leur financement, changent régulièrement de thématique, passant par exemple du travail décent à la souveraineté alimentaire, de la dette du tiers-monde au changement climatique...

    Le CADTM souhaite développer une continuité de thématique tout en étant ouvert activement aux combats des autres. Le CADTM a essayé de participer à une multitude de combats tout en mettant constamment la question de la dette au centre des préoccupations des autres. L’enjeu pour le CADTM est que les autres mouvements, comme par exemple la Marche Mondiale des Femmes (MMF), intègrent la problématique de la dette dans leur thématique. Simultanément, le CADTM lui-même intègre le combat féministe dans ses propres analyses, sa pratique quotidienne et sa stratégie d’action. Ce n’est qu’un exemple, on pourrait en mentionner de nombreux autres : la participation au combat pour la justice climatique, pour la promotion des droits humains (qu’ils soient politiques, civils, économiques, sociaux ou culturel conçus comme indivisibles), pour la souveraineté alimentaire, pour la démilitarisation… j’en oublie et non des moindres. 

  2. Après toutes ces années consacrées à la lutte pour l’annulation de la dette, on s’aperçoit aujourd’hui que la question centrale dans les pays européens est la dette publique dans le sens où toutes les politiques sociales et économiques menées par les gouvernements en place prennent prétexte de l’explosion récente de la dette publique pour tenter d’imposer de véritables plans d’ajustement structurel avec leur cortège d’atteintes aux droits sociaux fondamentaux. Que l’on soit en Belgique, en Roumanie, en France, en Espagne, en Grèce, en Pologne, en Grande Bretagne, en Irlande... dans tous les pays de l’Union européenne et en dehors de celle-ci, la dette publique est devenue un thème central. La dette qui constitue une préoccupation vitale pour les populations des pays du Sud de la planète est venue aussi sur le devant de la scène dans les pays du Nord. Notre démarche qui consistait à faire converger les luttes au Nord et au Sud s’en retrouve incontestablement renforcée.
     
  3. Le CADTM a développé une expertise au service des mouvements sociaux. Beaucoup de think tank, de bureaux d’étude (même politiquement à gauche) donnent la priorité au lobbying afin d’influencer des gouvernements, des ministres, des parlementaires, les dirigeants d’institution comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. Ils produisent des recherches et des plaidoyers avec pour interlocuteurs principaux les gouvernants et les directions des institutions du pouvoir. Notre option a été de nous placer du côté des mouvements sociaux, de produire une analyse pertinente et de la mettre à la disposition des citoyennes et des citoyens de base organisés en association, la « société civile d’en bas » comme dirait François Houtart. Cela a un effet démultiplicateur car si réellement cette analyse est prise en compte par les mouvements sociaux, par la société civile d’en bas, alors cela percole vers les lieux du pouvoir car un rapport de force se constitue. Cela devient un thème qui est un centre d’intérêt de l’opinion publique, un thème de mobilisation à la base, dans la rue. Alors le pouvoir politique est obligé d’en tenir compte.
À l’occasion de l’anniversaire du CADTM, discours de François Houtart (fondateur du Centre Tricontinental et de la revue Alternatives Sud)
  1. Les institutions financières internationales (BM, FMI), quand elles invitent les ONG et d’autres composantes de la société civile, veulent juste passer devant les caméras pour faire croire qu’elles pratiquent un véritable dialogue. Les représentants des IFI adoptent un discours creux, ronflant, ils veulent donner l’impression d’avoir compris leurs erreurs, ils font leur acte de contrition et affirment qu’ils sont en train de changer leur mode d’opérer, mais en réalité ils appliquent la même logique néolibérale du tout marché et tout pour l’exportation. Le CADTM est disposé à participer à des confrontations publiques avec ces institutions afin notamment de leur demander des comptes et d’améliorer la connaissance du public en portant la contradiction par des débats publics. En revanche, le CADTM se refuse à participer à des organes de concertation permanente avec celles-ci. Le CADTM refuse d’être instrumentalisé.

  2. Le CADTM recherche l’unité entre les organisations qui travaillent sur le même thème, même si elles ont un point de vue différent. Cela vaut pour Jubilé Sud dont nous avons soutenu l’action dès sa création en 1999, cela vaut aussi pour Eurodad, basé à Bruxelles, qui donne la priorité au lobbying. Cela vaut pour Latindadd, ce réseau latino américain basé au Pérou. Cela vaut pour tous les mouvements qui agissent pour une solution au problème de la dette. Depuis 2007, nous avons contribué à mettre en place une coordination permanente entre tous les mouvements qui agissent sur la question de la dette des pays en développement, nous avons également réussi à organiser ensemble chaque année une semaine globale d’action contre la dette et les IFI. Même si nous n’avons pas exactement la même approche quant au contenu des analyses et des revendications, même si nous différons quant à la stratégie, cela ne nous a jamais empêché d’essayer de travailler ensemble, car c’est le meilleur moyen d’atteindre des résultats. Une des armes de ceux que nous combattons consiste à nous diviser, c’est pour cela qu’il faut chercher l’unité. Pas à n’importe quel prix bien sûr. Mais il faut faire des efforts extrêmement importants pour atteindre l’unité entre des mouvements différents qui agissent sur un même thème.

  3. Il faut aussi la convergence entre organisations qui travaillent sur des thématiques différentes et sont composées différemment (Via Campesina, syndicats de salariés, ATTAC...), il faut converger entre ceux et celles qui travaillent avec pour priorité la question des droits humains, les autres sur la libération des femmes, etc. Il est fondamental que les partis politiques, les mouvements sociaux, les organisations de citoyens, des ONG de gauche travaillent ensemble au changement. Dans cette perspective-là, nous avons convoqué le 29 septembre 2010 à Bruxelles une réunion de tous les mouvements sociaux, des citoyens et des partis politiques qui sont prêts à affronter en Europe l’utilisation de la dette publique comme prétexte pour mettre en place des plans d’austérité. Des partis politiques et des mouvements sociaux d’orientations différentes se sont mis autour de la table afin notamment de convoquer en 2011 une grande conférence européenne contre la dette et les politiques d’austérité. Il faut aussi bien sûr l’unité entre les peuples du Nord et du Sud de la planète, c’est le cœur de notre démarche. Le CADTM déploie beaucoup d’énergie afin de faire entendre au Nord, les voix du Sud, Les Autres Voix de la Planète.
     
À l’occasion des 20 ans du CADTM, un hommage a été rendu à Denise Comanne (1949-2010), co- fondatrice du CADTM, féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat et à Jos Geudens (1947-2010), co-fondateur du CADTM.
  1. Dans ce monde capitaliste globalisé, une série de peuples dont la boussole, les valeurs de vie et la vision du monde ne sont pas le tout au marché, la priorité à la propriété privée et l’accumulation de richesses personnelles se sont fait entendre grâce à leur action résolue en faveur du rejet du capitalisme et des politiques néolibérales extractivistes. C’est le cas notamment des peuples originaires, les populations indigènes d’Amérique latine par exemple Y compris au Nord, des collectivités ont maintenu, face à la logique capitaliste, un autre type d’options. Des secteurs de la population, notamment dans la jeunesse, cherchent par des luttes et leur mode de vie à rompre avec la logique productiviste capitaliste. On pourrait aussi mentionner les réseaux d’économie solidaire, d’échanges de services. L’autre monde possible pour lequel nous agissons est basé partiellement là-dessus. Bien sûr, pour réaliser concrètement cet autre monde possible, il faut une authentique révolution à tous les niveaux.
     
  2. Au delà de l’action de conscientisation, notre travail a-t-il était utile ? La réponse est affirmative. Nous avons contribué très concrètement à la réalisation de l’audit de la dette équatorienne en 2007-2008, à partir du moment où le gouvernement de ce pays a décidé de poser un acte unilatéral souverain pour trouver un début de solution au problème du remboursement de la dette qui représentait alors 38% du budget de l’Etat. Nous avons été en ce sens très utile, puisqu’une partie de la dette de l’Équateur a été éliminée pour un montant de 3,2 milliards de dollars (plus les intérêts qui restaient à payer jusqu’en 2030). Nous avons contribué, certes modestement, à ce que la nouvelle Constitution de l’Équateur contienne toute une série d’articles pour empêcher que se perpétue la question de la dépendance à l’égard de la dette publique. Un peu auparavant, nous avions contribué à ce que le Paraguay décide de répudier une dette illégale contractée auprès de banques suisses. Le CADTM a également contribué par ses conseils à la mise en place d’une Banque du Sud entre 7 pays d’Amérique latine (Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Paraguay, Uruguay, Venezuela) dont l’activité devrait prochainement débuter. On le voit, lorsque des gouvernements progressistes nous ont demandé notre concours, nous avons été prêts à prendre nos responsabilités. Cela ne nous a jamais empêchés d’exprimer des critiques à leur égard. De plus, le CADTM a développé une expertise sur la dette et ses alternatives qui permet à toute organisation ou à tout gouvernement qui souhaite lutter réellement contre la dette de trouver des outils déjà prêts dans ce but.
     
  3. Le CADTM a une boussole, un critère fondamental : être toujours et partout du côté de celles et de ceux qui sont exploité-e-s ou opprimé-e-s. Notre critère fondamental dans toutes les actions que nous entreprenons, y compris quand nous envisageons d’apporter notre soutien à certains gouvernements de gauche comme c’est le cas en Amérique latine, est : cela vient-il en aide à celles et ceux qui sont exploités pour progresser vers leur émancipation ? Si la réponse est positive, alors nous fonçons à leurs côtés !
Source :  CADTM

lundi 3 janvier 2011

Les élections de Côte d’Ivoire : Chronique d’un échec annoncé

Libre Opinion de Pierre Sané parue dans mo5-togo.com du 26/12/2010
Pierre Sané est né en 1949 au Sénégal. Il a été Secrétaire Général d’Amnesty International de 1992 à 2001 et sous-directeur général de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines de 2001 à 2010. 
Ce devait être des élections qui allaient permettre de mettre fin à la crise, de tourner enfin la page du legs de Félix Houphouët-Boigny et d’engager la Côte d’Ivoire sur le chemin de la paix et du développement. Cela aura été en tous les cas les élections africaines les plus longuement et méticuleusement préparées qui ont impliqué depuis les accords de Marcoussis en janvier 2003 (1) un nombre impressionnant d’acteurs :
le pouvoir, la rébellion armée, les partis politiques ivoiriens, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine, la France, l’Union européenne, la Francophonie, les Nations Unies sans oublier les médiateurs successifs (le Togolais Gnassingbé Eyadema, le Sud-africain Thabo Mbeki et le Burkinabè Blaise Compaoré...). Du jamais vu en Afrique !
Le processus électoral avait fait l’objet d’un consensus laborieux entre toutes les parties prenantes même si à chaque étape il y avait eu des dérapages. Des audiences foraines au recensement de la population, de la constitution du fichier électoral à la délivrance de cartes d’identité nationale, de la constitution puis reconstitution de la Commission électorale indépendante à la distribution des cartes d’électeurs, l’ensemble du processus élaboré et mis en œuvre par le pouvoir, l’opposition et les rebelles sous la supervision sourcilleuse de la communauté internationale était censé délivrer un résultat incontesté. Un code de bonne conduite avait même été élaboré par les partis politiques au-delà de la loi électorale et de la Constitution pour s’assurer du respect des règles par tous les acteurs de la compétition électorale… Cerise sur le gâteau, il était fait appel aux Nations Unies pour certifier l’ensemble du processus… Du jamais vu en Afrique !
Ainsi après le premier tour tous s’accordaient pour valider la sincérité du scrutin et les deux candidats s’engageaient à respecter le verdict des urnes au second tour. Mais voilà qu’à l’arrivée on se retrouve avec deux vainqueurs. Un échec et une impasse qui risquent de plonger le pays dans une guerre civile plus dévastatrice encore que celle qu’il a connue de 2002 à 2005. Et au bout du compte, quel que soit le vainqueur, ce dernier risque de gouverner pendant longtemps contre une moitié du pays. Que s’est-il passé ? Pourquoi en est-on arrivé là et comment en sortir ? Au-delà des jugements à l’emporte-pièce, des prises de position partiales, instructions péremptoires et menaces, il est important de dégager un post mortem objectif afin de servir de leçon pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique.
Observateur impartial et objectif de la scène politique ivoirienne et conscient que même si on se réclame du panafricanisme on ne saurait s’adjuger le droit de donner des instructions aux dirigeants ivoiriens surtout dans une Afrique où les conflits internes sont complexes et où la manipulation des processus électoraux est plus la règle qu’autre chose. De ce qui devait être des élections «parfaites» jusqu’au blocage actuel j’ai identifié quatre anomalies/erreurs qui ont à mon avis entrainé des dysfonctionnements menant à l’échec programmé du processus. Cet échec est bien sûr à mettre au passif de tous les acteurs impliqués qu’ils soient nationaux ou internationaux.
La première anomalie a trait au non-respect des accords signés qui prévoyaient notamment un cadre et un échéancier pour l’organisation et la tenue pacifiques des élections présidentielles. Ces modalités ont été stipulées dans le 4e Accord complémentaire à l’Accord politique de Ouagadougou (2) qui dresse un canevas pour les opérations de démobilisation, de désarmement et de stockage des armes, précise les conditions de restauration de l’appareil d’État et de son administration dans le pays tout en prévoyant la sortie de la crise.
Ainsi l’Accord complémentaire, dans son Article 3, stipule «.. afin de favoriser l'organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du CCI [Centre de commandement intégré] et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex combattants des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle. »
L’Accord complémentaire prévoit également le regroupement et le cantonnement des forces rebelles, le démantèlement des milices, le paiement de primes de démobilisation le tout « devant être achevé au plus tard deux mois avant les élections présidentielles. » En outre l’article 8 du même Accord complémentaire reconnaît «  que la non réunification du pays et les lenteurs accusées dans la normalisation institutionnelle et politique constituent de sérieux obstacles à l'organisation d'élections justes, transparentes et démocratiques. »
Il apparaît que les clauses ci-dessus, absolument essentielles à la tenue d’élections ouvertes, n’ont pas été respectées, les rebelles refusant de désarmer et rendant aléatoire le redéploiement de l’administration et la récupération par l’Etat de ses recettes fiscales et douanières. Or l’expérience récente (Irak, Afghanistan) a montré qu’il était illusoire de prétendre tenir des élections libres et transparentes dans des zones contrôlées par des rebelles en armes.
Pourquoi la communauté internationale n’a-t-elle pas exigé des rebelles qu’ils se conforment à l’Accord politique de Ouagadougou et ses quatre Accords complémentaires qu’ils ont eux-mêmes signés ? Pourquoi le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a-t-il pas donné instruction aux rebelles de désarmer tel que prévu dans l’Accord de Ouagadougou que le Conseil a entériné ? Pourquoi le Facilitateur parrain du processus de Ouagadougou Blaise Compaoré n’a-t-il pas exercé les pressions nécessaires pour faire respecter cette clause essentielle ? Et enfin pourquoi les rebelles et leur chef politique, le Premier Ministre Guillaume Soro, ont-ils refusé de désarmer alors qu’ils étaient signataires de l’Accord ?
Ce manquement primordial au processus électoral élaboré laborieusement ouvrait fatalement la possibilité de violences et d’intimidations dans des zones contrôlées de fait par des groupes d’opposition armés dans le Centre, dans le Nord et dans l’Ouest du pays. Le fait que ces violences aient pu entacher la régularité du scrutin a été apprécié différemment par le Conseil constitutionnel et par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire créant ainsi une nouvelle crise.
La deuxième anomalie à mon avis tient à la composition et au mode de fonctionnement de la Commission électorale indépendante (CEI). Prêtant serment au palais présidentiel le 25 février 2010 devant le Conseil Constitutionnel et en présence du représentant du Facilitateur et du représentant des Nations Unies, ses membres s’étaient « engagés à remplir leur mission dans le respect de la Constitution et en toute impartialité ».
Or cette Commission est composée de 31 membres dont 11 représentant les corps constitués et 20 venant des partis politiques et groupes rebelles. Fait probablement unique en Afrique sur les 20 représentants des partis politiques et groupes rebelles dans la Commission, l’opposition compte 18 représentants et le parti au pouvoir 2 ! A supposer même que les représentants des corps constitués (11) soient tous proches du pouvoir, cela ne ferait jamais que 13 en face de 18. En quelque sorte la Commission « indépendante » est bel et bien contrôlée par l’opposition ! D’ailleurs son Président est un membre éminent de la coalition de l’opposition et ancien ministre PDCI dans le gouvernement Gbagbo. Fait curieux, tous ces membres ont été nommés par décret présidentiel ! Et parmi les 18 membres de l’opposition, on en retrouve 6 qui représentent 3 groupes rebelles (MPCI, MPIGO et MJP) ayant depuis longtemps fusionné dans les Forces nouvelles, et 8 issus de 4 partis politiques d’opposition (PIT, UDPCI, MFA et UDCY) dont le score combiné au 1er tour de la présidentielle s’est élevé à 3,5% des voix exprimées, les 4 autres représentant le RDR et le PDCI…Du jamais vu en Afrique … ou ailleurs !
Et pourtant la loi électorale promulguée en 2001 ne prévoyait que « deux  représentants de chaque parti ou groupement politique ayant au moins un Député à l'Assemblée Nationale ou ayant remporté au moins une élection municipale » (3).
C’est qu’entre-temps il y a eu une tentative de coup d’Etat, une rébellion armée, l’envoi par la France et les Nations Unies de forces d’interposition et le début du ballet politico diplomatique menant de Marcoussis à Ouagadougou en passant par Accra et Pretoria. C’est à Marcoussis qu’une telle composition de la Commission a été concoctée au mépris de la Constitution ivoirienne adoptée deux ans plus tôt par une large majorité des Ivoiriens et au mépris des règles d’équité les plus élémentaires.
En plus de cette composition pour le moins insolite (et sans doute pour en atténuer un peu les conséquences) on y ajoute une modalité de prise de décision qui va nécessairement mener au blocage : le consensus. Ce blocage a découlé du différend concernant le sort à réserver aux résultats  de plusieurs  départements dans le Nord du pays, de l’opportunité de prononcer des résultats provisoires compte tenu du manque de consensus et du dessaisissement de la Commission électorale par le Conseil constitutionnel. C’est suite à ce dessaisissement que le Président de la CEI, membre de l’opposition, a procédé dans la précipitation et la plus grande confusion à une déclaration de résultats provisoires non consolidés et encore moins validés par l’ensemble des commissaires centraux de la CEI et, fait inédit, depuis le QG de campagne du candidat de l’opposition, en d’autres termes de son candidat !
Auparavant une image avait fait le tour du monde, celle de papiers arrachés et déchirés des mains du porte-parole de la CEI, membre de l’opposition. L’auteur de cet acte, commissaire central de la CEI et représentant le ministre de l’Intérieur, a déclaré à la presse pour justifier son acte : « Le mode opératoire que nous avons adopté de façon consensuelle est qu’avant que les résultats ne soient rendus publics, ils ont besoin d’être consolidés en Commission centrale. Ce dont il s’agit, c’est que M. Bamba Yacouba a agi en violation flagrante du mode opératoire unanimement admis par la CEI. »
Il est donc avéré que la Commission électorale n’a pas respecté son serment d’impartialité et de respect de la Constitution. Mais pouvait-il en être autrement au vu de sa composition, de son mode opératoire et des enjeux ? Peut-on être à la fois juge et partie ? Pourquoi devrait on estimer que les résultats collatés et promulgués par le seul Président de la Commission (la Commission n’ayant pas statue à ce jour) reflètent fidèlement le souhait de la majorité des électeurs ? Et surtout pourquoi avoir impose une telle composition de commission électorale ?
En tout état de cause l’ordonnance de 2008 portant ajustement au code électoral pour les élections de sortie de crise indique que la proclamation définitive des résultats relève de la compétence exclusive du Conseil constitutionnel, la proclamation des résultats provisoires par la CEI ne constituant qu’une étape dans le processus électoral. Et c’est là que survient à mon avis la 3e erreur. Elle est due à la précipitation du Conseil constitutionnel. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause sa légitimité ou la légalité de son action. Comme partout ailleurs sa composition et ses attributions sont fixées par la Constitution. Et comme partout ailleurs son Président est nommé par le chef de l’exécutif. L’argument selon lequel son Président serait un proche du Président de la République n’est donc pas recevable. C’est la même chose partout.
Comme partout ailleurs le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire est juge de la constitutionnalité des lois. II « contrôle la régularité des opérations de référendum et de l’élection des représentants du peuple » (4). Il « statue sur l’éligibilité des candidats aux élections présidentielle et législative, les contestations relatives à l’élection du Président de la République et des députés. Le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs des élections présidentielles (5) ». C’est fort de ce mandat que le Conseil constitutionnel a procédé à l’annulation du scrutin dans 7 départements (sur les 8 contestés) sur la base de l’examen des 5 requêtes introduites par le candidat Laurent Gbagbo au sujet d’irrégularités ayant trait « à l’absence de ses représentants et délégués dans les bureaux de vote ; au bourrage d’urnes ; au transport des procès-verbaux par des personnes non autorisées ; à l’empêchement de vote des électeurs ; à l’absence d’isoloirs ; et à la majoration des suffrages exprimés ».
Sur la base des éléments de preuve soumis en appui des requêtes le Conseil constitutionnel a procédé à l’annulation du scrutin des départements incriminés et procédé au redressement des résultats aboutissant à la proclamation de Laurent Gbagbo comme vainqueur.
Toutefois, puisque comme partout ailleurs la décision du Conseil constitutionnel est finale et sans recours et compte tenu des circonstances exceptionnelles pourquoi le Conseil n’a t’il pas pris le temps d’enquêter plus à fond sur les requêtes déposées par le candidat Laurent Gbagbo et peut-être même solliciter du candidat Alassane Ouattara un dépôt de requêtes quitte à faire une exception sur le non-respect des délais ? De même  pourquoi n’a t’il pas ordonné la reprise des élections dans les départements incriminés en sollicitant par le biais du Gouvernement les forces armées et les forces des Nations Unies pour assurer la sécurité dans les bureaux de vote de ces 7 départements?
Toujours est-il que cela demeure une décision de la justice suprême du pays qu’il ne nous appartient pas ici de remettre en cause tout comme cela s’est passé dans nombre d’autres élections africaines et même ailleurs (par exemple lors du face-à-face George W. Bush Al Gore aux Etats-Unis). Je peux comprendre que la rapidité choisie avait pour but de contrer l’action du Président de la Commission électorale mais cela a inévitablement créé une suspicion de partialité.
La dernière précipitation et anomalie ont été bien sûr la certification des résultats par le Représentant des Nations Unies.

Lors d’une conférence de presse tenue à Abidjan le 12 novembre 2010, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, Choi Young Jin, avait certifié les résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle tenue le 31 octobre 2010, six jours après leur proclamation par le Conseil constitutionnel. S’appuyant sur les cinq critères cadres de la certification (paix, inclusivité, accès aux médias d’Etat, liste électorale définitive et résultats), le chef de l’ONUCI avait estimé que le premier tour de l’élection présidentielle avait eu lieu dans « un environnement globalement pacifique et sécurisé, malgré des incidents isolés, notamment des actes d’intimidation et d’obstruction à la liberté de mouvement dans certaines régions. »
Pour la première fois de son histoire l’ONU se voyait conférer un tel rôle (ndlr, c'est le MO5-Togo.com qui souligne) . A la suite des Accords de Pretoria (2005)(6) le Conseil de sécurité dans sa résolution n°1765 (7) avait confié au Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies le mandat de certification exercé à titre exclusif et personnel. La résolution précise que « le Certificateur doit sauvegarder les résultats légitimes avec engagement, honneur et détermination. Il veillera à ce que les résultats soient respectés ; que le vainqueur soit celui qui a gagné les élections ; que les résultats ne fassent l’objet ni de contestations non démocratiques, ni de compromissions. »
Reposant sur le respect des critères cadres ci-dessus la certification confiée au Représentant spécial du Secrétaire général comprend donc les différentes étapes du processus électoral, la sauvegarde des « résultats légitimes » et la prévention de « contestations non démocratiques ». La question essentielle à laquelle il convient donc de répondre est bien celle de la signification du terme « résultats légitimes ». S’agit-il des résultats provisoires ? Ou des résultats définitifs ? Des résultats proclamés par la Commission électorale indépendante ou de ceux proclamés par le Conseil constitutionnel ?
Est légitime ce qui est conforme à la loi. Et dans ce cas d’espèce la légitimité des résultats découle comme dans toute démocratie de l’organe qui confère la légitimation à savoir le Conseil constitutionnel. Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies aurait donc dû travailler sur les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et décider ou non de les certifier comme cela a été le cas lors du premier tour. En cas de désaccord persistant il aurait pu procéder à la vérification détaillée des critères d’annulation mis en avant par le Conseil constitutionnel et évaluer leur force de justification et même demander, compte tenu des circonstances exceptionnelles, que Alassane Ouattara puisse soumettre des « contestations démocratiques » et ensuite transmettre un rapport au Conseil de sécurité.
Il n’y a pas d’élections « parfaites », ni en Afrique ni ailleurs. Et personne ne peut en outre prétendre aujourd’hui savoir pour sûr qui a gagné les élections présidentielles et surtout si les requêtes déposées étaient valables ou non. Voilà pourquoi un organe judiciaire est celui à qui la loi confère l’autorité en dernier ressort de trancher et de décider du résultat final du scrutin. En Afrique il y a eu au cours de ces dix dernières années maintes contestations de résultats d’élections. Seules les décisions prises par les organes judiciaires suprêmes ont conféré la victoire à l’un des candidats. Cela aurait donc dû être le cas également en Côte d’Ivoire, à moins de récuser la légitimité de son Conseil constitutionnel ce qui serait contraire à l’ensemble des résolutions du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire qui commencent toutes par : « Réaffirmant son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire, et rappelant l’importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale ». La supervision exercée par les Nations Unies ne suspend en aucune manière la Constitution ivoirienne.
La précipitation du Certificateur à déclarer un vainqueur a certainement contribué à l’impasse actuelle contrairement à ce qui s’est passé en Guinée où les différents organes ont pris le temps nécessaire ce qui a permis d’apaiser les tensions.
Tous ces dysfonctionnements ont précipité la Côte d’Ivoire au bord de la guerre civile et l’urgence aujourd’hui est  d’abord de la prévenir.
Comment en sortir ?
Depuis l’arrivée au pouvoir du FPI en 2000, force est de constater que ce parti n’a jamais pu gouverner sereinement la Côte d’Ivoire. Victime d’un coup d’Etat avorté suivi d’une rébellion armée qui a abouti à une partition de fait depuis 2002, le régime s’est vu imposer par la communauté internationale un partage du pouvoir qui a amené ses opposants et même les rebelles à exercer une partie du pouvoir y compris le contrôle de la Commission électorale et donc du processus électoral.
Au lieu de sanctionner les rebelles et leurs soutiens on leur a offert des strapontins ministériels en imposant des Premiers ministres successifs jusqu'à installer le chef des rebelles au poste de Premier ministre (censé être neutre pendant les élections présidentielles a venir). Ce qu’ils n’ont pas réussi à obtenir par les armes la communauté internationale le leur a offert sur un plateau d’argent sans pour autant obtenir en contrepartie le désarmement et la réunification du pays !
Il est donc compréhensible que la moitié du pays qui a soutenu le Président Laurent Gbagbo ait une légitime attitude de ras-le-bol et de défiance vis-à-vis de cette même communauté internationale qui s’est empressée de reconnaître des résultats provisoires faisant fi du processus démocratique et des règles constitutionnelles du pays. Les instructions et injonctions ne feront que cristalliser la déchirure qui continue à frapper le pays. Quant a une intervention armée, quelque soit le prétexte utilisé elle aurait des conséquences incalculables pour toute la région. Et même si in fine Alassane Ouattara venait à exercer le pouvoir, il le ferait contre la moitié du pays et sur un pays dévasté.
Ce qui s’impose donc c’est manifestement le dialogue politique, mais cette fois-ci un dialogue politique direct sans intermédiaires ni accompagnateurs. Qu’on laisse enfin les Ivoiriens régler leurs problèmes !
Aujourd’hui il leur appartient à eux seuls de décider des voies de sortie de crise et surtout de la gestion future des ressources du pays et notamment des réserves substantielles de pétrole qui alimentent bien des convoitises comme partout ailleurs en Afrique.(8)
En attendant l’issue de la crise une attention particulière doit être impérativement accordée à la prévention de la violence des deux côtés et à s’assurer que toute allégation de violation de droits humains fasse l’objet d’enquêtes judiciaires nationales impartiales et de sanctions rapides et appropriées. En effet Il serait naïf de penser dans une situation pareille que les violences signalées ne viennent que d’un camp. Il n’y a pas en l’espèce d’un côté les « bons » et de l’autre les « méchants ». Il y a une lutte pour le pouvoir en Afrique aujourd’hui, qui au-delà des clivages nationaux ethniques et religieux apparents oppose surtout deux projets de société qui pour faire simple voient s’affronter des dirigeants tenants d’un libéralisme mondialisé a d’autres  qui adhèrent à un panafricanisme souverain et socialisant.
Au moment où l’on commémore les 50 ans d’indépendance, tous les Africains doivent garder les yeux ouverts sur les véritables enjeux de ce qui se passe actuellement en Côte d’Ivoire. La naïveté passe 50 ans est impardonnable !
 (1)Accord de Marcoussis (France) de 2003
(2)Accord de Ouagadougou (Burkina Faso) de 2007
(3)Article 5 de la loi n° 2001-634 du 9 octobre 2001 portant composition, organisation, attributions et fonctionnement de la Commission électorale indépendante.
(4) Article 32 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire.
(5) Article 94 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire.
(6)Accords de Pretoria (Afrique du Sud) de 2005
(7) Résolution n° 1765 adoptée par le Conseil de sécurité le 16 juillet 2007.
(8) « C’est une zone prometteuse dont les objectifs géologiques s'apparentent aux découvertes importantes réalisées sur les permis voisins au Ghana », confie Marc Blaizot, directeur géosciences de la branche exploration et production de Total. Dans l’état actuel des connaissances, les réserves pourraient atteindre jusqu’à 1,5 milliard de barils. » Jeune Afrique.com, 23 octobre 2010.