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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)
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mardi 19 janvier 2016

lundi 12 janvier 2015

Opération Barkhane : le prolongement de l’opération Serval en violation de la Constitution

Communiqué de presse de Survie, 12 janvier 2015 
En respect de la Constitution, ce 13 janvier, l’Assemblée nationale se prononcera par vote sur la prolongation de l’intervention française en Irak débutée en septembre dernier. A l’inverse, l’opération « Barkhane », déclenchée le 1er août 2014 pour prendre la suite de l’opération Serval au Mali se poursuit actuellement, sans que sa prolongation n’ait été votée par le Parlement, donc en violation de la Constitution. Survie dénonce le « deux poids, deux mesures » en matière de politique extérieure de la France et appelle les parlementaires à réagir.
Le 11 janvier 2013, François Hollande annonçait le déclenchement de l’opération militaire Serval au Mali. Lors du débat au Parlement du 16 janvier 2013, nécessaire en vertu de l’article 35 de la Constitution (1), le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, annonçait trois buts à cette opération : « Le premier objectif est d’arrêter l’avancée des groupes terroristes vers Bamako. Le deuxième consiste à préserver l’existence de l’État malien et à lui permettre de recouvrer son intégrité territoriale. Le troisième est de favoriser l’application des résolutions internationales à travers le déploiement de la force africaine de stabilisation et l’appui aux forces armées maliennes dans leur reconquête du Nord. » (2)
L’histoire a montré que si l’armée française a effectivement arrêté l’avancée des groupes armés en direction de Sévaré (3) et permis le déploiement d’une force africaine puis onusienne, elle n’a pas permis à l’Etat malien de recouvrer son intégrité territoriale : elle a laissé la ville de Kidal, au nord du Mali, devenir un sanctuaire pour le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), le groupe armé qui avait déclenché la crise.

Charlie Hebdo : vigilance face aux dérives sécuritaires menées au nom de la guerre contre le terrorisme

par Survie, 12 janvier 2015 
Survie et ses membres se sont associés à la consternation générale face à l’assassinat des journalistes satiriques de Charlie Hebdo et de l’ensemble des victimes des attentats perpétrés du 7 au 9 janvier 2015. Au-delà de l’élan premier de solidarité face aux drames qui se sont joués, notre association se montre toutefois inquiète face à l’indignation sélective et à l’utilisation politique qui est en train d’être faite autour de ces événements par certains leaders de partis, membres du gouvernement, éditorialistes.
L’expression « notre 11 septembre à nous », afin de justifier une politique sécuritaire et militaire qui bat déjà son plein et qui risque d’empirer, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’opposition des termes « civilisation » et « barbarie », l’expression récurrente du mot « guerre », la justification a posteriori des interventions militaires françaises dans le Sahel et au Proche-Orient, sont autant de dérives qui se sont manifestées ces derniers jours. Dans son combat contre la Françafrique et l’idéologie néocoloniale et raciste qui la sous-tend, Survie ne peut que se sentir concernée par la montée en puissance de ces discours néo-conservateurs.
Par ailleurs, la présence au défilé du 11 janvier à Paris de dictateurs africains tels qu’Ali Bongo (Gabon) et Faure Gnassingbé (Togo) et d’un représentant du président tchadien Idriss Déby nous est apparue particulièrement indécente. Plus que la liberté d’expression, , que ceux-ci bafouent régulièrement, on devine que leur présence, aux côtés des présidents malien et nigérien, avait pour objectif de légitimer les interventions militaires françaises récentes en Afrique, au Sahel en particulier.

dimanche 4 janvier 2015

Flintlock 2015 : 20 pays participeront à l'exercice militaire dirigé par l'US Africom au Tchad en février

par Antonio Mazzeo, 3/1/2015. Traduit de l'italien par Fausto Giudice, Tlaxcala

Les forces armées italiennes vont participer à une opération militaire multinationale à plusieurs volets sous commandement US au Tchad. Du 16 février au 9 Mars 2015 un contingent italien participera à "Flintlock 2015" (Pierre à fusil 2015), l'exercice principal d'intervention d'urgence de l'US Africom, le commandement militaire US pour le continent africain.  
Les opérations seront coordonnées par un centre interarmes dans la capitale N'Djamena et
se dérouleront principalement au Tchad et, d'accessoirement, également au Cameroun, au Niger, au Nigeria et en Tunisie. Flintlock 2015 verra la participation de plus de 1 200 soldats de vingt pays (outre l'Italie, la Belgique, le Burkina Faso, le Danemark, le Canada, le Tchad, l'Estonie, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Lituanie, le Mali, la Mauritanie, la Norvège, les Pays-Bas, la République tchèque, le Sénégal, l'Espagne, les USA et la Suède). "Sous la direction du US Special Operations Command Forward – West Africa (Commandement avancé des opérations spéciales US - Afrique de l'Ouest), Flintlock est un exercice conjoint visant à améliorer l'échange d'informations aux niveaux opérationnel et tactique dans la région du Sahara et à promouvoir une coopération et une coordination plus étroites", dit le Commandement de l'US Africom.  
"Cet exercice vise à l'interopérabilité et au renforcement des capacités des forces militaires antiterroristes du continent africain, de l'Occident et des USA. Il renforce les institutions de sécurité et développe la coopération mutuelle entre les pays adhérant au Partenariat transsaharien contre le terrorisme (Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership, TSCTP). Flintlock permet également à l'US Africom de développer des initiatives de formation militaire et de coopération régionale multinationale".

mercredi 7 mai 2014

Faut-il désespérer du Mali d'IBK?


Le Professeur Issa N'DIAYE, mai 2014
par Issa N'Diaye, mai 2014

«Qu’allons-nous faire ?... Du 19 Novembre [1968] à ce jour, qu’ont fait nos gouvernements ? Pas grand-chose.Nous assistons à une période faite de résolutions creuses, de vœux pieux, de détournement de légitimité. Le Mali traverse une histoire où la violence a pris le pas sur la raison. Nous, jeunes du Mali, quel est notre avenir? Nous, femmes du Mali, quel est le nôtre ? Suivre tout simplement ? Peut-être pas ! Nous sommes fatigués d’un futur sans lumière. Il est temps que nous prenions conscience que nous sommes seuls et qu’être assisté en permanence, c’est être colonisé. Ici et là, jeunes et femmes, redressons la tête et les gouvernants seront nus. Redressons la tête pour qu’ici et là, la démocratie jeune et nouvelle, animée par le sang des martyrs… que les fascistes nous ont volée, refasse surface. Le printemps malien que nous vivons en ce moment manque cruellement d’expériences, de perspectives et surtout d’hommes et de femmes capables de l’animer. Mettons-nous dans la tête que lorsque nous disparaîtrons, nous emporterons avec nous une conviction. Il n’existe pour ainsi dire pas de problèmes insolubles, mais il y a peu d’hommes qui soient capables de trouver les solutions adéquates. Ce n’est pas que les hommes de nos jours soient sots, mais ils sont trop impliqués dans la gestion de leurs affaires quotidiennes. Ils n’ont plus le temps, ni la force, ni les idées pour regarder au-delà. Ils sont résignés… »
Ibrahima Ly : Extrait de l’Appel lancé par le Regroupement des Patriotes Maliens lors du Référendum constitutionnel de 1974.

Les anciens disaient que le pouvoir était un révélateur redoutable, qu'il mettait à nu celui qui l'exerçait, ses qualités, ses ressorts intimes et surtout ses défauts. Selon une sagesse populaire, le pouvoir est comme un fusil chargé à bloc dont il faut se méfier. Il ne faut jamais en faire un jouet. Il ne faut ni s'amuser avec, ni s'y accrocher. Certes, il faut le tenir fermement mais sans s'y agripper. En s'y agrippant trop, on en devient le jouet. Au lieu de diriger le pouvoir, il finit par vous diriger. Pour Amadou Hampâté Ba, le pouvoir est une drogue. Il agit à l'instar de l'alcool. Au premier verre, on est joyeux et on gambade dans tous les sens comme un cabri. Au second, on se prend pour un lion qui veut tout régenter. Au troisième verre, on veut être craint et semer la terreur. Mais au lieu d'être craint, on finit par être détesté par son peuple.

En observant le comportement actuel du Président du Mali, on a le sentiment étrange qu'il a bu les trois verres d'un trait, du fait de la rapidité avec laquelle l'enthousiasme populaire de départ a cédé la place au plus grand désarroi. Et s'il existait un baromètre fiable de l'opinion publique nationale, nul doute qu'il battrait le record d'impopularité de l'actuel président français.Son divorce rapide avec son peuple, à un semestre de sa prise du pouvoir, semble venir avant tout du choix malencontreux et à chaque fois raté des hommes de son entourage. On avait espéré et cru qu'il avait compris, tout compris, lui qui avait assisté à tout, d'un bout à l'autre, à la dégénérescence de la démocratie malienne et à la faillite de l’État. Il en avait été le témoin voire l'un des acteurs privilégiés parfois. Il connaît la réalité des institutions et des hommes. Il ne peut donc se prévaloir d'aucune excuse. Il sait ce qu'il fait et pourquoi il a choisi tel ou tel individu. Il connaît sa garde rapprochée en dehors et au sein de son parti, garde rapprochée plus affairiste que militante, incompétente et vindicative à souhait. Elle est aujourd'hui au cœur de son système de gouvernement dont le credo s'illustre parfaitement dans cette proclamation faite déjà en 2002, assez parlante d'elle-même selon laquelle "IBK serait son projet de société".

mardi 8 avril 2014

Le CADTM et Survie exigent du nouveau gouvernement français d’arrêter d’instrumentaliser l’ « aide » au Mali

par CADTM, Survie, 8 avril 2014 
Lors de la Conférence « Ensemble pour le Renouveau du Mali », réunie à Bruxelles le 15 mai 2013, la France s’était engagée officiellement à aider le Mali à relancer son économie et favoriser l’emploi des jeunes. Or, la réalité est bien différente. Le gouvernement français sert, avant tout, les intérêts privés des multinationales françaises. La diplomatie française a, en effet, obtenu la signature de cinq contrats au profit des entreprises privées françaises opérant au Mali dans le cadre de la Mission des Nations Unies (MINUSMA).
Dans une brève datée du 13 mars 2014, le Ministère français des affaires étrangères déclarait sur son site France-Diplomatie : «  Le secrétariat des Nations unies a attribué hier cinq contrats de gré à gré à des entreprises françaises, afin de construire dans le nord du Mali des infrastructures au profit de la mission des Nations unies (MINUSMA). Le montant total de ces contrats s’élève à 34,7 millions d’euros. Ce succès remporté par nos entreprises et l’opérateur public du ministère des Affaires étrangères, France Expertise Internationale, s’inscrit dans le cadre de nos efforts en matière de diplomatie économique et des partenariats entre entreprises et pouvoirs publics. Dans le cadre de cette procédure, les Nations unies négocient exclusivement avec les États, qui ensuite peuvent recourir à des prestataires privés. C’est la première fois qu’une telle procédure est mise en œuvre par la France. »
Selon le quotidien français, Les Echos (13 mars 2014), « d’autres contrats pourraient suivre dans la logistique, l’approvisionnement en nourriture, l’alimentaire ou encore dans les carburants » car « la France cherche en toile de fond à optimiser "le taux de retour", explique le Quai d’Orsay. Elle veut retrouver, en contrats, les montants versés au titre de la contribution multilatérale » (contribution qui s’élève à 48 millions de dollars sur un budget annuel onusien de 260 millions). Un nouvel exemple de « l’aide » française, conçue comme une subvention déguisée à ses entreprises.
Le réseau international CADTM et Survie dénoncent les politiques néolibérales de la diplomatie française qui permettent à la France d’obtenir une contrepartie pour son effort militaire au Mali, via ces contrats conclus le 12 mars 2014, dans le seul intérêt du capital français.
Ces contrats prouvent une fois de plus que l’aide promise au Mali, en mai 2013, par les « donateurs », dont la France, est une imposture.
Rappelons, par ailleurs, que pas moins de 36% de l’ « aide » promise par la France est en réalité composée de prêts qui maintiennent le peuple malien dans le piège de la dette.
Le réseau CADTM et Survie exigent l’annulation de toutes les dettes illégitimes du Mali à l’égard de la France, mais aussi envers d’autres créanciers comme la Banque mondiale et le FMI qui utilisent l’arme de la dette pour imposer leurs politiques néolibérales.
A cette fin, le CADTM et Survie apportent leur soutien à la démarche d’audit citoyen de la dette, initiée par la CAD Mali, coalition représentant 103 organisations de la société civile malienne.
Contacts presse :
Françoise Wasservogel (CADTM France) : +33 6 03 70 75 24
Ophélie Latil (Survie) : +33 1 44 61 03 25
Issa KAMISSOKO : Secrétaire Général de la Coalition des Alternatives
Africaines Dette et Développement (CAD-Mali), Tél : (00223) 66 72 85 39,
adresse mail : isskam@yahoo.fr

 http://grosmytho.unblog.fr/files/2014/03/jihad-africain.jpg

jeudi 16 janvier 2014

La France en Afrique : oui à l’or, non à la Chine

Ce texte est la dernière chronique, publiée par le quotidien Página/12 de Buenos Aires, du poète argentin Juan Gelman, qui vient de mourir à Mexico à l'âge de 83 ans.Traduit par  Paul Rouet
Juan Gelman (1930-2014)

Le gouvernement du socialiste Hollande ne rénove pas les vieilles formules du colonialisme que son pays a pratiquées depuis le XVIIème siècle jusqu’à ce qu’il soit contraint de quitter l’Algérie en 1962. La France sera-t-elle un « État défaillant » par manque d’imagination ? Ou bien certaines formes de domination ne changent-elles même pas alors que le changement affecte le monde entier ? S’il devait en être ainsi, ce capitalisme que l’on appelle « sauvage » ne progresserait pas beaucoup dans son projet de survie.
 
Le pays qui a été le berceau de la devise Liberté, Égalité, Fraternité a envahi le Mali le 12 janvier de l’année dernière (Opération Serval) et la République Centrafricaine le 3 décembre (Opération Sangaris). Selon Hollande, ce fut une « réaction humanitaire » pour sauver « un peuple qui souffre et qui nous appelle ». Mais cela ne semble pas le cas. En effet, quand Paris a contenu la rébellion au Mali (www.globalresearch.ca, 7-1-14), de nouveaux contrats de forage et d’extraction ont immédiatement été signés avec l’ aide du commandement US pour l’Afrique, l'Africom. Un communiqué de presse de la Legend Gold de Vancouver, gigantesque entreprise d’extraction, d’achat et de vente d’or et d’argent, a annoncé son intention d’exploiter des mines d’or dans des lieux très précis à l’ouest et au sud du pays (Marketwired, 6 janvier 2014). La mise en oeuvre de ces programmes commencera début février de cette année. Douglas Perkins, PDG de Legend Gold, a déclaré que le contour de ces projets a été mis au point au cours du dernier trimestre.
 
Restauration de l'ordre, par Tom Janssens, Pays-Bas
 
Le 18 décembre 2013 le Fonds Monétaire International a octroyé au Mali un prêt de 46,2 millions de dollars « pour que la vulnérabilité de la balance des paiements se dissipe et pour créer les bases d’une croissance plus rapide et plus durable » (www.imf.org/external, 18-12-13). Mais ce genre de crédits obligent les pays qui en bénéficient à réduire leurs services sociaux, comme l’éducation et la santé publique, afin de payer leurs dettes. Les conséquences catastrophiques de tels accords sont apparues avec une clarté aveuglante dans le cas de « l’expérience argentine » qui a culminé en 2001 avec l’humiliante fuite du président d’alors, De la Rúa.
 
Sans sous-estimer la dynamique de la mosaïque, terroriste ou non, qu’est devenu le Printemps Arabe, l’intervention militaire française au Mali a plus à voir avec les ressources naturelles de ce pays qu’avec les pénuries dont souffre sa population. Dans ce riche pays d’Afrique, Paris gère ses propres intérêts dans le cadre du Programme de relations franco-allemandes qui coïncide avec l’intérêt pour la France à faire main basse sur les ressources du Sahel, en particulier le pétrole et l’uranium. La compagnie française Areva exploite l'uranium depuis des décennies dans le Niger voisin du Mali. Hollande, lui, se consacre à une autre forme d’exploitation, celle de l’hypocrisie : il affirme aux Maliens que la France ne sert aucun intérêt particulier dans le pays, « nous n’en avons aucun » dit-il, « nous sommes là pour le bien du Mali et de l’Afrique Occidentale » (www.anabafrance.es.org, 2-2-2013). Mais il est bien évident que oui, il sert les intérêts des coffres bancaires et des jeux financiers, et non ceux des poches des simples citoyens.
 
« L’impératif humanitaire » de François Hollande en République Centrafricaine, exécuté par 1 200 militaires français, est destiné à freiner la Chine et surtout à contrôler les réserves d’or, de diamants et d’uranium, qui reposent, pas pour longtemps, dans le sous-sol d’un pays plus grand que la France et la Belgique réunies (www.michelcollon.info, 14-12-2013). Les entreprises françaises y sont hégémoniques, dans le transport fluvial, dans le sucre, dans les boissons, dans le stockage et la commercialisation du pétrole, et ce n’est pas d’aujourd’hui que ses habitants souffrent d’une situation catastrophique. Depuis 1960 ils souffrent de la répression et des abus de six présidents successifs qui ont occupé ce poste après autant de coups d’État.
 
Le ministre français de l’Économie, Pierre Moscovici, a reconnu qu’en dix ans « La France a perdu la moitié de son marché en Afrique subsaharienne ». Le coupable ? La Chine, qui a fait une entrée triomphante dans le secteur de l’or noir et a augmenté ses investissements sur le continent avec les contrôles le moins rigides. En 2008 Pékin a accordé à la République Centrafricaine quelque 4,4 millions d’euros qui ont permis de construire des écoles et des hôpitaux dans une zone désolée.
 
L'existence de groupes rebelles de différentes origines et disséminés dans tout le pays, en désaccord entre eux, débouche sur des atrocités généralisées, des pillages, des viols, des assassinats en série, des activités devenues quotidiennes pour ceux qui n’ont connu que les brutalités et les tueries. Mais cela ne date pas d'aujourd’hui, et la France, comme d’autres puissances occidentales, continue d’être frappée par la crise économique mondiale. L’heure était donc venue pour elle de reconnaître ces maux afin de se garantir militairement la possession des richesses.

L’armée française hors de tout contrôle au Mali

 par Yanis Thomas, Billets d'Afrique n° 231, janvier 2014

Si la France est intervenue massivement au Mali à partir de janvier 2013, le statut de la force « Serval » n’a été clairement énoncé qu’à partir du 8 mars 2013, à travers un accord sous forme d’échange de lettres entre Paris et Bamako [1]. Celui-ci a pour but de définir les règles qui s’appliquent au corps expéditionnaire français présent dans le pays. Décryptage.
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Blindé français à Tombouctou
Image sous licence Creative Commons by-nc-sa 2.0 par Mission des Nations Unies au Mali
Tout d’abord, le préambule de l’accord rappelle que celui-ci s’applique « au détachement français pendant toute la durée de son déploiement sur le territoire de la République du Mali dans ses opérations d’assistance militaire à l’Etat malien et de protection des ressortissants français sur l’intégralité de son territoire. »
Deux missions sont ainsi dévolues à la force Serval, la première étant définie de façon assez floue pour englober toute action militaire menée par la France. On verra par la suite qu’il s’agit surtout de donner carte blanche à la soldatesque. L’esprit de l’accord commence à se dévoiler dès le premier article. Celui-ci stipule que « pendant la durée de son déploiement, le personnel du détachement français bénéficie des immunités et privilèges identiques à ceux accordés aux experts en mission par la convention sur les privilèges et immunités des Nations unies du 13 février 1946 ». Or, une partie de cette convention est tout à fait préoccupante.
Ainsi la section 22b de l’article 4, relatif aux experts en mission, stipule que ceux-ci jouissent de « l’immunité de toute juridiction en ce qui concerne les actes accomplis par eux au cours de leurs missions (y compris leurs paroles et écrits). Cette immunité continuera à leur être accordée même après que ces personnes auront cessé de remplir des missions pour l’Organisation des Nations Unies » [2]. En un mot, les militaires français ne pourront pas être poursuivis par la justice pour des infractions qu’ils auraient pu commettre durant leur participation aux opérations au Mali. Une impunité totale, qui ne peut être levée que par le Secrétaire général dans le cas de l’ONU.

En territoire conquis

La suite de l’accord est tout aussi édifiante. L’article 5 permet au détachement français de circuler sans restriction sur le territoire malien, « sans qu’il ait à solliciter un accompagnement par les forces de la Partie malienne. » L’État malien n’a donc aucun droit de regard et encore moins un moyen de contrôle sur les agissements des troupes présentes sur son sol.
Par contre, la France prend bien soin d’incorporer au sein des unités maliennes des détachements de liaisons et d’appui afin de garder un oeil sur les actions de ces dernières. L’article 6 annonce que les autorités maliennes chargées de l’ordre et de la sécurité publique « autorisent les membres du détachement français assurant des missions de protection des ressortissants français à prendre toutes les mesures requises pour assurer la sécurité des personnes, y compris sur la voie publique ». Cette disposition donne à peu de frais une couverture juridique à une éventuelle opération d’évacuation. Par ailleurs, si les choses tournent mal et qu’il y a du dégât, « la Partie malienne prend à sa charge la réparation des dommages causés aux biens ou à la personne d’un tiers, y compris lorsque la Partie française en est partiellement à l’origine. En cas d’action judiciaire intentée à l’occasion de tels dommages, la Partie malienne se substitue dans l’instance à la Partie française mise en cause [Article 9] ». Donc si un blindé français percute une voiture ou cause un dommage quelconque à un malien ou une malienne c’est l’Etat malien qui paie !
Comble d’hypocrisie, l’article 12 rappelle que « le présent échange de lettres n’a pas pour effet d’abroger l’accord de coopération militaire technique du 6 mai 1985 », lequel accord de coopération « exclut toute possibilité de stationnement d’unités constituées des Forces Armées françaises sur le territoire malien [article 12]  » [3]. Ce qui n’est pas, bien évidemment, la nature même de l’opération Serval.
Vive la contradiction !

Le voile de fumée du raccrochage à l’ONU

Pour tenter de renforcer la légitimité de ses troupes, la France a cherché à draper son action d’un voile onusien. Un accord de coopération a ainsi été signé dans le courant de l’été entre les autorités françaises et l’ONU. Ce qui ne fait pas de la force Serval un élément à part entière de la MINUSMA (la Mission multidimensionnelle Intégrée des Nations Unis pour la Stabilisation au Mali). Celle-ci n’a pas plus d’emprise sur les troupes françaises que l’Etat malien. Ainsi, celles-ci sont « supposées "intervenir en soutien à des éléments de la Minusma en cas de danger grave et imminent les menaçant, et à la demande" de Ban Kimoon.  » (Le Monde, 17/07/2013).
Pour autant, la France se garde le droit de choisir si son soutien sera «  direct ou indirect, au sol ou aérien » et aura ainsi « le choix des moyens, du nombre et du lieu ». En clair, Paris décide selon son bon vouloir de son assistance aux troupes de l’ONU. Et selon son agenda politique : que fera la France si la MINUSMA lui demande d’intervenir contre les rebelles du MNLA, que la DGSE a soutenu et soutient peut être encore en sous main [4] ? Si la France voulait réellement se mettre au service de la MINUSMA, pourquoi ne pas avoir directement intégré celle-ci ?
Incorporées à la MINUSMA, les troupes françaises auraient très bien pu avoir un mandat offensif (autonome du mandat général de stabilisation de la situation donné à la mission), afin de lutter contre les groupes armés, sur le modèle de la brigade d’intervention constituée au sein de la MONUSCO en République Démocratique du Congo. Mais la France préfère garder les mains libres, afin d’imposer sa ligne politique.

La France s’installe

Conscient du caractère plutôt bancal de l’accord relatif à l’opération Serval,la France va prochainement signer un accord de coopération de défense avec le Mali afin de renforcer le poids juridique de son intervention et donner un cadre fort à son implantation durable dans le pays. Ainsi «  le nouvel accord franco-malien ira au-delà de la simple coopération de défense classique (…). Paris agira selon ses besoins. S’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement, cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises. » Le régime d’exception accordé à la France lors de son offensive contre les groupes armés, déjà hautement critiquable en temps de guerre, va donc être maintenu ad vitam aeternam, piétinant allègrement la souveraineté des Maliens.
[1] Accord déterminant le statut de la force Serval, décret du 29/04/2013
[2] Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies p.2021
[3] Accord de coopération technique entre la France et le Mali de 1985
[4] Mali  : les secrets d’une guerre éclair, Le Nouvel Observateur, 11/06/2013 et L’avenir du Mali suspendu à la question touareg, Jacques Follorou, Le Monde, 14/08/2013


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Serval, An II - L’accord de coopération de défense entre la France et le Mali ou le retour au temps béni des colonies

Alors que l’opération Serval vient de fêter sa première année, l’association Survie dénonce la signature imminente d’un accord de coopération de défense entre la France et le Mali, qui constitue un grave retour en arrière sur le plan de l’indépendance et de la souveraineté maliennes, comme plusieurs mouvements de la société civile malienne s’en sont déjà alarmés.

Tandis que le gouvernement précédent avait amorcé la divulgation et la soumission au Parlement de huit « partenariats de défense », destinés à remplacer les accords signés au lendemain des indépendances africaines avec certaines anciennes colonies françaises [1], un accord tout aussi stratégique avec le Mali devrait être signé le 20 janvier dans le plus grand secret. Les informations sur cet accord révélées par Le Monde laissent présager d’une future mainmise de la France sur le Mali hautement condamnable.
Cartoon: The Liberator (medium) by RachelGold tagged france,francoise,hollande,mali,tibuktu,war,napoleon
The Liberator, par  Rachel Gold, 10. février 2013

Alors que la tendance de ces dernières années était à l’amorce d’une réduction, particulièrement souhaitable, de la présence de l’armée française en Afrique, l’accord devrait entériner le maintien sur le territoire malien d’une force permanente d’un millier d’hommes, sous couvert de lutte antiterroriste. Un déploiement permanent va à l’encontre de l’histoire des relations militaires entre la France et le Mali et de l’accord de coopération militaire de 1985 entre les deux pays, stipulant explicitement l’impossibilité de déployer des unités constituées de l’armée françaises sur le territoire malien.
La pérennisation de l’opération Serval, dont le cadre légal actuel est déjà scandaleux, interroge les motivations réelles du gouvernement français dans le déclenchement de la guerre.
Sans complexe, la France annonce qu’elle va fouler aux pieds la souveraineté de l’Etat malien, déjà mise à mal par la situation à Kidal : « Paris agira selon ses besoins. S’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement, cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises », peut-on lire dans l’article du Monde. On y apprend également que la tutelle exercée par les militaires français sur les troupes maliennes sera pérennisée puisque des détachements français encadreront l’armée nationale, mais qu’en plus Serval pourra jouer le rôle de « « force de réaction rapide » pour l’armée malienne. » En vertu de cet accord la France sera de fait toute puissante sur le territoire malien, reléguant le Mali au rang de simple département comme au temps de la colonisation.
En conséquence, Survie demande :
  • L’annulation de l’accord de défense entre la France et le Mali
  • La complète transparence des accords de défense et de coopération militaire
  • Un contrôle parlementaire systématique des actions engagées par l’exécutif français en matière de défense, y compris la signature de tels accords
  • La fermeture des bases militaires françaises sur le continent africain.
[1] Côte d’Ivoire, Cameroun, République centrafricaine, Comores, Djibouti, Gabon, Sénégal, Togo

jeudi 25 juillet 2013

Mali : Une élection sous influence française, cautionnée par l’Union Européenne et l’ONU

par Survie, 25 juillet 2013

Les Maliens sont convoqués le 28 juillet pour élire leur président de la République. L’association Survie dénonce les pressions des autorités françaises et des autres puissances qui dictent aux autorités maliennes les conditions et la date du scrutin.
Alors que ces élections sont censées viser le retour à un ordre institutionnel stable, de nombreux éléments remettent en cause sa crédibilité :
  • la situation à Kidal est instable [1]. L’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013, imposé au gouvernement malien par intérim, a abouti sur un retour symbolique de 150 soldats maliens, fortement encadrés par les troupes françaises et les casques bleus et d’une partie de l’administration malienne, et un regain de tensions.
  • le vote des déplacés, des réfugiés, et de très nombreux Maliens est compromis [2].
  • des soupçons de fraude sur la base de cartes électorales sans photographie (un marché français) se font déjà entendre, y compris par un des favoris de l’élection, Soumaïla Cissé.
De très vives critiques ont été émises, tant par les plus hautes autorités maliennes, que des partis politiques et la société civile [3], pointant notamment l’ingérence et les pressions françaises. La France et la communauté internationale restent sourdes et, malgré les préoccupations des Maliens, travaillent à imposer la mascarade.
Pour les autorités françaises, ces élections sont l’aboutissement d’une séquence d’ingérence politique, militaire et diplomatique dans la résolution de la crise malienne [4], totalement décomplexée.
Le 28 mars, François Hollande déclarait dans son allocution télévisée qu’il serait "intraitable" sur la tenue des élections maliennes : les autorités françaises font de ces élections leur question, et ont déjà admis que le taux de participation serait peu élevé. Le ministre Pascal Canfin l’assume : « le taux de participation est traditionnellement faible dans le pays , oscillant entre 20% et 30% [il était en fait de 36% à l’élection de 2007]. (..) Si dans le contexte actuel, avec le très grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées, on arrivait à 30%, ce serait un succès. »" [5] !
Après avoir souligné les risques d’une telle élection [6], Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, est finalement prêt à les cautionner, laissant une fois de plus l’ONU servir d’écran de fumée aux intérêts français en Afrique. Il a ainsi déclaré lors d’un point de presse le 15 juillet "que les résultats – même si les élections peuvent être imparfaites – doivent être respectés par les parties, toutes les parties."
L’Union Européenne s’est aussi préparée à cautionner cette élection, en la finançant à hauteur de 17 millions d’euros et en y envoyant une mission d’observation électorale, qui ne se rendra pas dans les 3 régions du Nord du pays, et qui est présidée par le parlementaire Louis Michel, connu pour sa caution à des élections truquées, comme récemment lors des élections législatives au Tchad (2011).
Annulant la procédure d’appel d’offre, le gouvernement malien a attribué le marché des cartes électorales de manière discrétionnaire à Morpho Safran, société possédée à 30% par l’Etat français pour plus de 13 millions d’euros. Un contrat juteux qui augure d’un "marché de la reconstruction" qui saura bénéficier aux entreprises françaises.
Alors que les élections sont censées se faire dans un contexte de paix et de maîtrise du territoire, les "accords" de Ouagadougou maintiennent dans le flou la question du désarmement : cantonnement et non désarmement des groupes armés, mise sur pied d’équipes mixtes de sécurité, redéploiement très restreint de l’armée nationale et de l’administration. La France et la communauté internationale remettent notamment le désarmement des groupes rebelles et la résolution de la crise au lendemain d’une élection faussement présentée comme le gage d’un nouveau départ pour le Mali.
L’association Survie exige la fin de l’ingérence française au Mali et le retrait des 3200 soldats français toujours présents au Mali. Survie exhorte la France et l’Union européenne de cesser toute pression sur les autorités maliennes, dans le cadre de cette élection et par la suite.


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[1] Des violences provoquant la mort de plusieurs civils ont eu lieu la semaine du 15 juillet, à 10 jours de l’élection présidentielle, compromettant la tenue du scrutin dans la zone.
[2] Le fichier à partir duquel sont constituées les listes n’est pas exhaustif (il y manque des villages, l’inscription des jeunes majeurs) et les autorités n’ont pas été en mesure de distribuer toutes les cartes électorales. Nombre de Maliens vivant en France, inscrits sur les listes, ne pourront pas non plus voter. 
[3] Ainsi, le président de la CENI émettait des doutes sur le scrutin le 28 juin 2013 ( http://maliactu.net/soumaila-cisse-... ) et le Président de la République par intérim confirmait que "Le délai souhaité par certains ne permettra pas de résoudre les problèmes techniques" (http://www.lesechos.fr/economie-pol... ) ; on peut aussi évoquer les critiques de Tiebele Drame, négociateur de l’accord de Ouagadougou, qui a retiré sa candidature en qualifiant Laurent Fabius de "directeur des élections au Mali" (http://maliactu.net/tiebile-drame-j... ) .
[4] Voir à ce propos l’ouvrage collectif de Survie, La France en guerre au Mali – enjeux et zones d’ombre, qui sera publié le 22 août aux Editions Tribord. Les principales séquences ce cette ingérence sur les suivantes : résolutions à l’ONU en faveur d’une intervention militaire, lancement de l’opération Serval - sans mandat multilatéral, imposition d’une feuille de route aux institutions maliennes fin janvier 2013, organisation d’une conférence sur le financement de la reconstruction du Mali coprésidée par la France et l’Union européenne, pressions pour imposer une médiation avec certains groupes armés au Nord en amont des élections…
[5] Pascal Canfin déclarait le 22 mai devant la Commission des Affaires Etrangères de l’Asssemblée Nationale, en assumant le rôle français d’organisation de l’élection présidentielle : « Un bon indicateur sera la participation. S’il faut bien entendu d’abord que les gens puissent voter – c’est le sens de notre travail sur la gestion des listes électorales –, encore faut-il qu’ils le souhaitent. Nous travaillons, en lien avec le PNUD, à mobiliser la société malienne autour de ces élections. Le taux de participation est traditionnellement faible dans le pays, oscillant entre 20% et 30%. Si dans le contexte actuel, avec le très grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées, on arrivait à 30%, ce serait un succès ».
[6] "En l’absence de réconciliation, il ne peut guère y avoir de débat politique constructif et des élections risqueraient d’exacerber l’instabilité, voire de donner lieu à des violences. [...] il sera extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d’organiser un scrutin libre et pacifique dans le nord, en particulier dans les camps de réfugiés et chez les déplacés." Rapport S/2013/189 (26 mars) du Secrétaire général des Nations unies sur la situation au Mali.

vendredi 12 juillet 2013

Des associations dénoncent un défilé néocolonial le 14 juillet

 par Survie, 11 juillet 2013
Réunis à l’occasion d’une conférence tenue à Paris le 11 juin, des militants de l’association Survie, de Sortir du Colonialisme et un activiste tchadien ont dénoncé l’organisation par la France le 14 juillet d’un défilé sur les Champs-Élysées mettant à l’honneur des troupes françaises et tchadiennes mobilisées dans la guerre au Mali.



« Ce défilé donne un parfum de victoire à une opération militaire qui est loin de pouvoir être présentée ainsi étant donné les nombreuses zones d’ombre qui l’entourent et les incertitudes qui demeurent sur son issue » a déclaré Fabrice Tarrit, Président de l’association Survie, rappelant que la France était probablement le pays le moins légitime pour intervenir au Mali, du fait de son passif historique dans la sous-région et de la succession d’interventions militaires qu’elle y a mené depuis 50 ans, contribuant à sa déstabilisation ». Une publication de l’association, intitulée « La France en guerre au Mali : enjeux et zones d’ombre » [1] apporte de nombreux éclairages sur ces aspects qui ont été jusque-là peu développés dans les médias.
http://www.hebdo.ch/sites/2012-riro-ch.www7.iomedia.infomaniak.ch/files/feeds/afp/jpg/MMV534153_TFR.jpgPour le Président de Survie, « sous couvert de mobilisation en faveur de la démocratie et des droits de l’Homme, cette intervention sert clairement les intérêts politiques, économiques et militaires de la France au Mali. Un parallèle peut être dressé avec le défilé organisé par Nicolas Sarkozy en 2010, année de commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines, en présence de 10 chefs d’État africains. François Hollande perpétue cette politique, en prenant l’initiative sur des dossiers qui concernent avant tout les africains, en s’entourant d’un aréopage de chefs d’État et dictateurs alliés et en vantant l’ingérence militaire française sur le continent. »
« Cette intervention marque un échec », a renchéri David Mauger, lui aussi membre de Survie, « l’échec du multilatéralisme, tant il est flagrant que la France, concernant le Mali, a tenu le stylo pour toutes les initiatives, toutes les résolutions de l’ONU, qu’elle a dû constater l’incapacité opérationnelle des forces africaines de la Cedeao qu’elle est supposée renforcer depuis des décennies, et que par ailleurs elle n’a trouvé aucun partenaire pour intervenir au niveau de l’OTAN, peinant même à obtenir des soutiens européens à la mission de formation EUTM ». « Nous assistons à un retour du bilatéral entre la France et l’Afrique », a-t-il ajouté.
Ce retour du bilatéralisme est visible concernant la mobilisation des troupes tchadiennes au Mali, qui a fait l’objet de tractations diplomatiques entre la France et le Tchad, pays dirigé par le dictateur Idriss Déby et dont les forces armées sont réputées pour leurs violations des droits de l’homme et le recrutement d’enfants soldats. « La société civile tchadienne, est la victime principale de cette intervention militaire française appuyée par le Tchad » a relevé Abdelkerim Yacoub Koundougoumi, soulignant la vague de répression qui a suivi ce début de retour en grâce de Déby sur le plan diplomatique, donnant lieu à de très faibles réprobations, de la France en particulier. « Je suis choqué et déçu que les troupes tchadiennes soient mobilisées pour défendre la liberté et la démocratie dans un pays étranger alors qu’elles les refusent à leur propre peuple », Le militant tchadien en a profité pour lancer un appel de soutien à Makaila Nguebla, blogueur poursuivi par le régime tchadien jusqu’au Sénégal, dont il a été récemment expulsé, actuellement en attente d’un visa pour la France.
Le porte-parole de Sortir du Colonialisme, Patrick Farbiaz a appuyé cette demande et exprimé sa préoccupation à propos du refus de visa subi récemment par l’écrivaine malienne Aminata Traoré, jusque-là considérée en France comme une interlocutrice de poids, mais victime de son discours discordant sur l’intervention militaire française.
Le mouvement Sortir du Colonialisme, qui a émis en février un appel intitulé « Mali : la politique de la canonnière n’est pas une solution » voit dans ce défilé du 14 juillet une relégitimation de l’ordre colonial, à travers la mise en scène d’une armée française intervenant en Afrique, de troupes africaines lavées de tout soupçon d’exactions, et plus globalement d’une Françafrique qui a adopté un nouveau look tout en restant dans le giron de l’Élysée, de l’Etat-major et des entreprises françaises. Le nouveau Livre Blanc de la Défense, redonne une légitimité d’intervention militaire française en Afrique, cautionnant cette « stratégie du gendarme ».
Ce défilé intervient en effet à mi-chemin entre deux dates importantes. Le lancement le 1er juillet de la MINUSMA, la mission onusienne censée prendre le relais de Serval pour « pacifier » le pays, au sein de laquelle la France conserve un rôle de commandement, disposant par ailleurs de sa propres force « parallèle » d’intervention. D’autre part la date prévue du premier tour de la Présidentielle malienne, le 28 juillet, date imposée par la France, qui avait menacé d’être « intraitable » selon les propres mots de François Hollande, alors que les conditions d’organisation de l’élection sont bien loin d’être réunies. A la veille de ce scrutin, alors que la France est très investie dans la course aux marchés pour la reconstruction du Mali, qu’elle engrange peu à peu, il y a fort à redouter que le régime qui sera issu de ce processus peine à conquérir une vraie légitimité, continuant ainsi à laisser la part belle à ceux qui, comme la France, ont décidé de maintenir le pays sous tutelle.
Les représentants de l’association Survie, en conclusion de la conférence de presse ont tenu à dénoncer le rôle autoproclamé de gendarme de l’Afrique que la France s’est octroyé au Mali et condamné l’ingérence politique, diplomatique et militaire dont elle a fait preuve depuis le déclenchement de la crise malienne, appelant à un départ des troupes françaises du pays et plus globalement du continent africain.
Un appel à la vigilance et à la mobilisation citoyenne a également été lancé en prévision de l’organisation à Paris les 5 et 6 décembre d’une conférence internationale consacrée à la sécurité en Afrique, initiative pilotée par la France et qui s’apparente à une nouvelle version des Sommets France-Afrique dont les prédécesseurs de François Hollande ont tous usé pour rassembler la « famille françafricaine ».
[1] Edition Tribord, 249 pages, 7 € parution le 22 Août, disponible auprès de Survie

mardi 23 avril 2013

Les militants maliens opposés à l’intervention française doivent pouvoir venir en France s’exprimer !

Aminata Traoré (ancienne ministre démissionnaire de la culture du Mali, initiatrice de l’appel des Femmes du Mali contre la guerre), a été invitée à Paris pour exposer ses prises de position contre l’intervention française au Mali, lors d’une réunion publique prévue le 22 avril à l’AGECA et intitulée « Non à la guerre au Mali ! Retrait des troupes ! ».
Lors du Forum Social Mondial de Tunis, elle déclarait en effet : « La guerre qui a été imposée aujourd’hui au Mali n’est pas une guerre de libération du peuple malien, mais une guerre de pillage des ressources. Je regrette que nombre de militants se trompent de défi en soutenant une guerre qui est une guerre de positionnement pour une ancienne puissance coloniale ».
Aminata Traoré, qui s’est vue accorder un visa pour se rendre à Berlin du 17 au 19 avril, a été informée par l’ambassade d’Allemagne que la France a empêché l’obtention d’un visa pour tous les pays Schengen.
Comment ne pas faire le lien entre les convictions politiques d’Aminata Traoré et le fait qu’elle soit persona non grata en France ?
Cette censure d’une militante antiguerre malienne est scandaleuse. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’Etat français procède de la sorte, puisque Oumar Mariko, Secrétaire Général de SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance), a été renvoyé au Mali au printemps 2012 alors qu’il était en transit à Roissy pour se rendre aux USA. Il n’a toujours pas la liberté de circuler à l’heure actuelle.
Nous exigeons du Quai d’Orsay de ne pas faire obstruction à la venue en France de ces militantEs, aujourd’hui comme à l’avenir.
Le 22 avril 2013
Signataires : Alternative Libertaire (AL), Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA), Coup pour Coup 31, Gauche anticapitaliste (GA), Emergence, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), Parti des Indigènes de la République (PIR), Sortir du Colonialisme, Survie

Images de JumoPhoto d’Aminata Traoré sur le stand de Survie au FSM de Tunis il y a quelques semaines :

vendredi 15 février 2013

Au Mali : La politique de la canonnière n’est pas une solution


par AFASPA, Sortir du colonialisme, Survie, 10/2/2013

Depuis le 10 janvier 2013, la France est entrée en guerre au Mali. La propagande du gouvernement français, tend aujourd’hui à légitimer par tous les moyens cette nouvelle intervention militaire française sur le sol africain et son rôle de "gendarme de l’Afrique" dans ses anciennes colonies africaines. Il est de notre devoir en tant qu’anticolonialistes et partisans de la solidarité internationale des peuples de faire toute la lumière sur l’opération Serval.

1°) Sur la base de quel mandat cette guerre a-t-elle été déclenchée ?
Cette intervention directe a été décidée dans l’ombre, sans consultation préalable du Parlement et ne s’inscrit pas dans le cadre des résolutions de l’ONU contrairement à ce que tente de nous faire croire le gouvernement. Une fois de plus, la France joue le rôle de gendarme de l’Afrique, en s‘appuyant sur la présence permanente de son armée dans la région. C’est le dispositif Épervier, en place au Tchad depuis 1986 alors qu’il était supposé provisoire, qui est mobilisé. À travers l’opération baptisée Serval, ce sont donc les liens que Paris entretient avec des dictatures, celles entre autres, d’Idriss Déby et de Blaise Compaoré, qui se trouvent une nouvelle fois renforcés.
2°) Comment en est on arrivé là ?
Le prétexte de cette intervention militaire française est la lutte contre les groupes armés maffieux et djihadistes qui contrôlent une partie du territoire malien. Ces groupes fanatiques font régner la terreur dans les zones qu’ils contrôlent et nous n’avons aucune indulgence pour eux. Il faut les stopper. Cependant leur présence et la facilité avec laquelle ils se sont déployés, traduisent deux faits majeurs :
- L’existence de profonds problèmes sociaux, économiques et politiques, que les régimes au pouvoir au Mali, sous contrôle de la France, n’ont pas résolus, quand ils ne les ont pas aggravés par leur gestion du pays. Au Mali, un régime corrompu s’est plié aux injonctions du libéralisme économique et s’est montré inopérant à assumer les responsabilités de l’Etat en matière sociale, éducative et de sécurité. Les revendications portées par une partie de la population touareg n’ont jamais trouvé de réponse satisfaisante depuis le temps des « indépendances ». En 1984 la Françafrique impose au Mali son retour au Franc CFA. Le 11 janvier 1994, la dévaluation de 50 % de cette monnaie imposée par la France à ces pays va considérablement aggraver leur situation économique. L’étranglement financier des Plans d’Ajustement Structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale, a contribué au démantèlement de l’Etat malien. La dette et son remboursement continuent d’être les instruments d’une paupérisation des populations.
- L’intervention militaire franco-britannique en Libye dont les conséquences furent la dissémination d’armes dans la région et le reflux au Mali de milliers de mercenaires a engendré le chaos et l’occupation du Nord du Mal par ces groupes armées.
C’est dire qu’une solution militaire, a fortiori, une intervention militaire étrangère, ne résout aucun de ces problèmes, bien au contraire.
3°) La France, sous couvert de l’aide au peuple malien, défend au Sahel ses intérêts privés stratégiques
Le Sahel est une région de matières premières riches et encore largement inexploitées. La France y a des intérêts stratégiques: pétrole, uranium, ressources énormes en eau souterraine, terres cultivables, or, fer, bauxite… Tout cela est convoité par les multinationales françaises, qataries, américaines… Sans oublier la plate-forme aéroportuaire de Tessalit (près de Kidal), utile pour surveiller et contrôler toute la région du Sahel, la Méditerranée, la mer Rouge. Cinq bassins de gaz et de pétroles recèlent un potentiel important. La Mauritanie a elle aussi des richesses pétrolières non encore exploitées. Présent dans ces pays, Total y multiplie les opérations d’exploration. Le Niger revêt un aspect stratégique pour le nucléaire français puisqu’Areva y exploite ses mines d’uranium, provoquant en même temps un désastre écologique de très grande ampleur, dont les populations locales sont les premières victimes.
4°) La Françafrique, ce n’est pas fini !
La France, malgré toutes les déclarations vertueuses sur « la fin de la Françafrique », conduit une fois de plus une
opération dans son pré carré traditionnel. Depuis la « décolonisation », c’est la 53ème intervention de l’armée française sur le continent dont on peut apprécier les résultats. Elle peut se déployer tout simplement parce qu’elle dispose de bases militaires dans cinq pays de la région. Nous devons en terminer avec cette fonction de gendarme autoproclamé de l’Afrique. L’intervention militaire et la guerre par procuration renforcent la dépendance des pays africains. Ce choix permet à la France de maintenir son influence géopolitique dans la région, et de préserver des intérêts privés face aux différents appétits d’autres acteurs économiques internationaux. La crise malienne et cette nouvelle intervention militaire française en Afrique révèlent l’échec de 50 années de "coopération" avec l’Afrique : armées incapables de protéger leurs populations, chefs d’Etat médiateurs de crises, eux-mêmes putschistes, accords de défense et bases militaires qui ont perpétué la domination de la France sur ses anciennes colonies. Ces événements appellent une fois de plus à une remise en cause de l’ensemble du cadre des relations franco-africaines. La Françafrique ce n’est pas fini. Constituée autour de l’Etat major, des entreprises françaises et de l’Elysée, liées à des dictateurs corrompus et à des réseaux parallèles et maffieux, la Françafrique contribue à piller les ressources naturelles des pays francophones par la corruption, la manipulation et la guerre, en toute impunité. Elle permet à des chefs d’Etat de se maintenir au pouvoir, contre les aspirations des peuples à prendre leur avenir en mains.
5°) Le remède est à terme pire que le mal : les conséquences de l’intervention militaire sont dévastatrices
Avec un objectif politique aussi flou et malléable que « la lutte contre le terrorisme », une telle guerre peut être sans fin : initialement présentée comme une nécessité défensive, l’opération Serval a déjà basculé dans une phase offensive et est désormais annoncée pour une durée indéterminée. Le bilan accablant des récents antécédents français en Afrique annonce pourtant l’échec programmé de cette aventure : Les interventions de 2011 en Côte d’Ivoire et en Libye ont en effet débouché sur des situations internes explosives, aujourd'hui passées sous silence. Cette fois encore, l'opération militaire risque de laisser place à des comportements de revanche violents contre la population du nord du Mali, notamment des exactions contre les populations arabe et touareg, dont l'armée française pourrait bien se rendre complice au nom de la lutte contre le terrorisme.
Cette logique de guerre risque même de déstabiliser le Sahel tout entier, par la dissémination des groupes armés et la présence de troupes étrangères offrant le prétexte idéal à de nouvelles prises d'otages et à la mobilisation de nouveaux djihadistes, parmi la population locale ou en provenance d'autres régions du monde.
La rhétorique belliciste de la guerre contre le terrorisme, de l’Irak à l’Afghanistan renforce le djihadisme et l’idéologie de la guerre de civilisation, sans rien résoudre sur le terrain. Cette rhétorique est d’autant plus dangereuse qu’elle favorise le renforcement des courants djihadistes notamment en Tunisie et en Libye.
6°) La France doit balayer devant sa porte :
Elle est muette sur le rôle des États du Golfe qui soutiennent financièrement les djihadistes qui ont attaqué le Mali. Mais elle parle « affaires » avec le Qatar et coopère militairement avec l’Arabie Saoudite.
La guerre au Mali aggrave une situation catastrophique. Avant même l’intervention militaire française, plus de 150 000 personnes se sont réfugiées dans les pays voisins, plus de 230 00 ont été déplacées à l’intérieur du pays, selon le HCR. La France, de la colonisation à l’intervention en Libye, a une responsabilité particulière dans la situation actuelle. Elle ne peut s’exonérer de ses responsabilités vis à vis des souffrances du peuple malien. Elle doit appliquer pour les immigrés maliens avec ou sans papiers, un devoir d’hospitalité, qui doit se traduire par :
- un moratoire sur les expulsions de Maliens, en situation administrative irrégulière, vers leur pays d’origine et une régularisation à titre exceptionnel et humanitaire comme cela est prévu dans les textes en raison de l’état de guerre
- la suppression de l’exigence de visas pour les Maliens voulant venir en France
7°) Pour une solution politique basée sur la souveraineté du peuple malien
La reconquête de la souveraineté territoriale du pays doit aller de pair avec la reconquête par le peuple malien de sa souveraineté dans le cadre d’un processus national constituant, sans ingérence des grandes puissances. La France doit respecter la souveraineté des pays du Sahel sur leurs ressources naturelles. Ces derniers mois, la France n’a en rien contribué à l’émergence d’une solution politique discutée par l’ensemble des Maliens et de nature à favoriser un consensus, préalable à une réorganisation rapide des forces de sécurité. Aujourd’hui, la présence de soldats français jusque dans Bamako représente une pression importante sur les autorités maliennes en état de grande faiblesse. Une solution politique passe donc nécessairement par le retrait des troupes françaises. C’est aux Maliens qu’il revient de dessiner l’avenir de leur pays.