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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)
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samedi 14 février 2015

Où en est la Côte d'Ivoire ? Palabre Survie, Montpellier, 27 février 2015



L'Opération temporaire Licorne s'est transformée le 21 janvier 2015 en Forces Françaises en CI. Ce changement de statut de nos forces armées en CI nous incite à faire un bilan de la situation dans ce pays et des interventions françaises :

D'Houphouët aux crises ivoiriennes, celle de novembre 2004 et celle, post-électorale, de 2010/2011 ;
le renouveau des relations franco-ivoiriennes depuis l'arrivée de Ouattara ;
la création des Forces Françaises de Côte d'Ivoire en janvier 2015 ;
les 2,9 milliards € de contrats de désendettement et de développement ;
les malheurs de la démocratie ivoirienne : (in)justice des vainqueurs, l'(ex?-)rébellion, scène politique actuelle, optimisme aveugle et obstiné de Paris,
les élections présidentielles de l'automne prochain.




mardi 4 juin 2013

France, Cameroun, Côte d'Ivoire, Sierra Leone, Liberia : Des paysans se lèvent contre Bolloré dans plusieurs pays d’Afrique

Dans quatre pays d’Afrique, les riverains des plantations contrôlées par le groupe Bolloré organisent des actions simultanées ce mercredi 5 juin 2013, jour de l’AG de ses actionnaires. A Paris, des ressortissants des pays concernés vont porter les revendications aux dirigeants du groupe.
Le même jour, les villageois libériens occupent les terrains de la plantation SRC, des paysans et chefs traditionnels camerounais se rassemblent devant le siège de la Socapalm à Douala, les riverains de la SAC en Sierra Leone et ceux de la SoGB en Côte d’Ivoire marchent sur le siège de l’entreprise avec laquelle ils sont en conflit. Pour se hisser à l’échelle de la multinationale, ils ont décidé de coordonner leurs luttes. Le 5 juin ils souhaitent faire entendre leurs revendications à Vincent Bolloré, président du groupe contrôlant ces différentes sociétés.
Accaparement de terres, non-respect des conventions assurant des compensations aux villageois, pollutions… les griefs sont nombreux et ce sont les mêmes qui sont exprimés par les Camerounais, les Ivoiriens, les Sierra Léonais ou les Libériens. Les actions de protestation se sont multipliées ces dernières années avec l’extension des surfaces cultivées par les plantations du groupe, mais les négociations ouvertes localement ont le plus souvent abouti à une impasse. Appuyés par l’association Réseaux d’Action Transnationale (ReAct), les riverains ont multiplié depuis plusieurs mois appels et SMS pour échanger sur leur situation, adopter des revendications communes et associer leurs actions.
« Cette première action internationale n’est que le début. Nous sommes déterminés à faire respecter nos droits et M. Bolloré devra finir par l’entendre» affirme Emmanuel Elong, porte-parole du Synaparcam, le syndicat des paysans riverains de la Socapalm au Cameroun.
« M. Bolloré doit entendre les demandes légitimes des paysans riverains dans les pays d’Afrique où son groupe réalise des bénéfices confortables » explique David Ngangang membre de la délégation parisienne qui porte la lettre des revendications communes au siège du groupe Bolloré à Puteaux au moment de l’AG des actionnaires.
Contacts en Afrique
Cameroun
Emmanuel Elong, porte-parole Synaparcam
+237 74 52 93 87
Côte d’Ivoire
Julien Nemlin, porte-parole Comité des Riverains de la SOGB
+225 44 34 69 43
Liberia
Alexander Bonard porte-parole du Concern Citizen Union
+231 880 98 51 91
Sierra Leone
Sima Mattia secrétaire général de la Maloa
+232 76 41 62 67
Contacts en France
Porte-Parole en France 
David Ngangang
+33 6 33 02 46 52
Coordinatrice ReAct 
Eloïse Maulet
+33 6 38 01 25 94
Plus d’informations sur www.projet-react.org

mercredi 29 juin 2011

Massacres en Côte d’Ivoire : arrêtons 
la fausse symétrie entre les deux camps

Quel rôle joue la France aux côtés d’Ouattara ?
Par MICHEL GALY, POLITOLOGUE (*), L'Humanité, 24/6/2011
Villages incendiés, habitants brûlés vifs, paysans traqués en brousse par centaines. Et parfois plus : un millier lors de l’entrée des pro-Ouattara à Duékoué, à l’ouest du pays : crime de guerre ou crime contre l’humanité ? Mais aussi des quartiers entiers d’Abidjan pillés, des militants pro-Gbagbo assassinés tous les jours pour leur nom, leur âge, leur ethnie (l’ethnocide au sud concerne en particulier les Bété, Attié et Guéré), par centaines, sans compter les torturés ou les liquidés de l’Hôtel du Golf, siège du nouveau pouvoir et base de ses escadrons de la mort.
Trois fois plus de morts – de 3 000 à 5 000 cadavres – pour les deux mois d’Alassane Ouattara, ce héros de l’Occident, que pendant les dix ans de la gouvernance de Laurent Gbagbo. Où sont les humanitaires et leurs relais, les dénonciations politiques à Paris et les résolutions de l’ONU ?
Arrêtons la fausse symétrie entre les deux camps : ces massacres sont bien le fait des pro-Ouattara, cautionnés par l’armée française et onusienne, dans une complicité implicite ou passive. Chacun sait maintenant que les hélicoptères d’assaut de la force « Licorne » et ses supplétifs onusiens ont réalisé la pire intervention coloniale depuis la répression de l’UPC au Cameroun et la guerre d’Algérie.
Décapiter l’élite politique et intellectuelle sudiste, proche de Laurent Gbagbo et du Front populaire ivoirien, au profit d’un « mercenaire » des intérêts occidentaux, selon l’expression de Jean Ziegler. Bombarder les lieux de pouvoir d’un pays qui n’a plus de souverain que le nom : présidence, résidence, camp militaire, télévision… La leçon est terrible : cinquante ans après les indépendances formelles, il n’y a plus que sujétion et humiliation ! Et voilà qui remet en cause bien des analyses à la mode : à l’aune du coup d’État franco-onusien, on n’est pas encore en « post-colonie » ni prêt à sortir de la nuit coloniale. Décidément, chaque fois que l’homme africain s’essaie à entrer dans l’histoire, on lui écrase le visage à coup de bottes.
Malgré un formatage médiatique et une certaine lâcheté chez des analystes patentés qui ont cautionné ces massacres, la vérité se fait jour. Il faut arrêter la fausse symétrie entre les deux camps et la politique d’occultation des « spécialistes des droits de l’homme » : depuis la prise du pouvoir du camp Ouattara, ce sont bien eux qui massacrent en fonction des cartes d’identité – comme au Rwanda, qui torturent ou embastillent ou déportent les opposants, tandis que les journalistes pro-Gbagbo sont traqués et que l’« État dyoula » s’est mis en place : tout le reste est révisionnisme. Quel recours à Yopougon, quartier martyr, quand les tueurs font des « patrouilles communes » avec la force « Licorne » et l’Onuci ? Plus qu’au Rwanda, notre institution militaire est complice ou coupable : où est la fameuse « éthique » dont se targuent les philosophes en kaki – notamment l’obligation de désobéir à des ordres illégaux ?
À qui a sillonné le pays depuis vingt ans, suivi les élections sur le terrain et mené de récentes missions en zone rebelle, le doute n’est pas permis : oui, les élections largement truquées au nord ont bien été « la continuation de la guerre par d’autres moyens » (Bertrand Badie) ; oui, l’ambassade de France a été et reste une officine anti-Gbagbo ; et oui, la déportation en terre ennemie et l’incarcération à la Lumumba, dans des conditions ignobles, des responsables pro-Gbagbo ont été autant planifiées que la désinformation continue ou l’armement des rebelles, jusqu’à la logistique, les pick-up ou les uniformes. C’est pourquoi les responsables onusiens ou français, donneurs d’ordres illégaux en regard des résolutions onusiennes, risquent la Haute Cour de justice ou les juridictions internationales, tandis que Guillaume Soro et Alassane Ouattara sont passibles de la CPI pour ce qui se passe en Côte d’Ivoire.À propos, comment s’appelle un régime qui massacre sa propre population, qui est arrivé au pouvoir dans les fourgons (pardon, les hélicoptères) de l’étranger, qui n’a de forces que des bandes armées incontrôlables et des délinquants sans foi ni loi ? Sans Parlement ni Cour constitutionnelle, contrôlé par deux corps expéditionnaires, en train de brader les richesses du pays sans contrôle, et de tuer, comme au Rwanda, sur des bases ethniques ? Vous avez dit « dictature » ?

(*) Auteur de Guerres nomades et sociétés nomades, aux Éditions L’Harmattan.

mardi 7 juin 2011

Déclaration du président de la Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest



DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE LA RECOWA-CERAO
(Regional Episcopal Conference Of West Africa –Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest)

par Mgr. Théodore Adrien Cardinal SARR, Archevêque de Dakar, 22 avril 2011

1. Dans toutes leurs églises à travers le monde, les chrétiens catholiques ont célébré, hier Jeudi 21 Avril 2011, la scène si parlante du Lavement des pieds de ses Apôtres par Jésus–Christ. Lui le Seigneur et le Maître, à genoux devant chaque disciple pour lui laver les pieds, nous a adressé un enseignement des plus éloquents sur le Pouvoir, qui est et doit toujours être service des autres, et non service de soi.
Méditant cette scène évangélique, nous n’avons pu nous empêcher de repenser aux récents et bien tristes évènements de la Côte d’Ivoire, et à toutes les dérives de la soif démesurée du Pouvoir en Afrique et ailleurs dans le monde.
En communion avec les Evêques membres de la Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest, la RECOWA-CERAO, j’adresse la présente Déclaration aux chrétiens et aux citoyens des pays de notre Afrique de l’Ouest, à leurs dirigeants, ainsi qu’à ceux du monde.
Devant l’effroyable gâchis humain, auquel nous avons tous assisté, à travers les évènements de la Côte d’Ivoire et de la région, l’Eglise manquerait à sa mission prophétique, si sa voix  se taisait par timidité, par lâcheté, ou par compromission.
2. Nous condamnons fermement et sans réserve toutes les dictatures et tous les impérialismes, quelles que soient leurs couleurs. L’Eglise protestera toujours contre tous ceux qui abusent d’un pouvoir, qui leur est confié. Elle protestera toujours contre toutes les dictatures et les impérialismes ; elle protestera toujours contre tous les pouvoirs absolus et corrompus. Elle protestera toujours contre la soif démesurée du pouvoir, qui amène les dérives de toutes sortes. Elle désapprouvera toujours les chefs d’Etat, qui s’installent présidents à vie, et organisent des élections souvent frauduleuses, pour se maintenir au pouvoir.
Fidèles à l’enseignement de Jésus–Christ, nous proclamons haut et fort : « Pas de pouvoir pour soi, mais le pouvoir pour son peuple ! Pas de pouvoir pour se servir, se faire servir ou être servi, mais le pouvoir pour servir les autres ! »
Nous rappelons aux hommes politiques qu’ils ne peuvent détenir un pouvoir absolu, mais un pouvoir régulé par des valeurs et des normes supérieures, telles la paix du pays, le devoir de prévenir et soulager les souffrances des populations, le respect absolu de la vérité des urnes… Nous sommes pour le respect absolu des lois démocratiques et de la volonté du peuple, qui s’exprime à travers les urnes électorales.
3. Le cinquantième anniversaire de l’indépendance de plusieurs pays africains à peine célébré, nous venons d’être témoins des bien tristes évènements de la Côte d’Ivoire et d’ailleurs, parmi lesquels le piétinement et même la destruction des symboles de la dignité et de la souveraineté d’une Nation…
De tels évènements  doivent amener tout un chacun à s’interroger sur le droit d’ingérence, ou le droit d’intervention humanitaire au nom de la Communauté internationale. Au nom de notre mission prophétique, nous rappelons, à l’Union Africaine et à l’Organisation des Nations Unies, l’urgence d’élaborer des normes admises par tous, pour préciser les conditions acceptables de toute ingérence politique ou intervention humanitaire dans un pays souverain, afin que soient évitées à tout prix l’application de la loi des plus forts, ou de la loi des deux poids deux mesures, ou encore la promotion camouflée d’intérêts particuliers sous couvert de la Communauté des Nations.
4. Et maintenant, au nom de Dieu qui « nous a donné pour ministère de travailler à la réconciliation » (2 Co 5, 16-21), et dans le sillage du deuxième Synode Africain, qui a eu pour thème « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », nous lançons un appel pressant à tous les responsables politiques et religieux. Qu’ils mettent en œuvre sans délai toutes les ressources éthiques de leur capital social et religieux, pour la tâche de longue haleine, que sera la construction de la paix véritable,  par la promotion de la justice et de la réconciliation ; cette paix dont le siège reste le cœur de chaque homme et de chaque femme.
Nous souhaitons que ces responsables soient les premiers acteurs de la ?Commission Vérité et Réconciliation?, qui ne devrait pas tarder à être créée. Nous affirmons, avec le Pape Benoît XVI, que « la violence et la haine sont toujours un échec », et constituent « un chemin sans avenir ».
5. Méditant aujourd’hui, Vendredi 22 Avril 2011, la Passion et la Mort de Jésus-Christ, l’Innocent arrêté, condamné, maltraité et exécuté injustement, nous prions et appelons à la prière pour toutes ces populations de la Côte d’Ivoire, victimes d’exécutions absurdes, ou de pillages honteux, forcées pour beaucoup à l’exil, hors de leur région ou de leur pays.  
La guerre est une injure à la sainteté de Dieu. Nous implorons sa miséricorde, tant sur les victimes que sur les bourreaux. Nous lui demandons d’accorder à tous la transformation des cœurs, qui rend possibles la reconnaissance des fautes, le pardon, la réconciliation et la paix.
6. Enfin, nous en appelons vivement à la solidarité active de tous les chrétiens, de toutes les  communautés chrétiennes, et de toutes les populations de l’Afrique de l’Ouest ! Nous recommandons en particulier, aux responsables religieux, l’organisation urgente de collectes, dont les produits seront envoyés immédiatement aux structures appropriées de la Côte d’Ivoire, pour le soulagement de tant de souffrances humaines.
7. Les évènements que nous venons d’évoquer et beaucoup d’autres, en Afrique et dans le monde, pourraient conduire à désespérer, à pleurer sur notre condition humaine, parfois si mesquine et si misérable. Nous chrétiens, nous nous préparons à célébrer Pâques, fête de la Résurrection de Jésus-Christ. Accueillant et laissant grandir en nous l’amour de Celui, qui nous a aimés jusqu’au bout, en donnant sa vie pour nous sauver, laissons-nous pousser par son Esprit sur les chemins de la réconciliation, de la solidarité, de l’amour fraternel et de la paix, pour construire l’Afrique nouvelle, que nous attendons de tous nos vœux.
« Afrique, lève-toi, prends ton destin en mains, et marche !» (Message de la deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques – octobre 2009).
Fait à Dakar, en ce Vendredi Saint

mercredi 6 avril 2011

Côte d’Ivoire : la guerre et l’ingérence militaire soulignent et aggravent l’échec de l’ONU et de la France

par Survie, 6 avril 2011

Survie condamne fermement les agissements belliqueux dont l’ONU et les autorités françaises font preuve en Côte d’Ivoire et rappelle les manquements des prétendus « médiateurs » du conflit, qui ont laissé prévaloir le règne de la violence et de l’impunité.
La France et l’ONU ont finalement décidé d’intervenir directement dans le conflit ivoirien. Le scénario qui se joue en Côte d’Ivoire est un des pires qui pouvait avoir lieu. Il n’est pas possible de croire à cette heure que cette intervention armée onusienne et française, dont le seul but sera de remplacer un président contesté par un autre légitimé dans le sang, résoudra durablement la crise ivoirienne. Tous les protagonistes de cette crise, à commencer par les clans politiques et militaires qui s’affrontent depuis 10 ans pour le pouvoir sont responsables de cet enlisement et de la dérive criminelle qui s’accentue aujourd’hui. Mais les prétendus « médiateurs » du conflit ne sont pas en reste.
Les graves manquements de l’ONU
Le mandat de « protection des civils ivoiriens » et d’ « interdiction des armes lourdes » brandi avec opportunisme par l’ONUCI pour intervenir militairement à Abidjan ne peut faire oublier les graves manquements dont ces mêmes forces ont fait preuve, incapables de prévenir ou d’arrêter les massacres perpétrés à Abidjan, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et ailleurs, particulièrement à Duékoué. Dans la période précédente, l’ONU avait déjà renoncé à accompagner à son terme le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion, pourtant préalable aux élections et condition de leur certification, comme convenu dans les accords de Ouagadougou. Alors que le pays subissait encore les exactions de milices et forces armées (« loyalistes » ou « rebelles ») incontrôlées, le point focal de l’activisme diplomatique multilatéral a été l’organisation de l’élection présidentielle.
La partialité et l’ingérence de la diplomatie et de l’armée française
Dans une continuité historique marquée par une ingérence persistante et la volonté de conserver son d’influence militaire, économique et monétaire, la diplomatie française fait preuve depuis de nombreuses années d’une attitude partiale, voire partisane dans la crise ivoirienne, qui s’est renforcée à l’issue de l’élection présidentielle et de la contestation de ses résultats. Cette attitude est aujourd’hui particulièrement lourde de conséquences dans la mesure où il ne s’agit plus d’un positionnement sur un contentieux électoral mais bien d’une implication directe dans un conflit armé. Les militaires français de la force Licorne étaient les plus mal placés pour une action de maintien de la paix, au vu notamment des événements de 2004, où ils avaient ouvert le feu sur la foule devant l’Hôtel Ivoire.
Aujourd’hui, ce sont ces soldats qui, sous le paravent d’une légitimité onusienne très discutable et toujours sous commandement opérationnel français, contribuent à imposer par les armes à un pays déchiré son nouveau président. Les bombardements du palais présidentiel et de la Radio Télévision Ivoirienne par les hélicoptères français, outre leur côté particulièrement symbolique, outrepassent le mandat onusien. Cette intervention brutale illustre par ailleurs une fois de plus la toute puissance du pouvoir exécutif français dans le déclenchement d’une opération militaire si lourde de conséquences, en l’absence de tout contrôle parlementaire.
Une impunité toujours de mise
Quel que soit le résultat des urnes, Alassane Ouattara ne tire aujourd’hui sa légitimité que des armes, celles des rebelles et celles de l’ONU et de la France. Dès lors, il est difficile d’imaginer une issue pacifique à la situation actuelle. Ajoutons que l’unanimité, en France, pour dénoncer, avec raison, les crimes commis par les forces de Laurent Gbagbo, s’est accompagnée d’un aveuglement sur ceux, tout aussi graves, commis par le camp d’Alassane Ouattara. Il faudra pourtant en passer par la fin de l’impunité des uns et des autres qui règne depuis dix ans. Il est impératif que la Cour Pénale Internationale (CPI) s’empare de manière impartiale et complète de l’ensemble des crimes qui ont été commis en Côte d’Ivoire, comme cette cour le souhaite elle-même. Un processus de Vérité, Justice et Réconciliation doit dans le même temps être mis en œuvre en Côte d’Ivoire, comme le demande la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI).
Des acteurs de la société civile trop souvent écartés
Enfin, les deux camps qui s’affrontent aujourd’hui, en plus des aspects criminels, ont pour point commun d’avoir systématiquement écarté les acteurs de la société civile du jeu politique. Si la communauté internationale espère être crédible dans sa volonté affichée d’œuvrer pour la paix en Côte d’Ivoire, elle doit imposer la présence de la société civile ivoirienne dans tous les scénarios de transition.
L’association Survie demande :
  • à nouveau le retrait définitif des militaires français de Côte d’Ivoire ;
  • que la lumière soit faite sur l’implication de l’armée française et de l’ONU dans l’avancée vers Abidjan des ex-rebelles (dont certains pourraient s’être rendus coupables de crimes de guerre) ;
  • que le parlement français exerce son contrôle sur l’opération Licorne, conformément aux dispositions prévues par la réforme de la Constitution de juillet 2008, et crée une commission d’enquête parlementaire sur l’ensemble de cette action depuis son déploiement en 2002 ;
  • de conditionner les relations avec le nouveau pouvoir ivoirien à l’obligation de poursuivre les responsables des crimes commis dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et de les exclure de tout rôle politique.
Survie demande en outre :
  • la publication du rapport du groupe d’experts de l’ONU chargé de surveiller l’embargo de 2004 sur les armes et diamants, dont celle-ci reste bloquée depuis septembre ;
  • la saisine de la CPI pour l’ensemble des crimes commis en Côte d’Ivoire et la mise en œuvre d’un processus Vérité, Justice et Réconciliation, comme le demande la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CSCI).

lundi 10 janvier 2011

Côte d'Ivoire : comment sortir de la crise ? Les propositions de la société civile ivoirienne

Nous  versons ce document au débat sur la crise en Côte d'Ivoire, même si nous n'en partageons pas tous les points. Survie exige notamment le départ de la force militaire française Licorne, ce qui n'est pas le cas des auteurs de cette déclaration, la Convention de la société civile ivoirienne (voir ci-dessous), qui méritent d'être entendus.


CONVENTION GÉNÉRALE EXTRAORDINAIRE
SUR LA SORTIE DE CRISE

5 ET 6 JANVIER 2011

COMMUNIQUÉ FINAL

La Convention de la Société Civile Ivoirienne a tenu sa deuxième Convention Générale Extraordinaire les 05 et 06 janvier 2011 à la Bibliothèque Nationale en présence de 64 organisations membres sur la centaine que compte la CSCI. L’objectif principal est de proposer des solutions pouvant aider à sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse post -électorale actuelle. Les propositions portent sur quatre préoccupations majeures : l’apaisement du climat social, une meilleure sécurisation des prochaines élections (législatives, municipales et régionales), une meilleure appréhension du rôle de la communauté internationale en Côte d’Ivoire dans la sortie de crise et la contribution au dénouement de l’impasse du bicéphalisme au sommet de l’État.
I –Au titre de l’apaisement du climat social post-électoral
La Convention Générale Extraordinaire a noté que les principales sources des tensions politiques et sociales sont les médias, les partis politiques, les forces armées et les populations. A cet effet, la CGE fait les recommandations suivantes :
I-1- Concernant les médias
Le pays n’étant pas en guerre, la raison d’État invoquée pour confisquer les médias publics à des fins de propagande au profit d’un seul camp est inopportune. Les dispositions suivantes devront être prises avec urgence :
- amener les organes de régulation, notamment le Conseil National de la Communication Audiovisuelle (CNCA), à faire leur travail avec beaucoup plus de rigueur, de vigilance et de professionnalisme ;
- arrêter la propagande politique et la diffusion de messages de haine et de violence dans les médias publics ;
- assurer un traitement équilibré et impartial de l’information dans les médias publics, notamment la RTI (Radiodiffusion Télévision Ivoirienne).
- assurer l’accessibilité des médias publics à toutes les personnes physiques et morales ;
- assurer la couverture de toute l’étendue du territoire national par la RTI ;
- prévoir des tranches horaires dans les programmes de la RTI pour l’éducation civique et citoyenne ;
- faire des émissions dans les langues nationales pour promouvoir la paix et la cohésion sociale ;
- autoriser la réouverture de tous les médias internationaux fermés, dans le strict respect des lois nationales ;
- fermer les médias (écrits et audio-visuels) qui échappent au contrôle du CNCA et du CNP, (Conseil national de la presse) sur toute l’étendue du territoire national. Ces médias devront, avant d’émettre, se conformer aux lois et règlements en vigueur en Côte d’Ivoire ;
- accorder une plus grande représentation de la société civile dans les organes de régulation (CNCA et CNP).
I-2- Concernant les partis politiques
La CGE a déploré une radicalisation dans les discours et les comportements des partis politiques. Par conséquent, la CGE demande aux partis politiques de :
- éviter le recours aux considérations ethniques, régionales ou religieuses ;
- éviter l’usage d’armes et de la violence comme moyens d’expression et d’action ;
- éviter l’usage des moyens de l'État (finance, personnel, matériel, force publique) dans les actions ;
- faire preuve de modération dans leurs prises de position politique ;
- respecter le code de bonne conduite des partis politiques ;
- éduquer les militants à la tolérance et aux valeurs démocratiques. Enfin, la CGE demande aux deux protagonistes (MM. Gbagbo et Ouattara) d’adresser des messages d’apaisement à leurs militants qui devront être diffusés dans les médias publics.
I-3- Concernant les Forces Armées
La Convention Générale Extraordinaire déplore les attitudes partisanes et bellicistes des FDS et FAFN. Elle demande donc :
- la cessation immédiate, par les FDS (Forces de Défense et de Sécurité) et FAFN ( Forces Armées des Forces Nouvelles ), de toute hostilité, de défiance ou d’annonce d’intention d’hostilité ;
- la réactivation du Centre de Commandement Intégré (CCI) et sa dotation en moyens conséquents pour accroître son efficacité ;
- l’encadrement pacifique des marches et des manifestations conformément à la législation en vigueur ;
- la libération immédiate et sans condition du quartier général du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix) ;
- la levée immédiate du blocus de l’hôtel du Golf imposée par les FDS ;
- la cessation des rackets sur les routes, entrainant parfois les mouvements de grèves dans le secteur des transports ;
- l’arrêt immédiat dans les zones CNO (Centre, Nord et Ouest) des blocages récurrents des convois de ravitaillement du marché national en vivres et en bétail ;
- le non recours à toute intervention armée pour le règlement de la crise. Enfin, la CGE demande que les négociations pour la sortie de crise ne s’enlisent pas et qu’elles permettent un dénouement rapide.
I-4- Concernant les populations
La CGE déplore la manipulation des masses populaires par les partis politiques. Trois partis ayant réunie à eux seule 95,5% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle exercent une réelle hégémonie sur les populations. La CGE contacte qu’une telle hégémonie est de nature à entrainer par moments, à entrainer les populations dans des logiques de méfiance, d’hostilité voire de violence. Par voie de conséquence, la CGE demande :
- à la jeunesse de ne pas céder à la manipulation et de refuser de servir de chair à canon,
- aux chefs traditionnels et aux leaders religieux d’éviter les positions partisanes prise en publique,
- à la population d’utiliser les moyens d’expression démocratique (meetings et marches pacifiques) dans leurs revendications.
- à la population de respecter le droit à la différence.
- la tenue de conseils locaux dans les familles, les quartiers, les communautés etc.
- l’utilisation et la promotion des alliances inter-ethniques pour détendre l’atmosphère post-électoral actuel.
II- Au titre des propositions pour améliorer la gestion et la sécurisation des prochaines élections
La Convention Générale Extraordinaire note que des problèmes et des défaillances ont été constatés dans la gestion et la sécurisation du deuxième tour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Ces problèmes et ces défaillances sont en partie responsables de l’impasse post-électoral actuel que vit le pays. En conséquence, la CGE suggère :
- la reconstitution entière de la CEI et l’administration de cette institution par la société civile.
- le remaniement partiel du Conseil Constitutionnel en vue du renforcement de sa crédibilité et de son impartialité.
- le désarmement total de tous ceux qui détiennent illégalement des armes en Côte d’Ivoire,
- la réunification effective de l’armée ivoirienne
III- Au titre du rôle de la communauté internationale et de ses rapports avec les autres acteurs.
La CGE reconnait l’importance du rôle joué par la communauté internationale dans la sortie de crise. Elle note cependant que les activités et les prérogatives de la communauté internationale sont souvent méconnues et mal comprise par les ivoiriens. La CGE suggère donc :
- que l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) poursuivre ses missions en Côte d’Ivoire, mais que celles-ci soient davantage expliquées aux populations ;
- que les forces impartiales complémentaires ne comprennent pas de ressortissants de la CEDEAO et que leur désignation soit faite en accord avec les autorités nationales ;
- que les structures internationales appuient les organisations nationales sans se substituer à elles et sans les concurrencer.
IV- Au titre du dénouement du bicéphalisme au sommet de l’État.
La CGE propose :
- la poursuite des négociations jusqu’à la fin du mois de Janvier 2011.
- En cas d’échec des négociations, propose la reprise de l’élection présidentielle conformément à l’article 64 du code électoral en ayant réuni les conditions d’une meilleure sécurisation et d’une totale transparence des élections.
- Enfin la CGE propose parallèlement aux efforts de négociation et de médiation internationale actuellement en cours, la constitution d’un groupe de médiateurs nationaux comprenant :
  • - La société civile ivoirienne,
  • - Les organisations professionnelles et syndicales,
  • - La chefferie traditionnelle,
  • - Et les confessions religieuses.
Fait à Abidjan le 06/01/2011
La Convention Générale Extraordinaire

Qu'est-ce que la CSCI ?
La Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) est une coalition organisationnelle ivoirienne créée en janvier 2003 au départ par la Ligue ivoirienne des droits de l'homme en réponse à la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire débutée en octobre 2002. Puis, elle s'est renforcée en 2005 pour représenter l'ensemble des citoyens ivoiriens. Elle a pour but de faire participer les forces vives aux objectifs de la Côte d'Ivoire, de réunir l'ensemble des ivoiriens autour du projet de la nation.

La CSCI est dotée depuis le 15 février 2008 d'une charte de 38 articles définissant la composition et le fonctionnement de la convention. La CSCI est composée de l'ensemble des organisations représentant le peuple ivoirien (centrales syndicales, ONG, partis politique, chefferies traditionnelles, organisation religieuses). Elle comprend au total 132 structures nationales.

Sa mission est de rebâtir la Côte d'Ivoire, mettre en place un nouveau contrat social, assurer la stabilité politique et une démocratie participative, et mettre en place un contrat de développement économique. Le coordonnateur de la Convention de la société civile ivoirienne est Patrick N’Gouan. Son slogan officiel est “Agir ensemble et bâtir durablement”.
Site web : http://societecivile-csci.org/

Le Bureau de Coordination et l'équipe technique de la Mission d 'observation électorale de la CSCI

jeudi 6 janvier 2011

La guerre n’est jamais la solution... même en Côte d’Ivoire

Communiqué du Mouvement de la Paix, 5/1/2011


La Côte d’Ivoire vit des heures difficiles alors que les populations ivoiriennes souffrent déjà beaucoup. La nouvelle crise issue des élections présidentielles des 31 octobre et 28 novembre, entachées de graves irrégularités, ne trouvera de sortie positive que dans le dialogue, pas dans les armes.
Fallait-il ou non organiser ces élections ? On peut aujourd’hui se poser la question. Il devient de plus en plus évident que cette élection n’a pas été préparée dans les meilleures conditions de sérénité nationale et internationale.
Qui peut donc affirmer qu’il y ait eu ou non triche ? Notamment dans les nombreux secteurs non couverts par des observateurs internationaux. La France et les grandes puissances – qui prennent fait et cause pour l’un des deux camps – prennent la terrible responsabilité de brandir une torche embrasée au-dessus d’un tonneau de poudre. Ces prises de position enveniment la situation et entretiennent le « conflit de civilisation » que nombre d’obscurantismes veulent alimenter, en Côte d’Ivoire, en France, et ailleurs.
La culture de la paix, c’est ne pas entraver, ni de près, ni de loin, la prise en mains par les Ivoiriens, de leur propre chemin vers une démocratie.
S’indigner comme le font aujourd’hui les anciennes puissances coloniales, ignorant leurs parts de responsabilités dans cette situation, n’est pas crédible. Cela participe d’une nouvelle forme de colonialisme dont le peuple Ivoirien n’a aucunement besoin.
Le Mouvement de la Paix s’inquiète des appels aux armes et des préparations d’interventions militaires, et affirme haut et fort que « la guerre n’est jamais la solution, ni en Côte d’Ivoire, ni ailleurs ». Au contraire, c’est toujours dans les situations les plus difficiles qu’il faut « oser la paix ».
Le Mouvement de la Paix met en garde contre toutes les conséquences d’un conflit militaire sur les pays voisins, notamment ceux sans accès à la mer dont le port d’Abidjan constitue une source de vie précieuse.
La seule issue durable est une issue pacifique et politique. La guerre ne résoudra rien. Elle engendrera de nouvelles frustrations et amplifiera les antagonismes, prétextes d’ingérences des grandes puissances sous couvert humanitaire. Le Mouvement de la Paix demande au gouvernement français de refuser toute escalade guerrière et de donner la priorité à une solution politique.
Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, issus de la même famille d’hommes politiques et formés aux intérêts de l’oligarchie africaine et des grandes puissances, doivent calmer le jeu et négocier un nouveau processus de consultation populaire.
La communauté internationale doit soutenir ce retour aux urnes en proposant de travailler à définir au préalable – par la concertation de toutes les parties – les conditions de la mise en œuvre d’un contrôle international non contestable. En s’appuyant sur sa charte, dans laquelle la priorité est celle des peuples, l’ONU doit retrouver son rôle de médiateur.
Le Mouvement de la Paix soutiendra en France toutes les initiatives refusant le recours à la force en Côte d’Ivoire et consulte ses partenaires pour que s’exprime haut et fort le rejet de toute intervention militaire.

Le Mouvement de la Paix
Saint Ouen, le 5 janvier 2011
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