survielero

survielero
Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)

dimanche 16 mars 2014

Simbikangwa condamné, le génocide des Tutsi reconnu, le CPCR et Survie restent mobilisés


Communiqué de presse du 15 mars 2014
Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda CPCR
Association SURVIE
Paris, le 14 mars 2014 - A l’issue du verdict du Jury de la Cour d’Assises de Paris, le CPCR et Survie, parties civiles dans le procès du rwandais Pascal Simbikangwa expriment leur satisfaction de voir l’accusé reconnu coupable et condamné à 25 années de réclusion pour des actes commis durant les 3 mois du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Nos organisations rappellent que ce procès historique est le premier d’une longue série à venir.
 
A quelques semaines de sa 20 ème commémoration, ce verdict a ouvert une brèche contre l’impunité des auteurs présumés de ce génocide en France résidant en France, après des lenteurs de procédures qui ont vu la France condamnée en 2004 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’affaire Wenceslas Munyeshaka.
Organisé dans de bonnes conditions, après une instruction sérieuse, ce procès, au-delà de ce seul verdict a permis de réaffirmer que le génocide des Tutsi au Rwanda n’était pas contestable. C’est ce qui ressort clairement du prononcé de la feuille de motivation du verdict, exposée par le Président Olivier Leurent.
Le déroulement des audiences avait pourtant été marqué par la répétition par l’accusé et ses défenseurs de discours visant à atténuer la réalité et l’ampleur du génocide des Tutsi, par le biais notamment de la contestation de certains faits, tels que la préméditation et l’organisation soigneuse de ce génocide, ou d’accusations « en miroir ». Une stratégie du déni et du mépris adoptée par la défense jusque dans sa plaidoirie qui a choqué de nombreuses personnes présentes, parties civiles et rescapés en particulier.
L’avocate de la défense a ainsi prononcé des mots particulièrement choquants pour les familles des victimes présentes, insistant sur l’absence des victimes du côté des parties civiles. Alain Gauthier, président du CPCR avait pourtant rappelé à la barre que « la marque du génocide, c’est le silence de nos morts »
La Cour d’Assises de Paris a considéré que « la thèse soutenue par l’accusé d’un mouvement populaire chaotique spontané, incontrôlable, non concerté et inorganisé ne concorde nullement aux constatations réalisées tant par les historiens que par les témoins visuels, journalistes, rescapés et diplomates qui ont tous relaté au contraire la préparation et l’organisation particulièrement efficaces des massacres perpétrés en raison de motifs politiques ou raciaux. Cette thèse du chaos généralisé est également incompatible avec l’ampleur des tueries commises et leur propagation à tout le pays.  »
De même, la Cour s’est dite «  convaincue que le crime de génocide tel que défini par l’article 211-1 du Code Pénal, à savoir l’existence d’atteintes volontaires à la vie ou d’atteintes graves à l’intégrité physique ou psychique, en exécution d’un plan concerté, tendant à la destruction totale ou partielle du groupe ethnique Tutsi a bien été commis au Rwanda entre avril et juillet 1994  ».
La tenue de ce procès 20 ans après les faits, le faible nombre de rescapés, donc de témoins, la prescription des accusations de torture auront été autant d’obstacles pour l’accusation et pour les jurés qui ont cependant, en leur âme et conscience, décidé d’inculper Pascal Simbikangwa de « crime » de génocide, comme réclamé par le Ministère public dans son réquisitoire, et non de simple « complicité » de génocide, pour des faits commis à Kigali.
L’importance du dossier d’accusation constitué lors de l’instruction pour la préparation de ce premier procès d’un présumé génocidaire en France a confirmé la nécessité de voir le Pôle génocide et crimes contre l’humanité du TGI de Paris, créé le 1er janvier 2012 disposer de moyens suffisants, à renforcer dans la perspective des nombreux procès à venir.
Le verdict de ce procès n’est en effet qu’une étape dans la voie de la vérité et de la justice qui vient de s’ouvrir en France. 27 des 33 affaires instruites par le Pôle génocide et crimes contre l’Humanité concernent le Rwanda, dont 7 concernent la complicité présumée de militaires et mercenaires français dans le génocide. L’association Survie, partie civile dans ces 7 dossiers, milite depuis de nombreuses années pour que la responsabilité de dirigeants français, politiques et militaires soit également établie et jugée, ce qui n’ était pas l’objet du procès Simbikangwa.
Les parties civiles de ce procès, qui n’ont pas été épargnées par l’accusé et par sa défense, accusées de disposer de moyens considérables et de manipuler les témoins, ont tenu à montrer dans leurs interventions et plaidoiries que leur présence n’était pas liée à un acharnement contre un homme, mais bien à un combat citoyen contre l’impunité, appelé à se poursuivre. Pour le CPCR, dont l’unique objectif est la poursuite des présumés génocidaires complaisamment accueillis en France, ce verdict est un formidable encouragement à continuer ce combat contre l’impunité, "sans haine ni vengeance", mais avec détermination.

jeudi 6 mars 2014

20 ans d'impunité : La France complice du génocide des Tutsi au Rwanda

Signez et faites signer la pétition
Génocide des Tutsi au Rwanda : levons le secret défense sur le rôle de la France


Survie organise le 25 mars au Palais Bourbon un colloque intitulé « 20 ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, la fin de l’impunité ? » dans le cadre de sa campagne d’activités et d’information autour de la commémoration des 20 ans du génocide des Tutsi au Rwanda.
De nombreuses personnalités du monde de la recherche, des journalistes, ainsi que des membres du milieu associatif sont associés à l’organisation de ce colloque qui rassemblera des spécialistes européens du Rwanda et de l’impunité.
Les inscriptions (obligatoires, compte tenu du lieu) sont à prendre auprès de julien.moisan(a)survie.org

https://twitter.com/Survie#Rwanda20ans

« Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique », la mobilisation doit s’amplifier

Ce 5 mars 2014, la justice a encore repoussé au 2 avril sa décision sur l’identification des corps enterrés à Dagnoen. Jusqu'à quand les juges burkinabè saisis de cette affaire vont-ils tergiverser ? Il s’agit pourtant d’une demande du comité des droits de l’homme de l’ONU datant de 2006, faisant suite aux actions de la CIJS (Campagne internationale justice pour Sankara). Après avoir plusieurs fois débouté la famille sur d’autres procédures concernant l’assassinat de Thomas Sankara, la justice burkinabè cherche-t-elle à gagner du temps, et à persister dans son déni de justice? Mais ces blocages ne seront pas éternels, car le peuple burkinabè a cette fois décidé de se lever pour mettre fin au régime décadent de Blaise Compaoré.
 Forts des 13500 signatures déjà obtenues, du soutien des dizaines d’associations et de partis politiques de par le monde, nous continuons plus que jamais à exiger que justice soit rendue. 
 Présents à Ouagadougou ce triste jour du 15 octobre 1987, des compagnons de Charles Taylor, qui vient d’être condamné à 50 ans de prison par le tribunal spécial sur la Sierra Leone, ont clairement désigné la CIA et la France comme parties prenantes d’un complot à l’origine de l’assassinat du président Thomas Sankara.
 C’est pourquoi, nous demandons :
- aux membres du Congrès américain d’exiger que soient ouvertes, dans leurs pays, les archives de l’époque et qu’une investigation soit menée sur une éventuelle implication de la CIA.
- aux parlementaires français d’accepter la demande d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara, déjà déposée deux fois à l’Assemblée nationale de la République française, le 20 juin 2011 et le 5 octobre 2012. 
 Plusieurs courriers ont été envoyés à François Hollande, Christiane Taubira et Harlem Désir. Ils sont restés sans réponse. C’est indigne d’une démocratie !
 Au Burkina Faso, plusieurs anciens proches de Blaise Compaoré, viennent de rejoindre l’opposition, se répandant en excuses pour leurs erreurs du passé et se déclarant disponibles pour répondre aux convocations de la justice.
 Ces anciens ministres et dirigeants du CDP, le parti du pouvoir, ont soutenu ce régime pendant  27 ans. S’ils veulent regagner la confiance du peuple du Burkina, ces excuses ne pourront suffire. Nous les appelons donc à participer à la recherche de la vérité, en livrant tout ce qu’ils savent sur les martyrs du 15 octobre et plus généralement, sur toutes les victimes du régime du Front Populaire, eux qui ont été proches parmi les proches du président Blaise Compaoré.
 Nous ne voulons plus attendre plus longtemps !
Nous appelons donc de nouveau les citoyens, les partis politiques et les organisations de la société civile  à amplifier la campagne par de nouvelles initiatives publiques.
 Pour qu’enfin la vérité éclate sur l’assassinat de Thomas Sankara, nous appelons de nouveau :
- les journalistes à se lancer dans des investigations ;
- les historiens à engager de nouvelles recherches ;
- les documentaristes à produire de nouveaux films ;
- l’opinion publique à faire monter la pression d’un cran.
 L’heure de la vérité et de la justice approche. Hâtons-la tous ensemble !
 Le réseau international « Justice pour Sankara Justice pour l’Afrique »
 Le 5 mars 2014, à Ouagadougou, Abidjan, Dakar, Paris, New York, Washington, Bamako, Lomé, Nairobi, Berlin, Madrid, Bruxelles, Moscou,Turin, Ajaccio, Toulouse,
 Contact : contactjusticepoursankara at gmail.com

mardi 4 février 2014

Simbikangwa : un procès historique mais tardif

par Survie, 28 janvier 2014
Le premier procès contre un présumé génocidaire rwandais en France, Pascal Simbikangwa, se déroulera du 4 février au 28 mars 2014 devant la Cour d’assises de Paris.
Image Interpol
Malgré la satisfaction de voir, vingt ans après le génocide des Tutsi, un important responsable rwandais jugé par la justice française, l’association Survie, partie civile dans l’affaire Simbikangwa regrette qu’il ait fallu autant de temps pour que ce premier procès ait lieu.
Le génocide des Tutsi au Rwanda a eu un profond impact sur notre association et l’a orientée vers une dénonciation sans équivoque du soutien criminel qu’apportent les autorités françaises aux dictatures africaines. En 1993, un an avant le génocide, une commission internationale à laquelle participait le président de Survie de l’époque, Jean Carbonare, alertait les responsables politiques français des massacres perpétrés et du risque de génocide. Mais nos responsables, en dehors de tout contrôle parlementaire, ont préféré continuer de soutenir le camp des extrémistes Hutu.
Dès 1995, des plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées par des membres de l’association contre des présumés génocidaires réfugiés en France. Lutter contre l’impunité est en effet essentiel pour empêcher qu’un génocide ne se retrouve banalisé et tombe dans l’oubli, mais surtout pour qu’un tel drame ne puisse se reproduire.
Après les procès en Belgique et la création du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda – CPCR – les dossiers ont été étoffés et d’autres plaintes ont été déposées en France. La création du Pôle d’instruction contre les crimes contre l’Humanité et les crimes de génocide, qui compte plusieurs juges, greffiers et enquêteurs dédiés, permet enfin une avancée sur des dossiers dormant depuis des années : présumés génocidaires réfugiés en France, plaintes contre des militaires français, ou la récente plainte de l’association contre Paul Barril [1].
Pascal Simbikangwa est le premier Rwandais à devoir rendre des comptes devant la justice française. Arrêté à Mayotte en 2008 dans le cadre d’une enquête pour falsification de documents administratifs, alors qu’une fiche Interpol existait contre lui pour une accusation de génocide, son extradition vers le Rwanda a été rejetée et c’est donc en France qu’il va être jugé pour crime de génocide et complicité de génocide, crime contre l’humanité et complicité de crime contre l’humanité entre avril et juillet 1994 .
Il ne s’agit pas, de loin, de la plainte la plus ancienne et on ne peut que dénoncer les lenteurs insupportables de la justice française depuis vingt ans : la France a notamment été condamnée en 2004 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour « retard à apporter la justice » dans l’affaire Munyeshyaka.
Souhaitons que ce procès soit le premier d’une longue série. Souhaitons aussi que ce procès public permette d’attirer l’attention sur le génocide des Tutsi au Rwanda, méconnu malgré l’implication des autorités françaises, dont cette année marquera la 20ème commémoration.


jeudi 16 janvier 2014

La France en Afrique : oui à l’or, non à la Chine

Ce texte est la dernière chronique, publiée par le quotidien Página/12 de Buenos Aires, du poète argentin Juan Gelman, qui vient de mourir à Mexico à l'âge de 83 ans.Traduit par  Paul Rouet
Juan Gelman (1930-2014)

Le gouvernement du socialiste Hollande ne rénove pas les vieilles formules du colonialisme que son pays a pratiquées depuis le XVIIème siècle jusqu’à ce qu’il soit contraint de quitter l’Algérie en 1962. La France sera-t-elle un « État défaillant » par manque d’imagination ? Ou bien certaines formes de domination ne changent-elles même pas alors que le changement affecte le monde entier ? S’il devait en être ainsi, ce capitalisme que l’on appelle « sauvage » ne progresserait pas beaucoup dans son projet de survie.
 
Le pays qui a été le berceau de la devise Liberté, Égalité, Fraternité a envahi le Mali le 12 janvier de l’année dernière (Opération Serval) et la République Centrafricaine le 3 décembre (Opération Sangaris). Selon Hollande, ce fut une « réaction humanitaire » pour sauver « un peuple qui souffre et qui nous appelle ». Mais cela ne semble pas le cas. En effet, quand Paris a contenu la rébellion au Mali (www.globalresearch.ca, 7-1-14), de nouveaux contrats de forage et d’extraction ont immédiatement été signés avec l’ aide du commandement US pour l’Afrique, l'Africom. Un communiqué de presse de la Legend Gold de Vancouver, gigantesque entreprise d’extraction, d’achat et de vente d’or et d’argent, a annoncé son intention d’exploiter des mines d’or dans des lieux très précis à l’ouest et au sud du pays (Marketwired, 6 janvier 2014). La mise en oeuvre de ces programmes commencera début février de cette année. Douglas Perkins, PDG de Legend Gold, a déclaré que le contour de ces projets a été mis au point au cours du dernier trimestre.
 
Restauration de l'ordre, par Tom Janssens, Pays-Bas
 
Le 18 décembre 2013 le Fonds Monétaire International a octroyé au Mali un prêt de 46,2 millions de dollars « pour que la vulnérabilité de la balance des paiements se dissipe et pour créer les bases d’une croissance plus rapide et plus durable » (www.imf.org/external, 18-12-13). Mais ce genre de crédits obligent les pays qui en bénéficient à réduire leurs services sociaux, comme l’éducation et la santé publique, afin de payer leurs dettes. Les conséquences catastrophiques de tels accords sont apparues avec une clarté aveuglante dans le cas de « l’expérience argentine » qui a culminé en 2001 avec l’humiliante fuite du président d’alors, De la Rúa.
 
Sans sous-estimer la dynamique de la mosaïque, terroriste ou non, qu’est devenu le Printemps Arabe, l’intervention militaire française au Mali a plus à voir avec les ressources naturelles de ce pays qu’avec les pénuries dont souffre sa population. Dans ce riche pays d’Afrique, Paris gère ses propres intérêts dans le cadre du Programme de relations franco-allemandes qui coïncide avec l’intérêt pour la France à faire main basse sur les ressources du Sahel, en particulier le pétrole et l’uranium. La compagnie française Areva exploite l'uranium depuis des décennies dans le Niger voisin du Mali. Hollande, lui, se consacre à une autre forme d’exploitation, celle de l’hypocrisie : il affirme aux Maliens que la France ne sert aucun intérêt particulier dans le pays, « nous n’en avons aucun » dit-il, « nous sommes là pour le bien du Mali et de l’Afrique Occidentale » (www.anabafrance.es.org, 2-2-2013). Mais il est bien évident que oui, il sert les intérêts des coffres bancaires et des jeux financiers, et non ceux des poches des simples citoyens.
 
« L’impératif humanitaire » de François Hollande en République Centrafricaine, exécuté par 1 200 militaires français, est destiné à freiner la Chine et surtout à contrôler les réserves d’or, de diamants et d’uranium, qui reposent, pas pour longtemps, dans le sous-sol d’un pays plus grand que la France et la Belgique réunies (www.michelcollon.info, 14-12-2013). Les entreprises françaises y sont hégémoniques, dans le transport fluvial, dans le sucre, dans les boissons, dans le stockage et la commercialisation du pétrole, et ce n’est pas d’aujourd’hui que ses habitants souffrent d’une situation catastrophique. Depuis 1960 ils souffrent de la répression et des abus de six présidents successifs qui ont occupé ce poste après autant de coups d’État.
 
Le ministre français de l’Économie, Pierre Moscovici, a reconnu qu’en dix ans « La France a perdu la moitié de son marché en Afrique subsaharienne ». Le coupable ? La Chine, qui a fait une entrée triomphante dans le secteur de l’or noir et a augmenté ses investissements sur le continent avec les contrôles le moins rigides. En 2008 Pékin a accordé à la République Centrafricaine quelque 4,4 millions d’euros qui ont permis de construire des écoles et des hôpitaux dans une zone désolée.
 
L'existence de groupes rebelles de différentes origines et disséminés dans tout le pays, en désaccord entre eux, débouche sur des atrocités généralisées, des pillages, des viols, des assassinats en série, des activités devenues quotidiennes pour ceux qui n’ont connu que les brutalités et les tueries. Mais cela ne date pas d'aujourd’hui, et la France, comme d’autres puissances occidentales, continue d’être frappée par la crise économique mondiale. L’heure était donc venue pour elle de reconnaître ces maux afin de se garantir militairement la possession des richesses.

L’armée française hors de tout contrôle au Mali

 par Yanis Thomas, Billets d'Afrique n° 231, janvier 2014

Si la France est intervenue massivement au Mali à partir de janvier 2013, le statut de la force « Serval » n’a été clairement énoncé qu’à partir du 8 mars 2013, à travers un accord sous forme d’échange de lettres entre Paris et Bamako [1]. Celui-ci a pour but de définir les règles qui s’appliquent au corps expéditionnaire français présent dans le pays. Décryptage.
JPEG - 346.4 ko
Blindé français à Tombouctou
Image sous licence Creative Commons by-nc-sa 2.0 par Mission des Nations Unies au Mali
Tout d’abord, le préambule de l’accord rappelle que celui-ci s’applique « au détachement français pendant toute la durée de son déploiement sur le territoire de la République du Mali dans ses opérations d’assistance militaire à l’Etat malien et de protection des ressortissants français sur l’intégralité de son territoire. »
Deux missions sont ainsi dévolues à la force Serval, la première étant définie de façon assez floue pour englober toute action militaire menée par la France. On verra par la suite qu’il s’agit surtout de donner carte blanche à la soldatesque. L’esprit de l’accord commence à se dévoiler dès le premier article. Celui-ci stipule que « pendant la durée de son déploiement, le personnel du détachement français bénéficie des immunités et privilèges identiques à ceux accordés aux experts en mission par la convention sur les privilèges et immunités des Nations unies du 13 février 1946 ». Or, une partie de cette convention est tout à fait préoccupante.
Ainsi la section 22b de l’article 4, relatif aux experts en mission, stipule que ceux-ci jouissent de « l’immunité de toute juridiction en ce qui concerne les actes accomplis par eux au cours de leurs missions (y compris leurs paroles et écrits). Cette immunité continuera à leur être accordée même après que ces personnes auront cessé de remplir des missions pour l’Organisation des Nations Unies » [2]. En un mot, les militaires français ne pourront pas être poursuivis par la justice pour des infractions qu’ils auraient pu commettre durant leur participation aux opérations au Mali. Une impunité totale, qui ne peut être levée que par le Secrétaire général dans le cas de l’ONU.

En territoire conquis

La suite de l’accord est tout aussi édifiante. L’article 5 permet au détachement français de circuler sans restriction sur le territoire malien, « sans qu’il ait à solliciter un accompagnement par les forces de la Partie malienne. » L’État malien n’a donc aucun droit de regard et encore moins un moyen de contrôle sur les agissements des troupes présentes sur son sol.
Par contre, la France prend bien soin d’incorporer au sein des unités maliennes des détachements de liaisons et d’appui afin de garder un oeil sur les actions de ces dernières. L’article 6 annonce que les autorités maliennes chargées de l’ordre et de la sécurité publique « autorisent les membres du détachement français assurant des missions de protection des ressortissants français à prendre toutes les mesures requises pour assurer la sécurité des personnes, y compris sur la voie publique ». Cette disposition donne à peu de frais une couverture juridique à une éventuelle opération d’évacuation. Par ailleurs, si les choses tournent mal et qu’il y a du dégât, « la Partie malienne prend à sa charge la réparation des dommages causés aux biens ou à la personne d’un tiers, y compris lorsque la Partie française en est partiellement à l’origine. En cas d’action judiciaire intentée à l’occasion de tels dommages, la Partie malienne se substitue dans l’instance à la Partie française mise en cause [Article 9] ». Donc si un blindé français percute une voiture ou cause un dommage quelconque à un malien ou une malienne c’est l’Etat malien qui paie !
Comble d’hypocrisie, l’article 12 rappelle que « le présent échange de lettres n’a pas pour effet d’abroger l’accord de coopération militaire technique du 6 mai 1985 », lequel accord de coopération « exclut toute possibilité de stationnement d’unités constituées des Forces Armées françaises sur le territoire malien [article 12]  » [3]. Ce qui n’est pas, bien évidemment, la nature même de l’opération Serval.
Vive la contradiction !

Le voile de fumée du raccrochage à l’ONU

Pour tenter de renforcer la légitimité de ses troupes, la France a cherché à draper son action d’un voile onusien. Un accord de coopération a ainsi été signé dans le courant de l’été entre les autorités françaises et l’ONU. Ce qui ne fait pas de la force Serval un élément à part entière de la MINUSMA (la Mission multidimensionnelle Intégrée des Nations Unis pour la Stabilisation au Mali). Celle-ci n’a pas plus d’emprise sur les troupes françaises que l’Etat malien. Ainsi, celles-ci sont « supposées "intervenir en soutien à des éléments de la Minusma en cas de danger grave et imminent les menaçant, et à la demande" de Ban Kimoon.  » (Le Monde, 17/07/2013).
Pour autant, la France se garde le droit de choisir si son soutien sera «  direct ou indirect, au sol ou aérien » et aura ainsi « le choix des moyens, du nombre et du lieu ». En clair, Paris décide selon son bon vouloir de son assistance aux troupes de l’ONU. Et selon son agenda politique : que fera la France si la MINUSMA lui demande d’intervenir contre les rebelles du MNLA, que la DGSE a soutenu et soutient peut être encore en sous main [4] ? Si la France voulait réellement se mettre au service de la MINUSMA, pourquoi ne pas avoir directement intégré celle-ci ?
Incorporées à la MINUSMA, les troupes françaises auraient très bien pu avoir un mandat offensif (autonome du mandat général de stabilisation de la situation donné à la mission), afin de lutter contre les groupes armés, sur le modèle de la brigade d’intervention constituée au sein de la MONUSCO en République Démocratique du Congo. Mais la France préfère garder les mains libres, afin d’imposer sa ligne politique.

La France s’installe

Conscient du caractère plutôt bancal de l’accord relatif à l’opération Serval,la France va prochainement signer un accord de coopération de défense avec le Mali afin de renforcer le poids juridique de son intervention et donner un cadre fort à son implantation durable dans le pays. Ainsi «  le nouvel accord franco-malien ira au-delà de la simple coopération de défense classique (…). Paris agira selon ses besoins. S’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement, cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises. » Le régime d’exception accordé à la France lors de son offensive contre les groupes armés, déjà hautement critiquable en temps de guerre, va donc être maintenu ad vitam aeternam, piétinant allègrement la souveraineté des Maliens.
[1] Accord déterminant le statut de la force Serval, décret du 29/04/2013
[2] Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies p.2021
[3] Accord de coopération technique entre la France et le Mali de 1985
[4] Mali  : les secrets d’une guerre éclair, Le Nouvel Observateur, 11/06/2013 et L’avenir du Mali suspendu à la question touareg, Jacques Follorou, Le Monde, 14/08/2013


Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 231 - janvier 2014. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous !

Serval, An II - L’accord de coopération de défense entre la France et le Mali ou le retour au temps béni des colonies

Alors que l’opération Serval vient de fêter sa première année, l’association Survie dénonce la signature imminente d’un accord de coopération de défense entre la France et le Mali, qui constitue un grave retour en arrière sur le plan de l’indépendance et de la souveraineté maliennes, comme plusieurs mouvements de la société civile malienne s’en sont déjà alarmés.

Tandis que le gouvernement précédent avait amorcé la divulgation et la soumission au Parlement de huit « partenariats de défense », destinés à remplacer les accords signés au lendemain des indépendances africaines avec certaines anciennes colonies françaises [1], un accord tout aussi stratégique avec le Mali devrait être signé le 20 janvier dans le plus grand secret. Les informations sur cet accord révélées par Le Monde laissent présager d’une future mainmise de la France sur le Mali hautement condamnable.
Cartoon: The Liberator (medium) by RachelGold tagged france,francoise,hollande,mali,tibuktu,war,napoleon
The Liberator, par  Rachel Gold, 10. février 2013

Alors que la tendance de ces dernières années était à l’amorce d’une réduction, particulièrement souhaitable, de la présence de l’armée française en Afrique, l’accord devrait entériner le maintien sur le territoire malien d’une force permanente d’un millier d’hommes, sous couvert de lutte antiterroriste. Un déploiement permanent va à l’encontre de l’histoire des relations militaires entre la France et le Mali et de l’accord de coopération militaire de 1985 entre les deux pays, stipulant explicitement l’impossibilité de déployer des unités constituées de l’armée françaises sur le territoire malien.
La pérennisation de l’opération Serval, dont le cadre légal actuel est déjà scandaleux, interroge les motivations réelles du gouvernement français dans le déclenchement de la guerre.
Sans complexe, la France annonce qu’elle va fouler aux pieds la souveraineté de l’Etat malien, déjà mise à mal par la situation à Kidal : « Paris agira selon ses besoins. S’il s’agit officiellement de mieux échanger le renseignement, cela n’ira pas jusqu’à informer au préalable les autorités maliennes des actions entreprises », peut-on lire dans l’article du Monde. On y apprend également que la tutelle exercée par les militaires français sur les troupes maliennes sera pérennisée puisque des détachements français encadreront l’armée nationale, mais qu’en plus Serval pourra jouer le rôle de « « force de réaction rapide » pour l’armée malienne. » En vertu de cet accord la France sera de fait toute puissante sur le territoire malien, reléguant le Mali au rang de simple département comme au temps de la colonisation.
En conséquence, Survie demande :
  • L’annulation de l’accord de défense entre la France et le Mali
  • La complète transparence des accords de défense et de coopération militaire
  • Un contrôle parlementaire systématique des actions engagées par l’exécutif français en matière de défense, y compris la signature de tels accords
  • La fermeture des bases militaires françaises sur le continent africain.
[1] Côte d’Ivoire, Cameroun, République centrafricaine, Comores, Djibouti, Gabon, Sénégal, Togo

dimanche 5 janvier 2014

Le tribunal de la Françafrique en vidéos

Pour commencer l'année, voici les montages vidéos des interventions au 'tribunal de la Françafrique' qui avait lieu le 4 décembre dernier, en contrepoint au Sommet France-Afrique. Il y a plusieurs vidéos indépendantes les unes des autres,  à visionner et diffuser ! C'est François Schockweiller, de Survie Paris, qui a fait tout le travail de montage.

Liens :
l'ensemble des vidéos : http://www.dailymotion.com/user/survie-media/1

Pays :
- traités et coopération militaire, exemple du Tchad (Abdelkerim Koundougoumi, Solidarité tchadienne) : http://www.dailymotion.com/video/x18ilah_tribunal-de-la-francafrique-traites-et-cooperation-militaire-l-exemple-du-tchad_news
- Les conséquences de l'intervention Serval (Issa Ndiaye): http://www.dailymotion.com/video/x18mbbe_tribunal-de-la-francafrique-les-dessous-et-consequences-de-l-intervention-serval-au-mali_news
- Djibouti (Mahamoud Djama) : http://www.dailymotion.com/video/x18isdw_tribunal-de-la-francafrique-le-cas-de-djibouti_news
- la Côte d'ivoire (Théophile Kouamouo) : http://www.dailymotion.com/video/x18m4nr_tribunal-de-la-francafrique-l-exemple-de-la-cote-d-ivoire_news
- Le Niger et Areva (Ali Idrissa, ROTAB) http://www.dailymotion.com/video/x18o1tc_tribunal-de-la-francafrique-le-cas-d-areva-au-niger_news
- les Comores (Ahmedali Mabadi, CAAC Comores) : http://www.dailymotion.com/video/x18os97_tribunal-de-la-francafrique-le-cas-des-comores_news
- Sahara occidental (Bachir Moutik, AFAPREDESA) : http://www.dailymotion.com/video/x18plme_tribunal-de-la-francafrique-soutien-de-la-france-au-maroc-contre-le-sahara-occidental_news
- Centrafrique et Idriss Déby - http://www.dailymotion.com/video/x18p3vk_tribunal-de-la-francafrique-situation-en-republique-centrafricaine-et-role-du-tchad_news (Makaila Nguebla) puis http://www.dailymotion.com/video/x18plng_tribunal-de-la-francafrique-centrafrique-et-idriss-deby_news(Denise ...)

Par thèmes :
- présentation de l'accusé (la Françafrique)
: http://www.dailymotion.com/video/x18hxhr_tribunal-de-la-francafrique-presentation-de-l-accuse_news
- le réquisitoire
: http://www.dailymotion.com/video/x18plm0_tribunal-de-la-francafrique-le-requisitoire_news
- armée coloniale aux interventions contre les indépendances (Nils Anderson, Sortir du colonialisme) : http://www.dailymotion.com/video/x18i57a_tribunal-de-la-francafrique-de-l-armee-francaise-coloniale-aux-interventions-contre-les-independance_news - médias et interventions françaises en Afrique (Mathieu Lopes, Survie): http://www.dailymotion.com/video/x18osaw_tribunal-de-la-francafrique-dispositifs-militaires_news
- Ventes d'armes en Afrique (Tony Fortin, Obsarm) : http://www.dailymotion.com/video/x18osa3_tribunal-de-la-francafrique-ventes-d-armes-et-industrie-de-l-armement-vers-l-afrique_news
- Le contrôle parlementaire (Jean-Paul Lecoq, PCF): http://www.dailymotion.com/video/x18o1qu_tribunal-de-la-francafrique-le-controle-parlementaire_news
- lutte contre l'immigration (Sara Prestianni, Migreurop) :
http://www.dailymotion.com/video/x18o1tv_tribunal-de-la-francafrique-une-lutte-militaire-contre-l-immigration_news
- Habillage multilatéral des interventions (David Mauger, Survie) : http://www.dailymotion.com/video/x18ly97_tribunal-de-la-francafrique-l-habillage-multilateral-des-interventions_news
- Le livre blanc de la défense (Nils Anderson, Sortir du colonialisme) :  http://www.dailymotion.com/video/x18p3y0_tribunal-de-la-francafrique-livre-blanc-de-la-defense_news

Bon visionnage !

Juliette

mardi 31 décembre 2013

AFRICOM GO HOME, Bases étrangères hors d'Afrique

AFRICOM GO HOME, Bases étrangères hors d'Afrique (télécharger ou regarder) est un film dans le cadre du cinquantenaire des «indépendances» africaines, (OUA 1963 -2013). C'est un document de contre propagande et de sensibilisation, aux fins non commerciales, et d'usage d'archive et de consultation.
Ce document vidéo est une interprétation personnelle de l'enjeu géopolitique africain et mondial. Il n'engage que moi et nullement la responsabilité du GRILA et de ses membres. Le film s'adresse aux dirigeants africains, aux panafricains, aux internationalistes et à la jeunesse africaine préoccupés de la condition de l'Afrique dans le système monde. Il compare la vision des pères progressistes du panafricanisme à celle des tenants de la domination et leurs alliés locaux.
L'objectif de ce document est une contribution subjective au suivi de la déclaration AFRICOM go home, signée par une cinquantaine de personnalités et d 'organisations africaines et allemandes. Ce document audiovisuel est articulé sur des images du WEB dont les auteurs ne portent aucune responsabilité dans le traitement du film.
Le film est bâti sur les enjeux fondamentaux suivants :
Le suivi de la déclaration Africom Go home et le bien-fondé de cette déclaration
L'histoire et l'évolution de la présence militaire impérialiste et néo coloniale en Afrique sur les 50 ans
L'avènement de l'AFRICOM, son décryptage et celui des rivalités et visées impérialistes sur le continent, mais aussi leur surveillance réciproque et leurs contradictions dans la lutte contre le terrorisme. La dénonciation de son extension rampante dans le continent et sa position en Allemagne.
Les contradictions des africains et leurs organisations à se défendre contre les conflits liés au pillage des ressources et l'accès au territoire
La nécessité de la résistance panafricaine et internationaliste et la repolitisation démocratique de notre jeunesse
Le film suit la visite du président Obama en Allemagne et en Afrique, traque les positions de divers présidents européens américains africains et chefs militaires de l'AFRICOM comme ceux et celles qui s'opposent à elle. Il fait le bilan de la politique sécuritaire du continent et s'attarde sur l'influence des néo-conservateurs américains et la poursuite actuelle de certaines de leurs politiques, y compris à travers des puissances régionales. Il explicite les agissements de l'impérialisme et du néocolonialisme, et les processus de cooptation de nos élites, de nos dispositifs militaires comme de nos sociétés civiles. La responsabilité de nos élites est engagée autant que celle de leurs commanditaires. Recension de toutes les bases existantes qui ceinturent ou infiltrent le continent africain, la position de l'OTAN, la vulnérabilité et la mise en tutelle de l'union africaine, et la montée des convoitises surgissant de la présence de pays émergents comme les BRICS. Il creuse l'hypothèse de l'enjeu de la rétrocession de l'or de l'Allemagne détenu aux États-Unis, en France et en Angleterre, et la prééminence de la Chine dans l'enjeu monétaire comme un des éléments d'explication du fait accompli de l'établissement de la base militaire en Allemagne, mais aussi une des causes de la crise au Mali. Le film divulgue au monde l'existence de la base de l'AFRICOM en Allemagne. Il apporte surtout un éclairage sur les efforts courageux de citoyens et de parlementaires du parti Die Linke, rend hommage à la plainte en justice qu'ils ont déposée contre les frappes par drones et assassinats ciblés de l'AFRICOM.
Au delà de l'enjeu sécuritaire, le film montre comment la crise du capitalisme, et le sous-développement sont un terreau fertile pour le culturalisme, l'intégrisme, le populisme et le terrorisme qui deviennent alors autant de leviers capables de diviser le continent et freiner sa souveraineté.
Les formules censées assurer la sécurité africaine sont concoctées par l'AFRICOM et l'OTAN. Le film est un plaidoyer pour un développement autocentré plus équilibré,la redécouverte de la marge progressiste de l'État et l'accélération de l'intégration panafricaine dans une perspective internationaliste et pour un monde polycentrique défendant le «bien » commun de l'humanité.