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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)
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jeudi 16 avril 2015

Togo : nouvelle parodie électorale en vue, la France doit enfin prendre ses distances

par Survie, 15/4/2015
Dans 10 jours aura lieu l’élection présidentielle au Togo, petit pays emblématique de la Françafrique. Afin d’alerter l’opinion publique et d’exiger des autorités françaises une condamnation sans équivoque du régime togolais, arrivé et maintenu au pouvoir par la force et la fraude, l’association Survie publie un dossier hors-série de son journal Billets d’Afrique consacré aux relations France-Togo.
PDF - 1.7 Mo
Dossier hors série de Billets d’Afrique sur le Togo avril 2015
Cliquez sur l’icône pour lancer le téléchargement.


Scrutin à un tour, non limitation des mandats, appareil sécuritaire bien en place, impunité, tous les ingrédients sont réunis pour un nouveau hold-up électoral au Togo. La population togolaise, excédée par l’incurie des pouvoirs publics, est-elle condamnée à rester prisonnière du clan Eyadema ? Installé et soutenu politiquement, économiquement et militairement par la France depuis près de 50 ans, ce régime a à son actif des décennies de répression féroce et a fait du Togo un des pays les plus pauvres du monde. A la mort du dictateur Eyadéma père, la tentative de donner un vernis démocratique à la prise de pouvoir par son fils Faure Gnassingbé s’était soldée par un bilan catastrophique lors d’une pseudo-élection, il y a 10 ans presque jour pour jour, où l’armée était notamment intervenue violemment dans les bureaux de vote pour voler les urnes : les violences du régime, avec des tirs à balles réelles sur la foule, avaient fait 500 à 800 morts, et provoqué l’exode de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés.
L’impunité dont jouissent les responsables militaires togolais n’empêche pas la France, toujours liée au Togo par un accord de défense renouvelé en 2011, de maintenir sa coopération sécuritaire : les derniers chiffres disponibles indiquent que 14 coopérants militaires français étaient encore détachés au sein de l’armée togolaise en 2011 [1], et aucune réduction n’a été annoncée par l’exécutif socialiste depuis 2012. En novembre 2013, Faure Gnassingbé était reçu à l’Élysée par un François Hollande vantant l’engagement du Togo aux côtés de la France au Mali et la coopération économique entre les deux pays, sans évoquer les actes de répression commis au Togo cette même année. Un an plus tard, Vincent Bolloré inaugurait le troisième quai du port autonome de Lomé, un chantier pharaonique obtenu par son groupe avec l’appui diplomatique des autorités françaises. Loin de tirer les leçons de la récente insurrection burkinabè qui a renversé l’allié de toujours Blaise Compaoré, et à l’opposé des déclarations de « normalisation » des relations franco-africaines, les autorités françaises se compromettent à nouveau par leur complicité avec une dictature notoire.
Les discours tenus par François Hollande lors du dernier sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), à Dakar fin novembre 2014, semblent également en parfait décalage avec le silence actuel de la diplomatie française sur les conditions de préparation de cette mascarade électorale, à laquelle participent des experts de l’OIF à la demande du régime.
Comme le rappelle Fabrice Tarrit, président de Survie, « à l’exception de l’Algérie en 2014, le Togo est le premier pays du champ françafricain, depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, à organiser une parodie d’élection. Celle-ci va avoir lieu dans un contexte social particulièrement tendu et alors que la contestation gronde également au Gabon, au Tchad, dans les deux Congos. Si François Hollande voulait tenir son engagement concernant la Françafrique, il gèlerait immédiatement la coopération militaire avec ces régimes, à commencer par le Togo, et refuserait de recevoir à l’Élysée des chefs d’État qui se maintiennent au pouvoir par la force  ».
Afin d’alerter l’opinion publique et d’interpeller les autorités françaises et européennes sur cette sinistre farce en préparation, l’association Survie publie en ligne un dossier hors-série de son journal Billets d’Afrique intitulé « Le Togo à nouveau entre violence et mascarade électorale ». Dans le prolongement des ouvrages déjà publiés par l’association [2], ce dossier revient sur le règne du général Eyadéma et, à sa mort, sur les conditions d’accès au pouvoir de son fils Faure Gnassingbé. Il offre un décryptage de la situation politique actuelle au Togo et fait le point sur l’impunité dans le pays et la coopération sécuritaire de la France.
A cette occasion, l’association Survie demande aux autorités françaises :
  • la mise en place de relations diplomatiques minimales avec le régime togolais
  • une prise de distance nette de la diplomatie française vis à vis du processus électoral en cours
  • la suspension immédiate de la coopération sécuritaire française avec le Togo
[1] Avis présenté le 30 mars 2011 par le député Christophe Guilloteau au nom de la commission de la Défense nationale et des forces armées, sur le projet de loi (N° 3196), adopté par le Sénat, autorisant l’approbation de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République togolaise instituant un partenariat de défense (http://www.assemblee-nationale.fr/13/rapports/r3291.asp )
En 2010, l’un de ces coopérants militaires français avait provoqué un scandale par son attitude vis-à-vis d’un journaliste togolais (la vidéo est toujours en ligne sur https://www.youtube.com/watch?v=wcVvyhgu_2M). Le fait qu’il soit alors conseiller du Chef d’état-major de l’armée de terre togolaise n’avait en revanche pas choqué, comme s’il était normal que les coopérants français occupent des fonctions très haut placées dans l’organigramme de l’appareil répressif des dictatures africaines.

[2] Voir notamment Survie (coord.) Avril 2005, le choix volé des Togolais (L’Harmattan, 2005), et G. Labarthe, Togo, de l’esclavage au libéralisme mafieux, Dossier Noir n° 20 (Agone, 2005 ; édition revue & actualisée, 2013)

lundi 12 janvier 2015

Charlie Hebdo : vigilance face aux dérives sécuritaires menées au nom de la guerre contre le terrorisme

par Survie, 12 janvier 2015 
Survie et ses membres se sont associés à la consternation générale face à l’assassinat des journalistes satiriques de Charlie Hebdo et de l’ensemble des victimes des attentats perpétrés du 7 au 9 janvier 2015. Au-delà de l’élan premier de solidarité face aux drames qui se sont joués, notre association se montre toutefois inquiète face à l’indignation sélective et à l’utilisation politique qui est en train d’être faite autour de ces événements par certains leaders de partis, membres du gouvernement, éditorialistes.
L’expression « notre 11 septembre à nous », afin de justifier une politique sécuritaire et militaire qui bat déjà son plein et qui risque d’empirer, au nom de la lutte contre le terrorisme, l’opposition des termes « civilisation » et « barbarie », l’expression récurrente du mot « guerre », la justification a posteriori des interventions militaires françaises dans le Sahel et au Proche-Orient, sont autant de dérives qui se sont manifestées ces derniers jours. Dans son combat contre la Françafrique et l’idéologie néocoloniale et raciste qui la sous-tend, Survie ne peut que se sentir concernée par la montée en puissance de ces discours néo-conservateurs.
Par ailleurs, la présence au défilé du 11 janvier à Paris de dictateurs africains tels qu’Ali Bongo (Gabon) et Faure Gnassingbé (Togo) et d’un représentant du président tchadien Idriss Déby nous est apparue particulièrement indécente. Plus que la liberté d’expression, , que ceux-ci bafouent régulièrement, on devine que leur présence, aux côtés des présidents malien et nigérien, avait pour objectif de légitimer les interventions militaires françaises récentes en Afrique, au Sahel en particulier.

mercredi 22 février 2012

Togo : le gouvernement doit regarder la réalité en face et mettre fin à la pratique de la torture par les services spéciaux

Communiqué
Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme (FIDH)
Ligue Togolaise des Droits de l'Homme (LTDH)
Paris, Lomé, le 21 février 2012
– La FIDH et la son organisation membre au Togo, la LTDH, se félicitent de la publication par la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH) d'un rapport sur la pratique de la torture contre les personnes détenues dans l’affaire de la tentative de coup d'Etat d'avril 2009. Aussi, la FIDH et la LTDH dénoncent-elle la publication par le gouvernement d'une copie tronquée de ce rapport niant l'usage de la torture par l'Agence Nationale de Renseignement (ANR) et demandent aux autorités  d'endosser le rapport authentifié par la CNDH et de s'atteler à mettre fin aux pratiques relevées dans ce rapport et à en sanctionner leurs auteurs.

Le samedi 18 février 2012, le gouvernement togolais a rendu public, sur son site officiel www.republicoftogo.com, un rapport attribué à la Commission Nationale des Droits de l'Homme et qui rejette les allégations de torture à l'encontre de plusieurs des 32 accusées dans l’affaire de la tentative d’atteinte contre la sûreté intérieure de l’État plus connue sous le nom de la « tentative de coup d'État d'avril 2009 ». Un communiqué du gouvernement allant dans le même sens a été diffusé lors des éditions de 13 heures et de 20 heures sur la Télévision Togolaise. Le 20 février 2012, la CNDH a démenti le gouvernement et a publié, sur son site officiel www.cndh-togo.org, son rapport authentique qui dénonçait les actes de torture perpétrés contre les accusés.  Le même jour, dans l’édition de nuit, le gouvernement togolais rendait public un autre communiqué dans lequel il estime que le rapport tel que publié sur son site est réellement celui que la CNDH lui a transmis suivant les formalités administratives habituelles et régulières.

« Les faits dénoncés par la CNDH sont graves et doivent être pleinement reconnus et sanctionnés », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. « Il ne sert à rien de nier une évidence clairement établie par une enquête impartiale et documentée, de surcroît à la demande du gouvernement » a-t-elle ajouté.

Nos organisations rappellent qu'il est du rôle et de la responsabilité de la CNDH de mener ce type d'enquête, de dénoncer les violations des droits de l'Homme et de proposer au gouvernement, premier responsable du respect des libertés publiques et individuelles de ses citoyens, des recommandations pour y mettre un terme conformément aux articles 6.2 et 12 de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

« Le gouvernement doit endosser le rapport authentique de la CNDH et se féliciter que l'organe de contrôle officiel du respect des droits de l'Homme au niveau national joue pleinement son rôle comme dans un Etat de droit » a déclaré Me Raphaël Nyama Kpande-Adzare, président de la LTDH. « Les engagements pris par le gouvernement togolais lors de l’Examen Périodique Universel en octobre dernier devant le Conseil des droits de l'Homme et les dernières déclarations du gouvernement vont dans ce sens et doivent être suivis d'effets quel qu’ait été l'éventuel quiproquo sur la publication du rapport de la CNDH ».

En effet, le 20 février 2012, le gouvernement a publié un communiqué dans lequel il précise que « le gouvernement réitère sa volonté d'étudier tout rapport, quel qu'il soit, en toute objectivité et de prendre des mesures concrètes permettant de consolider l’Etat de droit au Togo ».

Nos deux organisations invitent les autorités togolaises à mettre en œuvre cette volonté, à ne pas stigmatiser les membres et le travail de la CNDH comme c’est souvent le cas ; en témoignent les multiples réactions desdites autorités après la publication par LTDH de son rapport thématique sur la situation des droits de l’Homme au Togo le 12 décembre 2011, et à garantir en toute circonstance leur intégrité physique et morale comme celle de tous les défenseurs des droits de l'Homme.

« Le gouvernement doit maintenant prendre les actes qui s'imposent, à savoir : mettre en œuvre les recommandations de la CNDH, notamment poursuivre les auteurs présumés de ces actes devant la justice et leur assurer un procès impartial » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Nos organisations rappellent que la pratique de la torture et de tout autre traitement cruel, inhumain ou dégradant est interdite et réprimée par la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que par la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples, traités ratifiés par le Togo, respectivement le 18 novembre 1987 et le 5 novembre 1982.

Nos organisations soulignent aussi que conformément à l'article 15 de la Convention contre la torture, « toute déclaration dont il est établi qu'elle a été obtenue par la torture ne [peut] être invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, si ce n'est contre la personne accusée de torture pour établir qu'une déclaration a été faite ». 

Nos organisations demandent au gouvernement togolais de tirer dès lors toutes les conséquences des témoignages ayant pu être obtenus par la torture dans le cadre de la procédure judiciaire de l'affaire de la tentative de coup d'Etat d'avril 2009 et notamment des graves atteintes tant aux droits des personnes qu'à la sécurité nationale que peuvent engendrer l'utilisation de moyens illégaux, abjects et illégitimes pour réprimer des infractions aussi graves qu’elles puissent être.

« Au-delà de l'horreur qu'elle suscite, la torture est inefficace, contre-productive et illégale. La torture fragilise le système moral et judiciaire des États, puisque tout témoignage obtenu sous la torture est illégal »  rappelle Me Patrick Baudouin, responsable du Groupe d'Action judiciaire et président d'honneur de la FIDH. « Nous avons sur cette base, poursuivi les plus hauts responsables américains pour les tortures infligées aux prisonniers à Guantanamo et à Abou Grahib en Irak, ou encore fait relâcher des prisonniers torturé en Mauritanie et réussi à faire condamner un commissaire de police Tunisien et un tortionnaire Mauritanien » a-t-il ajouté.

Contacts presse :
FIDH : Karine Appy / Arthur Manet : +33 1 43 55 14 12 / +33 1 43 55 90 19/ +33 6 72 28 42 94 / presse@fidh.org
LTDH :  Me Raphaël Nyama Kpande-Adzare : + 228 90 33 42 77

mercredi 28 avril 2010

Selon Coumi Toulabor, le Togo est une «démocrature»

Anniversaire des indépendances africaines/Entretien - 
Article publié le : mardi 27 avril 2010
 
 
Coumi Toulabor.
DR

Coumi Toulabor, historien franco-togolais, ancien rédacteur en chef de la revue Politique Africaine, est directeur de recherche au Centre d'études d'Afrique noire (CEAN), basé à Bordeaux. Intellectuel engagé, il est membre du conseil d'administration de l'organisation non gouvernementale Survie.
Radio France internationale : En temps qu’historien quel bilan faites vous de ce demi siècle d’indépendance au Togo ?
Coumi Toulabor : En fait c’est 30 ans de dictature et 20 ans de recherche d’une démocratisation que les Togolais n’arrivent pas à trouver vraiment, et il y a un terme qu’on utilise souvent c’est «démocrature». Je pense que dans le cadre togolais, le terme convient parfaitement : c'est-à-dire une apparence de démocratie mais le régime fonctionne, en lui-même, comme un régime autoritaire.
Même si Eyadema est décédé depuis février 2005, son fils a pris la succession. D’ailleurs, c’est très très significatif aussi que son fils prenne la succession. Mais son fils, malgré tout ce qu’on dit - à savoir qu’il fait des réformes au niveau de la justice, de l’armée etc...- le commun des mortels ne voit absolument pas les résultats de ces réformes. Sur le plan économique ce n’est pas glorieux non plus. Et là, le Togo se situe vraiment parmi les derniers de la classe, des pays africains.
RFI : Le fait marquant des premières années d’indépendance, c’est en 1963, l’assassinat du président Sylvanus Olympio par un commando où figurait le sergent Eyadema, pourquoi cet assassinat ?
C.T. : Ecoutez, on lui reprochait une dérive déjà dictatoriale parce qu’il aurait mis en prison ses propres alliés…
RFI : Sylvanus Olympio avait bâillonné son opposition, c’est ça ?
C.T. : Il avait bâillonné son opposition. Déjà en 1961, on assistait à une dérive vers un monopartisme et puis bon, il était farouchement anti-français. Pour lui, l’indépendance signifiait donner un contenu vraiment réel à cette indépendance en créant sa propre monnaie et donc tout ceci ne plaisait pas vraiment à l’ancienne puissance coloniale. Si bien que derrière ce coup d’État, cet assassinat, on savait qu’il y avait la main de Jacques Foccart à l’époque, avec qui Olympio avait eu pas mal de conflits..
RFI : L'année 2005, c’est l’année de la mort de Gnassingbé Eyadema, puis l’élection très contestée de son fils Faure Gnassingbé. Suit une répression sanglante, 500 morts selon l’ONU. Est ce qu’il n’y a pas eu tout de même depuis 2005, une ouverture démocratique ?
C.T. : Oui, on peut parler d’une certaine ouverture parce que Faure [Gnassingbé] n’est pas le père, en ce sens que Faure ne maîtrise pas tout le dispositif sécuritaire et policier de son père, si bien que, il était obligé d’ouvrir un peu le système. Mais devant cette apparente ouverture, c’est une sorte de « débroussage » de certains leaders de l’opposition. Le prochain « débroussage»  auquel on assistera,  c’est peut-être celui de Gilchrist Olympio qui s’apprêterait à rentrer au gouvernement de Faure. Mais c’est surtout une ouverture sous la pression des bailleurs de fonds, à savoir la réforme de la justice. Quand on analyse un peu ces réformes-là, ce sont des réformes superficielles qui ne résolvent absolument pas les problèmes fondamentaux que pose le système Eyadema.
RFI : Est-ce que le régime n’a tout de même pas accepté la création d’une commission Vérité justice et réconciliation qui doit faire la lumière sur tous les crimes commis au Togo depuis 1958 ?
À voir
25 avril 2005. Togo. Extrait du journal national de France 3.
© France 3
C.T.
: En fait, les Togolais demandent des éclaircissements sur les massacres de 2005. Au-delà de cela, ce que moi je pense c’est que cette commission a été mise en place, difficilement d’ailleurs, mais jusqu’à présent.... elle n’a pas commencé à faire son travail. C’est pour satisfaire les injonctions de la communauté internationale que Faure [Gnassingbé] a mis cette commission sur pied, mais faire fonctionner cette commission c’est comme scier l’arbre sur lequel il est assis lui-même et ça c'est politiquement improductif.
RFI : Vous dites que du temps de Gnassingbé Eyadema, le régime était soutenu par la France, les choses n’ont-elles pas évolué, surtout depuis le départ de Jacques Chirac de l’Elysée ?
Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
© J-B. Pellerin
C.T. :
Oui, tout à fait ! Les choses ont beaucoup évolué à ce niveau parce que Jacques Chirac était vraiment un soutien indécrottable du régime Eyadema. L'arrivée de [Nicolas] Sarkozy donne l’impression que les choses vont évoluer mais malheureusement, on se rend compte que M. Sarkozy fonctionne un peu comme Jacques Chirac. On a du mal à voir où se trouve la rupture d’autant qu'il vient de reconnaître les élections en 2010. On sait que ces élections n’ont pas été vraiment transparentes mais il les reconnaît parce qu'il est dans la continuité.
RFI : De fait, il a reconnu cette élection mais le message n’est pas particulièrement chaleureux puisque Nicolas Sarkozy souligne l’ampleur des efforts qu’il reste à accomplir en faveur de l’enracinement de la démocratie dans toutes ses dimensions. N’est-ce pas, tout de même, le signe que Paris prend ses distances avec Lomé ?
C.T. : Oui, tout à fait, tout à fait.  Mais vous savez ... c’est un langage diplomatique : on peut prendre ça dans tous les sens. Ce qu’on aurait souhaité, c’est que Sarkozy frappe du poing sur la table et dise : Écoutez ça suffit ! Maintenant, la France ne va pas continuer à soutenir un régime autoritaire comme celui de Faure ou même d’autres régimes comme le Tchad, la Centrafique, le Cameroun etc, etc.  C’est cela  qu’on aurait aimé entendre de Sarkozy !
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Coumi Toulabor a écrit de nombreux articles et ouvrages sur le Togo et le Ghana, dont La politique par le bas en Afrique noire : contribution à une problématique de la démocratie, Paris, Karthala, 2008.

vendredi 12 mars 2010

L’Union Européenne prise à témoin des fraudes électorales et des exactions de la dictature togolaise


Communiqué de Survie, 12/3/2010
Cinq ans après le coup d’État électoral et militaire au Togo, dont les crimes restent impunis, l’Union Européenne se retrouve prise au piège de ses engagements comme observatrice principale de l’ensemble du processus électoral censé aboutir à sortir le pays de la crise. L’association Survie demande à l’Union Européenne qu’elle prenne maintenant ses responsabilités face à un scrutin dévoyé et à la dérive violente du régime togolais.
Les premières conclusions du rapport préliminaire de la délégation des 130 observateurs de l’UE (publié le 6 mars) sont d’ores et déjà accablantes . La liste des irrégularités constatées dans la préparation et dans la tenue du scrutin, justifierait une invalidation de celui-ci. Entre autres, ont pu être constatés :
  • un gonflement du fichier électoral et des enregistrements de mineurs dans les régions favorables à Faure Gnassingbé,
  • des achats de voix et distributions de riz par des militants de Faure Gnassingbé à des prix très inférieurs au prix du marché,
  • une inégalité de traitement des candidats à l’élection présidentielle dans les médias d’Etat,
  • des dérogations et procurations sans contrôle permettant des votes multiples,
  • une absence de modalité d’authentification des bulletins au moment du vote,
  • des problèmes techniques rencontrés dans la centralisation des résultats, pierre angulaire de toute fraude électorale.
Les irrégularités ont amené deux partis à déposer des recours auprès de la Cour Constitutionnelle chargée de valider in fine l’élection, alors qu’il y a peu de garantie sur la crédibilité des décisions de cette Cour très liée au régime. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) avait publié le 6 mars dernier les résultats provisoires donnant le président sortant Faure Gnassingbé vainqueur avec 60,92 % des voix du scrutin présidentiel organisé le 4 mars. Jean-Pierre Fabre, principal candidat de l’opposition, qui revendique sa victoire pour le FRAC (Front Républicain pour l’Alternance et le Changement), n’a pas émis de recours, considérant la Cour Constitutionnelle comme partiale. La délégation européenne se retrouve ainsi témoin principal de ce bras de fer inégal, qui l’implique dans la légitimation du régime issu de la dictature d’Eyadéma.
Alors que Faure Gnassingbé lui-même brille bizarrement par son absence, cette crise politique et constitutionnelle donne l’occasion aux militaires de réapparaître comme acteurs principaux. La Force Sécurité Election Présidentielle 2010 (FOSEP), participe actuellement à la répression des militants du FRAC contestant les résultats à Lomé. Arrestations arbitraires, interdictions de manifestations contraire à la constitution, violation de la liberté de circulation (le quartier général du FRAC étant encerclé), attaque du siège de l’UFC (Union des Forces du Changement) : les actes de répression et d’intimidations se multiplient. Surtout, une intervention policière au centre de traitement informatique des données du FRAC a conduit à la saisie du matériel informatique servant au recomptage des voix, et à la destruction de procès verbaux rendant irrémédiablement impossible des vérifications de résultats. Dirigée par le Lieutenant-colonel de gendarmerie Yark Damehane (accusé de tortures en 2005 par l’Organisation Mondiale contre la Torture), cette Force est financée par l’Union Européenne dans le cadre du volet «sécurisation de l’élection » mis en œuvre par l’Agence Française de Développement (AFD).
L’association Survie relaie les préoccupations de la société civile togolaise en particulier des 17 organisations regroupées dans le « Mécanisme de coordination des activités des organisations de la société civile », concernant les actes de répression constatés, et appelle l’UE à engager des démarches auprès des autorités togolaises afin de faire cesser ces violations des droits humains qui visent à réduire toute forme de contestation d’un processus électoral pourtant désastreux. Survie se joint aux revendications exprimées par la société civile togolaise qui :
  • « demande à l’Union Européenne, principal bailleur de fonds du Togo dans le cadre du processus électoral, qu’elle s’assure que toutes les étapes du processus électoral qu’elle finance obéissent aux normes et standards internationaux ;
  • exhorte le système des Nation Unies, de l’Union Africaine, de la CEDEAO et toutes les institutions impliquées dans le processus d’accompagner les différents acteurs dans la recherche des solutions consensuelles et pacifiques aux différends nés du présent processus électoral. »
Cinq ans après une succession dynastique sanglante, le bras de fer entre Faure Gnassingbé et ses opposants continue et implique maintenant les institutions européennes. L’UE ne peut accepter que soit appliquée de nouveau la loi du plus fort. Elle ne peut ignorer non plus l’enjeu que représente cette élection pour un régime habitué aux fraudes, aux manœuvres et acquiescements de la Françafrique : à savoir la recherche d’une caution et d’une légitimation internationales. Celles-ci permettant au régime de faire oublier son caractère dictatorial et illégitime et de normaliser les relations diplomatiques avec ses partenaires.
Contact presse : Stéphanie Dubois de Prisque, stephanie.duboisdeprisque(a)survie.org, Tél. : 01 44 61 03 25

mardi 2 mars 2010

La France, l'Union européenne et le Togo : conférence de Comi Toulabor ce 2 mars à Montpellier


Dans le cadre de la campagne
2010 : Libérons-nous de 50 ans de Françafrique !
L’association Survie Languedoc-Roussillon, avec le soutien de : ATTAC Montpellier, CADTM, LDH Hérault, Mouvement de la Paix  Hérault
propose

  une conférence-débat
de
Comi Toulabor 
Chercheur, Centre d'Études d'Afrique Noire, CNRS/Sciences Po Bordeaux,
militant de Survie

La France et l'Union européenne
dans  l’élection présidentielle du 4 mars
au Togo : où est la rupture ?
À Montpellier
Le mardi 2 mars, de 18h à 20h30
Espace Martin Luther King, 27 bd Louis-Blanc (tram Corum ou Louis Blanc)

Plus que celle d'avril 2005, la présidentielle de mars prochain comporte des enjeux importants pour les Togolais et aussi pour l'UE et la France. Financièrement impliquées, celles-ci le sont aussi politiquement. Si elles appellent à une élection transparente et sincère, tout indique que le pouvoir n’en prend pas le chemin.  Les vives préoccupations qu'elles se contentent d'exprimer contrastent avec les termes du contrat de bonne gouvernance électorale signé en décembre dernier avec les autorités togolaises. Il suffira que la présidentielle ne soit pas violente pour qu'elle soit acceptée et validée par la France et l'UE. Ce qui augure plus d’une continuité que d’une rupture qualitative qui risque une fois de plus de ne pas être au rendez-vous.

vendredi 26 février 2010

La France, l'Union européenne et le Togo : conférences de Comi Toulabor à Carcassonne et Montpellier


Dans le cadre de la campagne
2010 : Libérons-nous de 50 ans de Françafrique !
L’association Survie Languedoc-Roussillon propose*
2 conférences-débat
de
Comi Toulabor 
Chercheur, Centre d'Études d'Afrique Noire, CNRS/Sciences Po Bordeaux,
militant de Survie

La France et l'Union européenne
dans  l’élection présidentielle du 4 mars
au Togo : où est la rupture ?
À Carcassonne
Le lundi 1er mars 2010 à 20 h.
Ancien Hôtel de Ville, salle Joë-Bousquet, 53 rue de Verdun
À Montpellier
Le mardi 2 mars, de 18h à 20h30
Espace Martin Luther King, 27 bd Louis-Blanc (tram Corum ou Louis Blanc)

Plus que celle d'avril 2005, la présidentielle de mars prochain comporte des enjeux importants pour les Togolais et aussi pour l'UE et la France. Financièrement impliquées, celles-ci le sont aussi politiquement. Si elles appellent à une élection transparente et sincère, tout indique que le pouvoir n’en prend pas le chemin.  Les vives préoccupations qu'elles se contentent d'exprimer contrastent avec les termes du contrat de bonne gouvernance électorale signé en décembre dernier avec les autorités togolaises. Il suffira que la présidentielle ne soit pas violente pour qu'elle soit acceptée et validée par la France et l'UE. Ce qui augure plus d’une continuité que d’une rupture qualitative qui risque une fois de plus de ne pas être au rendez-vous.

*Avec le soutien de : ACAT Aude, ATTAC Montpellier, CADTM, CCFD Aude, LDH Hérault, Mouvement de la Paix Aude et Hérault

mardi 9 février 2010

Togo : Election présidentielle du 28 février 2010, une nouvelle mascarade en perspective

NOTE : entretemps, la date de l'élection a été reportée au 4 mars

par Cedetim, Collectif de solidarité avec les luttes sociales et politiques en Afrique*, Mouvement de la paix, Peuples solidaires, Survie, 9 février 2010

Dans la perspective de l’élection présidentielle, les organisations signataires appellent l’Union européenne et la France à ne pas cautionner une élection qui ne serait pas démocratique et transparente et à prendre des mesures afin de prévenir toute dérive violente du régime en cas de contestations.

Depuis la mort, en 2005, du général Eyadéma resté 42 ans au pouvoir, les Togolais sont appelés aux urnes pour la deuxième fois. La précédente élection, en avril 2005, avait intronisé Faure Gnassingbé (fils du précédent), à l’issue d’un coup d’Etat électoral et d’une répression féroce, faisant selon l’ONU entre 400 et 500 morts et environ 40 000 réfugiés.

La signature, en août 2006, sous la pression de la communauté internationale, d’un Accord politique global (APG) avec les principales formations politiques, avait permis la reprise de la coopération de l’Union européenne, suspendue depuis 1992 pour « déficit démocratique ». Jusqu’ici, aucune des réformes préconisées par l’APG n’a vu le jour. En outre quasiment aucune mesure n’a été prise par le régime pour poursuivre les auteurs des crimes commis en 2005, à part la création en février 2009 d’une Commission vérité, justice et réconciliation qui pour le moment n’a pu travailler ni mener à bien sa mission.

C’est ce même régime qui organise aujourd’hui l’élection présidentielle. Or celui-ci met tout en œuvre afin que Faure Gnassingbé se maintienne au pouvoir. En effet, les conditions d’organisation du scrutin n’offrent manifestement pas toutes les garanties d’une élection démocratique et transparente avec :

- une Commission électorale (CENI) et une Cour constitutionnelle acquises au régime qui, pour des motifs fallacieux et sur ordre du régime, a écarté un des principaux concurrents à la magistrature suprême ;
- un scrutin uninominal majoritaire à un tour, à l’avantage de Faure Gnassingbé qui peut ainsi être élu sans bénéficier de la majorité des suffrages exprimés [1] ;
- une révision des listes électorales bâclée et un fichier électoral fortement contesté ;
- des achats de voix observés.

A cela s’ajoute une dérive autoritaire et sécuritaire du régime à l’approche du scrutin avec :

- une recrudescence des intimidations afin de créer un climat de peur au sein de la population ;
- la nomination du major Kouloum Bilizim à la tête de la milice des Groupes de réflexion et d’appui au parti RPT (GRAP) alors qu’il est cité dans plusieurs rapports comme instigateur et présumé auteur de nombreux actes de violences en 2005 [2] ;
- la nomination du Lieutenant-colonel de gendarmerie Yark Damehane à la tête de la Force Sécurité Election présidentielle 2010 (FOSEP) alors que, selon un témoignage, cet officier “ a dirigé les séances de torture au cours des interrogatoires [pendant la répression de 2005] [3].

L’UE, principal financeur de l’élection dans le cadre d’un “ Projet d’Appui aux Processus Électoraux ” (PAPE), porte une grande responsabilité dans l’organisation et la supervision de celle-ci mais aussi dans les risques de dérive sécuritaire. En effet c’est également elle qui finance le volet « sécurisation de l’élection », mis en œuvre par l’Agence Française de Développement (AFD). En formant et en organisant l’équipement de la FOSEP, la France, indéfectible soutien politique et policier de la dictature Eyadéma depuis plus de 40 ans, conforte quant à elle une position pour le moins trouble.

Les organisations signataires appellent donc l’UE :

- à prendre les mesures nécessaires auprès des autorités togolaises afin de garantir une élection libre, démocratique et transparente, et en cas contraire de suspendre sa coopération ;
- à renforcer les moyens du contingent des 130 observateurs afin d’assurer une observation crédible des 6 000 bureaux de vote ;
- à exiger la révocation du major Kouloum Bilizim et du Lieutenant-colonel Yark Damehane.

En outre, les organisations signataires exigent des autorités françaises :

- qu’elles s’impliquent véritablement dans l’organisation d’une présidentielle démocratique et transparente, et non pas seulement dans sa supervision et sa “ sécurisation ” ;
- qu’elles suspendent toute coopération, bilatérale et multilatérale dans le cadre du PAPE, avec les organes de police et de gendarmerie (notamment la FOSEP) dès lors qu’ils seraient manifestement impliqués dans des violations des droits de l’Homme ;
- qu’elles dénoncent et condamnent toute dérive violente du régime, si tel était le cas.

L’élection présidentielle togolaise constitue une occasion pour les autorités françaises de rompre avec une politique de validation d’élections frauduleuses ou de prise de pouvoir anti-démocratique comme elles l’ont fait durant l’année 2009 avec le coup d’État à Madagascar, l’élection d’un putschiste en Mauritanie, l’élection présidentielle truquée au Congo Brazzaville, le coup d’État électoral au Gabon ou encore le coup d’État constitutionnel au Niger.

Cette année 2010, durant laquelle les autorités françaises entendent achever la rénovation des relations entre la France et l’Afrique, ne peut s’ouvrir sur une nouvelle validation d’un coup d’État électoral au Togo.

Contact presse : Survie : Stéphanie Dubois de Prisque. Tél : 01 44 61 03 25. stephanieduboisdeprisque(a)survie.org

* Collectif regroupant Assez de coup d’Etat, Afrique en luttes (NPA), Cédétim, Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), Les Verts, Survie, Union des Populations du Cameroun (UPC)].

[1] Bien qu’accepté par les forces politiques d’opposition, ce mode de scrutin est contraire aux dispositions de l’accord politique global du 20 août 2006.

[2] Rapports de l’ONU, de la FIDH, de la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH).

[3] Rapport de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) présenté au Comité contre la torture des Nations unies en mai 2005
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