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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)
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jeudi 24 avril 2014

Intervenir en Afrique : le Sommet UE-Afrique et les plans militaires allemands

par German-Foreign-Policy.com, 2/4/2014. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Afrikanische Interventionen: EU-Afrika-Gipfel und deutsche Militärpläne für Afrika
Traduction disponible : English   


Berlin et Bruxelles ont profité du sommet UE-Afrique (2 et 3 avril 2014) pour élargir leurs activités politico-militaires sur le continent africain. Outre des décisions relatives à l’intervention militaire de l’UE en République centrafricaine, des négociations visant à poursuivre l’extension des structures de sécurité sous contrôle européen étaient au programme.
Angie avec Meles Ier d'Ethiopie à Bruxelles. Photo: Bundesregierung/Kugler
Ces mesures sont censées aider les forces armées africaines à mettre en pratique les conceptions de « l’ordre » en vigueur à Berlin et Bruxelles : il n’est pas nécessaire d’envoyer ses propres troupes pour « assurer sa présence et une position d’observateur dans  une région en crise » et y défendre ainsi son influence, estiment les experts. Dans cette optique, l’Allemagne soutient l’Union africaine dans l’édification de ses structures militaires et participe à des « missions de formation » en Somalie et au Mali; d’autres actions pourraient être entreprises dans le golfe de Guinée, pour lutter contre la piraterie, selon un document de travail.
Des experts font remarquer que des interventions armées euro-allemandes sont prévues en Afrique malgré l’engagement des forces armées africaines. Les activités militaires de l’UE visent à garantir l’influence occidentale sur le continent, face à la Chine.
Intervention en République centrafricaine
Les activités militaires européennes sur le continent africain constituent l’un des points forts du sommet euro-africain. Dès le 2 avril, un mini-sommet en marge de la rencontre devait donner le signal de l’intervention européenne en Centrafrique. Récemment la crise de Crimée avait provoqué des retards notables, car elle avait poussé certains pays européens de l’Est à refuser d’envoyer leurs troupes en Afrique.
La France s’est déclarée prête à combler les lacunes ainsi causées. L’Allemagne mettra à disposition deux avions pour le transport des troupes et du matériel de guerre ainsi qu’un avion sanitaire ; en outre des militaires allemands (jusqu’à 10) seront envoyés au quartier général stratégique des troupes européennes à Larissa (Grèce ;  «  Operation Headquarters », OHQ) et au quartier général opérationnel de Bangui (« Force Headquarters », FHQ). L’unité européenne doit empêcher les parties en présence dans la guerre civile de continuer à se battre et être rapidement remplacée par des unités africaines. Tandis que Paris cherche à rester la « puissance chargée du maintien de l’ordre » dans ses ex-colonies, Berlin n’a pas d’intérêts stratégiques en Centrafrique. (1)
L'initiative "Eunable and eunhance"* ou : E2I
Au-delà ces questions de politique actuelle, le programme du sommet Afrique-UE prévoyait des négociations en vue de poursuivre l’extension des structures de sécurité africaines. Elles correspondaient à un concept qui n’a pour l’essentiel rien de neuf, débattu actuellement au sein de l’establishment berlinois sous le nom de «Ertüchtigungsinitiative» [Initiative de promotion et de renforcement] ou - un peu plus mode - «Enable and Enhance Initiative (E2I) ». Comme le confirme la dernière édition de la revue spécialisée « Internationale Politik (Politique internationale) », la Chancelière Merkel défend ce concept avec grande énergie depuis 2011 : « L’UE et l’OTAN ne pouvant résoudre à elles seules tous les problèmes de politique sécuritaire, il est nécessaire d’engager aussi la responsabilité de partenaires régionaux. » - c’est un extrait du discours prononcé par la Chancelière à l’automne 2012 lors du séminaire annuel du commandement de la Bundeswehr et publié par Internationale Politik.

La revue rappelle explicitement que l’implication d’États africains dans le « maintien de l’ordre » sous surveillance européenne n’entraîne pas une perte de contrôle : « Le savoir-faire apporté par les partenaires européens  (...) doit permettre à ces derniers d’être présents dans les régions en crise et d’y jouer un rôle d’observateur», ce qui permettrait d’obtenir « des informations sur les structures internes» et ainsi de garantir « les liens avec des partenaires commerciaux actuels ou potentiels. » (2)
Manœuvres dans le Golfe de Guinée
Une intervention actuellement envisagée dans le Golfe de Guinée doit éventuellement servir de test pour le concept « E2I », qui à l’initiative de l’Allemagne a été inclus dans la déclaration finale du sommet européen de décembre 2013. Dans cette zone il arrive que des pirates abordent des navires de commerce - et il paraît qu’il est urgent de mettre un terme à ces pratiques. Et pour cela avoir éventuellement recours à certains États africains, selon un document interne cité par la revue Internationale Politik : L’UE doit les « aider à mettre au point une stratégie régionale de lutte contre la piraterie et les abordages » et soutenir « la mise en place de capacités dans les domaines de la coordination, de la coopération et de l’interopérabilité ».

« Des manœuvres communes aux forces armées africaines et européennes » pourraient elles aussi être utiles, par exemple les manœuvres sous commandement US-américain « Obangame Express 2014 (OE-14)» se déroulant dans la région , auxquelles la marine de guerre allemande participe depuis le mois d’avril. Ensuite on pourrait mettre au point « sur le long terme un programme anti-piraterie européen dans le golfe de Guinée : dans le cadre de la politique militaire de l’UE (GSVP), en s’appuyant sur les forces armées régionales et sans que l'UE soit contrainte d’exposer au danger ses propres soldats. (3)  
Structures de sécurité de l’Union africaine
Dans la même optique, Berlin apporte depuis plusieurs années son soutien à la mise en place par l’Union africaine d’infrastructures de sécurité. Pour la seule période 2008-2014, le ministère des Affaires étrangères a fourni 159 millions d’euros pour « l’African Peace and Security Architecture ». Il s’agissait de favoriser la mise en place et l’extension de centres d’entraînement régionaux de l’armée et de la police, en particulier le « Kofi Annan International Peacekeeping Training Center  » (KAIPTC) à Accra (Ghana), qui a été inauguré le 24 janvier 2004 en présence de Gerhard Schröder, alors chancelier allemand ; à l’époque l’Allemagne avait déjà apporté une aide financière.

Schröder et le Président Kufuor inaugurent le KAIPTC
Berlin soutient la mise en place de la composante policière des « African Standby Forces (ASF, "Forces africaine en attente") » et organise la formation et l’entraînement de policiers africains dans le cadre du « Programme africain pour la police » de l’Agence allemande de coopération internationale GIZ (4). À la mi-février le Conseil franco-allemand de défense et sécurité a déclaré que le sommet Afrique-UE des 2 et 3  avril devait renforcer les « capacités » de l’Union africaine en matière de sécurité (5).
La répartition des "Forces africaines en attente" en train d'être mises en place

La semaine précédente, le ministre allemand des Affaires étrangères, en visite à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie et siège de l’Union africaine, a justement déclaré que Berlin « accroîtrait à l’avenir son aide à la formation des forces de sécurité.»
Steinmeier a visité à Addis-Abeba un bâtiment en construction de l’Union africaine, financé par l’Allemagne à hauteur de 27 millions d’euros et construit avec l’aide du GIZ. Il doit être achevé fin 2014 et abriter la « Division pour la paix et la sécurité » de l’Union africaine ainsi que son « Conseil pour la paix et la sécurité » et un centre de veille et de réaction. (6)
Frank-Walter Steinmeier caresse "Molle", le célèbre lion empaillé du Palais national à Addis Abeba
Entraînement militaire en Somalie et au Mali
Pour impliquer les forces autochtones dans le maintien de « l’ordre » tel que le conçoivent l’Allemagne et l’Europe, la Bundeswehr participe depuis un certain temps déjà à des « interventions de formation » : des militaires allemands entraînent des soldats somaliens (d’abord en Ouganda, désormais à Mogadiscio) et maliens, le tout dans le cadre d’interventions de l’UE (EUTM Somalie et EUTM Mali). Et - ainsi que le fait remarquer la revue Internationale Politik  - ces deux « missions de formation » montrent que la tentative de pratiquer des activités militaires de « maintien de l’ordre » avec l’aide des forces africaines n’ira pas sans un engagement sanglant de la part de l’UE : les exercices d’entraînement sont fondamentalement « destinés parallèlement à une intervention vigoureuse de protection et de stabilisation. »(7) En janvier, Berlin a du reste annoncé que la Bundeswehr interviendrait plus souvent en Afrique. (8) Simplement, la lutte pour le pouvoir en Ukraine a provisoirement fait passer cette affaire au second plan.
 
EUTM (European Union Training Mission) Somalie
L'EUTM Mali a d'abord été dirigée par le général Lecointre (en haut) apuis par le général Guibert (en bas, recevant la ministre allemande de la Défense  Ursula von der Leyen en février)



Un instructeur allemand avec un stagiaire malien. Photo: dpa
Eh bien alors, d’une autre façon
L’extension des activités militaires euro-allemandes en Afrique se place à un moment où, d’une part, les USA se préparent à se mesurer à la Chine et soutiennent donc par principe les tentatives de « maintien de l’ordre » de l’UE et de l’Allemagne sur le continent africain, dont ils souhaitent à long terme se désengager un peu. D’autre part, l’Allemagne et l’UE perdent de leur influence économique en Afrique, surtout face à la Chine : les investissements chinois en Afrique et les échanges commerciaux de la République populaire avec ce continent s’accroissent rapidement ; dès 2013 le commerce sino-africain s’élevait en valeur à 150 milliards d’euros, alors que le volume du commerce allemand avec l’Afrique subsaharienne n’atteignait que 26,6 milliards. Selon divers observateurs (9), l’Afrique pourrait « gagner de la confiance en soi », n’étant « plus condamnée à n’avoir que l’UE pour seul partenaire. » Pour l’Allemagne et l’UE, la perte de leur prépondérance économique va de pair avec un effort pour garantir leur position en Afrique- par des moyens militaires.
*En anglais sur tous les documents officiels, y compris du Ministère français de la Défense
Notes
(1) Voir à ce sujet Deutschland 001.
(2) Jana Puglierin, Sebastian Feyock, Yvonne van Diepen: Former au lieu de détourner les yeux. Une initiative allemande pour améliorer le GSVP. Internationale Politik mars-avril 2014
(4) Paix et sécurité en Afrique www.auswaertiges-amt.de.
(5) Déclaration du Conseil franco-allemand de défense et sécurité www.auswaertiges-amt.de. 19.02.2014
(6) Éthiopie : Création d’une architecture de la paix et de la sécurité en Afrique : www.auswaertiges-amt.de. 27.02.2014
(7) Jana Puglierin, Sebastian Feyock, Yvonne van Diepen: Former au lieu de détourner les yeux. Une initiative allemande pour améliorer le GSVP. Internationale Politik, mars-avril 2014
(9) L’Europe et l’Afrique discutent de libre-échange www.dw.de 31.03.2014.

 

samedi 26 décembre 2009

Les réseaux de la mort : Une milice terroriste de Rwandais hutu blanchit son argent en Allemagne

Un rapport de l’ONU sur le FDLR-business
par François MISSER et Dominic JOHNSON, Die Tageszeitung, 25/11/2009. Traduit par Michèle Mialane et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
Un rapport d’enquête de l’ONU, non rendu public, sur les affaires de la milice hutu rwandaise FDLR met en cause des pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie. La Tageszeitung (Berlin) en a eu communication en avant-première.


Des comptes en banque aux USA : des combattants de la FDLR à Masisi


BERLIN/BRUXELLES taz - Le Conseil de sécurité de l’ONU à New York  a mis à son ordre du jour de mercredi dernier un rapport d’enquête confidentiel explosif, qui devrait faire de la peine à beaucoup de ses membres. Le groupe d’experts onusiens chargé de la surveillance des sanctions contre les groupes armés en République démocratique du Congo dévoile dans un rapport dont la taz a eu communication en avant-première les réseaux de soutien à la guerre que mènent les milices hutu rwandaises FLDR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) dans l’Est du Congo. Une partie des chefs de la FLDR se recrute parmi les coupables du génocide rwandais. Leur Président Ignace Murwanashyaka et leur vice-président Straton Musoni sont depuis peu emprisonnés en Allemagne.


Ignace Murwanashyaka


Selon le rapport, les sanctions et l’embargo imposés par l’ONU ont été contournés à  partir de l’Allemagne, entre autres. Murwanashyka aurait participé à « la coordination de transferts d’armes et munitions destinées à des unités de la FDLR » et aurait contribué « à administrer de grosses sommes d’argent  issues de la vente de ressources naturelles en provenance des zones contrôlées par le FDLR. »
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité en prennent chacun pour leur grade : la France, qui héberge elle aussi des chefs du FLDR ; la Grande-Bretagne, où des firmes impliquées ont leur siège social ; les USA, qui abritent des comptes en banque ; la Russie et la Chine, qui ont acheté des produits miniers en provenance de l’Est du Congo. En outre la Chine, l’Ukraine, la Belgique , l’Espagne et le Soudan livrent des armes au Congo.
Le Conseil de sécurité de l’ONU risque de ne pas rendre public le rapport dans son intégralité. La Chine aurait demandé qu’il soit d’abord traduit en cinq langues, ce qui ressemble à une manœuvre dilatoire. Mais il semble très improbable que le Conseil fasse simplement l’impasse dessus.

La milice  hutu et ses complices
Les réseaux de la mort

Officiellement les milices FDLR sont soumises à des sanctions de l’ONU, mais elles reçoivent des soutiens de toutes parts - de Tanzanie et même de l’Église catholique.

Sous les ordres d'un milicien des FDLR, des civils du Congo oriental détruisent un pont. Photo rtr

La piste la plus étrange mène aux Baléares. Le gouvernement des deux paradis de vacances insulaires méditerranéens finance deux organisations caritatives catholiques, Fundació S‘Olivar et Inshuti. En quoi cela peut-il intéresser le groupe d’experts onusiens chargé de la surveillance de l’embargo contre les groupes armés de la République démocratique du Congo ? Son nouveau rapport, aujourd’hui à l’ordre du jour du le Conseil de sécurité de l’ONU et que l’avant-première du taz vous offre  en exclusivité, vous fait pénétrer dans le monde secret des réseaux mondiaux qui permettent à la milice hutu FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), dont les chefs se recrutent en partie parmi les coupables du génocide rwandais, de poursuivre son interminable guerre.
Le Président d’Inshuti, Joan Casoliva, aurait selon le rapport promis 200 000 dollars aux FDLR. Les FDLR aurait reçu des deux organisations abondées par l’État espagnol « un soutien financier, logistique et politique régulier ». Des détails : la Fundació S’Olivar financerait  la fondation Brothers of Charity du prêtre belge Constant Goetschalck, basée il y a peu encore à Kigoma en Tanzanie et plaque tournante du trafic d’armes. Cette fondation aurait transféré de l’argent à un certain Ahadi Institute qui l’aurait fait parvenir aux FDLR. Un missionnaire italien au Congo oriental, Pier Giorgio Lanaro, a confirmé avoir transmis à la  milice  l’argent collecté en Europe.
Ce ne sont pas seulement les détails sur la vie interne de l’Église catholique qui font de ce nouveau rapport d’experts onusiens une lecture d’une brûlante actualité. Les experts de l’ONU apportent de nouvelles précisions sur le rôle peu reluisant de l’Allemagne, où les chefs de la FDLR vivaient encore récemment en toute impunité (voir texte ci-dessus). Il analyse les liaisons par téléphone satellitaire des chefs de campagne  du FDLR  du Congo vers 25 pays dans le monde, dont l’Allemagne, la France, la Belgique, la Norvège et les Pays-Bas. En France, où vivent le secrétaire exécutif des FDLR, Callixte Mbarushimana, ainsi que les commissaires à la politique intérieure et étrangère, Emmanuel Ruzindana et Ngirinshuti Ntambara , comme en Grande-Bretagne et aux USA, les autorités se sont refusées à communiquer le nom des personnes en communication. Mais en Belgique on compte parmi les appelants d’ex-chefs militaires rwandais de l’époque du génocide, qui maintenant soutiennent les FDLR. Il existe également des contacts téléphoniques entre les FDLR et le FDU-Inkingi, le parti rwandais en exil dont la Présidente, Victoire Ingabire, qui vit actuellement aux Pays-Bas, veut être candidate aux prochaines présidentielles du Rwanda et fait sa campagne en Europe sous l’étiquette « d’opposition modérée ».


Callixte Mbarushimana (Photo Interpol) 


Victoire Ingabire Umuhoza


Les réseaux financiers européens permettent aux FDLR de s’armer. La milice ne se contente pas de faire main basse sur les armes actuellement en circulation au Congo, elle importe de l’armement venu de Tanzanie via le lac Tanganyika. Bande Ndangundi, un vieil ami  de l’ex-Président du Congo, Laurent-Désiré Kabila, coordonne à partir de Dar Es Salam  en Tanzanie des fournitures d’armes aux FDLR via le Burundi. Il aurait selon les experts de l’ONU des liens étroits avec le gouvernement hutu du Burundi et des officiels de haut rang du gouvernement, de la police et de l’armée tanzaniens. Cette année il aurait eu de fréquents contacts téléphoniques avec un armateur portugais et une entreprise ougandaise de trafic aérien.
Ce business devrait permettre à tout un groupe de responsables tanzaniens de maintenir leur « influence (dans les intérêts) politico-économique » au Sud-Kivu. Une lourde accusation portée par l’ONU. Du carburant passe en contrebande de la Tanzanie vers le Congo, des produits miniers font le chemin inverse. Le Burundi, gouverné depuis 2006 par un ex-mouvement de la rébellion hutu, serait « une base arrière du recrutement pour les FDLR et les réseaux de sympathisants ». Les FDLR entretiendraient des relations étroites avec Adolphe Nshimirimana, le patron  des services secrets burundais, et avec la direction de la police burundaise. Récemment la police burundaise aurait envoyé une délégation en Malaisie pour y acheter 40 000 fusils d’assaut, deux fois plus que ce petit pays ne compte de policiers.
Ce sont les exportations de produits miniers (essentiellement de l’or et du minerai d’étain) qui fournissent aux FDLR les fonds nécessaires. Les marchands d’or  congolais qui collaborent avec les FDLR y travaillent avec des partenaires en Ouganda, au Burundi et à Dubaï. On trouve parmi les acheteurs la Malaysia Smelting Corporation et la  Thailand Smelting and Refining Corporation. Cette dernière est propriétaire de la  Londoner Amalgamated Metals Corporation, son principal fournisseur est selon l’ONU l’African Ventures Ltd, enregistrée aux îles Samoa et installée à Hong-Kong, où son  représentant sur place est l’homme d’affaires suisse Chris Huber. Ce dernier achèterait également des produits miniers fournis par d’anciens rebelles tutsi, qui depuis leur incorporation dans l’armée congolaise contrôlent les districts miniers.
Les armes destinées aux FDLR proviennent aussi de l’armée congolaise elle-même ; ses chefs en charge de la province du Sud-Kivu entretiennent d’étroites relations avec les FDLR et tolèrent, voire mettent en œuvre des transferts d’armes, tout en combattant officiellement la milice. Le gouvernement du Congo, lui, importe des armes d’Europe et d’Asie. Selon l’ONU, le cargo nord-coréen « Bi Ro Bong » chargé de 3 435 tonnes d’armes destinées à l’armée congolaise a accosté le 21 janvier dernier dans le port de Boma, sur l’Atlantique. En  mai c’était au tour du cargo chinois « An Xin Jiang » de déposer dans le port voisin de Matadi d’autres armements. Ni le Ministère de la Défense de Corée du Nord, ni celui de Chine, ni celui du  Congo n’ont souhaité répondre aux questions des experts de l’ONU à ce sujet.
À Kisangani, dans l’Est du Congo, ont atterri entre septembre 2008 et février 2009 18 avions en  provenance de la capitale soudanaise, Khartoum, transportant des frets destinés à l’armée. Des véhicules blindés en provenance de Chine, de Belgique et d’Espagne sont arrivés au Congo ces derniers mois, ainsi que des hélicoptères de combat  ukrainiens, maintenant stationnés à Goma, dans l’Est du Congo et dont la maintenance est assurée par des Ukrainiens et des Biélorusses.
FDLR : les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) sont une milice opérant en  République démocratique du Congo et composée de combattants hutu rwandais issus des organisations qui pont perpétré en 1994 le génocide rwandais. Leur président Ignace Murwanashyaka a pendant des années dirigé le groupe à partir de l’Allemagne où il a été arrêté le 17 novembre dernier.
Groupe d’experts onusiens : Un embargo sur les armes décrété par l’ONU pèse sur les groupes armés congolais, incluant des interdictions de se déplacer  pu d’effectuer des transactions financières. Les livraisons d’armes au gouvernement congolais doivent être déclarées. Des équipes d’experts informent des violations de l’embargo le comité onusien compétent en matière de sanctions. Ces informations servent de base à l’ONU pour établir des mesures de rétorsion.