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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)
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vendredi 16 avril 2010

Radio Mille Collines au Rwanda : archives sonores d’un génocide

Deux émissions de Megahertz sur France Culture (3 et 10 avril 2010)
À écouter et télécharger ici (avant respectivement le 2 et le 9 mai 2010 :
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/megahertz/fiche.php?diffusion_id=82697
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/megahertz/fiche.php?diffusion_id=83123

1 - La Radio Mille Collines, officiellement la RTLM, Radio Télévision Libre des Mille Collines, a rapidement été surnommée Radio Télé La Mort. Créée par des extrémistes hutus comme une arme de guerre contre les accords d’Arusha, la RTLM s’impose dans un premier temps comme une radio populaire et branchée, fameuse pour la bonne musique dont elle agrémente des discours déjà orientés. Après le 6 avril 1994, et l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana, elle devint, avec la machette, l’emblème et l’outil du dernier génocide du 20ème siècle.
Cette première émission d'une série de deux consacrée à la radio rwandaise 1000 Collines, tristement célèbre pour son rôle dans le génocide d’environ 800 000 Tutsis, représentant pas loin de 10% de la population du pays, pourrait s'ouvrir par deux citations, extraites de l’ouvrage de Jean Hatzfeld, Une Saison de machettes, pour lequel il avait recueilli les paroles d’un groupe de tueurs.
La première est de Serge Daney, se situe hors du contexte rwandais, mais prend un sens à la lumière de ce qui s’est passé au Rwanda, il y a quasiment 16 ans jour pour jour : « La radio est sans commune mesure le plus dangereux des médias. Elle détient un pouvoir unique, incomparable et terrifiant parce qu’elle pénètre sans aucune retenue dans l’intimité profonde des individus, n’importe où et à tout moment. »
La seconde citation est celle d’un des tueurs, Adalbert, qui explique comment : « les radios ont exagéré pour chauffer les esprits. Les noms de « cancrelats », de « serpents », ce sont elles qui nous les ont enseignés. La malfaisance des radios était bien trop calculée pour pouvoir la contrer. »
Avec Marcel Kabanda, historien, consultant à l'UNESCO, co-auteur du livre "Rwanda, les médias du génocide" (avec Joseph Ngarambe et Joseph Dupaquier, sous la direction de Jean-Pierre Chrétien), aux éditions Karthala, 1996 et Nestor Bidadanure, journaliste, chercheur universitaire dans le domaine de la « Résolution des conflits"
Invités
Marcel Kabanda.  Historien
Nestor Bidadanure.  Journaliste et chercheur

2- Georges Ruggiu, speaker italo-belge de la Radio 1000 Collines a été condamné à 12 ans de prison par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, pour incitation publique et directe au génocide et est aujourd’hui libre. Ferdinand Nahimana, co-fondateur et idéologue de la Radio Mille Collines a été condamné à 30 ans d’emprisonnement par le TPIR et est actuellement détenu au Mali dans une prison des Nations Unis. Simon Bikindi, chanteur célèbre des ondes des Mille Collines a été condamné en décembre 2008 à 15 ans de prison par ce même TPIR.
Ces trois hommes nous posent au moins deux questions : comment la radio peut-elle devenir l’instrument d’un génocide ?, sujet que nous avons abordé samedi dernier, Et comment mesurer la responsabilité juridique de personnes qui appellent au meurtre par la voie des ondes, sans se saisir eux-mêmes d’une machette ? C’est de cela que nous parlons ce samedi parce que le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, qui siège à Arusha, en Tanzanie, a été, aussi, l’occasion d’un procès des médias en général, et de la Radio Télévision Libre des Mille Collines en particulier. Cette RTLM est surnommée Radio Télé La Mort pour son rôle dans le génocide des Tutsis qui s’est déroulé entre avril et juillet 1994 au Rwanda, mais entre un surnom et une condamnation, il y a des dizaines de milliers de pages, des milliers d’heures d’audience et des années de procédure : une matière dont se sont emparés nos deux invités aujourd’hui, chacun avec leurs outils.
Invités
Raphaëlle Maison.  professeur de droit international public à l’université de Picardie - Jules Verne
Christophe Gargot, cinéaste documentariste.  Christophe Gargot est né en avril 1968 à Poitiers (France).
Diplômé du Master Nouveaux Médias de l'Ensci/Les Ateliers (2001) et de l'EPSCI/Groupe ESSEC (1991), il intervient comme consultant sur des projets internationaux notamment dans les domaines des Droits de l'Homme et se consacre également depuis plusieurs années à la production/réalisation de documentaires. En 2001, il entreprend un premier travail d'analyse des archives audiovisuelles du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), autour d'une question : "Quelle est la capacité de l'image à témoigner ?". Ce travail le conduit à s'intéresser de très près à la fois aux activités du TPIR ainsi qu'à l'émergence d'une justice transitionnelle au Rwanda, les Gacaca, où il se rend en 2002, et dont il suit l'évolution par la suite.
En 2003, il s'installe à Marseille et réalise un premier documentaire, Hé M'Sieur. En 2005, la rencontre avec le producteur Christophe Gougeon (Atopic) donne naissance au projet d'un documentaire pour interroger, 60 ans après le procès de Nuremberg, la contribution singulière de la justice internationale dans des contextes post-conflictuels au travers de l'exemple rwandais. En mars 2007, le tournage commence. En juillet 2008, le film D'ARUSHA À ARUSHA est terminé.

lundi 11 janvier 2010

Survie et sa présidente Odile Tobner citées à comparaître pour « injures publiques » ! Procès le 9 février à Paris


Fabien Singaye, conseiller spécial du président centrafricain François Bozizé, ex-espion rwandais expulsé de Suisse, cite à comparaître Survie et sa présidente pour « injures publiques » !

samedi 26 décembre 2009

Les réseaux de la mort : Une milice terroriste de Rwandais hutu blanchit son argent en Allemagne

Un rapport de l’ONU sur le FDLR-business
par François MISSER et Dominic JOHNSON, Die Tageszeitung, 25/11/2009. Traduit par Michèle Mialane et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
Un rapport d’enquête de l’ONU, non rendu public, sur les affaires de la milice hutu rwandaise FDLR met en cause des pays d’Europe, d’Afrique et d’Asie. La Tageszeitung (Berlin) en a eu communication en avant-première.


Des comptes en banque aux USA : des combattants de la FDLR à Masisi


BERLIN/BRUXELLES taz - Le Conseil de sécurité de l’ONU à New York  a mis à son ordre du jour de mercredi dernier un rapport d’enquête confidentiel explosif, qui devrait faire de la peine à beaucoup de ses membres. Le groupe d’experts onusiens chargé de la surveillance des sanctions contre les groupes armés en République démocratique du Congo dévoile dans un rapport dont la taz a eu communication en avant-première les réseaux de soutien à la guerre que mènent les milices hutu rwandaises FLDR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) dans l’Est du Congo. Une partie des chefs de la FLDR se recrute parmi les coupables du génocide rwandais. Leur Président Ignace Murwanashyaka et leur vice-président Straton Musoni sont depuis peu emprisonnés en Allemagne.


Ignace Murwanashyaka


Selon le rapport, les sanctions et l’embargo imposés par l’ONU ont été contournés à  partir de l’Allemagne, entre autres. Murwanashyka aurait participé à « la coordination de transferts d’armes et munitions destinées à des unités de la FDLR » et aurait contribué « à administrer de grosses sommes d’argent  issues de la vente de ressources naturelles en provenance des zones contrôlées par le FDLR. »
Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité en prennent chacun pour leur grade : la France, qui héberge elle aussi des chefs du FLDR ; la Grande-Bretagne, où des firmes impliquées ont leur siège social ; les USA, qui abritent des comptes en banque ; la Russie et la Chine, qui ont acheté des produits miniers en provenance de l’Est du Congo. En outre la Chine, l’Ukraine, la Belgique , l’Espagne et le Soudan livrent des armes au Congo.
Le Conseil de sécurité de l’ONU risque de ne pas rendre public le rapport dans son intégralité. La Chine aurait demandé qu’il soit d’abord traduit en cinq langues, ce qui ressemble à une manœuvre dilatoire. Mais il semble très improbable que le Conseil fasse simplement l’impasse dessus.

La milice  hutu et ses complices
Les réseaux de la mort

Officiellement les milices FDLR sont soumises à des sanctions de l’ONU, mais elles reçoivent des soutiens de toutes parts - de Tanzanie et même de l’Église catholique.

Sous les ordres d'un milicien des FDLR, des civils du Congo oriental détruisent un pont. Photo rtr

La piste la plus étrange mène aux Baléares. Le gouvernement des deux paradis de vacances insulaires méditerranéens finance deux organisations caritatives catholiques, Fundació S‘Olivar et Inshuti. En quoi cela peut-il intéresser le groupe d’experts onusiens chargé de la surveillance de l’embargo contre les groupes armés de la République démocratique du Congo ? Son nouveau rapport, aujourd’hui à l’ordre du jour du le Conseil de sécurité de l’ONU et que l’avant-première du taz vous offre  en exclusivité, vous fait pénétrer dans le monde secret des réseaux mondiaux qui permettent à la milice hutu FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), dont les chefs se recrutent en partie parmi les coupables du génocide rwandais, de poursuivre son interminable guerre.
Le Président d’Inshuti, Joan Casoliva, aurait selon le rapport promis 200 000 dollars aux FDLR. Les FDLR aurait reçu des deux organisations abondées par l’État espagnol « un soutien financier, logistique et politique régulier ». Des détails : la Fundació S’Olivar financerait  la fondation Brothers of Charity du prêtre belge Constant Goetschalck, basée il y a peu encore à Kigoma en Tanzanie et plaque tournante du trafic d’armes. Cette fondation aurait transféré de l’argent à un certain Ahadi Institute qui l’aurait fait parvenir aux FDLR. Un missionnaire italien au Congo oriental, Pier Giorgio Lanaro, a confirmé avoir transmis à la  milice  l’argent collecté en Europe.
Ce ne sont pas seulement les détails sur la vie interne de l’Église catholique qui font de ce nouveau rapport d’experts onusiens une lecture d’une brûlante actualité. Les experts de l’ONU apportent de nouvelles précisions sur le rôle peu reluisant de l’Allemagne, où les chefs de la FDLR vivaient encore récemment en toute impunité (voir texte ci-dessus). Il analyse les liaisons par téléphone satellitaire des chefs de campagne  du FDLR  du Congo vers 25 pays dans le monde, dont l’Allemagne, la France, la Belgique, la Norvège et les Pays-Bas. En France, où vivent le secrétaire exécutif des FDLR, Callixte Mbarushimana, ainsi que les commissaires à la politique intérieure et étrangère, Emmanuel Ruzindana et Ngirinshuti Ntambara , comme en Grande-Bretagne et aux USA, les autorités se sont refusées à communiquer le nom des personnes en communication. Mais en Belgique on compte parmi les appelants d’ex-chefs militaires rwandais de l’époque du génocide, qui maintenant soutiennent les FDLR. Il existe également des contacts téléphoniques entre les FDLR et le FDU-Inkingi, le parti rwandais en exil dont la Présidente, Victoire Ingabire, qui vit actuellement aux Pays-Bas, veut être candidate aux prochaines présidentielles du Rwanda et fait sa campagne en Europe sous l’étiquette « d’opposition modérée ».


Callixte Mbarushimana (Photo Interpol) 


Victoire Ingabire Umuhoza


Les réseaux financiers européens permettent aux FDLR de s’armer. La milice ne se contente pas de faire main basse sur les armes actuellement en circulation au Congo, elle importe de l’armement venu de Tanzanie via le lac Tanganyika. Bande Ndangundi, un vieil ami  de l’ex-Président du Congo, Laurent-Désiré Kabila, coordonne à partir de Dar Es Salam  en Tanzanie des fournitures d’armes aux FDLR via le Burundi. Il aurait selon les experts de l’ONU des liens étroits avec le gouvernement hutu du Burundi et des officiels de haut rang du gouvernement, de la police et de l’armée tanzaniens. Cette année il aurait eu de fréquents contacts téléphoniques avec un armateur portugais et une entreprise ougandaise de trafic aérien.
Ce business devrait permettre à tout un groupe de responsables tanzaniens de maintenir leur « influence (dans les intérêts) politico-économique » au Sud-Kivu. Une lourde accusation portée par l’ONU. Du carburant passe en contrebande de la Tanzanie vers le Congo, des produits miniers font le chemin inverse. Le Burundi, gouverné depuis 2006 par un ex-mouvement de la rébellion hutu, serait « une base arrière du recrutement pour les FDLR et les réseaux de sympathisants ». Les FDLR entretiendraient des relations étroites avec Adolphe Nshimirimana, le patron  des services secrets burundais, et avec la direction de la police burundaise. Récemment la police burundaise aurait envoyé une délégation en Malaisie pour y acheter 40 000 fusils d’assaut, deux fois plus que ce petit pays ne compte de policiers.
Ce sont les exportations de produits miniers (essentiellement de l’or et du minerai d’étain) qui fournissent aux FDLR les fonds nécessaires. Les marchands d’or  congolais qui collaborent avec les FDLR y travaillent avec des partenaires en Ouganda, au Burundi et à Dubaï. On trouve parmi les acheteurs la Malaysia Smelting Corporation et la  Thailand Smelting and Refining Corporation. Cette dernière est propriétaire de la  Londoner Amalgamated Metals Corporation, son principal fournisseur est selon l’ONU l’African Ventures Ltd, enregistrée aux îles Samoa et installée à Hong-Kong, où son  représentant sur place est l’homme d’affaires suisse Chris Huber. Ce dernier achèterait également des produits miniers fournis par d’anciens rebelles tutsi, qui depuis leur incorporation dans l’armée congolaise contrôlent les districts miniers.
Les armes destinées aux FDLR proviennent aussi de l’armée congolaise elle-même ; ses chefs en charge de la province du Sud-Kivu entretiennent d’étroites relations avec les FDLR et tolèrent, voire mettent en œuvre des transferts d’armes, tout en combattant officiellement la milice. Le gouvernement du Congo, lui, importe des armes d’Europe et d’Asie. Selon l’ONU, le cargo nord-coréen « Bi Ro Bong » chargé de 3 435 tonnes d’armes destinées à l’armée congolaise a accosté le 21 janvier dernier dans le port de Boma, sur l’Atlantique. En  mai c’était au tour du cargo chinois « An Xin Jiang » de déposer dans le port voisin de Matadi d’autres armements. Ni le Ministère de la Défense de Corée du Nord, ni celui de Chine, ni celui du  Congo n’ont souhaité répondre aux questions des experts de l’ONU à ce sujet.
À Kisangani, dans l’Est du Congo, ont atterri entre septembre 2008 et février 2009 18 avions en  provenance de la capitale soudanaise, Khartoum, transportant des frets destinés à l’armée. Des véhicules blindés en provenance de Chine, de Belgique et d’Espagne sont arrivés au Congo ces derniers mois, ainsi que des hélicoptères de combat  ukrainiens, maintenant stationnés à Goma, dans l’Est du Congo et dont la maintenance est assurée par des Ukrainiens et des Biélorusses.
FDLR : les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) sont une milice opérant en  République démocratique du Congo et composée de combattants hutu rwandais issus des organisations qui pont perpétré en 1994 le génocide rwandais. Leur président Ignace Murwanashyaka a pendant des années dirigé le groupe à partir de l’Allemagne où il a été arrêté le 17 novembre dernier.
Groupe d’experts onusiens : Un embargo sur les armes décrété par l’ONU pèse sur les groupes armés congolais, incluant des interdictions de se déplacer  pu d’effectuer des transactions financières. Les livraisons d’armes au gouvernement congolais doivent être déclarées. Des équipes d’experts informent des violations de l’embargo le comité onusien compétent en matière de sanctions. Ces informations servent de base à l’ONU pour établir des mesures de rétorsion. 




jeudi 22 octobre 2009

Les assassins sont parmi nous

Affaire n°1
Un médecin rwandais recherché par Interpol exerçait à l'hôpital de Maubeuge
samedi 17.10.2009, 05:02 - J.-M. BOUTILLIER , La Voix du Nord
Eugène Rwamucyo, né en 1959 à Ruhengeri, Rwanda, est-il ou non mêlé au génocide perpétré dans ce pays entre avril et juillet 1994 et qui, selon l'ONU, a coûté la vie à 800 000 Rwandais, essentiellement des Tutsis ? ...

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda répondra peut-être un jour à cette question. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que ce médecin exerçait jusqu'à ce jeudi ses fonctions de responsable de la médecine du travail au centre hospitalier de Sambre-Avesnois de Maubeuge, alors qu'il faisait l'objet d'une notice de recherche des services d'Interpol. Exerçait, car, comme le confirmait hier Henri Mennecier, directeur de l'établissement, le médecin est visé depuis ce mercredi par une mesure de suspension, « à titre conservatoire », dès lors que sa situation particulière a été connue de la direction, à la faveur d'investigations journalistiques.

Eugène Rwamucyo, Hutu, qui fut médecin-chef du centre universitaire de Butare, dans le Sud du Rwanda, est cité par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, comme un acteur du génocide. Depuis 2006, il fait l'objet d'une notice de recherche d'Interpol, « une notice rouge », confirmait-on hier après-midi au siège de l'organisation internationale de police criminelle, à Lyon. Ce qui range le médecin dans une catégorie de personnes auxquelles sont reprochés des faits d'une certaine gravité.

Première plainte à Lille

C'est le 15 avril 2007 qu'une plainte visant Eugène Rwamucyo a été déposée, à Lille, par le CPCR, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, présidé par Alain Gauthier, mari d'une Rwandaise qui a perdu quasiment toute sa famille dans le génocide. En novembre de la même année, une ordonnance de dessaisissement est rendue au profit du parquet de Paris qui ouvre, le 5 février 2008, une information judiciaire pour « crimes de guerre et complicité ».

Depuis, il semblerait que l'activité judiciaire ait été exercée a minima à l'encontre du médecin. « Il n'a jamais été entendu », affirmait hier Alain Gauthier, lequel fait état de « témoignages précis de Rwandais contenus dans le dossier » concernant l'éventuelle implication d'Eugène Rwamucyo dans le génocide. Le même évoque un « colloque révisionniste », selon ses propres termes, qui s'est tenu le 4 avril 2002 dans la salle Monnerville du Sénat, colloque auquel participait le médecin. « S'agissant de moi, il a déclaré "ce Monsieur ne connaît le Rwanda que par des confidences sur l'oreiller" », allusion à l'épouse rwandaise d'Alain Gauthier lequel avait alors, dans un courrier adressé à Xavier de Villepin, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, fait part de sa réprobation sur le contenu de ce colloque.

Injoignable hier - il demeure dans l'entité de Lobbes, en Belgique - Eugène Rwamucyo réfute toute participation au génocide. « Il connaissait l'existence des documents qui circulaient (sur Internet, ce qui a permis la découverte-NDLR). Il me l'a dit quand je lui ai signifié sa suspension. Il en conteste la véracité », ajoutait hier Henri Mennecier, qui ignorait tout de la situation du médecin. Reste à savoir comment Eugène Rwamucyo, précédemment en poste au CHR de Lille et résidant alors à Bouvines, a pu échapper aussi longtemps aux recherches d'Interpol. C'est l'une des nombreuses questions que pose ce dossier qui fait grand bruit en Sambre. 

Le médecin rwandais de Maubeuge recherché par Interpol « s'explique »
mardi 20.10.2009, 05:02 - PAR JEAN-MARIE BOUTILLIER, La Voix du Nord

| ENTRETIEN |

Eugène Rwamucyo s'explique. Ce médecin rwandais a été suspendu, « à titre conservatoire », jeudi, de ses fonctions de responsable de la médecine du travail à l'hôpital de Maubeuge, après que fut connue sa situation de personne recherchée par Interpol dans le cadre du génocide rwandais de 1994.
C'est une interview téléphonique réalisée en deux temps qui a permis hier à Eugène Rwamucyo de s'exprimer, de son domicile de Lobbes, en Belgique. La première partie, en matinée, a été interrompue incidemment par un appel donné par l'avocat de celui qu'Interpol recherche depuis 2006 pour sa participation présumée au génocide rwandais. La seconde, l'après-midi, a pris une autre tonalité.

« Diabolisation »

Eugène Rwamucyo affable, hier matin, en préambule : « Je proteste contre la diabolisation dont je fais l'objet depuis quelques jours dans la presse. Le leitmotiv dans cette affaire est à rechercher du côté des activistes du régime (régime actuel rwandais). Ils sont ici, en France. Ce qui les intéresse, ce n'est pas la justice, c'est de me faire perdre mon statut, de me rendre indigent.
 » La « notice rouge » d'Interpol qui le vise ? « La fiche Interpol, que l'on essaie de faire passer pour un mandat d'arrêt international, n'est pas émise par Interpol mais par le Bureau central national de Kigali. Quant au collectif pour les parties civiles du Rwanda, ils savent très bien que la justice suit son cours. » Le même, l'après-midi, moins affable : « Je ne peux pas bouger, mes avocats ne veulent pas que je me mette en danger. » Question : « La direction de l'hôpital de Maubeuge était-elle au courant de votre situation ? » « Je ne répondrai pas à n'importe quelle question. » Parenthèse : Thierry Lazaro était, lui, au courant. Le député-maire de Phalempin est intervenu en 2005 en faveur d'Eugène Rwamucyo afin que ce dernier puisse obtenir un titre de séjour qui lui faisait défaut. Joint hier matin, le parlementaire confirme qu'il était au courant de la situation du médecin rwandais dirigé vers lui par « un radiologue ». « J'assume. Eugène Rwamucyo m'a toujours dit qu'il était recherché. Il m'a toujours dit qu'il était innocent. J'ai mis la présomption d'innocence en avant comme précepte. Je suis surpris de l'hallali. Qu'il ait droit à un procès équitable. Et si après ça on peut prouver quoi que ce soit, j'en serai évidemment catastrophé », résumait hier Thierry Lazaro, qui remarque que, depuis 1994, « les différents gouvernements n'ont pas jugé utile d'aller plus loin », sur cet épineux dossier qui ne concerne pas en France qu'Eugène Ramucyo (notre édition de dimanche).

« J'ai fui le Rwanda »

Retour à Lobbes : « Quand et pourquoi avez-vous quitté le Rwanda ? » « Je ne réponds pas à ce genre de question. » Eugène Rwamucyo finira cependant par préciser qu'il a quitté son pays d'origine « fin juillet 1994, pour fuir le FPR, voilà, et maintenant ça suffit » - FPR, Front patriotique rwandais - sachant que le génocide qui a coûté la vie à 800 000 personnes a été perpétré d'avril à juillet 1994. Précisons toutefois qu'un élément chronologique ne suffit pas à lui seul à établir une culpabilité.
Eugène Rwamucyo admet-il seulement le terme de « génocide » ? « Je ne réponds pas. » Relance : « Mais la communauté internationale l'admet dans son ensemble... » « Alors faites-les répondre à ma place ! » L'opération « Turquoise », décidée par la résolution 929 du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations-unies et assumée en grande partie par la France, critiquée là-dessus par la même communauté internationale ? « Pas de commentaires », lâche le médecin. C'est pourtant vers « Turquoise » que revient inlassablement ce type de dossier qui évolue dans les eaux troubles de la diplomatie et du fameux intérêt supérieur de l'État.

Maubeuge : le médecin rwandais suspendu déjà condamné au Rwanda il y a un mois

jeudi 22.10.2009, 11:30 - Avec AFP

 AFFAIRE |

Le médecin rwandais suspendu de ses fonctions à l'hôpital de Maubeuge pour son implication présumée dans le génocide de 1994, a été condamné il y a un mois par contumace à la perpétuité par un tribunal populaire gacaca rwandais.
Le docteur Eugène Rwamucyo qui travaillait jusqu'à jeudi de la semaine dernière à l'hôpital de Maubeuge, « a été condamné à la perpétuité il y a mois », a indiqué un membre du jury ayant siégé dans l'affaire.

Eugène Rwamucyo a été jugé par le tribunal gacaca de Ngoma, dans la ville de Butare (sud). Inspirées de la tradition rwandaise,les juridictions gacacas sont chargées de juger les auteurs présumés du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994, à l'exception des « planificateurs au niveau national » (qui relève des juridictions classiques). Le jury a conclu que le docteur Rwamucyo faisait partie d'« un comité de crise qui a organisé et supervisé le génocide à Butare » en 1994, selon la source jointe par téléphone, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat.
Ce jugement est confirmé par le quotidien progouvernemental rwandais, le New Times, qui souligne que Rwamucyo figure sur la liste des 45 principaux responsables des massacres de Tutsis à l'Université nationale du Rwanda (UNR) et à l'Hôpital universitaire, deux institutions situées à Butare. Plusieurs anciens professeurs à l'UNR et médecins à l'hôpital universitaire ont été jugés et condamnés par contumace pour leur rôle dans le génocide perpétré contre les Tutsis en 1994 à Butare.
Parmi eux, figurent l'ancien vice-recteur de l'université, Jean-Berchmans Nshimyumuremyi et le docteur Séraphin Bararengana, frère de l'ex-président Juvénal Habyarimana dont l'assassinat, le 6 avril 1994, fut l'élément déclencheur des massacres. La ville de Butare était, à l'époque, le plus haut lieu intellectuel du Rwanda.
Eugène Rwamucyo, qui vit en Belgique tout près de la frontière française, et a aussi dans le passé exercé au centre hospitalier universitaire de Lille, a catégoriquement démenti ces accusations, se disant un « bouc-émissaire » et « victime d'une diabolisation ».

Affaire n°2
GENOCIDE RWANDAIS. Comme dans l'affaire de Maubeuge, un médecin rwandais exerçant aux urgences de l'hôpital fait l'objet d'une fiche de recherche pour génocide

Un médecin de Villeneuve-sur-Lot fiché à Interpol
par Bastien Souperbie, Sud-Ouest, 21 octobre 2009


Sosthène Munyemana exerce depuis plus de dix ans au sein de l'hôpital Saint-Cyr. (photo archives F. R.)
Sosthène Munyemana exerce depuis plus de dix ans au sein de l'hôpital Saint-Cyr. (photo archives F. R.)
Dans son édition de samedi, « La Voix du Nord » révélait qu'un praticien du centre hospitalier de Maubeuge, Eugène Rwamucyo, faisait l'objet d'une fiche de recherche sur Interpol pour génocides et crimes de guerre en 1994 au Rwanda. Le quotidien indiquait par ailleurs qu'un autre médecin, Sosthene Munyemana, était dans la même situation à Villeneuve-sur-Lot.
Cet homme de 45 ans, domicilié à Bordeaux, exerce depuis plus d'une dizaine d'années aux urgences de l'hôpital Saint-Cyr. Sa notice de recherches fait également mention des termes de « génocide et crimes de guerre ». Déjà, il y a sept ans, le collectif girondin pour le Rwanda s'était ému de la présence au sein de l'hôpital villeneuvois de ce médecin recherché par Interpol et contre lequel des ONG telles que African Rights porte de graves accusations avec témoignages à l'appui.
Entendu une seule fois
Néanmoins à ce jour, Sosthène Munyemana qui a toujours clamé son innocence et nié sa participation au génocide des Tutsis au Rwanda n'a jamais été inquiété par la justice française. Il n'a été entendu qu'une seule fois par un magistrat à titre de témoin assisté. Toutefois, dans un arrêt rendu le 24 janvier 2008, la Cour nationale du droit d'asile rejetait la demande de droit d'asile du médecin villeneuvois en s'appuyant notamment sur l'évaluation menée par l'Ofpra (office français de protection des réfugiés et apatrides). Cet organisme indiquait « que l'instruction a permis de constater que M. Sosthène Munyemana s'est volontairement inscrit dans l'appareil administratif local mis en place durant la période du génocide [...] ; qu'il a assumé une pleine autorité sur un local de détention du secteur de Tumba, dans la commune de Ngoma ». Et l'Ofpra de conclure « que sa nomination au comité de financement de l'autodéfense civile pour la préfecture de Butare (au Rwanda NDLR) constitue en soi et au sens récemment rappelé par le Conseil d'État, une raison sérieuse de penser que l'intéressé s'est rendu coupable de crime contre l'humanité et de génocide au sens stipulé par la convention de Genève ».
Pas condamné
Un rapport accablant qui ne doit pas occulter qu'en l'absence de condamnations, le médecin villeneuvois (également passé par Tonneins) doit bénéficier de la présomption d'innocence.
Joint hier, le Conseil de l'ordre des médecins du Lot-et-Garonne assurait ne rien savoir de cette affaire, indiquant que les médecins extracommunautaires échappaient à son domaine de compétence.
À l'hôpital Saint-Cyr, on avait toutefois entendu des « bruits ». « On savait qu'il y avait de graves accusations qui étaient portées contre lui », relate une médecin de l'hôpital sous couvert de l'anonymat, qui décrit l'homme « comme un bon collègue ». « Il ne cachait d'ailleurs pas qu'une procédure était en cours depuis dix ans, tout en assurant qu'il était victime de fausses accusations. »
La direction de l'hôpital de Villeneuve était injoignable hier. À Maubeuge, Eugène Rwamucyo a été suspendu à titre conservatoire.



vendredi 16 octobre 2009

Asile politique refusé à Agathe Habyarimana

La justice française doit toutefois la juger pour son implication dans le génocide
Communiqué du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) et de Survie, 16/10/2009
Alors que le Conseil d’Etat vient de confirmer le refus d’accorder l’asile politique à Agathe Habyarimana, ce qui fait d’elle une personne expulsable, nos associations demandent que celle-ci ne soit pas expulsée et soit jugée par la justice française pour son implication dans le génocide des Tutsi du Rwanda qui a fait près d’1 million de morts en 1994 (Voir le communiqué du Conseil d’Etat).
Comme on pouvait s’y attendre, après avoir mis sa décision en délibéré, le Conseil d’Etat vient, ce 16 octobre, de se ranger à l’avis du rapporteur public, qui recommandait de ne pas accorder l’asile politique à madame Agathe Kanziga, veuve du président extrémiste hutu Juvénal Habyarimana.
Cette décision semblait s’imposer au vu du réquisitoire de la Commission de Recours des Réfugiés qui justifiait son refus (en février dernier) en affirmant que madame Habyarimana aurait participé « en tant qu’instigatrice ou complice » au « crime de génocide » commis au Rwanda en 1994.
Cette même Commission des recours avait été saisie par l’ancienne première dame suite au refus, le 4 janvier 2007, par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) d’accorder l’asile politique à celle qui joua, selon de nombreux observateurs, un rôle central dans la mise en place de la machine génocidaire au Rwanda. L’OFPRA estimait ainsi « qu’elle [Agathe Habyarimana] s’est trouvée au cœur du régime génocidaire » et « qu’elle ne peut valablement nier son adhésion aux thèses hutues les plus extrémistes, ses liens directs avec les responsables du génocide et son emprise réelle sur la vie politique du Rwanda ».
Une telle décision du Conseil d’Etat devrait normalement s’accompagner d’une expulsion du territoire français, mesure qui devrait dépendre du ministère de l’Intérieur. Extrader madame Kanziga vers le Rwanda ne semble toutefois pas possible dans la mesure où jusqu’à présent la justice française, à la suite du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, chargé de juger les hauts responsables du génocide), a toujours refusé cette solution.
Selon nos associations, l’expulsion de madame Kanziga vers un pays d’accueil pourrait être envisagée, mais cette solution ne peut nous satisfaire car il est fort probable qu’une telle décision lui permettrait d’échapper à la justice, ce qui n’est pas concevable.
Reste une dernière solution : tolérer madame Kanziga sur le territoire français tout en exigeant qu’elle rende des comptes à la justice de notre pays : une information judiciaire a en effet été ouverte contre elle suite à la plainte déposée le 13 février 2007 par le Collectif de parties civiles pour le Rwanda (CPCR) pour « complicité de génocide » et « complicité de crime contre l’humanité ». C’est la solution que nous préconisons et nous demandons instamment aux autorités judicaires françaises de ne plus tarder à juger madame Kanziga, ainsi que tous les Rwandais qui sont soupçonnés d’avoir participé au génocide des Tutsi et qui vivent en toute impunité sur le territoire français.
Tous ceux qui attendent que justice soit rendue ne comprendraient pas que la justice française, par son inertie, protège des présumés génocidaires, fasse de la France un refuge pour ces derniers et se rende ainsi complice des génocidaires. Le président du TPIR, le juge Dennis Byron, a lui-même exhorté le 8 octobre dernier les juridictions nationales à jouer pleinement leur rôle afin d'éviter l'impunité des « génocidaires » après la fermeture de la juridiction.
Un préalable cependant s’impose pour une réelle efficacité de la justice : que les juges d’instruction chargés de ces dossiers soient dessaisis dans les plus brefs délais de toutes les autres affaires qui leur ont été confiées et qui les surchargent. Cette exigence est aussi celle des juges eux-mêmes.
Contacts :
CPCR : Alain GAUTHIER, président 06 76 56 97 61
collectifrwanda@aol.com http://www.collectifpartiescivilesrwanda.fr/
Survie : Olivier THIMONIER, secrétaire général 01 44 61 03 25
olivier.thimonier@survie.org http://survie.org/

mardi 1 septembre 2009

Génocide des Tutsi rwandais : L’attentat du 6 avril 1994 ? Une manipulation de A à Z


Témoignage de Jean-François Dupaquier, écrivain, journaliste et président de l´association Memorial international
Bilets d'Afrique, septembre 2009


Le juge « antiterroriste » Jean-Louis Bruguière avait été chargé d’identifier et de poursuivre les responsables de l’attentat du 6 avril 1994 à Kigali (Rwanda) qui avait coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et donné le signal de l’extermination des Tutsi. Son ordonnance s’appuie lourdement sur les « pièces à conviction » de Richard Mugenzi, espion radio, supposé avoir intercepté, le 7 avril 1994, des messages où le Front patriotique rwandais revendiquait l’attentat. Aujourd’hui, Richard Mugenzi affirme que ces messages de revendication avaient été inventés de toutes pièces par les extrémistes hutus, sans doute pour dissimuler leur propre responsabilité dans l’attentat. Des révélations qui fragilisent singulièrement la thèse du juge français.
Billets d’Afrique : - Jean-François Dupaquier, le journal Le Monde a révélé que vous avez rencontré l’un des témoins qui semblaient avoir convaincu le juge Jean-Louis Bruguière de la responsabilité du Front patriotique rwandais (FPR) dans l’attentat du 6 avril 1994 - attentat qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et qui a servi de déclencheur au génocide de 1994 au Rwanda. Selon Le Monde, le Nouvel Observateur, Le Soir de Bruxelles, l’Agence France-Presse et d’autres médias, ce témoin, Richard Mugenzi, contrairement à la thèse développée par le juge Bruguière, semble aujourd’hui innocenter le FPR de cet attentat. Dans quelles conditions avez-vous recueilli ce témoignage qui fait grand bruit, et quelles sont ses conséquences ?
Jean-François Dupaquier : - Retrouver Richard Mugenzi n’a pas été facile, et je remercie le juge Bruguière de m’y avoir involontairement aidé. Voici dans quel contexte : depuis plusieurs années je travaille à la rédaction d’un livre sur les origines du génocide de 1994 qui a vu l’extermination d’environ un million de Tutsis et de nombreux Hutus démocrates. Aussi bien comme journaliste-écrivain que comme témoin expert et consultant auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR, tribunal chargé depuis 1994 d’identifier et de juger les principaux « génocidaires »), j’ai un accès relativement aisé aux audiences publiques du tribunal à Arusha (Tanzanie). Le procès le plus remarquable est celui où ont comparu ensemble le colonel Théoneste Bagosora, considéré comme l’architecte du génocide, et de plusieurs officiers supérieurs rwandais dont son bras droit, le colonel Anatole Nsengiyumva. Ce procès a nécessité plusieurs centaines de journées d’audiences. Il représente des dizaines de milliers de pages de procès-verbaux et documents divers. Il a fait défiler des témoins-clefs du génocide de 1994.
J’ai été impressionné par la longue déposition en 2002 d’un homme dont l’identité était l’objet d’une protection extraordinaire, au point que son audition a été en partie « caviardée ». Sous le pseudonyme de ZF et caché derrière un rideau, il a fourni un témoignage accablant sur l’organisation du génocide dans Gisenyi, ville frontalière du Zaïre, qui était le foyer des extrémistes hutus de l’époque. Malgré ce « caviardage », il apparaissait que ZF était un opérateur recruté dès octobre 1990 par les forces armées rwandaises pour intercepter les messages radio des rebelles du Front patriotique rwandais.
Il m’a paru indispensable de le rencontrer dans le cadre de mes recherches, mais malgré mes efforts, je ne parvenais pas à l’identifier. Au TPIR, son nom figurait parmi les secrets les mieux gardés de l’équipe de « Protection des témoins ». Personne ne voulait risquer sa place pour m’informer de son nom et de son adresse.
En novembre 2006, lorsque le juge Jean-Louis Bruguière a diffusé le texte de son ordonnance (que chacun peut trouver sur internet) accusant neuf hauts gradés de l’armée rwandaise d’avoir été les principaux organisateurs de l’attentat du 6 avril 1994, il a cité le nom du principal témoin à charge : Richard Mugenzi, opérateur radio à Gisenyi (page 30). Ce faisant, le juge antiterroriste semble avoir violé un engagement vis-à-vis du Tribunal pénal international : on l’avait autorisé à interroger Richard Mugenzi en 2001 à Arusha, à la condition qu’il préserve son anonymat. Mais il s’agit à mon avis de la moindre des anomalies de l’instruction menée par Jean-Louis Bruguière. En tout cas, ça m’a permis de mettre un nom sur l’homme que je voulais interviewer depuis tant d’années. Il m’a ensuite fallu trois ans pour le retrouver. Sans entrer dans les détails, j’ai réussi à localiser Richard Mugenzi le 29 mai 2009. Nous avons convenu d’une interview le 31 mai. C’est au cours de cette interview qu’il m’a révélée que Jean-Louis Bruguière s’était fourvoyé en utilisant son témoignage pour accuser le Front patriotique rwandais de l’attentat.
Billets d’Afrique : - Pouvez vous expliquer en quoi le témoignage de Richard Mugenzi est tellement important ?
Jean-François Dupaquier : - Richard Mugenzi est mentionné dans les pages 29, 30, 31, 51 et 52 de l’ordonnance Bruguière. C’est dire si le juge « antiterroriste » lui attachait de l’importance. Le 7 avril 1994 vers 8 heures 45 le matin, Richard Mugenzi est supposé avoir intercepté un message radio du Front patriotique rwandais revendiquant l’attentat commis 12 heures plus tôt à Kigali. Ce message est diffusé « en clair », contrairement aux habitudes de « codage » du Front patriotique rwandais et, faut-il le dire, de toutes les armées en guerre. Il disait à peu près ceci : « L’invincible (surnom que ses courtisant avaient donné au président Juvénal Habyarimana) est mort dans son avion, les gorilles (Hutus) ont perdu, les bergeronnettes (Tutsi) ont gagné, la victoire est proche, félicitations à l’Escadron renforcé, la guerre reprend. Etc. »
Richard Mugenzi aurait ensuite transcrit trois autres messages, toujours diffusés en clair, au milieu de nombreux messages codés, et qui « confirmaient » que le Front patriotique rwandais était bien l’auteur de l’attentat, puisqu’il le revendiquait et même s’en glorifiait.
Billets d’Afrique : - Donc, il ne pouvait pas y avoir la moindre ambiguïté sur les responsables d’un attentat qui a causé la mort du président rwandais, celle du président du Burundi qui l’accompagnait, de plusieurs ministres et hauts fonctionnaires, ainsi que de trois Français : le pilote, le copilote et le mécanicien ? Et déclenché le génocide ?
Jean-François Dupaquier : - Avec ces quatre télégrammes de revendication, le juge Jean-Louis Bruguière pensait détenir la preuve absolue de la responsabilité du FPR dans l’attentat.
Je dois reconnaître que depuis son ordonnance du 17 novembre 2006 et les révélations qui avaient filtré sur son instruction, le contenu de ces prétendus messages m’avait troublé. Depuis sa création en 1988, le Front patriotique rwandais revendiquait un refus viscéral du racisme du régime Habyarimana qui s’appuyait sur des « quotas ethniques » entre Hutus et Tutsis. Le mouvement rebelle – en majorité tutsi - condamnait un apartheid qui n’était plus en vigueur qu’au Rwanda et en Afrique du Sud. Ses membres refusaient de se dire Hutus ou Tutsis, se proclamant « uniquement Rwandais ». Il était donc étrange qu’au lendemain de l’attentat du 6 avril le FPR diffuse - qui plus est en clair - des messages stigmatisant les Hutus qualifiés de « gorilles » par opposition à des Tutsi assimilés à ces élégants oiseaux que sont les bergeronnettes. Comme co-auteur de livre « Les médias du génocide », je suis bien placé pour savoir que c’est la presse des Hutus extrémistes de l’époque qui prétendait que le FPR considérait l’ensemble des Hutus comme des « gorilles », et diffusait des caricatures de ce type.
Cette question des quatre télégrammes du 7 avril ne mobilisait pas toute mon attention car l’attentat contre l’avion d’Habyarimana n’est pas à l’origine du génocide, comme j’espère l’expliquer dans un prochain livre. Mais je m’étais promis d’interroger Richard Mugenzi sur ce point. J’ai commencé par lui demander si, durant ses quatre années d’interceptions des messages du FPR, il avait relevé des mentions de divisions ethniques Hutus-Tutsis. Il m’a répondu que non. Je lui ai alors lu les quatre messages supposés interceptés de radios-opérateurs du FPR le 7 avril. C’est alors qu’il m’a fait cet aveu : ces messages n’étaient pas interceptés du FPR mais lui ont été dictés par le colonel Anatole Nsengiyumva. En pratique, Nsengiyumva, l’un des hauts gradés les plus extrémistes, lui a tendu un morceau de papier et lui a demandé de le recopier comme s’il s’agissait d’un message qu’il avait intercepté du FPR. J’avoue avoir été stupéfait par cette révélation. Je lui ai lu ensuite les trois autres messages et il m’a fait la même réponse.
Billets d’Afrique : - Quelle conclusion tirez-vous de cette déclaration de Richard Mugenzi ?
Jean-François Dupaquier : - La révélation de l’ancien espion radio éclairait d’un seul coup cet épisode : on se trouvait en face d’une manipulation délibérée. Exactement 12 heures après l’attentat, le colonel Nsengiyumva, adjoint direct et complice du colonel Bagosora (comme l’a montré le jugement du Tribunal pénal international intervenu en février dernier les condamnant tous deux à la réclusion à perpétuité), a cherché à faire croire que l’attentat avait été commis par le FPR en inventant un faux bordereau.
Billets d’Afrique : - Vous n’aviez pas imaginé auparavant une telle manipulation ?
Jean-François Dupaquier : - Je savais depuis les audiences du procès Bagosora en 2002 qu’à Gisenyi se trouvait un centre d’espionnage radio considéré comme « très performant ». Je découvrais que les militaires français avaient joué un rôle dans ce centre, et que Richard Mugenzi avait bénéficié d’une formation à l’espionnage radio par ces militaires français. Mais en tant que journaliste je n’ai jamais eu à traiter dans ma carrière de questions relatives à l’espionnage et je me suis brutalement rendu compte que le centre d’espionnage de Gisenyi constituait également un centre de désinformation, que la désinformation est un des volets de l’espionnage. Je n’avais sans doute pas lu avec assez d’attention le livre de Gabriel Peries et David Servenay, « Une Guerre Noire » qui traite notamment de cet « apport » des militaires français au Rwanda, dans la droite ligne des méthodes utilisées durant la guerre d’Algérie….
Richard Mugenzi m’a confirmé dans la même interview qu’à d’autres occasions le colonel Nsengiyumva lui avait dicté de prétendus messages qu’il aurait interceptés de radio du FPR et qui n’étaient que des opérations de désinformation.
Billets d’Afrique : - Quelle était la finalité des faux messages du FPR ?
Jean-François Dupaquier : - Tous ceux qui sont un peu informés de la tragédie rwandaise savent que les extrémistes hutus ont ensuite ressassé le message suivant, notamment sur les ondes de la Radio-Télévision des Mille Collines (RTLM) : « Les Tutsi du FPR ont tué le Père de la Nation, tous les Tutsis méritent la mort pour cela ». Une propagande qui a radicalisé les masses hutues et les a poussés avec plus d’énergie que jamais à exterminer leurs voisins tutsis, hommes, femmes enfants, vieillards, tous sans exception… Et avec d’autant plus d’efficacité que la population était depuis longtemps travaillée par une propagande de la haine et encadrée par des milices elles-mêmes armées et entraînées à tuer. On comprend donc que les faux messages faisaient partie d’un dispositif sophistiqué pour aboutir au génocide des Tutsis, en diabolisant ces derniers et en cherchant à transformer en tueurs les Hutus.
Billets d’Afrique : - Mais alors, pourquoi Richard Mugenzi a-t-il menti au juge Bruguière lorsque celui-ci l’a interrogé à Arusha ?
Jean-François Dupaquier : - Sur le moment, j’ai été tellement surpris de la révélation que j’ai oublié de poser cette question évidente. J’ai rappelé Richard Mugenzi plus tard. Il m’a alors expliqué que lorsqu’il avait témoigné au TPIR en 2002 contre Bagosora et Nsengiyumva, personne ne lui avait posé de questions sur ces fameux télégrammes. On sait que pour le Parquet du TPIR, le scénario de l’attentat du 6 avril 1994 est un sujet tabou, le juge Bruguière a suffisamment glosé là-dessus dans son ordonnance – à juste titre. Et dans le cadre du contre-interrogatoire du témoin qui les accablait sur leur rôle dans le génocide à Gisenyi, pas plus Bagosora que Nsengiyumva n’a levé ce lièvre, on comprend à présent pourquoi.
Jean-Louis Bruguière affirme avoir interrogé Richard Mugenzi le 5 juin 2001 (page 52). Il n’aurait en fait jamais interrogé ce témoin qu’il décrit pourtant comme capital. Richard Mugenzi dit n’avoir été prévenu qu’une demi-heure auparavant de son audition par l’équipe du juge à Arusha. Il dit s’être retrouvé face à un policier français qui se serait contenté de lui faire reconnaitre son écriture sur la transcription des soi-disant messages du FPR, sans même se donner la peine de lui demander s’il s’agissait de transcriptions authentiques. Je vous livre la version de Richard Mugenzi. Il serait intéressant de lire ce PV d’audition dans le dossier Bruguière, malheureusement couvert par le secret de l’instruction.
Billets d’Afrique : - Vous évoquez de possibles carences des policiers entourant le juge Jean-Louis Bruguière. Pouvez-vous être plus clair ?
Jean-François Dupaquier : - Il semble que l’instruction ait été menée uniquement à charge, dans une seule direction, avec un coupable désigné très tôt : le FPR. En voici un exemple. On s’aperçoit à la lecture de l’ordonnance que parmi les témoins du juge se trouve un journaliste rwandais que j’ai bien connu, Jean-Pierre Mugabe. Dans son périodique, Le Tribun du Peuple, il a publié un long article au Rwanda accusant quatre membre de sa garde présidentielle d’avoir assassiné Habyarimana. Un hypothèse aussitôt réfutée par Bruguière. Plus tard, réfugié aux Etats-Unis, Mugabe accuse cette fois le FPR d’avoir commandité l’attentat. Le juge semble exulter et pérore sur cette nouvelle piste, forcément la bonne. Sans se demander si ce témoin qui dit tout et son contraire reste crédible.
Billets d’Afrique : - C’est un détail !
Jean-François Dupaquier : - Eh bien, parlons d’indices plus importants, comme la fameuse boîte noire du Falcon présidentiel. Comme le journaliste Patrick de Saint-Exupéry l’a révélé dans Le Monde du 8 avril dernier, ce fameux « enregistreur des voix du cockpit » retrouvé dans des conditions mystérieuses après l’attentat a été identifié par des spécialistes comme la boîte noire d’un Concorde. Elle aurait été détournée sur le tarmac de l’aéroport de Roissy en France, vraisemblablement dans un atelier de maintenance, et ensuite trafiquée pour contenir l’enregistrement de conversations sur le tarmac de Kigali. Elle aurait été substituée à la « vraie » boîte noire du Falcon 50 présidentiel qui, elle, n’a jamais été retrouvée.
Il n’est pas difficile de deviner à quels "services" peut appartenir la personne qui a commis une manipulation à la fois aussi subtile et aussi stupide. En avril 1994, confrontés au génocide et à la reprise de la guerre, les militaires du Front patriotique rwandais avaient d’autres préoccupations et sûrement pas cette capacité de falsification des indices.
Cette boîte noire est donc un leurre, mais il paraît que la police antiterroriste n’a pas cherché à savoir qui a volé, transporté et déposé ce faux indice à l’endroit approprié : le lieu du crash.
Troisième faux indice, les deux lance-missiles retrouvés le 24 ou le 25 avril sur une colline proche de l’aéroport de Kigali dans des conditions plus que douteuses. Le juge Jean-Louis Bruguière se réfère longuement à ces deux tubes lance-missiles qui ont malheureusement disparu ensuite, en posant comme postulat qu’ils ont servi à l’attentat à contre l’avion présidentiel.
Les députés français dans le cadre de la « Mission d’information Quilès » de 1998 avaient observé que la photographie d’un des deux tubes lance-missiles, livrée par les militaires rwandais en mai montrait que celui-ci avait encore ses deux bouchons, qu’il était neuf et ne pouvait donc avoir servi. Le juge Bruguière ne mentionne même pas cette remarque de bon sens. Il perd toute capacité critique chaque fois qu’on lui présente une « preuve » visant à faire porter le chapeau au Front patriotique rwandais.
Billets d’Afrique : - Comment et comment pouvez-vous être aussi affirmatif ?
Jean-François Dupaquier : - Dans son ordonnance, le juge Bruguière observe (pages 40 à 43) que le FPR possédait dès son offensive d’octobre 1990 des missiles SAM 7 et SAM 16 - ce qui est attesté par de nombreuses sources, fiables et concordantes. Ceux qui ont observé la guerre civile au Rwanda, engagée le 1er octobre 1990 par l’incursion du Front patriotique rwandais savent que ce dernier avait détourné une gamme d’armes lourdes des stocks de l’armée ougandaise, dont un nombre important de missiles sol-air vendus en 1987 à l’Ouganda par l’ex-Union soviétique. Ces armes antiaériennes très efficaces visaient à compenser l’infériorité stratégique des rebelles qui opéraient en terrain quasi-désertique, presque sans couverture végétale, à la merci des six hélicoptères Gazelle armés de mitrailleuses et de missiles des Forces Armées Rwandaises, lesquels se sont révélés terriblement efficaces contre eux.
J’ai interrogé à ce sujet James Kabarebe, chef d’état-major de l’Armée patriotique rwandaise (APR). Il m’a raconté comment en octobre 1990 sa colonne rebelle motorisée avait été pratiquement anéantie. Un hélicoptère Gazelle, ayant violé l’espace aérien tanzanien, l’avait surpris en plein jour, incendié à la mitrailleuse tous les véhicules et fait de nombreux morts et blessés.
Pourtant, jusqu’à l’attentat du 6 avril 1994, pendant quatre années de guerre, aucun aéronef des forces armées rwandaises n’a été abattu ou endommagé par un missile.
Billets d’Afrique : - Jean-Louis Bruguière dit tout le contraire dans son ordonnance. Il multiplie les témoignages de pilotes français et rwandais affirmant que des aéronefs des FAR ont été abattus par des missiles type SAM…
Jean-François Dupaquier : - On comprend la raison de cette accusation qui conforte la thèse du juge : elle prouverait que le FPR était aguerri au maniement de SAM et que la destruction du Falcon 50 d’Habyarimana n’était pas le premier « fait d’armes » de ce type. Et pourtant le juge Bruguière se trompe. Le FPR n’a pas abattu le moindre aéronef à l’aide de missiles durant les quatre années de guerre civile.
Billets d’Afrique : - Quelle preuve apportez-vous que le juge se trompe dans son ordonnance ?
Jean-François Dupaquier : - Le juge Bruguière allègue qu’un hélicoptère et un avion d’observation ont été abattus par des missiles du FPR en octobre 1990 et début 1991. Cette allégation est contredite par une note du général Quesnot, chef de l’état-major particulier du président Mitterrand, à ce titre destinataire de tous les rapports de l’Attaché de Défense à Kigali ainsi que des rapports des services de Renseignements au Rwanda. Dans cette note adressée au président de la République datée du 23 mai 1991 et que chacun peut consulter dans le fonds d’archives Mitterrand, le général Quesnot s’inquiète effectivement des missiles du FPR mais ne mentionne aucun aéronef abattu par ce moyen. Au contraire il s’inquiète « d’un cas concret de prolifération anarchique de missiles sol-air, armement présentant de grands dangers pour tout type d’aéronef civil ou militaire ».
Billets d’Afrique : - A quelle occasion cette note a-t-elle été émise ?
Jean-François Dupaquier : - C’est là que ça devient intéressant. Lors d’une offensive du FPR les 17 et 18 mai 1991 au nord-est du Rwanda, les rebelles ont subi une cuisante défaite. Ils fuient en abandonnant des stocks de matériel. Sur le champ de bataille, l’armée d’Habyarimana a notamment récupéré une série de missiles SAM 7 et SAM 16. Il y en a sans doute tellement que l’un de ces missiles SAM 16, tout neuf, dans son tube lanceur, est offert à l’Attaché de Défense de l’ambassade de France, ce qui explique la note du général Huchon.
Une partie des autres missiles que le juge Bruguière qualifie de « débris » - un terme inapproprié – est triomphalement exposée à l’Ecole Supérieure Militaire de Kigali, au vu et au su de tous. Le colonel Nsengiyumva, alors chef des services d’espionnage de l’armée rwandaise, s’intéresse personnellement à cette affaire, et c’est d’ailleurs normal, vu sa fonction. Ce qui et moins normal, c’est qu’ensuite ces missiles et tubes lance-missiles disparaissent. Le juge Bruguière et ses policiers ne se demandent pas ce qu’ils sont devenus. Et pourtant il est douteux que ces missiles, qui valent au total plusieurs millions de dollars, soient perdus pour tout le monde. Deux choses sont certaines :
1- Dans cette guerre civile où la récupération d’armes sur le champ de bataille joue un rôle important, on ne peut pas affirmer - comme le fait le juge Bruguière - qu’après le 18 mai 1991, les FAR ne disposent pas des missiles.
2- Inversement, après le 18 mai 1991, le FPR semble avoir perdu la totalité de son stock de missiles. Cette déduction vint du fait qu’aucun aéronef n’est abattu par le FPR à l’aide de missiles entre le 18 mai 1991 et le 6 avril 1994.
Il y a de sérieuses raisons de penser que les deux tubes lance-missiles bizarrement retrouvés le 24 ou le 25 avril 1994 à proximité du site présumé du tir contre le Falcon présidentiel font partie de ces soi-disant « débris » exposée durant plusieurs semaines à l’Ecole Supérieure Militaire de Kigali. Mais l’équipe du juge Bruguière ne semble pas avoir exploré cette piste qui conduirait, faut-il le souligner, du côté du colonel Anatole Nsengiyumva, l’inventeur des faux télégrammes de revendication de l’attentat par le FPR et le conservateur, à l’époque, des « débris ». Est-il besoin d’ajouter que le juge Bruguière et son équipe semblent s’être pris de passion pour le colonel Nsengiyumva qu’ils ont longuement interrogé dans sa prison d’Arusha, et dont ils faisaient grand cas, comme le racontent aujourd’hui des magistrats du TPIR qu n’en sont toujours pas revenus…
Billets d’Afrique : - Vous pensez que l’équipe de Jean-Louis Bruguière pourrait avoir été intoxiquée par les détenus d’Arusha, autrement dit les « grands génocidaires » ?
Jean-François Dupaquier : - Franchement, oui. Il suffit d’observer une autre anomalie, énorme : le choix par Jean-Louis Bruguière, comme son interprète, de Fabien Singaye, un ancien espion rwandais connu pour sa haine pathologique des Tutsi. Jusqu’au génocide, sous couvert d’un modeste poste de second secrétaire d’ambassade à Berne (Suisse), Fabien Singaye multipliait les rapports sur l’opposition démocratique rwandaise en exil. L’une de ses marottes était de dénoncer les diplomates et militaires rwandais qui avaient discrètement épousé des Tutsies, ce qui, évidemment, les discréditait aux yeux du régime. Après la découverte de ces rapports à l’ambassade et d’autres irrégularités, Fabien Singaye a été expulsé de Suisse à l’été 1994. Il est vrai qu’on l’accusait aussi d’avoir tenté de faire passer frauduleusement en Suisse son beau-père, Félicien Kabuga, le financier du génocide et de la RTLM, un des hommes les plus recherchés aujourd’hui encore par la justice avec Ousama Ben Laden, et avec la même prime pour sa capture : 25 millions de dollars.
Fabien Singaye a-t-il influencé l’enquête du juge Bruguière ? Il est légitime de se poser la question. Dans la plupart des États de droit, le choix comme interprète d’un individu aussi controversé suffirait à faire invalider l’ensemble de l’instruction.
Billets d’Afrique : - Au terme de vos investigations et de vous interrogations, que concluez-vous ?
Jean-François Dupaquier : - Les faux télégrammes revendiquant l’attentat du 6 avril 1994 au nom du FPR font irrésistiblement penser au faux bordereau de l’Affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle en France. Il faut se méfier des anachronismes et des amalgames, mais je suis frappé des similitudes entre ce qu’il faut dorénavant appel « l’Affaire Bruguière » et l’Affaire Dreyfus. Je suis Français, j’aime mon pays, mais parfois « il me fait mal ». Sous couvert de secret d’État, de Secret Défense, de secret de l’instruction on voit périodiquement se développer une sorte d’abcès politico-judiciaire comme un psychodrame collectif nourri aux pires pulsions. Ici le Juif, forcément traître, forcément ignoble, forcément coupable, là le Tutsi, décrit par les journalistes et écrivains qui « servent la soupe » au juge Bruguière, comme des êtres biologiquement fourbes, rapaces, d’une cruauté et d’un cynisme sans limites. Il faut relire la partie de l’ordonnance du magistrat Bruguière supposé agir « au nom du Peuple français » où il accuse la rébellion du FPR d’avoir programmé l’extermination des Tutsi du Rwanda afin de conquérir un pouvoir sans partage. Que dirait-on d’un homme qui accuserait les Juifs d’avoir poussé Hitler à la Shoah pour obtenir l’État d’Israël ? Mais ici nous parlons de l’Afrique noire, autant de peuples sur lesquels on peut encore, en France, déblatérer en toute impunité. Combien se sont levés pour crier leur indignation ? Quel Garde des Sceaux, depuis le 17 novembre 1996, a demandé au Conseil supérieur de la Magistrature de se saisir de « l’Affaire Bruguière » ?
On se souvient que les premiers démocrates qui se sont levés pour crier l’innocence de Dreyfus ont été accusés d’être des éléments antinationaux, « l’anti-France », exactement comme ceux qui ont osé critiquer l’enquête Bruguière, par tels écrivains stipendiés. On se souvient que, portés par leur passion antisémite mais aussi par une conception singulièrement corporatiste et bornée de « l’honneur de l’armée », des juges ont condamné deux fois Dreyfus en violation de l’évidence, en violation de tous ses droits, et innocenté Esterahazy, que tous savaient coupable. Est-il besoin d’ajouter qu’on devine aujourd’hui qui est l’Esterhazy de l’attentat du 6 avril 1994, et qui sont ses complices ? Et qu’on attend du pouvoir politique qu’il tranche le nœud gordien d’une instruction enlisée depuis onze ans dans ses préjugés et ses fausses pistes ?
http://billetsdafrique.survie.org/Genocide-des-Tutsi-rwandais-L

jeudi 28 mai 2009

Toulouse: Un présumé génocidaire s'invite impunément aux commémorations à la mémoire des victimes !

Communiqué
CPCR, Survie Midi Pyrénées, LDH Toulouse, 28/5/2009

Mardi 17 Mars 2009, la projection de « Rwanda, un cri d'un silence inouï » d'Anne Lainé, soirée organisée par le Mémorial de la Shoah, est consacrée à la reconstruction psychologique des rescapés, en présence de témoins directs. Dans la salle, un groupe de négationnistes demande la parole à peine le débat lancé, et parmi eux, silencieux : Marcel Bivugabagabo.
Samedi 16 mai 2009, colloque de commémoration pour les 15 ans du génocide des Tutsi du Rwanda, historiens et journalistes sont invités. Et toujours présent dans la salle, parmi un groupe qui tente à nouveau de faire valoir des thèses négationnistes : Marcel Bivugabagabo, insultant de sa seule présence les rescapés présents dans la salle.

Car Marcel Bivugabagabo n'est pas un simple citoyen rwandais ordinaire. Pour nous en assurer, nous pouvons consulter le communiqué d'Interpol au moment de son arrestation, en janvier 2008 à Toulouse: « Ancien lieutenant-colonel et commandant des opérations militaires dans les secteurs de Gisenyi et Ruhengeri en 1994, Bivugabagabo est recherché pour des faits de génocide et est accusé d'avoir participé aux attaques de la cour d'appel de Ruhengeri et du campus de Nyakinama dans lesquelles des centaines de personnes ont trouvé la mort. » (1)
Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence le fait que la justice française, après avoir exécuté le mandat d'Interpol, a rapidement libéré M. Bivugabagabo avant de refuser son extradition vers le Rwanda début octobre 2008. Sans la plainte déposée récemment par le CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda), Monsieur Bivugabagabo ne serait nullement inquiété. On aurait pu s'attendre à ce que le Parquet, en présence d'accusations aussi graves, poursuive de lui-même ce présumé génocidaire .
Réaffirmons quelques principes simples:
- Le génocide des Tutsi du Rwanda (et le massacre des Hutu d'opposition ) est une réalité unanimement reconnue par la communauté internationale (ONU) et par la communauté scientifique. Il est jugé par un tribunal pénal international basé à Arusha (TPIR) dont le mandat se termine fin 2009 pour les procès en première instance.
- Un courant négationniste et révisionniste important existe ici en France, qui perce jusque dans les médias de masse, avec Pierre Péan en figure de proue (2). Ce courant négationniste et révisionniste persiste aussi sur Toulouse depuis de nombreuses années (3), manifesté par un groupe qui va jusqu'à apporter un soutien direct aux présumés génocidaires menacés d'extradition, manipulant pour cela certains défenseurs français des droits humains sincères mais mal informés (4).
Est-ce un hasard s'il y a tant de présumés génocidaires - et leurs amis - en France, pays accusé de complicité diplomatique, financière et militaire avec le gouvernement génocidaire rwandais ? (5) La justice française semble en tout cas ne pas s'offusquer du fait que l'on accorde l'asile à des présumés génocidaires. On s'étonne que le Parquet n'engage pas contre eux des poursuites.
La présence d'un présumé génocidaire à des événements consacrés à la mémoire et au souvenir est vécue par les rescapés comme une profonde blessure et un affront inacceptable. Elle amène à poser la question : en France, les présumés génocidaires se sentiraient-ils plus en sécurité que les rescapés ?
Si l'on doit se mobiliser contre la banalisation d'un génocide, on doit aussi se mobiliser contre la banalisation de l'inacceptable : un génocidaire présumé n'a pas à insulter de sa présence les rescapés. Ne serait-il pas plus honorable, pour notre justice, de prendre exemple sur d'autres pays (Belgique, Canada) qui traduisent devant leurs instances tous ceux qui sont soupçonnés de s'être rendus coupables du crime des crimes ? Ce serait le meilleur hommage que l'on puisse rendre à la fois aux victimes et aux rescapés.
(1)
http://www.interpol.int/public/News/2008/RwandanFug20080109fr.asp &
http://www.ladepeche.fr/article/2008/01/10/424973-Enquete-Un-etudiant-rwandais-arrete-pour-genocide.html
(2)
http://www.rue89.com/tag/pean
(3)
http://iso.metric.free.fr/03/negationnisme-mvRoux.htm
(4)
http://madraffin.centerblog.net/3733310-menaces-d-extradition-vers-le-Rwanda )
(5)
http://survie.org/8-avril-2009-Colloque-a-l.html
http://cec.rwanda.free.fr/

Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda,
Contact : Alain GAUTHIER, président du CPCR 06 76 56 97 61
collectifrwanda@aol.com
SURVIE Midi Pyrénées
survie.midipyrenees@free.fr
Ligue des droits de l’Homme Toulouse
ldh31@wanadoo.fr