Pour
des hommes « qui ne sont pas rentrés dans l’histoire », les Africains
d’aujourd’hui sont bien créatifs, combatifs et solidaires. C’est ce que
montre le livre de Daniel Dupuis qui a recueilli de nombreux
témoignages d’hommes et de femmes à l’action dans divers pays d’Afrique
de l’Ouest. L’auteur met en balance cette réalité avec le discours
raciste qui, de Voltaire à Sarkozy, justifie la colonisation.

Daniel
Dupuis nous invite, à travers ces pages, à un va-et-vient entre d’un
côté le discours de grands écrivains et hommes politiques français, du
XVIIIe siècle à nos jours – un discours qui célèbre uniformément la
supériorité de la race blanche -, et de l’autre côté la rencontre
d’Africains d’aujourd’hui, qui construisent pierre à pierre leurs
sociétés et leur avenir.
L’imaginaire raciste vient de loin, explique Daniel Dupuis, qui cite souvent les travaux de Survie et en particulier l’ouvrage d’Odile Tobner « Du racisme français »
(Ed. Les Arènes, 2007). Les « nègres », dit Voltaire, sont
prodigieusement moins intelligents que les blancs. Pour Montesquieu, ils
sont « naturellement paresseux » et pour Hegel ils représentent
« l’homme naturel dans toute sa barbarie », sans « moralité » ni
« sentiment ».
Cet
imaginaire n’est pas neutre, il contribue à justifier la conquête
coloniale, comme le fait Victor Hugo en 1879 : « L’Afrique n’a pas
d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. » Aussi
l’Europe est-elle selon lui légitime à faire de l’Afrique « un monde » :
« Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A
personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes.
Dieu donne l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. »