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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)
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mardi 29 août 2017

Sahel : aux origines de la crise sécuritaire
Une étude majeure de Moussa Tchangari pour comprendre la «guerre sans fin» au Sahel

Par François Gèze, blog de Mediapart, 26/8/2017
Le 17 août, l’éditorial du Monde « Au Sahel, la crainte d’une guerre sans fin » concluait, sans expliquer : « La réponse militaire s’est jusque-là montrée très insuffisante pour venir à bout de groupes qui recrutent en jouant sur des frustrations économiques ou communautaires auxquelles aucune solution n’est apportée. » L’analyste nigérien Moussa Tchangari apporte les explications qui manquent. 
Le 17 août 2017, l’éditorial du Monde « Au Sahel, la crainte d’une guerre sans fin » se concluait, mais sans donner plus de précisions, sur ce constat fort pertinent : « La réponse militaire s’est jusque-là montrée très insuffisante pour venir à bout de groupes qui recrutent en jouant sur des frustrations économiques ou communautaires auxquelles aucune solution n’est apportée. » D’où l’importance, pour en savoir plus sur les racines de cette « guerre sans fin » du Sahel, de se tourner vers les observateurs locaux, dont les travaux, trop méconnus des grands médias occidentaux, apportent souvent des clés essentielles pour comprendre les ressorts profonds de conflits obscurs où sont pourtant directement impliquées les « grandes puissances ». Au premier rang desquelles la France, dont les responsables actuels semblent bien y agir toujours sans parvenir à se libérer du vieux « logiciel colonial » qui a formaté les cerveaux de générations d’« élites républicaines » tout au long du xixe siècle et jusqu’aux années 1960.
C’est ce dont atteste la remarquable étude de Moussa Tchangari, secrétaire général de l’ONG nigérienne Alternative Espaces Citoyens, intitulée Sahel : aux origines de la crise sécuritaire. Conflits armés, crise de la démocratie et convoitises extérieures, publiée deux jours après l’éditorial du Monde, le 19 août 2017, et accessible ici ou là. Celle-ci est principalement consacrée aux failles gravissimes de la réponse de la « communauté internationale » à la conjonction des entreprises « djihadistes » de la secte Boko Haram, qui sévit au nord du Nigeria depuis 2002, et des divers groupes armés « islamistes » actifs dans les différents États du Sahel (Mali et Niger principalement) et du Sahara (Algérie – voir mon article de 2014 sur le rôle spécifique de ce pays –, Mauritanie, Libye, Tunisie), surtout depuis les années 2010. Une étude de 52 pages, qui mérite une lecture attentive, tant elle est riche en informations de première main, que l’on retrouve rarement dans les médias dominants, anglophones comme francophones. Son auteur, Moussa Tchangari, est en effet un acteur de premier plan de la « société civile » de son pays, le Niger (et membre de longue date du conseil d’administration de la Fondation Frantz Fanon, qui réunit des militant-e-s internationalistes de tous les continents).
Avant d’évoquer quelques-uns des apports à mon sens essentiels du travail de Tchangari, je dois souligner qu’il complète très utilement une autre étude tout aussi passionnante, remarquablement documentée, du politologue Jean-François Bayart sur les racines du salafisme et du djihadisme nord-nigérians et de l’« économie politique » de Boko Haram, qu’il a publiée au même moment, le 18 août2017, sur son blog de Mediapart : « De quoi Boko Haram est-il le nom ? ». Il y montre fort pertinemment que l’extension de la secte et de ses actions mortifères est loin de s’expliquer uniquement par son prosélytisme religieux islamiste : « Boko Haram est l’expression contemporaine d’un système économique régional séculaire qui s’est structuré entre Fort-Lamy (Ndjamena), Kousseri et Maiduguri, sur les ruines de l’économie saharienne et esclavagiste de la fin du xixe siècle, grâce aux “gains marginaux” qu’ont engendrés les frontières étatiques, le marché cambiaire à l’interface du naira et du franc CFA, le développement des routes et du chemin de fer, les disjonctions entre les cycles économiques du Nigeria et ceux de ses voisins, les cours changeants du pétrole qui affectent les deux producteurs du bassin, le Nigeria et le Tchad, et, enfin, les conflits armés, de l’aventure de la 2e DB pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir de Fort-Lamy, aux rébellions postcoloniales tchadiennes, en passant par la guerre du Biafra. La secte met en termes religieux une insurrection sociale et politique contre l’iniquité de ce système et de la classe dominante qui en tire profit, et ouvre des opportunités à ceux qui en sont les subalternes et les victimes. »

vendredi 22 février 2013

Paris, 9 mars 2013 : chaîne humaine pour l’arrêt du nucléaire

21 février 2013 : Pierre Rabhi, Isabelle Autissier, François Morel… soutiennent la chaîne humaine pour l’arrêt du nucléaire

Le 9 mars 2013, des dizaines de milliers de personnes de tous les horizons formeront une grande chaîne humaine pour l’arrêt du nucléaire civil et militaire, qui traversera Paris d’est en ouest. Elles encercleront les lieux de pouvoir pour montrer la volonté des citoyen-ne-s de reprendre en main les décisions sur l’énergie. De nombreuses personnalités et artistes appellent également à rejoindre cette action.

Le point commun entre Pierre Rabhi, Isabelle Autissier, Aure Atika, François Morel, Sanseverino, Alain Damasio, Edgar Morin… et de nombreux autres ? Toutes ces personnalités partagent la revendication que la France en finisse avec le nucléaire. « Énergie dangereuse qui a fait ses macabres preuves partout sur notre planète » pour le chanteur Sanseverino, « poison inodore, incolore et invisible qui ne signe pas ses crimes » pour le romancier Christophe Léon, "archétype de la technologie crépusculaire, immodeste et immoderne, immorale et immonde" pour l’auteur Alain Damasio : comme la majorité des Français, ils désirent que notre pays abandonne cette technologie et se tourne enfin vers une vraie transition énergétique. C’est dans cette optique qu’ils apportent leur soutien à la chaîne humaine du 9 mars pour l’arrêt du nucléaire civil et militaire, destinée à dénoncer le système nucléaire et à réclamer la reprise en main par les citoyen-ne-s des décisions liées à l’énergie.
Comme le résume l’écrivain Michael Ferrier, auteur de Fukushima, Récit d’un désastre [1] : « nous affirmons par cette immense chaîne humaine notre solidarité avec les victimes du nucléaire et notre détermination à entrer dans une civilisation énergétique responsable, fondée sur des innovations techniques et écologiques qui sont aujourd’hui à notre portée, loin des vieilleries du nucléaire. »
Certains ont souhaité témoigner de leur engagement par une contribution spéciale : un texte pour Christophe Léon, un dessin pour Etienne Davodeau, la dédicace d’une chanson comme le chanteur Kent…
Dans leur diversité, ces artistes montrent que le refus du nucléaire n’est pas le fait d’une minorité, mais qu’il s’agit bien d’une attente qui traverse toute la population.
Découvrez l’ensemble des contributions à la chaîne , ainsi que la liste complète des artistes et personnalités qui soutiennent la chaîne.
Contacts presse :
- Jocelyn Peyret - 06 20 36 57 17
- Pierric Duflos - 06 28 34 73 32

Chargée de communication :
Charlotte Mijeon - 06 64 66 01 23

Notes

[1] Fukushima, récit d’un désastre, Gallimard, 2012

vendredi 1 février 2013

Des drones US au Niger pour les guerres d'Afrique


L'Afrique sera le nouveau terrain de chasse des avions sans pilote de l'armée US. Le gouvernement du Niger a autorisé le déploiement de drones du ministère de la Défense et de la CIA pour les opérations de surveillance et de renseignement contre les diverses milices pro-Al Qaïda actives dans la région nord-ouest du continent. La demande de création d'une base d'opérations au Niger a été officialisé il ya une dizaine de jours par l'ambassadeur US Bisa Williams lors d'une rencontre avec le président Mahamadou Issoufou.

Comme l'ont révélé les principaux quotidiens US, les drones ne seront pas armés, mais on n'exclut pas la possibilité que, dans l'avenir, ils puissent être utilisés pour effectuer des frappes de missiles "contre la menace croissante du terrorisme." Les missions d'espionnage et de strike (frappe) pourront être coordonnées avec les forces armées françaises qui opèrent depuis le 11 janvier 2013 dans le conflit au Mali et seront dirigées par l'US Africom, le commandement US des opérations militaires en Afrique basé à Stuttgart (Allemagne). Les avions sans pilote seront probablement stationnés sur une base aérienne de la région désertique d'Agadez, près de la frontière avec le Mali et l'Algérie.

Des négociations en vue de développer le partenariat Niger-USA et de définir le statut juridique et les fonctions des militaires US appelés à intervenir dans ce pays d'Afrique ont été engagées l'an dernier. Il y a quelques mois, le commandant de l'US AFRICOM, le général Carter Ham, avait visité le Niger et rencontré les plus hautes autorités civiles et militaires. Après le début des combats dans le nord du Mali et de l'intervention française contre les milices islamiques radicales d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), les autorités gouvernementales nigériennes ont décidé de mettre noir sur blanc le texte d'accord bilatéral proposé par Washington.
«Ils ont exprimé le désir de nouer des relations plus solides avec nous et nous avons été heureux de les nouer avec eux», a déclaré le porte-parole du Pentagone George Little. En plus de déployer des drones, l'armée US pourra utiliser les principaux aérodromes pour stationner les avions-espions pilotés et quelques unités spéciales d'intervention d'urgence qui appuieront les forces armées nigériennes pour le contrôle des frontières et la formation à l'"anti-terrorisme". Le Pentagone n'a pas révélé le nombre de soldats US autorisés à résider au Niger; jusqu'à présent, ils ont été environ cinquante, mais ils pourraient bientôt atteindre 300 hommes. Rien que pour garder en orbite une batterie de drones (quatre avions en vol pendant 24 heures consécutives), sont en effet nécessaires pas moins de 170 militaires en appui au sol.

Hillary Clinton avec l'un des drones US utilisés par l'armée ougandaise en Somalie
Le Niger est l'un des pays les plus pauvres du continent africain : l'espérance de vie est de 54,7 ans, le taux de mortalité infantile de 160,3 ‰, tandis que seulement 28,7% des adultes sont alphabétisés. Néanmoins, le gouvernement consacre une grande partie des ressources financières à l'achat de moyens de guerre et aider l'allié politico-militaire US dans la «lutte contre le terrorisme mondial» déclenchée après le 11 septembre 2001. Plusieurs officiers du Niger ont été invités aux USA pour suivre des cours sur "la lutte contre le terrorisme", la logistique et les télécommunications. En collaboration avec les forces armées du Mali, du Tchad et de la Mauritanie, sous le commandement de l' US Africom, l'armée nigérienne a pris part à des exercices dans le désert, avec l'utilisation de nouvelles méthodes de guerre. Avec l'aide de «conseillers» du Pentagone, en décembre 2004, les forces armées ont également lancé un raid sur une grande échelle dans la région du Sahel – à plus de 600 km de la capitale Niamey - contre un groupe de miliciens islamistes radicaux avec basé en Algérie. Comme l'a déclaré le commandant adjoint des forces US en Europe, le général Charles F. Wald, plus de 750 officiers du Niger, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie ont déjà été formés et spécialisés, pour un coût de 7,75 millions de dollars.

Salle de télécommande de drones sans pilote
En 2009, le Corps d'ingénierie de l'US Army a lancé un programme d'intervention dans les communautés les plus pauvres et les plus isolées de l'ouest du Sahara par le biais d'un fonds d' «aide humanitaire» géré par le commandement Africom à Stuttgart. Localisé dans les zones frontalières entre le Mali et le Niger, le programme vise à réaliser des «puits d'eau, des écoles, des points de santé et des banques de céréales» pour un coût total de 1,7 millions de dollars. Évidemment l'«humanitaire» vise à accroître le consensus local au plan de pénétration militaire et économique US dans la région. "Notre espoir est de soutenir les objectifs de sécurité de l'Africom et d'acquérir de l'expérience sur le continent et d'être plus efficaces à l'avenir", a admis Diana Putman, responsable du plan d '«aide humanitaire» du Commandement stratégique des troupes sur le continent africain.
En 2010, un coup d'État fomenté par l'armée pour empêcher la réélection de l'ancien président Mamadou Tandja a refroidi les relations entre le Niger et les USA. La décision de la junte militaire d'organiser une élection présidentielle en mars 2011 pour restituer le pouvoir aux civils, a cependant convaincu Washington de pousser l'accélérateur pour obtenir la permission de déployer ses fameux avions sans pilote au Niger.

Le ministère de la Défense et la CIA ont déjà stationnés des drones d'attaque espions dans plusieurs pays africains. La base principale d'opérations est certainement celle de Camp Lemonnier à Djibouti, qui abrite plus de 2.000 militaires US engagés dans des conflits qui déchirent la Corne de l'Afrique, le Yémen et le nord-est du continent. D'après le Washington Post, le centre de drones qui coordonne tout le système de renseignement  en Afrique serait au Burkina Faso. Sous le couvert d'un programme top secret au nom de code Sand Creek, une douzaine de militaires et de sous-traitants US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l'aéroport de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de  Mauritanie, d'Éthiopie, du Kenya, d'Ouganda et de l'archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base pourrait être activée prochainement au Sud-Soudan et - comme l'ont admis certains responsables US – l'Algérie serait sur le point d'autoriser les atterrissages et les décollages de drones pour combattre les milices d'AQMI en échange de sessions d'entraînement, d'équipement et de systèmes d'armement US.
 

mardi 29 janvier 2013

La reconquête de l’Afrique

par Manlio Dinucci, il manifesto, 29/1/2013.
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours d'intronisation que les USA, "source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique", d'énormes avions C-17 US transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et la CIA, ce qui a aiguisé les conflits internes.
La rapidité avec laquelle l’opération a été lancée, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre qu'elle avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. La collaboration immédiate des USA et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des tâches d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales. Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, forment un groupe compact quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en danger par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise.

Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par tête 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltane, mais les bénéfices finissent dans les poches des multinationales et de l’élite locale. C'est la même chose au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par tête 100 fois inférieur à celui des Italiens) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation sont entre les mains de la multinationale française Areva.

Tiago Hoisel
, Brésil
Ce n’est pas un hasard si Paris, simultanément à l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par Exxon Mobil (US) et d’autres multinationales (mais des entreprises chinoises sont aussi en train d’arriver) : les miettes qui restent des gains vont dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien* Michele Russo a été expulsé du Tchad en octobre dernier.

Le Niger et le Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front sous commandement français. L'opération lancée au Mali, avec les forces françaises comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, rayonnant du Sahel vers l’Afrique occidentale et orientale. Elle se combine avec celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’État libyen et les manœuvres pour étouffer, en Égypte et ailleurs, les rebellions populaires.
Il s'agit d'une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des "grandes démocraties", qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.
*Missionnaires comboniens du Cœur de Jésus [MCCJ] : congrégation religieuse missionnaire fondée au milieu du XIXe siècle par l'italien Daniel Comboni, mort à Khartoum en 1881 et béatifié en 2003, pour l'évangélisation et la promotion humaine, en Afrique.[NdT]

jeudi 8 novembre 2012

Montpellier, 16 novembre : rencontre avec Ramatou Solli

http://www.facebook.com/events/336222109810370



Découvrez Ramatou Solli...
http://www.lagriffe-niger.com/index.php?option=com_content&view=article&id=339:interview--mme-solli-ramatou-coordonnatrice-du-groupe-de-reflexion-sur-les-industries-extractives-gren&catid=34:politique&Itemid=54
http://www.info-matin.com/index.php/economie5/1865-exploitation-miniere--derriere-luranium
http://www.maliweb.net/news/environnement/2012/03/21/article,56003.html
...et la "présence française au Niger"...
http://www.tresor.economie.gouv.fr/5014_situation-economique-du-niger-et-presence-francaise-fevrier-2012
http://www.lagriffe-niger.com/index.php?option=com_content&view=article&id=572:exploitation-de-luranium-au-niger--le-regime-du-president-issoufou-hausse-le-ton-contre-le-geant-areva&catid=34:politique&Itemid=54
... et plus...
Publiez ce que vous payez : témoignage du Niger
http://www.one.org/fr/blog/s%E2%80%99engager-pour-la-transparence-du-secteur-minier-temoignage-du-niger

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=LBqQQ3MVnBw

...et encore plus... 

http://survie.org/publications/livres/article/le-crime-continue

...et si voulez tout savoir, plongez dans notre librairie. Ces livres seront en vente le 16 novembre :

Global Witness, Les affaires sous la guerre, Armes, pétrole & argent sale en Angola
 
 Gilles Labarthe, L'or africain, Pillages, trafic & commerce international
 
Raphaël Grandvaux, Areva en Afrique, Une face cachée du nucléaire français
 
Xavier Montanyà, L'or noir du Nigeria, Pillages, ravages écologiques et résistances

Alain Deneault et William Sacher, Paradis sous terre, comment le Canada est devenu une plaque tournante pour l'industrie minière mondiale
 
Xavier Harel, Afrique, Pillage à huis clos. Comment une poignée d'initiés siphonne le pétrole africain
 

 

mardi 15 mai 2012

Françafrique : le changement, c’est pour quand ?

par Survie, 15 mai 2012 
Le quinquennat de Nicolas Sarkozy restera emblématique d’une politique française en Afrique décomplexée et arrogante. Au jour de l’investiture de François Hollande, alors que se multiplient les réactions à l’hommage scandaleux au colonialiste Jules Ferry, on est en droit de se demander ce qu’il adviendra de la promesse socialiste de « mettre fin à la Françafrique ».
Déclarant vouloir « mettre fin à la Françafrique », François Hollande a répété tout au long de sa campagne que le « changement » concernera aussi les relations franco-africaines, répondant au souhait d’une partie importante des citoyens, y compris des militants socialistes, souhaitant se démarquer des frasques passées.
Sous la présidence de Mitterrand, puis sous le gouvernement de Lionel Jospin (dans un contexte de cohabitation), des responsables socialistes ont en effet largement contribué à maintenir la mainmise de la France sur ses anciennes colonies, sans rien changer d’autre dans le système criminel de la Françafrique que ses principaux bénéficiaires. François Mitterrand, malgré le discours de façade prononcé à La Baule en 1990, avait conservé ce système, le poussant même à son paroxysme en entraînant l’État français dans une complicité toujours inavouée, celle du génocide des Tutsi au Rwanda.
Au sein du PS, si la volonté de tourner la page est affirmée, plusieurs personnalités sont encore liées à des réseaux de la Françafrique et la campagne électorale a vu plusieurs responsables de ce parti s’afficher ostensiblement avec des dictateurs africains.
La lignée des annonces de rupture avec la Françafrique se divise jusqu’ici en deux ensembles : celui des responsabilités politiques écourtées et celui des promesses éphémères. Souhaitant que cette étrange « malédiction » cesse enfin, l’association Survie se montrera particulièrement attentive aux premiers gestes de François Hollande et aux premières mesures de son gouvernement.
  • Au-delà de la suppression de la cellule Afrique de l’Élysée promise par François Hollande, quel renforcement des pouvoirs du parlement en matière de politique extérieure ?
  • Quelle position sur les visites officielles de dictateurs et la validation des simulacres électoraux, et plus largement quelles relations diplomatiques vis-à-vis des régimes dictatoriaux quand en pleine campagne électorale divers collaborateurs de François Hollande se sont affichés aux côtés de dirigeants illégitimes : Ségolène Royal auprès de Blaise Compaoré en novembre 2011, Laurent Fabius auprès d’Ali Bongo au Gabon en février 2012, ou encore Jean-Louis Bianco auprès d’Alassane Ouattara en avril 2012 ?
  • Quelle remise en cause de la présence militaire et des opérations extérieures en Afrique, alors que le PS a soutenu les deux interventions françaises de 2011 en Côte d’Ivoire et en Libye ?
  • Quelle position concernant la levée du secret défense sur les archives liées à l’implication des plus hautes autorités de l’Etat dans plus d’un demi-siècle de crimes néocoloniaux, élément clef pour lutter contre l’impunité, alors que les gouvernements socialistes ou de la gauche plurielle couvrirent ainsi les complicités françaises dans l’assassinat de Thomas Sankara, le génocide des Tutsi au Rwanda et l’élimination du Juge Borrel ?
  • Quelles actions pour passer d’une aide au développement dévoyée et corruptrice à une logique de redistribution des richesses et d’accès de tous et toutes aux biens publics ?
  • Quelle position sur le Franc CFA, quand Michel Rocard avait été le premier promoteur de la dévaluation du Franc CFA, finalement imposée par le gouvernement d’Édouard Balladur en 1994 ?
  • Quelle position sur les agissements d’entreprises françaises à capitaux publics, comme Areva qui dévaste le nord Niger ?
  • Quelle volonté réelle de « décoloniser les esprits », quand le Président nouvellement élu choisit de célébrer Jules Ferry, héraut de la colonisation et du racisme d’État ?
L’association Survie demande au nouveau gouvernement de prendre dès sa prise de fonction les 5 engagements suivants, qui seront un premier pas vers une politique française en Afrique au service des peuples :
  • la fin du ‘domaine réservé’ du Président de la République en matière de politique étrangère ;
  • l’arrêt du soutien politique et diplomatique aux dictateurs – en refusant notamment de les recevoir à l’Élysée, de leur rendre visite et de reconnaître leur « victoire » lors des simulacres d’élections ;
  • la fermeture des bases militaires et la fin des opérations extérieures en Afrique qui ne sont pas placées sous mandat, commandement et uniforme de l’ONU ;
  • le lancement d’un processus de transfert de souveraineté monétaire aux États de la zone CFA, de retrait de la France des institutions du Franc CFA et de restitution des réserves de change ;
  • la levée du secret défense sur les archives concernant les crimes françafricains, afin d’aider enfin la justice à faire son travail, notamment sur les questions ayant trait à l’implication de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda.

mardi 19 janvier 2010

Uranium, or, pétrole, charbon, cuivre, fer, phosphates : le Niger, une excellente affaire qui aiguise bien des appétits

La CFDR dénonce "la gestion mafieuse" des contrats miniers
samedi 12 décembre 2009
La Coordination des forces pour la démocratie et la République (CFDR), regroupant les partis politiques, syndicats et organisations de la Société civile opposés à la 6ème République au Niger, a rendu publique jeudi soir une déclaration dans laquelle elle dénonce "la gestion mafieuse" des contrats miniers, impliquant des proches du président Mamadou Tanja.
Selon la CFDR, le projet "Tazartché" ou "prolongation de mandat" (en allusion à la modification par référendum de la Constitution du Niger par Mamadou Tanja pour prolonger de trois ans son mandat actuel qui expire en décembre) ne vise pas seulement à maintenir illégalement Tanja au pouvoir mais se justifie aussi par la volonté de sa famille et de son clan de faire main basse sur les ressources minières du Niger.
"Le trafic d’influence de hauts responsables et de leurs proches permet l’obtention de permis miniers et l’attribution d’énormes marchés de gré à gré en violation des procédures du code des marchés publics", indique la CFDR, citant en exemple des conventions en vertu desquelles "Hadiatoulaye Tanja, fils aîné de Tanja et son flagorneur, Ibrahim Hamidou, ont perçu plus de 4 milliards de FCFA de pots de vin au titre des permis octroyés à la société Niger Uranium corporation".
On rappelle que dans le cadre de sa politique minière, le gouvernement nigérien a opté depuis 2008 pour la diversification de ses partenaires en vue de privilégier uniquement les intérêts du Niger, mettant ainsi en mal ses partenaires traditionnels, à l’instar d’Areva, qui avait jusque-là le monopole dans le secteur de l’uranium.
Niamey - Pana 11/12/2009
Nucléaire : les mensonges de Mme Lauvergeon
10 Décembre 2009 Par Velveth
.Alors que s'ouvre le sommet de Copenhague sur le climat, Mme Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'AREVA, a été interviewée sur France Info le 7 décembre 2009. Elle a déclaré que « le nucléaire, ça ne fait pas de CO2 » et qu'il ne produit que « de toutes petites quantités de déchets ».
La CRIIRAD dénonce ces affirmations erronées et demande à Mme Lauvergeon de prendre des mesures urgentes pour traiter les sites contaminés par les filiales du groupe AREVA au Gabon et au Niger.
.La CRIIRAD rappelle que
1 / le nucléaire rejette bien des gaz à effet de serre
2 / qu'à chaque étape du processus de production, il produit de grandes quantités de déchets radioactifs dont le confinement n'est pas assuré
3 / AREVA laisse en outre des populations vivre sur des terrains ou dans des habitations contaminées par ses activités. Quelques exemples sont indiqués ci-après.
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Les décisions qui vont être prises au sommet de Copenhague ne doivent pas être fondées sur les informations mensongères du lobby nucléaire.
Extraction de l'uranium
.L'énergie nécessaire au fonctionnement des usines d'extraction de l'uranium des filiales d'AREVA à ARLIT (Niger) provient d'une centrale thermique au charbon particulièrement polluante [1]. Pour la mine et l'usine de la COMINAK, la production d'une tonne d'uranium nécessite 9,7 tonnes Equivalent Pétrole [2]. Il est probable que la mise en exploitation du gisement d'Imouraren (Niger) aura un bilan d'émission de gaz à effet de serre encore plus lourd compte tenu des faibles teneurs du minerai et de la nécessité de déplacer 3,8 milliards de tonnes de roches pour y accéder [3].
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En France l'extraction du minerai a conduit à produire plus de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs à très longue période dont le confinement n'est pas assuré [4]. Au Niger il s'agit de plus de 35 millions de tonnes de résidus radioactifs entreposés à l'air libre à quelques kilomètres de l'agglomération d'ARLIT et Akokan où vivent environ 80 000 personnes [2]. Des déchets miniers radioactifs ont en outre été utilisés pour remblayer des pistes. En 2007 la CRIIRAD a révélé que de tels déchets, présentant un niveau de radiation 100 fois supérieur à la normale étaient présents devant l'hôpital de la COMINAK (filiale d'AREVA) à Akokan (Niger) [5]. Une mission conduite par Greenpeace à AKOKAN en novembre 2009 a confirmé que des niveaux de radiation élevés persistaient sur de nombreux secteurs de la ville [6]
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Au Gabon, la COMUF, filiale d'AREVA a produit sur le gisement d'uranium de Mounana 7,5 millions de tonnes de boues radioactives, dont 2 millions de tonnes ont été déversées dans la rivière. Les mesures effectuées par la CRIIRAD en 2009 montrent qu'une partie de ces déchets radioactifs est à l'air libre dans la forêt voisine. Les mesures de 2009 confirment en outre que les logements des cadres et des ouvriers de la COMUF ont été construits avec des matériaux radioactifs. Les populations sont ainsi soumises à leur insu à des doses de radiation totalement injustifiées [7].
Purification de l'uranium
.La purification des concentrés uranifères est effectuée à l'usine AREVA-COMURHEX de Malvési (France). En 2007, cette usine a rejeté 384 500 tonnes d'équivalent CO2 (CO2 et N2O) pour 14 000 tonnes d'uranium produites [8]. Le fonctionnement de l'usine a généré à ce jour plus de 250 000 tonnes de boues radioactives entreposées dans des bassins non étanches [8]. Certains de ces bassins ont cédé en mars 2004 polluant ainsi la plaine voisine [9].
.Retraitement des combustibles usés
.L'usine de retraitement des combustibles usés qu'exploite AREVA à La Hague (France) est une des installations les plus polluantes sur le plan radiologique. Elle rejette en particulier dans l'atmosphère de très grandes quantités d'un gaz radioactif, le krypton 85 conduisant à multiplier par 60 la radioactivité moyenne annuelle de l'air dans les villages voisins [10]. Compte tenu de sa longue période (10 ans) la concentration de ce gaz ne cesse d'augmenter dans l'ensemble de l'hémisphère nord. Certains chercheurs ont soulevé la question de l'impact de cette ionisation artificielle de l'atmosphère sur le climat.
En outre l'usine de la Hague est un des principaux producteurs de gaz à effet de serre de la région Nord Cotentin. Elle a rejeté 80 551 tonnes de C02 en 2007 [11].
.La question de l'eau
.Dans son interview du 7 décembre 2009 Mme Lauvergeon s'est émue des problèmes du désertification au Sahel. La CRIIRAD rappelle que l'extraction de l'uranium est une opération qui consomme de très grandes quantités d'eau et entraine une contamination des ressources locales par des polluants radioactifs et chimiques [2]. AREVA admet qu'à l'issue des 40 ans d'exploitation du gisement d'Imouraren (Niger), il se produira un « assèchement local des nappes » [3].
.
S'agissant du réchauffement et des gaz à effet de serre, il faut rappeler en outre que le rendement thermique des centrales nucléaires est de l'ordre de 30 %. C'est-à-dire que les 2/3 de l'énergie fournie par la réaction nucléaire est perdue sous forme de chaleur. Cette chaleur entraine le réchauffement des eaux de mer ou de rivière utilisées pour le refroidissement des réacteurs et conduit à rejeter de très grandes quantités de vapeur d'eau via les aéroréfrigérants. La vapeur d'eau est, il faut le rappeler, un gaz à effet de serre.
.Références
[1] Note CRIIRAD N°09-25 / Mine de Charbon et centrale thermique de production d'électricité SONICHAR à Tchirozérine (Niger) / B. Chareyron, 16 juin 2009.
[2] Note CRIIRAD N°08-02 / AREVA uranium Niger : du discours à la réalité / L'exemple des mines d'uranium du Niger / B. Chareyron, 30 janvier 2008.
[3] AREVA / Etude d'impact sur l'environnement / Exploitation du Gisement d'Imouraren.
[4] Note CRIIRAD / Impact radiologique de 50 années d'extraction de l'uranium en France. Exiger de COGEMA-AREVA un réaménagement satisfaisant des sites / B. Chareyron, 2005.
[5] Communiqué de presse CRIIRAD du 15 mai 2007 / « La CRIIRAD et AGHIR IN MAN demandent l'enlèvement sans délai des déchets radioactifs découverts dans les rues d'Akokan au Niger et interpellent Mme Lauvergeon présidente d'AREVA sur les pratiques des filiales de son groupe ».
[6] GREENPEACE Briefing / Les mines d'uranium au Niger / La radioactivité dans les rues d'Akokan / Novembre 2009 / Rianne Teule.
[7] Rapport CRIIRAD N°09-118 / Contamination radiologique relevée en 2009 sur l'ancien site minier uranifère de COMUF-AREVA à Mounana (Gabon) / B Chareyron, 7 décembre 2009.
[8] Usine COMURHEX II à Malvesi / Volume 2 / Etude d'Impact (enquête publique année 2009).
[9] Rapport CRIIRAD N°06-88 / Impact radiologique de l'usine COMURHEX (groupe AREVA) de Malvesi (Aude) / B. Chareyron, 13 novembre 2006
[10] Note CRIIRAD N°09-102 / B. Chareyron, 15 septembre 2009.
[11] AREVA NC / Etablissement de la Hague / Rapport environnemental, social et sociétal 2007.
Source : http://www.mediapart.fr/club/blog/velveth/101209/nucleaire-les-mensonges-de-mme-lauvergeon



Bref aperçu du secteur minier
« Un sous-sol riche en ressources minières, mais sous-exploité »
• le secteur minier du Niger représente environ 3% du PIB du pays avec une contribution estimée à environ 40% des recettes d'exportation.
• L’industrie extractive au Niger a longtemps été dominée par l’exploitation de l’uranium. Cependant depuis l’adoption du nouveau code minier le Niger a accueilli de nouveaux partenaires et intensifier les travaux de recherche pour la découverte et l’exploitation des autres substances comme l’or, le charbon, le cuivre…
• Des activités de recherches minières et pétrolières en plein développement : de nombreux programmes d'exploration sont menés au Niger par le gouvernement et les partenaires multilatéraux.
• Les recherches ont abouti à la mise en évidence de nombreux indices de cuivre, de nickel, de chrome, de charbon, de titane, de vanadium, de manganèse, de lithium, de platine, d’argent, de pierres précieuses...
• D'importants gisements de fer, de phosphates, de sel et plusieurs travaux d'exploration en cours pour la certification des gisement d’uranium, du charbon, du calcaire, du gypse, de l'or et de l'étain.
• Le secteur minier au Niger est composé d’une quarantaine de sociétés minières opérant sur près de 150 titres miniers pour la plupart liée à l'uranium, à l'or et aux métaux de base.
Au Niger l’industrie extractive est composée essentiellement de six grandes entreprises détenues conjointement par l’Etat et des actionnaires étrangers.
• SOMAÏR: mine d'uranium de 26.729 TU (Air Région)
• COMINAK: une mine d'uranium souterraine de 57.674 TU (Akouta Région)
• Compagnie des mines de Liptako (SML), mine d'or à ciel ouvert à Samira et Libiri (25T or métal)
• SONICHAR: exploitation du charbon d’Anou-Araren avec une production de 150.000T par an.
• SNC : Exploitation des gisement de calcaire de Malbaza
• Société des Mines d'Azelik SA (SOMINA) : exploitation du gisement d'uranium de Teguida (12,800 TU)
Exploitation de l’Uranium au Niger
« Le Niger passe au deuxième rang des plus grands producteurs d'uranium du monde »
• Le regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire qui a entrainé une importante demande d’uranium a encouragé de nombreux investisseurs à choisir le Niger pour accueillir leurs investissements. Le Ministère des Mines et de l’Energie a enregistré plus de 220 demandes de permis d’exploration d’uranium au cours de la période 2006/2007.
• Avec l’exploitation du gisement d’Imouraren (200.000 tonnes), le Niger va bientôt doubler sa production annuelle et briguer la deuxième place du classement mondial des producteurs d’uranium. Ce site, qui sera bientôt exploité par le géant de l’énergie nucléaire AREVA a reçu un investissement initial de plus de1,2 milliards d’euros. Cet important investissement permettra de créer près de 1400 emplois directs au Niger et supporter un grand nombre de projet de développement. Imouraren est aujourd’hui le plus grand complexe minier à ciel ouvert d'Afrique et notamment le deuxième plus grand du monde.
• L'uranium est actuellement exploité au Niger par deux sociétés: SOMAIR et COMINAK. La SOMINA a commencé sa production en 2009.
Exploration pétrolière et gazière au Niger
• Le secteur Pétrolier est un secteur relativement jeune qui a connu récemment un booste formidable de 5 milliards de dollars USD pour l’exploitation du bloc d’Agadem dont les réserves sont estimées à environ 350 millions de barils de pétrole a l'Est du Niger.
• Cet important investissement comprend: un forage d'un minimum de 18 puits d'exploration au cours des huit prochaines années dans un délai de quatre ans, la réalisation de près de 4000 km de levé sismique, la construction d'une raffinerie (20.000 barils par jour, avec une capacité de production annuelle de 1 million de tonnes) et d'un pipeline d’environ 2000 km. La production de pétrole est prévue en 2009.
• En plus du Bloc d’Agadem le Niger présente un important potentiel en pétrole et gaz naturel. Plusieurs permis d’exploration ont été attribués à des sociétés étrangères.
• Le projet saharien du gazoduc dont le cout est estimé a environ 10 $ - 12 milliards de dollars, vient accroître l'importance stratégique du Niger pour la livraison du gaz nigérien sur le marché européen.

Le potentiel aurifère du Niger
• Il existe d'importantes opportunités d’investissement dans ce secteur précis. Les réserves d'or sont situées dans l'ouest du Niger. En 2006, le Niger se classe au quatrième rang des plus importants producteurs d’or du continent Africain. L’or nigérien représente environ 9% des exportations totales du pays.
• La Société des Mines du Liptako (SML), a commencé la production d'or à la mine de Samira en Octobre 2004. La pré-production des réserves exploitables de Samira Hill et du Libiri sont estimées à un total de 10,08 millions de tonnes avec une teneur d’environ 3g d'or par tonne. La SML va augmenter la production avec l'ouverture de nouvelles réserves d'or dans le permis de Tiawa.
• La région de Liptako est la plus attractive en ce qui concerne l’exploration aurifère. Plus d'une vingtaine de permis ont été attribués à des Sociétés Etrangères pour les travaux de recherche.
• En plus de la production industrielle, l’exploitation artisanale de l’or se poursuit dans le Liptako sur les sites d’orpillages de Koma Bongou et de M’Banga avec une production estimée à 1961 kg (63.048 onces) en 2005.

Le phosphate « Potentiel d'exportation pour le Niger »
• Les gisements de phosphates pourraient éventuellement être exploitées pour satisfaire une importante demande en engrais dans les pays de la sous-région. Les gisements de Gaoy Innakeur, estimés à 7,3 millions de tonnes sont situés à 60 kilomètres au nord de Tahoua.

Le charbon « une réponse possible à l’autosuffisance nigérienne en énergie électrique »
• Le Niger dispose d'importantes réserves de charbon minéral qui sont malheureusement sous exploitées. Les premières découvertes (10.000.000 tonnes) ont été faites dans la région d'Agadez à Anou-Araren au cours des années 1960. Les travaux de recherches réalisés en 2004 par la coopération canadienne, ont permis de mettre en évidence un important gisement de très bonne qualité d’environ 30.000.000 tonnes dans la région de Salkadamna (Tahoua) sur un périmètre de 28Km2.
• L’électricité produit à partir du charbon minéral (environ 5.5% de la consommation nationale) est uniquement utilisée pour l’alimentation des mines d’uranium dans le Nord du pays. Des études ont prouvées que ses réserves de charbon pourraient à elles seule satisfaire la totalité de la demande d’électricité du Niger et de ses voisins.

Le fer « un important gisement pas encore exploité »
• Les réserves de fer des dépôts des massifs de Termit et Agadem sont estimées à environ 800 millions de tonnes.
• Les plus grands gisements se trouvent dans la région du Liptako, notamment à Say, Kollo et Kirtachi. Les réserves sont estimées a plus de 1,000 millions de tonnes.
Le projet ferroviaire pour l’extension du chemin de fer de Parakou (Bénin) à Niamey pourrait rendre l’exploitation de ces gisements beaucoup plus viables.

© AME TRADE 2009

lundi 14 décembre 2009

Pour un retour à l'ordre constitutionnel au Niger L'UE doit appliquer les accords de Cotonou


Communiqué du collectif Areva ne fera pas la loi au Niger, de la Coordination pour la Sauvegarde de la Démocratie au Niger (CSD) et de Survie, 8/12/2009
Ce 8 décembre, un émissaire du pouvoir nigérien se déplace à Bruxelles pour débuter les consultations avec l'Union Européenne (UE), conformément aux accords de Cotonou [1]. Nos organisations demandent à l'UE de faire en sorte que ces consultations aboutissent, dans les plus brefs délais, à un retour à l'ordre constitutionnel basé sur la constitution de 1999.

Par le référendum sur la révision de la constitution en août dernier, le président du Niger, Mamadou Tandja, a  organisé un coup d'Etat constitutionnel pour s’octroyer les pleins pouvoirs et profiter encore de la rente de l'uranium. Il peut ainsi rester à la présidence 3 ans de plus et se représenter à volonté. La société civile, les syndicats et la majorité des partis politiques nigériens refusent cet état de fait et en appellent à une élection présidentielle, au terme du mandat du président le 22 décembre prochain, comme prévu avant la révision constitutionnelle.
En octobre, malgré les menaces de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l'UE, le Niger a maintenu des élections législatives illégitimes. En conséquence, la CEDEAO l’a suspendu au titre d'"une violation grave de son protocole A/SP1/12/01 sur la démocratie et la bonne gouvernance". L'UE a aussi durci le ton, appliquant ce que prévoient les accords de Cotonou en cas de manquements en matière  de droits de l'Homme et de gouvernance : en appeler à des consultations et prendre des mesures conservatoires, notamment la suspension de son aide budgétaire au Niger.
Ces consultations UE-Niger pouvant aller jusqu'à 120 jours, leur démarrage a été repoussé au maximum par l'Etat nigérien. Cependant l'action conjointe CEDEAO - UE peut inciter le président nigérien à un dialogue avec l'opposition citoyenne et politique, laquelle exige un retour à l'ordre constitutionnel.
Nous notons avec satisfaction que l'UE ait commencé à appliquer les articles 9 et 96 des Accords révisés de Cotonou qui prévoient la non-exécution de ceux-ci en cas de violation des principes démocratiques et lui demandons de tout faire pour peser sur le cours de la démocratie au Niger, en appliquant ces mesures jusqu'à leur terme, s'il le faut. Nous demandons à l'UE de refuser tout compromis provoqué par des considérations économiques et par une position française complaisante.
Ces consultations sont une occasion et une chance pour l'Union Européenne de concrétiser son attachement à la démocratie et aux droits de l'Homme. Le retour à l'ordre démocratique au Niger serait un signe porteur d'espoir et de changement pour tous les pays africains, notamment ceux qui organisent des élections en 2010 : Togo, Tchad, Centrafrique, Burkina Faso, Madagascar.

Contact presse :     - Stéphanie Dubois de Prisque - Chargée de communication Survie

- Moctar Chekaraou, Membre de la CSD - 06 50 40 59 56

[1] L'accord de Cotonou signé en 2000 entre l'Union Européenne et les États d'Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP)  a pour objectif de rétablir les équilibres macro-économiques, de développer le secteur privé, d'améliorer les services sociaux, de favoriser l'intégration régionale, de promouvoir l'égalité des chances hommes-femmes, de protéger l'environnement et d'abolir de manière progressive et réciproque les entraves aux échanges commerciaux

 

dimanche 13 décembre 2009

Uranium, l'héritage empoisonné


Un documentaire de 52' de Dominique HENNEQUIN.
Une production Nomades TV et Public Sénat avec le soutien du CNC et de la Région Lorraine.
Rediffusion le :
dimanche 13/12/2009 à 18h00
lundi 14/12/2009 à 10h30
dimanche 20/12/2009 à 09h00
Durée : 52 minutes

Uranium, l'héritage empoisonné - Extrait 1
A Mounana au Gabon, AREVA a cessé les activités de sa filiale, la COMUF, en 1999. Sur place, une pollution radioactive des sols et des maisons construites avec des stériles miniers provoque de nombreuses maladies.
A Arlit, au nord du Niger, AREVA exploite deux mines depuis quarante ans. On relève aux alentours les mêmes effets : des mineurs locaux et des expatriés souffrent principalement de cancers des poumons.
Pendant 18 mois, Dominique HENNEQUIN et Pascal LORENT ont enquêté sur les conséquences de
l'exploitation de l'uranium au Gabon et au Niger et rapporté des images exclusives. A Mounana, Dominique HENNEQUIN et Pascal LORENT ont filmé un vaste site contaminé à la radioactivité et rencontré des victimes. Dans les mines d'Arlit, au Niger, l'équipe entre dans le futur site minier d'Imouraren et donne la parole à la rébellion Touareg.
Une enquête étayée par de nombreux témoignages et les analyses d'échantillons réalisées par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité).


Le Niger, l’uranium et les communicants excommunicateurs

par Samuel Gontier, Telerama, 11 décembre 2009   

Jacques-Emmanuel Saulnier, brillant porte-parole d’Areva, leader mondial du nucléaire, fait savoir par courrier (1) que « [s]es équipes ont pour instruction de ne plus donner suite à vos sollicitations ». Il s'adresse au réalisateur Dominique Hennequin, à qui il reproche ses propos tenus dans Télérama pour parler de son film Uranium, l'héritage empoisonné, diffusé ce soir sur Public Sénat.  Avant de revenir sur la polémique, attardons-nous d'abord sur deux enquêtes effectuées à Arlit, au Niger, où Areva exploite des mines.

Jacques-Emmanuel Saulnier dénie à la visite de Dominique Hennequin le caractère d’une « opération de com (…) : Nous aurions choisi une autre audience que celle offerte par Public-Sénat, soyez-en assuré ». On appréciera le compliment adressé à une chaîne pas franchement subversive, qui, dans la mesure de ses faibles moyens, mène cependant une politique ambitieuse en matière de documentaire. Et on n’osera contester cette information fournie par Areva : « Plus de 50 journalistes se sont rendus à Arlit l'an passé. » Parmi eux, Patrick Forestier, qui a réalisé pour Spécial investigation une enquête, Trafic d'uranium, diffusée début novembre sur Canal+. Un petit comparatif avec le travail de Dominique Hennequin, fondé sur quelques extraits, se révèle particulièrement édifiant.

Pour les deux reporters, la visite des mines d’Arlit ne constitue que la seconde partie de leur document. Dans sa première partie, très intéressante, Patrick Forestier enquête sur l’extraction périlleuse et la destination douteuse de l’uranium des mines clandestines situées en République démocratique du Congo (RDC). De son côté, Dominique Hennequin se rend au Gabon pour mesurer les désastreuses conséquences sanitaires et environnementales de l’exploitation par la Comuf (filiale d’Areva) d’un site fermé en 1999.

Nous voici au Niger.
Patrick Forestier y est allé à l’occasion d’une cérémonie bien fréquentée.

Patrick Forestier descend ensuite dans une mine de la Cominak, qui, « fait exceptionnel, accepte de nous ouvrir les portes de ses boyaux souterrains ». « Exceptionnel », c’est un peu exagéré. Si j’en crois Jacques-Emmanuel Saulnier, cette mine est un vrai moulin à vent. Le reporter y recueille des témoignages sur les conditions de sécurité.

Visitant lui aussi une mine souterraine de la Cominak, Dominique Hennequin est confronté exactement au même discours. Mais il se permet d’émettre des doutes

Au fait, où va le radon dont un mineur explique à Patrick Forestier qu’il doit être ventilé pour ne pas les intoxiquer ? L’enquête de Canal+ donne une réponse plutôt succincte.

Suivra le discours calibré des salariés d’Areva évoqué plus haut. Dominique Hennequin, lui, s’intéresse de plus près à cette pollution atmosphérique. Exprimant de nouveau son scepticisme.

Chaque gisement d’uranium possède son usine de traitement du minerai qui broie la roche puis en extrait l’uranium naturel pour produire l'uranate, ou « yellow cake », exporté vers les usines d'enrichissement françaises. En visitant l'installation de la Cominak, Patrick Forestier s’arrête d’abord devant le tas de minerai prêt à être traité.

Patrick Forestier ne le sait peut-être pas, mais il assiste à un rituel très prisé des dirigeants d’Areva, une ordalie qui établit l’innocuité de leur industrie : prendre dans la main un objet peu radioactif et, si l’exposition n’est pas prolongée, peu dangereux (sauf par inhalation ou ingestion, d’où la phrase « Je vais me laver les mains. »). Dominique Hennequin, lui aussi, visite l’usine de traitement de l’uranium. Mais il ne s’attarde pas sur le beau minerai doux au toucher, il s’interroge sur le devenir des boues qui sont produites lors de fabrication de l’uranate. Des boues stockées à l’air libre.


Au final, le contraste entre les deux enquêtes est saisissant. N’accablons pas Patrick Forestier : il ne s’intéressait pas à la pollution engendrée par l’extraction d’uranium mais aux risques géopolitiques (la prolifération) qu’elle implique. De ce point de vue, son enquête est réussie. N’empêche que le message des communicants est passé. Les abominables mines clandestines de RDC semblent avoir été filmées pour mieux faire admirer le soin avec lequel Areva extrait de l’uranium nickel au Niger – et pour annoncer en conclusion que l’entreprise va implanter son formidable savoir-faire… en RDC (!).

Dominique Hennequin, de son côté, a creusé son sillon avec rigueur, multipliant les sources d’information : associations, scientifiques, médecins, victimes, juristes, opposants politiques… et Areva, bien sûr. Le tout sans jamais remettre en cause la nécessité d’exploiter l’uranium du Niger pour alimenter les centrales d’EDF. Cette démarche simplement rigoureuse n’a pourtant pas l’heur de plaire aux apôtres de la communication.

Dans sa lettre, le porte-parole d'Areva met particulièrement en cause une impression confiée à Télérama par Dominique Hennequin. « Notre visite était tellement encadrée, elle m’a rappelé la Corée du Nord », dit le réalisateur (qui a effectué un reportage au pays de Kim Il-sung). « Il est outrancier de comparer l’accueil d’Areva à celui de la Corée du Nord, s’indigne Jacques-Emmanuel Saulnier. Que vous vous livriez à un amalgame géopolitique de ce type pour qualifier la manière dont notre Groupe vous a ouvert ses portes est insultant pour celles et ceux de mes collègues qui, au siège ou au Niger, se sont mobilisés à cet effet. »

Le porte-parole d’Areva voudrait faire croire
à une attaque contre des personnes ? Mais Dominique Hennequin parlait d’une ambiance qu’il a ressentie, pas des salariés d’Areva. Le Niger n’est pas la Corée, les communicants de la multinationale ne sont pas les robots d’un régime totalitaire. Ils ont loyalement accepté de répondre aux questions les plus dérangeantes posées par un reporter bien documenté dont la pugnacité les a parfois contraints à exprimer quelques ambiguïtés révélatrices. Quant aux mesures sécuritaires auquel est soumis le Nord Niger, il va de soi qu’elles ont été « décrétées » par le gouvernement, pas par Areva… même si la spoliation de leurs terres pour les besoins de l’exploitation minière n’est pas étrangère aux motivations des rebelles touaregs.

Dominique Hennequin a donc enfreint le catéchisme d’Areva. Celui-ci est d’une simplicité biblique : « Nous ouvrons grand nos portes et nos fenêtres à quiconque nous sollicite », prêche régulièrement Jacques-Emmanuel Saulnier, moine-soldat du combat pour la « transparence », dans de grands élans œcuméniques. Et c'est vrai (2). Ensuite, si l’enquêteur prend l’initiative de vérifier les dires des communicants, de chercher d’autres sources, d’interroger des personnes « dont on connaît les engagements » – disent-ils pernicieusement… comme si Areva n’avait pas d’engagements ! –, bref, s’il fait son travail de journaliste… Sacrilège ! Le mécréant a abusé de la confiance de ses hôtes, usant de « pratiques déloyales » pour mener une enquête « à charge ».

Si cela peut le consoler, Dominique Hennequin n’est pas le premier (et sûrement pas le dernier) à subir ce genre d’excommunication de la part d’Areva (ou de la part d’autres entreprises familières du même bréviaire). Au diable les sermons ! Leur seule existence confirme la pertinence du travail réalisé. Après tout, le triste sort réservé aux salariés et riverains des mines africaines ne méritait-il pas une enquête « à charge » ? (1) La lettre d'Areva (ou sur le site d’Areva).
(2) Il m'a été donné d'apprécier la civilité et la disponibilité dont il sait faire preuve.




lundi 19 octobre 2009

Législatives au Niger : La France ne doit pas entériner la dictature

Communiqué de Survie, 19/10/2009

L’organisation ce 20 octobre d’élections législatives, boycottées par l’ensemble des forces démocratiques, constitue une nouvelle étape dans la dérive dictatoriale de Mamadou Tandja, à la tête du premier pays fournisseur d’uranium à la France. Nos associations demandent donc l’annulation de ces élections et des sanctions de la France et de l’Union européenne visant au rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Ce qui est considéré comme un coup d’Etat constitutionnel est le résultat d’un processus de destruction des institutions démocratiques par Mamadou Tandja initié dès la fin de l’année 2008, afin de rester président, en opposition avec la constitution nigérienne. Refusant de se soumettre aux avis de l’Assemblée nationale et de la Cour constitutionnelle, il a dissous ces institutions et pris les pleins pouvoirs. Il a alors eu les mains libres pour organiser un référendum-plébiscite, le 4 août, dont les résultats truqués ont été sans surprise : la poursuite de son mandat.
Avec une nouvelle constitution taillée sur mesure et promulguée le 18 août 2009, Mamadou Tandja reste président jusqu’en 2012 et peut se représenter à volonté. Il devient « le détenteur exclusif du pouvoir exécutif » alors que les prérogatives des députés sont considérablement réduites. Par ailleurs, le Conseil Supérieur de la Communication et la Cour constitutionnelle sont désormais sous sa coupe puisqu’il y nomme plus de la moitié des membres.
Parallèlement, les dérives autoritaires sont flagrantes : rejet dans l’illégalité des grèves et manifestations, entrave à la liberté de réunion des militants, mise en accusation de 128 députés, plainte contre 8 directeurs de publication, emprisonnement de 50 opposants membres de la CFDR (Coordination des Forces pour la Démocratie et la République, regroupant les 7 centrales syndicales, la majorité des partis politiques, y compris un pan du parti présidentiel et la société civile).
Ces élections législatives, boycottées par les forces démocratiques, permettront de sceller le coup d’Etat constitutionnel d’un président de plus en plus isolé aux niveaux national et international. Au Niger, adossé aux revenus des industries extractives, il ne tient plus que grâce à une frange minime de l’armée. Depuis 2007, il a distribué 158 permis miniers ou pétroliers par le biais d’un groupe opaque d’affairistes composé notamment de deux de ses fils. Sur la scène internationale, le Niger a subi un fort discrédit : l’Union Européenne a gelé son aide début juillet et nombre de coopérations bilatérales ont suspendue la leur (notamment le Luxembourg et le Danemark).
Mais Mamadou Tandja est soutenu par la Libye et par la diplomatie française qui freine toute prise de décision ferme de l’Union Européenne. Une attitude en relation évidente avec la position dominante d’Areva au Niger.
Le 10 août, le Quai d’Orsay a simplement « pris note » des résultats du référendum et a appelé à des législatives avec une large participation des forces politiques, ce qui est une façon de légitimer le régime et de soutenir à mots couverts le président.
Face à cette situation, l’association Survie se fait le relais des revendications des mouvements de la société civile nigérienne, rassemblés au sein de la CFDR pour exiger :
- l’annulation des élections législatives illégales et illégitimes,
- le retour à l’ordre constitutionnel par le rétablissement des institutions dans leur fonction (Assemblée nationale, Cour constitutionnelle), l’annulation du référendum du 4 août dernier et le retour à la constitution de 1999,
- l’arrêt des poursuites et intimidations à l’encontre des membres de l’opposition démocratique et de la société civile.
Nous demandons à l’Etat français et à l’Union européenne d’agir dans ce sens en faisant pression sur le régime nigérien par :
- une condamnation ferme de la dérive dictatoriale depuis 2008,
- la non-reconnaissance du référendum du 4 août 2009 et des élections législatives du 20 octobre 2009,
- la suspension de leurs coopérations avec le régime tant que le retour à l’ordre constitutionnel n’est pas effectif,
- l’application par l’Union Européenne des articles 96 et 97 des Accords révisés de Cotonou : puisque « le respect des droits de l’Homme, des principes démocratiques et de l’État de droit » sont violés, une procédure de consultation devrait être menée et des mesures prises, et la suspension des accords avec le Niger en cas d’absence de solution acceptable.
La France et l’Union Européenne ne doivent pas se rendre complices, pour les seules raisons del’approvisionnement français en uranium, de l’enterrement de l’expérience démocratique que le Niger a représenté pour l’ensemble du continent africain, prouvant qu’une autre voie que celle de la dictature est possible.
Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque - Chargée de communication stephanie.duboisdeprisque(a)survie.org 01 44 61 03 25

vendredi 12 juin 2009

Réforme constitutionnelle et bonapartisme au Niger

par Souley Adji, Alternative Niger, 9/6/2009

L’Association Alternative Espaces Citoyens (AEC) a organisé le dimanche 31 mai 2009 à l’hôtel Ténéré à Niamey une journée de réflexion sur le thème : « Référendum constitutionnel au Niger : enjeux politiques et impacts sur la préservation du cadre démocratique ». Cette initiative se veut une contribution à une réflexion globale sur la situation sociopolitique actuelle du Niger porteuse de graves menaces pour le cadre démocratique.
Il s’agit pour Alternative Espaces Citoyens de faire une analyse approfondie de cette situation en dégageant des éléments permettant une appréciation claire et précise des enjeux et défis liés au projet du référendum constitutionnel envisagé par le président Tandja, d’identifier des pistes d’actions et d’initiatives citoyennes s’inscrivant dans la perspective d’une préservation de la paix et de la démocratie au Niger et de contribuer à une meilleure compréhension et éclairage de l’opinion sur les problématiques sociopolitiques et citoyennes auxquelles le pays est confronté en vue de renforcer la vigilance des citoyens. Environ 70 personnalités issues d’horizons divers (universitaires, hommes et femmes politiques, responsables des organisations syndicales et de la société civile, des journalistes, leaders religieux, etc.) ont pris part à cette journée de réflexion.
Les débats ont été organisés autour de quatre axes principaux à savoir : l’Analyse du contexte mondial de crise économique et ses conséquences sur le cadre démocratique en Afrique, animée par Ibro Abdou, économiste, Directeur de l’Institut des Stratégies d’Evaluation et de Prospective (ISEP), la crise du modèle néocolonial et restauration autoritaire au Niger par Mamane Sani Adamou, Secrétaire général de l’Organisation Révolutionnaire pour une Démocratie Nouvelle (ORDN), la réforme constitutionnelle ou coup d’Etat bonapartiste au Niger par Dr Souley Adji, socio politologue, enseignant chercheur à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, un éclairage juridique sur ce même thème par Dr Omar Naré de la Faculté de Droit, et la société civile nigérienne face aux défis de la restauration autoritaire par Madame Mounkaila Aichatou Seyni, Doctorante en philosophie, membre de l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption (ANLC).
Toutes ces contributions contenues dans un rapport général sur la Journée de réflexion, seront très bientôt disponibles sur votre site. En attendant, nous publions, une des communications, en l’occurrence celle de Dr Souley Adji, portant sur la réforme constitutionnelle entreprise par le président de la République Mamadou Tandja.
Le débat sur le troisième mandat ou celui de la prolongation du mandat présidentiel se nourrit souvent de juridisme, parfois naïf, parfois dogmatique et rarement lumineux. On fait souvent table rase sur l’histoire, la sociologie et la science politique, alors que pour ces sciences, le droit lui-même, n’est que l’expression, d’un rapport de forces réelles, que le droit le plus élaboré, ne peut, comme le dit Marx, s’élever au dessus, de la société qui l’a vu naître. Une escouade de juristes est vite mobilisée par les oppositionnels pour expliquer au citoyen que la Constitution contient des dispositions irréfragables, que nul ne doit outrepasser sous peine d’illégalité ; on en appelle, en fait, non pas seulement au citoyen, mais aussi au président lui-même, qu’on veut amener à la raison, comme si l’acte posé, l’a été dans un état d’inconscience ou d’ignorance. Dans l’argumentaire développé, on a alors de cesse de rappeler au Président qu’il a violé son serment, qu’il a manqué à la parole donnée, qu’il a juré sur le Livre saint, qu’il doit quitter la tête haute après l’œuvre grandiose accomplie. D’autres, voulant se montrer plus convaincants, rappellent à ce président pourtant septuagénaire, que les Sages de la CEDEAO ont émis des avis inquiétants sur la stabilité politique du Niger. Rien n’y fit ! Le chien aboie, la caravane des juristes, des conseilleurs et des sages passe ! Pourtant, les autorités de la Veme République, à commencer par le Président, ne sont pas à leurs premières expériences en matière de violations de la Constitution, nonobstant leur engagement à respecter et à faire respecter tutti quanti ! Nul mieux que l’Opposition ne peut tenir le compté des actes de mal gouvernance ; si dans le second mandat du Président Tandja, elle s’est plutôt montré passive, dans le premier, le PNDS a véritablement joué à son rôle d’opposant ; dans le compte qu’il a tenu, ce parti a recensé 18 violations graves et flagrantes de la Constitution en 2000-2001, 7 en 2002, 3 en 2003 et 6 en 2004. Ce sont des violations qui portent notamment sur le serment, sur le principe d’une armée républicaine, sur le refus d’obtempérer à des arrêts, en l’occurrence ceux de la Cour constitutionnelle, sur la censure dans les médias. Cela, c’était entre 2000 et 2004. A y bien regarder, on a fait du tazarché en matière de violations, on se croirait en 2009 ; bien des actes que pose le Président en 2009 ne sont que le prolongement, l’approfondissement ou la perfection de certains actes anti-constitutionnels commis dans son premier mandat. C’est dire que, cohérent avec lui-même, le Président n’innove guère dans ce domaine voire il semble aimer la perfection ; il n’est pas bien, n’est ce pas, de s’arrêter en si bon chemin : in ana shan giya, a sha ta dubu ! Aussi, fallait-il couronner cette longue série de prouesses interlopes et impunies par l’accomplissement d’un chef-d’œuvre anticonstitutionnel aussi mémorable que retentissant : la violation du sacro-saint principe d’alternance au pouvoir, c’est-à-dire, la commutation intra muros du mandat populaire en pouvoir régalien soutenu par l’armée. Cette tentation est d’autant plus grande que d’une part, le peuple n’avait pas électoralement sanctionné le chapelet des violations constitutionnelles qu’il a faites ou qu’il a couvertes durant son premier mandat, puisqu’il sera réélu pour un nouveau mandat . On peut facilement y lire que le peuple se moque de ses violations répétées, pourvu qu’une certaine stabilité s’instaure après une décennie de turbulences, parfois chaotiques, depuis l’instauration de la démocratie multipartiste.Cette lecture ne peut manquer d’inspirer Tandja et les nostalgiques des années de plomb. D’autre part, la posture bonhomme de l’Opposition, plutôt sage que turbulente, nonobstant les multiples opportunités de conquête de l’opinion, peut leur laisser croire qu’elle a renvoyé aux calendes grecques ses prétentions à diriger le Niger. En cela, il apparaît donc clairement que pour l’élite dirigeante, ni la production d’actes anticonstitutionnels, ni l’Opposition, ne peut être un obstacle rédhibitoire à la confiscation du mandat du peuple en vue d’une restauration autoritaire.

Tandja ou l’anti-civil déclaré
A cet égard, il faut avoir présent à l’esprit que Tandja incarne l’ancien régime, celui que les forces démocratiques ont eu à renverser en 1990 et qui a par ailleurs personnellement été éliminé de la course au fauteuil présidentiel en 1993, car bien qu’il soit arrivé en tête, la formation de l’Alliance des Forces du Changement (AFC) aura raison de lui. Déjà pressenti, en tout cas, candidat à la succession de feu Kountché en 1987, Tandja est sans conteste aujourd’hui, le gardien du panthéon autoritaire. Il était l’homme de confiance de Kountché, qu’il adulait, son bras armé, et est resté imbu de l’art et de la manière, forcément autoritaire, de Kountché de diriger le pays : la hantise de l’ordre politique et de la stabilité de l’Etat à tout prix, le culte de l’épreuve et de l’expérience de commandement, la suprématie de l’institution militaire sur la société civile et politique. C’est pourquoi, l’entrée dans l’ordre démocratique lui parut un drame, causé par l’inexpérience du General Ali Saibou en matière de commandement des hommes ; celui-ci, plutôt homme de garnison, avait alors été élu Président pour un mandat de sept ans, qu’il ne réussit point à terminer. Pire, avec le pluralisme politique, devront désormais lui succéder des civils inconnus au bataillon, ne connaissant eux-mêmes ni le respect de la hiérarchie, ni la discipline, ni le pays profond. Ainsi, en 1994, répondant aux questions du journal Haské, il a dévoilé sa vision de la politique et du pouvoir, non sans avoir donné son appréciation sur les ténors de la classe politique : « le mal nigérien, dit-il, est parti de la conférence nationale. Sous prétexte de changement, on a confié la présidence à Mahamane Ousmane ; qu’on me dise , de N’guigmi à Tera, s’il y a quelqu’un qui se souvient d’un bienfait de notre Président actuel ; parce que simplement, ce monsieur était tapi dans l’ombre, personne ne le connaît ; et un matin, il se présente pour dire qu’il est le meilleur ; on lui confie alors les destinées du pays pour cinq ans, les destinées de huit millions d’habitants à un anonyme, qui n’a jamais exercé le pouvoir. Dès lors, on ne doit pas être surpris de voir que tout est par terre au Niger. Toute mission a besoin de l’homme qu’il lui faut ; nous sommes aujourd’hui, en train de payer le prix de notre erreur ; on a changé pour changer ! Le Niger ne mérite pas ce sort ».
Voilà l’analyse très pessimiste du futur Président Tandja sur la dynamique et les acteurs du cours démocratique, il y a quinze ans, peu de temps après que le PNDS-Tarraya ait quitté avec fracas, le navire AFC. Le Niger ne méritait certainement pas ce sort, ici celui de voir une fracture au sein même de la nouvelle élite dirigeante, dix huit mois seulement après sa victoire historique : alea jacta est : le sort en est jeté ! Les nouvelles élites politiques civiles ne seront désormais plus que des supplétifs du MNSD-Nassara, le parti dominant. Le Tarraya d’abord se jettera le premier à l’eau, puis une fois éloigné du pouvoir, la CDS-Rahama deviendra, à partir de 2000, le meilleur allié du parti des caciques de l’ancien régime politique.
La vision politique de Tandja subsume en fait celle de toute l’élite militaire, et quoique ayant pris sa retraite, il semblait encore indiquer à celle-ci que les civils ne font pas l’affaire ! Car, il faut dire que pour nombre de ses cadets officiers, Tandja est un mythe vivant, donc une figure rémanente des récits militaires, racontés dans les casernes. Il a notamment côtoyé de près Seyni Kountché, la référence suprême, le père-fondateur, le modèle auquel la jeune recrue veut ressembler :charismatique, craint et respecté à la fois. Il a été son ministre de l’Intérieur, poste hautement stratégique, il a occupé plusieurs postes de commandement et a su tisser des affinités et réseaux patrimoniaux locaux et régionaux. Des références et des états de service dont rêve tout soldat nigérien ! Nonobstant le port du bonnet rouge, Tandja reste donc fondamentalement un des leurs, un ex-prétorien susceptible de leur apporter son expérience en vue de la reconquête de l’hégémonie et de la gestion du pays, surtout dans un contexte international où le militarisme pur et dur est passé de mode.

L’émergence du bonapartisme
L’éviction des civils du pouvoir se fera dès 1996, expérience qui n’aura pas réussi à l’élite militaire, qui se ressaisira vite en éliminant physiquement ses éléments de dysfonctionnement, pour finalement remettre le pouvoir aux civils. Le Général Baré, paru très ambitieux, est vite mis hors jeu. Dès lors que la direction de l’Etat échoit à Tandja en 2000, les choses rentrent dans l’ordre pour ainsi dire. Dans la mesure où pendant son mandat, sans tirer un seul coup de feu, l’élite militaire a semblé retrouver ses lettres de noblesse, en ayant d’immenses opportunités d’accumulation dans la légalité, en même temps qu’elle bénéficie de l’immunité du fait de l’amnistie, inscrite dans la Constitution, sa crainte pourrait être double : l’avènement d’un coup d’Etat qui remettrait en cause ses prébendes, probabilité réduite, dès lors qu’elle contrôle jalousement l’accès aux armements, soit alors le retour d’un régime régi par des civils, dont on a vu que l’esprit militaire émet de fortes réserves sur une telle option. Le choix qui s’offre, reste donc le bonapartisme. D’autant plus que, le contexte international, dans le domaine de la justice en particulier, est particulièrement marqué par la recherche et le jugement d’auteurs ou complices de crimes, d’assassinats, de génocides pour peu que des plaintes soient déposées par les parents des victimes ou des associations. Or, cette élite militaire semble, dit-on, de près ou de loin, impliquée dans les actes relatifs à l’assassinat du Président Baré, au massacre de Boultoungour à l’est du pays, aux forfaits commis dans la lutte contre la rébellion armée au nord, etc. Amnesty International avait, on le sait, commis à cet égard quelques rapports d’enquête.
La méfiance quasi épidermique vis-à-vis des civils, jugés très versatiles et querelleurs, accroît dès lors la probabilité de recherche d’une solution dans laquelle Tandja constituera bien évidemment une pièce maîtresse. A défaut de trouver peut-être une alternative plus forte ! Il y a deux types de bonapartisme : celui de l’oncle, Napoléon Bonaparte et celui du neveu, Charles-Louis Napoléon. Le premier type de bonapartisme se rapporte au renversement du Directoire de la Révolution française par un jeune Général en 1805. Revenu de la campagne d’Egypte, le glorieux soldat fut sollicité par certains barons révolutionnaires, notamment royalistes modérés, pour soit disant mettre un terme à l’instabilité politique permanente depuis 1789, avec son lot d’assassinats, de révoltes, d’émeutes. A cette époque, Robespierre, Danton et St-Just ont peu auparavant déjà été éliminés de la scène politique. Napoléon se fit proclamer Empereur à l’instar de César, dans la Rome antique, mena la guerre en Europe et réforma profondément la France. Vu sous cet angle, on peut discuter sur la caractérisation du coup d’Etat du Général Baré en 1996.

Bonapartisme de type militaire ou putsch classique ?
Le second type de bonapartisme se rapporte à un coup d’Etat fomenté par un Président civil élu, mais à une démocratie pluraliste. En effet, alors premier Président français élu au suffrage universel, avec 74% de voix, Louis Bonaparte avait, à la fin de son mandat, alors de quatre ans non renouvelables, tout fait pour chercher à prolonger ce lui-ci pendant que l’Assemblée nationale était, elle, hostile à une telle perspective. Après maintes provocations et manœuvres orchestrées contre ses opposants, il réussit à former un large groupe de cent cinquante députés acquis à sa cause, il réussit à faire soumettre une réforme constitutionnelle, laquelle sera, malgré tout, rejetée par le parlement. Alors qu’il devait quitter le pouvoir en décembre 1852, les préparatifs du coup d’Etat commencèrent dès août 1851, quelques mois avant la fin de son mandat. L’Assemblée nationale se montrant toujours opposée à son projet, le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon la dissout par décret présidentiel et annonce l’élaboration d’une nouvelle constitution. Les principaux ténors de l’Opposition, dont Cavaignac et Thiers, qui le prenaient pour un “crétin” sont nuitamment réveillés de leurs lits et conduits dans des fourgons cellulaires. Interdits d’accès aux locaux de l’Assemblée nationale, deux cent vingt députés se réunirent d’urgence dans une mairie de Paris pour voter purement et simplement la déchéance du Prince-Président. Quelques barricades et insurrections eurent lieu dans certains départements et il y eut plusieurs insurgés tués ici et là. Victor Hugo et Victor Schoelcher organisèrent des rassemblements citoyens à Paris, mais ils furent vite dispersés et matés. Deux jours seulement après le coup, l’armée massacra en une après-midi plus de deux cents parisiens. Restée fidèle à Louis Napoléon, elle cherchait en fait à pérenniser ses acquis, ses positions de pouvoir et son influence sur les institutions. Une fois la tension retombée, une nouvelle Constitution fut élaborée et présentée au peuple par réferendum. On y inclura des dispositions nouvelles, telles que la durée de mandat et la composition du corps électoral. L’intention était également clairement affichée de restaurer le régime impérial, créé par Napoléon 1er. Ce fut un plébiscite et Louis Napoléon eut dès lors toute latitude pour gouverner la France, et l’armée lui fut loyale jusqu’au bout. Le coup d’Etat venait d’être légitimé et le Prince-Président se tailla d’abord un mandat de dix ans, mais la Seconde République va, en l’espace d’un an, c’est-à-dire après une phase de transition, derechef par voie référendaire, céder la place à l’Empire. le nouvel Empereur des Français gouvernera vingt ans, au cours desquels plusieurs réformes modernes furent entreprises. L’Empereur Napoléon III finit par abdiquer à l’issue de la guerre franco-prussienne de 1870. La Commune de Paris se pointe déjà et le peuple entra avec violence dans la révolution.

Nom de code : Tazartché
La persistance du Président Tandja à l’organisation d’un référendum, nonobstant le tollé général, peut donc cacher des desseins plus importants qu’un simple permis de « parachever les grands travaux » ; il s’agirait alors d’une vaste entreprise de restauration autoritaire qui, sous le couvert de finalisation des chantiers économiques, tendra, si l’on n’y prend garde, à enterrer l’expérience démocratique et citoyenne qu’a connue le Niger.
Le nom de code du coup d’Etat de Louis-Napoléon était Rubicon, en souvenir de Jules César. Celui de Tandja est Tazartché. Cela supposera nécessairement le bâillonnement des libertés et la violation des droits de toutes natures. A cet effet, la mise en œuvre et la réussite d’une telle entreprise nécessitent forcément l’élaboration d’une stratégie de compression autoritaire savamment rythmée et où l’élite militaire aura peut-être un rôle déterminant à jouer le moment venu. Il s’agira pour elle, en dernière instance, d’être en position de faire le roi et graduellement de s’institutionnaliser davantage au point de pouvoir gouverner par procuration. L’exemple algérien est éclairant à cet égard.
Des gages donnés à l’aristocratie militaire et du rapport des forces entre tous les acteurs, conservateurs ou non, dépendront significativement l’avenir de la démocratie nigérienne. Ce rapport de forces peut être déterminé aussi par la capacité des forces contestataires à garder leur cohésion et leur esprit de lutte, de même que par celle du pouvoir à contenir l’exacerbation du climat politique et à fragiliser le camp adverse moyennant nominations, enveloppes, impunités et autres avantages. Il importe de craindre le déplacement du combat politique sur le terrain, pervers et dangereux, de l’ethno-régionalisme, au regard de l’insuffisance de l’éthique de responsabilité de certains leaders politiques, civiques et communautaires, une fois à court d’arguments rationnels.
Ce regard rapide montre que le processus démocratique n’est pas irréversible et que, en Afrique, des menaces de tous ordres, notamment le phénomène de dauphinat, de “participation responsable,” la pauvreté endémique, les guerres civiles, et parfois le bonapartisme comme au Niger, peuvent tendre à suspendre, altérer voire carrément supprimer la démocratie pluraliste pour faire place nette à une nouvelle donne étatique, forcément rétrograde et réactionnaire. Au demeurant, le véritable combat est peut-être moins celui qui se déroule sur le terrain du droit que sur celui de la mobilisation politique et citoyenne.


"Je t'appellerai Napo, appelle-moi donc Léon"