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Blog régional de l'association Survie (Aude, Gard, Hérault,Lozère,Pyrénées-orientales)

vendredi 17 juillet 2009

Mauritanie : Les autorités françaises votent pour la junte putschiste

Communiqué de Survie, le 17 juillet 2009

A la veille de l’élection présidentielle organisée en Mauritanie ce 18 juillet, l’association Survie dénonce l’attitude de la diplomatie française qui, par l’intermédiaire de ses réseaux plus ou moins officieux, apporte son soutien à la junte arrivée au pouvoir par les armes. La France poursuit ainsi en Afrique une politique inacceptable de soutien aux dictateurs et de déstabilisation de processus démocratiques, allant à l’encontre des aspirations des populations.
Le 6 août 2008, des militaires avec à leur tête le général Mohamed ould Abdel Aziz renversaient le président élu Sidi ould Cheikh Abdallahi provoquant des protestations et manifestations violemment réprimées.

Le général Mohamed Ould Abdel Aziz

Cette prise de pouvoir par la force a été condamnée par l’ensemble de la communauté internationale. De leur côté, les responsables français ont été plus ambigus : si le discours officiel a été de condamner le putsch et l’organisation d’une présidentielle, le secrétaire d’Etat à la Coopération Alain Joyandet déclarait dès août dernier que « les revendications des militaires ne sont pas toutes illégitimes ».
La communauté internationale a tout de même amené à la table des négociations les putschistes et leurs opposants démocrates (FNDD et RFD) aboutissant à la signature, le 2 juin dernier, des accords dits de Dakar.
Ces accords prévoyaient la dissolution de la junte, la démission du président légitime renversé et une nouvelle élection présidentielle, ce 18 juillet, organisée par un nouveau gouvernement de transition nationale.
Depuis, la junte au pouvoir a multiplié les manœuvres dilatoires afin de retarder la mise en place de cet accord s’assurant ainsi un avantage certain face à une opposition sans moyen et n'ayant que peu de temps pour faire campagne.
De nombreux observateurs et analystes constatent toutefois que le général-candidat ne devrait même pas passer le premier tour malgré l’argent distribué pour acheter des voix. Ceci suscite leur inquiétude grandissante, ainsi que celle des démocrates mauritaniens et d'une majorité de la population, quant à l'ampleur des fraudes. Le général Abdel Aziz a même menacé à plusieurs reprises et publiquement de réaliser un nouveau coup de force si les choses n'évoluaient pas en sa faveur.
Face à cette situation, l’association Survie exprime ses plus grandes préoccupations quant aux fraudes prévisibles en faveur du candidat putschiste Abdel Aziz et le soutien que les plus hautes autorités françaises lui apportent.
La junte a, en effet, très rapidement trouvé des relais parmi les réseaux de la diplomatie française, notamment autour de la personne de M. Robert Bourgi, avocat et conseiller de nombreux dictateurs africains ainsi que du président français N. Sarkozy. Principal soutien international de la junte, l’Elysée a ainsi réussi à empêcher l'Union Européenne et l'Union Africaine de promulguer des sanctions individuelles à l’encontre des putschistes et de leurs soutiens, contrairement aux Etats-Unis.

Nicolas Sarkozy et Robert Bourgi

Par ailleurs, de multiples témoignages accusent le premier secrétaire de l'ambassade de France d'être le conseiller de l'ombre de la junte. En outre, lors de son dernier séjour à Paris, Abdel Aziz a rencontré M. Erard Corbin de Mangoux, directeur général de la Sécurité extérieure française (DGSE), M. Guéant, secrétaire général de l'Elysée, et M. Bourgi. Le numéro deux de la junte s'est lui aussi récemment rendu en France pour acheter du matériel militaire au salon du Bourget. Ces derniers jours, M. Bourgi a même fait campagne à Nouakchott pour le général-candidat.

M. Erard Corbin de Mangoux, directeur général de la DGSE

L’association Survie interpelle les parlementaires français sur cette situation et appelle les autorités françaises à :
- cesser tout soutien au candidat Abdel Aziz ;
- clarifier la fonction de M. Bourgi ;
- dénoncer toute fraude lors du scrutin présidentiel du 18 juillet prochain ;
- s'abstenir de reconnaître tout résultat qui ne sera pas accepté par l'ensemble des candidats et notamment ceux de l'opposition ;
- condamner toute menace portée au processus démocratique.

Contact presse : Olivier Thimonier, Secrétaire général, olivier.thimonier@survie.org
Association Survie
210, rue St Martin
75003 Paris
Tél. : 01 44 61 03 25
Fax. : 01 44 61 03 20
http://survie.org

jeudi 16 juillet 2009

Congo-Brazzaville

Des personnalités françaises valident
la réélection frauduleuse d’un pilier de la Françafrique


Communiqué de Survie, le 16 juillet 2009.

La victoire à l’élection présidentielle qui a reconduit Denis Sassou Nguesso à la présidence du Congo Brazzaville pour sept ans, à la suite des 25 années pendant lesquelles il a exercé le pouvoir, de 1979 à 1992 et de 1997 à 2009, était prévisible. Le processus électoral, entièrement contrôlé par un pouvoir dictatorial, n’offrait aucune chance au moindre changement politique. L’état dans lequel se trouve le Congo, pays pétrolier et forestier où l’immense majorité de la population vit dans la misère, dans un pays sans infrastructures et sans équipements publics, témoigne pourtant amplement du désastre dans lequel le pays a été plongé par l’incurie de son gouvernement.

L’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH) qui a organisé une mission d’observation électorale et rendu un rapport documenté conclut : « Cette élection présidentielle, vu le très faible taux de participation, les fraudes et irrégularités constatées, n’a été ni juste, ni transparente et équitable ; et n’a pas exprimé la volonté du peuple congolais » (1). Cependant une certaine Coordination des observateurs franco-africains (COFA) juge, elle, le scrutin « globalement satisfaisant » au prétexte que « les standards européens ne sont pas à adapter au Congo ». Cette coordination, présidée par Jean-Michel Fourgous, député-maire UMP d'Elancourt (France), comprend, entre autres, Jean-François Mancel, député de l’Oise, Lev Forster et Pierre André Gaborit, tous deux avocats à la Cour de Paris et Ari Ben Acoune, directeur des services d'une communauté d'agglomération. Jean-Michel Fourgous et Jean-François Mancel s’en sont pris également, dans un communiqué, au chef de la délégation de la Commission Européenne au Congo, M. Miguel Amado pour ses « propos partisans ». M. Amado avait déclaré que l’une des raisons pour lesquelles l’UE n’avait pas envoyé d’observateurs à la présidentielle congolaise était le gonflement du fichier électoral. Selon lui, le fichier électoral a été gonflé de plus de 60% avec 2,2 millions d’électeurs pour une population de 3,6 millions d’habitants.
Parmi les observateurs, M.M. Jacques Toubon et Patrick Gaubert, députés européens, ont déclaré : « Le matériel électoral était bien sur place dans les bureaux de vote, les listes d’émargement étaient disponibles et les représentants locaux de la Conel [commission nationale électorale mise en place par Sassou Nguesso] étaient équipés de téléphones portables pour parer à tout problème ».

Le soutien impudent apporté par ces hommes politiques et juristes français à la propagande du dictateur Sassou Nguesso constitue une agression à l’égard du peuple congolais bâillonné et opprimé. Une manifestation de protestation contre cette parodie d’élection a en effet été violemment réprimée à Brazzaville le 15 juillet. L’Observatoire congolais des droits de l’Homme dénonce également « le harcèlement des journalistes étrangers venus à Brazzaville couvrir cette élection et la confiscation du processus par le gouvernement qui une fois de plus vient de confirmer à l’opinion publique nationale et internationale son manque de volonté d’instaurer une véritable démocratie dans le pays. »

L’Etat français, en laissant cautionner cette mascarade électorale, agit peut-être de manière à défendre les intérêts de ses multinationales comme Total ou Bolloré, qui s’accommodent très bien du pouvoir d’un clan appuyé sur la force. Mais à encourager cyniquement l’oppression du peuple congolais, maintenu dans la misère, elle montre une nouvelle fois le mépris qu’elle a des droits humains en Afrique. Cette politique non transparente, irresponsable et indéfendable devant les électeurs français dure depuis des décennies.

L’association Survie demande au gouvernement français et aux parlementaires d’agir en prenant la juste mesure du caractère dictatorial et non démocratique du régime du Congo Brazzaville, à un moment où la prise de conscience sur les dictateurs s’accélère en France, grâce aux révélations dans l'affaire des Biens Mal Acquis.

(1) Voir rapport ci-dessous


OBSERVATOIRE CONGOLAIS DES DROITS DE L’HOMME
Organisation non gouvernementale de promotion, de protection et de défense des droits de l’homme, de la démocratie et de l’Etat de droit, dotée du statut d’Observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, membre de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la Torture (OMCT).
Lauréat 2006 du Prix des droits de l’Homme de la République Française
B.P. : 4021 Brazzaville - CONGO E-mail :
ocdh.brazza@voila.fr

CP091307

COMMUNIQUE

Election présidentielle du 12 juillet 2009 :
Très faible taux de participation et vote peu crédible


Les Congolais viennent, au terme d’un processus électoral qui a commencé aux législatives de 2007, s’est poursuivi aux locales et municipales de 2008, de se prononcer sur l’élection du président de la république, ce 12 juillet 2009.

A cette dernière élection, l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), grâce à l’appui financier de la Fondation nationale pour la démocratie (FND), a organisé une mission d’observation électorale. Cette mission a été accréditée par le Comité de suivi pour la convention pour la paix et la reconstruction du Congo par Décision N°001/ONEL/CN/ST du 4 juillet 2009 portant nomination des observateurs nationaux de l’élection présidentielle, scrutin du 12 juillet 2009. Elle a permis, sous, la supervision d’une coordination nationale à Brazzaville, le déploiement de 47 observateurs dont 10 répartis dans différents départements (Impfondo, Ouesso, Owando, Gamboma, Nkayi, Dolisie et Pointe – Noire) et les autres à Brazzaville.

La coordination, qui a circulé dans les 7 arrondissements où étaient déployés les observateurs, a effectué de manière ponctuelle des vacations téléphoniques le matin à 8h00, dans la mi-journée à 12h00 et en fin d’après midi à partir de 17h30, avant de suivre le dépouillement un peu plus tard dans la soirée. Outre cette ronde et ce relais téléphonique, les observateurs déployés faisaient la navette des centres de vote du ressort de leur circonscription. Ils ont pu, par ailleurs, réagir directement aux constats de divers cas d’irrégularités.

Tous les observateurs déployés ont rencontré et discuté informellement avec d’autres observateurs, notamment ceux de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs, de l’Activisme pour la supervision des élections en Afrique centrale (ASEAC). Il y a eu aussi des observateurs de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Au terme de cette mission d’observation électorale, et en attendant le rapport général, l’OCDH a fait les constats suivants :

1. Sur l’effectivité du vote sur toute l’étendue du territoire nationale

Le vote a été effectif sur toute l’étendue du territoire national en dehors de quelques localités dans le département du Pool où le vote n’a pu se dérouler suite à des incidents. Les localités suivantes n’ont pas connu de vote :

• Dans le district de Vindza : Malela Bombé et Mountonta ;
• Dans le district de Kindamba : Loukouo ;
• Dans le district de Kinkala (chef lieu du Pool) : Kibossi, Madzia et Kibouendé.

Dans le District de Mindouli, le 10 juillet 2009, des agents électoraux ont été chassés par des individus non autrement identifiés et des listes électorales ont été déchirées. On ignore pour l’instant si le vote a pu avoir lieu dans les localités suivantes : Loulombo, Kingoyi et Kinkembo

2. Sur le taux de participation

Les électeurs ne se sont pas déplacés en grand nombre pour accomplir leur devoir civique. Le taux de participation a été très faible. Pour soutenir cette observation, voici à titre illustratif quelques chiffres :


3. Sur la sécurité et la paix

D’une manière générale, les forces de sécurité ont assuré la sécurité sur l’ensemble du territoire national. Ceci a permis le déroulement paisible du scrutin et les électeurs ont pu voter dans la quiétude. Il est néanmoins nécessaire de souligner, qu’à la veille du scrutin, les autorités policières et militaires sont sorties de leur réserve, neutralité et impartialité, pour attirer vigoureusement l’attention de « potentiels fauteurs de troubles » contribuant ainsi à la psychose au sein de la population.

Cependant, les incidents survenus dans certaines localités du Pool posent à nouveau la question de la sécurité et de la paix pendant la période électorale dans ce département, base de la milice privée de monsieur Frédéric Bitsangou, alias Pasteur Ntumi. Ces incidents ont pu être gérés par l’armée qui a intervenu avec en plus deux hélicoptères militaires, partis de Brazzaville.

Ces incidents font suite à l’interdiction d’aller voter faite par le Pasteur Ntumi aux populations du Pool. Des altercations entre les Ninjas et les militaires n’ont pas permis aux populations d’aller voter.

4. Sur le déroulement du scrutin


• Bureaux de vote : la composition et l’installation des bureaux n’ont pas été toujours conformes à la loi. En effet, tous les membres n’étaient pas au complet, certains très inexpérimentés. Il y a eu des bureaux installés dans des bâtiments à étage rendant inaccessible le vote des personnes âgées ou dans les maisons des particuliers.

Des bureaux de vote ont été jumelés souvent pour insuffisance du matériel, sinon pour insuffisance des membres. D’autres ont été créés et d’autres encore supprimés ( ?).

• Sécurité des lieux de vote : les agents de direction de la Surveillance du territoire étaient déployés dans les centres de vote notamment dans les grandes villes, cependant, certains se sont substitués aux membres des bureaux de vote et d’autres ont purement et simplement brûlé les bulletins utilisés avant leur transfert à la CONEL. On a pu noter, à Brazzaville, que certains agents de la DGST étaient à la recherche des « caméléons » parmi les membres des bureaux. C’est – à – dire des ceux qui n’étaient pas acquis à la « cause ».

• Matériel électoral : faute de matériel lampant adéquat, le dépouillement s’est déroulé dans plusieurs centres de vote dans une quasi-obscurité. On a noté la rupture des enveloppes, isoloirs non conformes ça et là, encre pas indélébile dans certains bureaux pas d’encre du tout.

• Démarrage des opérations de vote : D’une manière générale, les opérations de vote ont commencé avec retard, au-delà de 8h00 pour cause d’impréparation et du matériel insuffisant.

• Liberté des électeurs et de vote : en général, la liberté de vote a été observée (si l’on considère le faible taux de participation). Pourtant, on a pu noter à grande échelle des votes orientés des personnes âgées, des votes moyennant argent.

• Documents de vote : en dépit des instructions contenues dans l’Arrêté ministériel fixant les documents de vote, on a pu observer des votes multiples et irréguliers sur des listes additives, sans une seule pièce d’identité et surtout des personnes non inscrites sur une seule liste électorale. Des personnes ont voté avec le récépissé de demande de la carte d’identité surtout à Brazzaville où l’opération de délivrance de cette pièce d’identité n’a pas connu un succès. Dans certaines villes, on a noté le vote des mineurs.

• Observateurs des candidats : la moyenne des représentants des candidats présents est de trois (3), soit ceux des candidats suivants Denis Sassou Nguesso, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou et Nicéphore Fylla de Saint Eudes. Cependant, on peut relever que les délégués des deux derniers candidats n’étaient pas tous, en réalité des personnes choisies par leurs candidats respectifs tant leur méconnaissance du candidat était patente. Les vrais représentants des candidats ont été refoulés sous le prétexte que leurs notes de nomination n’ont pas été contresignées par les maires d’arrondissements.

• Dépouillement : il s’est déroulé sans incident sauf le manque d’électricité dans plusieurs centres de vote, ce qui a rendu l’opération peu fiable. Les lampes tempête n’ayant pas de pétrole et les lampes torches sans piles.

Plusieurs cas de bourrage des urnes pour la plupart des centres non scellées et de gonflement du nombre de votants ont pu être constatés.

En conséquence, l’Observatoire congolais des droits de l’Homme dénonce le harcèlement des journalistes étrangers venus à Brazzaville couvrir cette élection et la confiscation du processus par le gouvernement qui une fois de plus vient de confirmer à l’opinion publique nationale et internationale son manque de volonté d’instaurer une véritable démocratie dans le pays.

Cette élection présidentielle, vu le très faible taux de participation, les fraudes et irrégularités constatées, n’a été ni juste, ni transparente et équitable ; et n’a pas exprimé la volonté du peuple congolais.
Contact téléphonique : +242 551 34 50

vendredi 10 juillet 2009

Elections présidentielles du 12 juillet 2009 en République du Congo :

Vigilance à l’approche d’un drame politique annoncé
Appel des Organisations de la Société Civile congolaise et française présentes en France
Communiqué, le 9 juillet 2009
Fédération de Congolais de la Diaspora (FCD), Peuples solidiaires, Réseau Foi et Justice Afrique Europe Antenne France, Secours catholique, Survie.


Les Organisations de la Société Civile congolaise et française présentes en France souhaitent alerter la communauté internationale et l’opinion publique sur les dramatiques conditions de préparation de l’élection présidentielle prévue le 12 juillet prochain.

En 1997, Denis Sassou Nguesso, avec la bénédiction de l'Elysée et de la multinationale ELF devenue TOTAL, s'autoproclamait Président de la République du Congo après avoir déclenché la guerre civile. La jeune démocratie congolaise était alors complètement déstabilisée, la constitution consensuelle abrogée et les représentants légaux élus par le peuple remplacés. Depuis, le pouvoir militaire et dictatorial instauré n'a cessé d’étendre sa puissance tant matérielle que sociale sur une population réduite à un taux de pauvreté alarmant et à la peur permanente du lendemain à la suite des nombreux massacres orchestrés par le pouvoir en place (cf l’affaire des disparus du Beach, relancée récemment par la Cour de Cassation à Paris).

C'est précisément dans ce même climat que vont se tenir les prochaines élections présidentielles. Tous les Congolais appelés aux urnes le 12 juillet 2009 ont en mémoire le déroulement peu démocratique des élections de 2002 au cours desquelles la manipulation des résultats avait permis à Denis Sassou Nguesso d'afficher une victoire écrasante avec 89,41% des suffrages exprimés, score peu crédible mais salué par la France.

Ils ont aussi en mémoire le score de l’actuel président lors du seul scrutin déclaré libre et transparent par l’ensemble de la communauté internationale en 1992 : moins de 17%, en troisième position.

Depuis 2002, la situation politique ne s’est pas améliorée, en témoignent par exemple les législatives de juin et juillet 2007 qui se sont tenues dans des conditions catastrophiques et dont, fait probablement unique au monde, les résultats ont été proclamés sans annoncer le nombre d’électeurs inscrits et de votants.

Dans le même temps, le Congo a enregistré une hausse vertigineuse de ses revenus pétroliers (plus de 2 milliards d’euros d’excédent budgétaire en 2008, soit 50% du budget de l’Etat) ne profitant qu’aux proches du Chef de l’Etat, comme en témoigne entre autres l’affaire des Biens Mal Acquis, et alors que 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté et dans une paupérisation croissante et un non développement.

Les conditions pour une élection libre et transparente sont-elles réunies aujourd’hui ? Malheureusement, le gouvernement congolais en place n’ayant pas donné suite à l’offre de l’Union Européenne d’observer le processus électoral, il est illusoire de s’attendre à autre chose qu’un simulacre d’élection avec des résultats déjà connus à l’avance étant données les conditions de préparation :

- Commission Electorale Nationale Indépendante refusée par le régime en place,
- Droits de l’opposition systématiquement bafoués pendant la campagne électorale,
- Absence de clarté des listes électorales basées sur le recensement tronqué de 2007,
- Non-respect continuel de la Constitution.

Nous lançons un appel à la communauté internationale pour qu’elle reste vigilante et relève, publiquement et de façon impartiale, toutes les failles de cette réélection annoncée. Car, pour les forces citoyennes, la seule alternative possible au gouvernement actuel réside non pas dans l’existence de candidats d’opposition dits crédibles mais dans la refonte des bases du processus même des élections et du système politique.

Le risque est grand qu’au lendemain du 12 juillet, le Congo sombre à nouveau dans des troubles graves.

Cet appel s’adresse particulièrement à la France qui entretient des liens toujours ambigus avec ce pays, cas d’école de la Françafrique, comme en témoignent les déclarations du Président Nicolas Sarkozy à Brazzaville le 28 mars dernier : « grâce au Président SASSOU NGUESSO, le Congo a retrouvé la stabilité et la sécurité », alors qu’il est le premier responsable des années de guerre civile et de massacres entre 1997 et 2002.

La France pourrait s’inspirer des positions qu’elle avait prises au moment des élections au Zimbabwe en 2008 : elle avait condamné par avance des élections faussées. En 2002, la communauté internationale avait également condamné le Zimbabwe pour ses élections truquées alors qu’elle fermait les yeux sur celles du Congo qui s’étaient déroulées dans des conditions d’organisation similaires.

Contacts presse :
- Anne Bonnefont, Secours catholique : anne-bonnefont@secours-catholique.asso.fr, 06 07 12 46 36.
- Benjamin Moutsila, Fédération des Congolais de la Diaspora, 06 83 12 12 92.
- Olivier Thimonier, Survie : olivier.thimonier@survie.org, 01 44 61 03 25.


Denis Sassou Nguesso, vu par Eric Teyssie

jeudi 9 juillet 2009

Assemblée nationale : la Commission des Affaires étrangères se prononce en faveur de la compétence universelle

C/o Amnesty International-France
76 boulevard de la Villette, 75940 Paris Cedex 19
Tél. : 01 53 38 65 29 Fax : 01 53 38 55 00
http://cfcpi.fr/
La Coalition française pour la Cour pénale internationale (CFCPI) se réjouit de l’adoption à l’unanimité, le 8 juillet, par la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, de plusieurs améliorations au projet de loi portant adaptation du droit pénal à l’institution de la Cour pénale internationale (CPI). Selon un communiqué de la rapporteure pour avis, Madame Nicole Ameline (députée UMP du Calvados) :

"Sans se prononcer en faveur d’une compétence universelle inconditionnelle (…) la Commission des Affaires étrangères a souhaité, à l’unanimité, assouplir le dispositif adopté par le Sénat, qui créait une compétence extraterritoriale mais la rendait quasiment inopérante. Elle s’est prononcée en faveur d’une condition de présence du suspect sur le territoire français, a supprimé l’exigence de double incrimination ainsi que le monopole des poursuites accordé au ministère public, qui privait les victimes d’une partie de leurs droits. Elle a enfin conditionné ces poursuites à l’absence de procédure en cours devant la Cour pénale internationale".

Les 44 organisations membres de la CFCPI réclament depuis plus d’un an l’abandon des restrictions introduites en juin 2008 par le Sénat. Ces restrictions constituent autant d’obstacles à la possibilité de poursuivre les auteurs de génocide, crime contre l’humanité ou crimes de guerre qui seraient présents dans notre pays. La France ne peut pas, en effet, tout à la fois déclarer que « la justice internationale est une idée française » (Bernard Kouchner dans Le Figaro du 3 juillet) et refuser de mettre l’idée en œuvre dans ses propres tribunaux. La justice internationale ne peut reposer sur la seule CPI, qui n’a vocation à juger que les cas les plus graves. Elle implique au contraire que chaque pays, y compris la France, poursuive devant sa juridiction criminelle nationale les suspects de crimes internationaux trouvés sur son territoire. Près de 10 ans après avoir ratifié le Statut de la Cour pénale internationale, il était temps que la France se mette en conformité avec les obligations qui en résultent pour elle.

La CFCPI appelle à présent la Commission des Lois, saisie sur le fond, à suivre l’avis de la Commission des Affaires étrangères. Ce projet de loi doit être très rapidement inscrit sur le calendrier parlementaire et amendé par l’Assemblée nationale dans un esprit conforme aux recommandations de la Coalition française pour la CPI.

vendredi 12 juin 2009

Réforme constitutionnelle et bonapartisme au Niger

par Souley Adji, Alternative Niger, 9/6/2009

L’Association Alternative Espaces Citoyens (AEC) a organisé le dimanche 31 mai 2009 à l’hôtel Ténéré à Niamey une journée de réflexion sur le thème : « Référendum constitutionnel au Niger : enjeux politiques et impacts sur la préservation du cadre démocratique ». Cette initiative se veut une contribution à une réflexion globale sur la situation sociopolitique actuelle du Niger porteuse de graves menaces pour le cadre démocratique.
Il s’agit pour Alternative Espaces Citoyens de faire une analyse approfondie de cette situation en dégageant des éléments permettant une appréciation claire et précise des enjeux et défis liés au projet du référendum constitutionnel envisagé par le président Tandja, d’identifier des pistes d’actions et d’initiatives citoyennes s’inscrivant dans la perspective d’une préservation de la paix et de la démocratie au Niger et de contribuer à une meilleure compréhension et éclairage de l’opinion sur les problématiques sociopolitiques et citoyennes auxquelles le pays est confronté en vue de renforcer la vigilance des citoyens. Environ 70 personnalités issues d’horizons divers (universitaires, hommes et femmes politiques, responsables des organisations syndicales et de la société civile, des journalistes, leaders religieux, etc.) ont pris part à cette journée de réflexion.
Les débats ont été organisés autour de quatre axes principaux à savoir : l’Analyse du contexte mondial de crise économique et ses conséquences sur le cadre démocratique en Afrique, animée par Ibro Abdou, économiste, Directeur de l’Institut des Stratégies d’Evaluation et de Prospective (ISEP), la crise du modèle néocolonial et restauration autoritaire au Niger par Mamane Sani Adamou, Secrétaire général de l’Organisation Révolutionnaire pour une Démocratie Nouvelle (ORDN), la réforme constitutionnelle ou coup d’Etat bonapartiste au Niger par Dr Souley Adji, socio politologue, enseignant chercheur à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, un éclairage juridique sur ce même thème par Dr Omar Naré de la Faculté de Droit, et la société civile nigérienne face aux défis de la restauration autoritaire par Madame Mounkaila Aichatou Seyni, Doctorante en philosophie, membre de l’Association Nigérienne de Lutte contre la Corruption (ANLC).
Toutes ces contributions contenues dans un rapport général sur la Journée de réflexion, seront très bientôt disponibles sur votre site. En attendant, nous publions, une des communications, en l’occurrence celle de Dr Souley Adji, portant sur la réforme constitutionnelle entreprise par le président de la République Mamadou Tandja.
Le débat sur le troisième mandat ou celui de la prolongation du mandat présidentiel se nourrit souvent de juridisme, parfois naïf, parfois dogmatique et rarement lumineux. On fait souvent table rase sur l’histoire, la sociologie et la science politique, alors que pour ces sciences, le droit lui-même, n’est que l’expression, d’un rapport de forces réelles, que le droit le plus élaboré, ne peut, comme le dit Marx, s’élever au dessus, de la société qui l’a vu naître. Une escouade de juristes est vite mobilisée par les oppositionnels pour expliquer au citoyen que la Constitution contient des dispositions irréfragables, que nul ne doit outrepasser sous peine d’illégalité ; on en appelle, en fait, non pas seulement au citoyen, mais aussi au président lui-même, qu’on veut amener à la raison, comme si l’acte posé, l’a été dans un état d’inconscience ou d’ignorance. Dans l’argumentaire développé, on a alors de cesse de rappeler au Président qu’il a violé son serment, qu’il a manqué à la parole donnée, qu’il a juré sur le Livre saint, qu’il doit quitter la tête haute après l’œuvre grandiose accomplie. D’autres, voulant se montrer plus convaincants, rappellent à ce président pourtant septuagénaire, que les Sages de la CEDEAO ont émis des avis inquiétants sur la stabilité politique du Niger. Rien n’y fit ! Le chien aboie, la caravane des juristes, des conseilleurs et des sages passe ! Pourtant, les autorités de la Veme République, à commencer par le Président, ne sont pas à leurs premières expériences en matière de violations de la Constitution, nonobstant leur engagement à respecter et à faire respecter tutti quanti ! Nul mieux que l’Opposition ne peut tenir le compté des actes de mal gouvernance ; si dans le second mandat du Président Tandja, elle s’est plutôt montré passive, dans le premier, le PNDS a véritablement joué à son rôle d’opposant ; dans le compte qu’il a tenu, ce parti a recensé 18 violations graves et flagrantes de la Constitution en 2000-2001, 7 en 2002, 3 en 2003 et 6 en 2004. Ce sont des violations qui portent notamment sur le serment, sur le principe d’une armée républicaine, sur le refus d’obtempérer à des arrêts, en l’occurrence ceux de la Cour constitutionnelle, sur la censure dans les médias. Cela, c’était entre 2000 et 2004. A y bien regarder, on a fait du tazarché en matière de violations, on se croirait en 2009 ; bien des actes que pose le Président en 2009 ne sont que le prolongement, l’approfondissement ou la perfection de certains actes anti-constitutionnels commis dans son premier mandat. C’est dire que, cohérent avec lui-même, le Président n’innove guère dans ce domaine voire il semble aimer la perfection ; il n’est pas bien, n’est ce pas, de s’arrêter en si bon chemin : in ana shan giya, a sha ta dubu ! Aussi, fallait-il couronner cette longue série de prouesses interlopes et impunies par l’accomplissement d’un chef-d’œuvre anticonstitutionnel aussi mémorable que retentissant : la violation du sacro-saint principe d’alternance au pouvoir, c’est-à-dire, la commutation intra muros du mandat populaire en pouvoir régalien soutenu par l’armée. Cette tentation est d’autant plus grande que d’une part, le peuple n’avait pas électoralement sanctionné le chapelet des violations constitutionnelles qu’il a faites ou qu’il a couvertes durant son premier mandat, puisqu’il sera réélu pour un nouveau mandat . On peut facilement y lire que le peuple se moque de ses violations répétées, pourvu qu’une certaine stabilité s’instaure après une décennie de turbulences, parfois chaotiques, depuis l’instauration de la démocratie multipartiste.Cette lecture ne peut manquer d’inspirer Tandja et les nostalgiques des années de plomb. D’autre part, la posture bonhomme de l’Opposition, plutôt sage que turbulente, nonobstant les multiples opportunités de conquête de l’opinion, peut leur laisser croire qu’elle a renvoyé aux calendes grecques ses prétentions à diriger le Niger. En cela, il apparaît donc clairement que pour l’élite dirigeante, ni la production d’actes anticonstitutionnels, ni l’Opposition, ne peut être un obstacle rédhibitoire à la confiscation du mandat du peuple en vue d’une restauration autoritaire.

Tandja ou l’anti-civil déclaré
A cet égard, il faut avoir présent à l’esprit que Tandja incarne l’ancien régime, celui que les forces démocratiques ont eu à renverser en 1990 et qui a par ailleurs personnellement été éliminé de la course au fauteuil présidentiel en 1993, car bien qu’il soit arrivé en tête, la formation de l’Alliance des Forces du Changement (AFC) aura raison de lui. Déjà pressenti, en tout cas, candidat à la succession de feu Kountché en 1987, Tandja est sans conteste aujourd’hui, le gardien du panthéon autoritaire. Il était l’homme de confiance de Kountché, qu’il adulait, son bras armé, et est resté imbu de l’art et de la manière, forcément autoritaire, de Kountché de diriger le pays : la hantise de l’ordre politique et de la stabilité de l’Etat à tout prix, le culte de l’épreuve et de l’expérience de commandement, la suprématie de l’institution militaire sur la société civile et politique. C’est pourquoi, l’entrée dans l’ordre démocratique lui parut un drame, causé par l’inexpérience du General Ali Saibou en matière de commandement des hommes ; celui-ci, plutôt homme de garnison, avait alors été élu Président pour un mandat de sept ans, qu’il ne réussit point à terminer. Pire, avec le pluralisme politique, devront désormais lui succéder des civils inconnus au bataillon, ne connaissant eux-mêmes ni le respect de la hiérarchie, ni la discipline, ni le pays profond. Ainsi, en 1994, répondant aux questions du journal Haské, il a dévoilé sa vision de la politique et du pouvoir, non sans avoir donné son appréciation sur les ténors de la classe politique : « le mal nigérien, dit-il, est parti de la conférence nationale. Sous prétexte de changement, on a confié la présidence à Mahamane Ousmane ; qu’on me dise , de N’guigmi à Tera, s’il y a quelqu’un qui se souvient d’un bienfait de notre Président actuel ; parce que simplement, ce monsieur était tapi dans l’ombre, personne ne le connaît ; et un matin, il se présente pour dire qu’il est le meilleur ; on lui confie alors les destinées du pays pour cinq ans, les destinées de huit millions d’habitants à un anonyme, qui n’a jamais exercé le pouvoir. Dès lors, on ne doit pas être surpris de voir que tout est par terre au Niger. Toute mission a besoin de l’homme qu’il lui faut ; nous sommes aujourd’hui, en train de payer le prix de notre erreur ; on a changé pour changer ! Le Niger ne mérite pas ce sort ».
Voilà l’analyse très pessimiste du futur Président Tandja sur la dynamique et les acteurs du cours démocratique, il y a quinze ans, peu de temps après que le PNDS-Tarraya ait quitté avec fracas, le navire AFC. Le Niger ne méritait certainement pas ce sort, ici celui de voir une fracture au sein même de la nouvelle élite dirigeante, dix huit mois seulement après sa victoire historique : alea jacta est : le sort en est jeté ! Les nouvelles élites politiques civiles ne seront désormais plus que des supplétifs du MNSD-Nassara, le parti dominant. Le Tarraya d’abord se jettera le premier à l’eau, puis une fois éloigné du pouvoir, la CDS-Rahama deviendra, à partir de 2000, le meilleur allié du parti des caciques de l’ancien régime politique.
La vision politique de Tandja subsume en fait celle de toute l’élite militaire, et quoique ayant pris sa retraite, il semblait encore indiquer à celle-ci que les civils ne font pas l’affaire ! Car, il faut dire que pour nombre de ses cadets officiers, Tandja est un mythe vivant, donc une figure rémanente des récits militaires, racontés dans les casernes. Il a notamment côtoyé de près Seyni Kountché, la référence suprême, le père-fondateur, le modèle auquel la jeune recrue veut ressembler :charismatique, craint et respecté à la fois. Il a été son ministre de l’Intérieur, poste hautement stratégique, il a occupé plusieurs postes de commandement et a su tisser des affinités et réseaux patrimoniaux locaux et régionaux. Des références et des états de service dont rêve tout soldat nigérien ! Nonobstant le port du bonnet rouge, Tandja reste donc fondamentalement un des leurs, un ex-prétorien susceptible de leur apporter son expérience en vue de la reconquête de l’hégémonie et de la gestion du pays, surtout dans un contexte international où le militarisme pur et dur est passé de mode.

L’émergence du bonapartisme
L’éviction des civils du pouvoir se fera dès 1996, expérience qui n’aura pas réussi à l’élite militaire, qui se ressaisira vite en éliminant physiquement ses éléments de dysfonctionnement, pour finalement remettre le pouvoir aux civils. Le Général Baré, paru très ambitieux, est vite mis hors jeu. Dès lors que la direction de l’Etat échoit à Tandja en 2000, les choses rentrent dans l’ordre pour ainsi dire. Dans la mesure où pendant son mandat, sans tirer un seul coup de feu, l’élite militaire a semblé retrouver ses lettres de noblesse, en ayant d’immenses opportunités d’accumulation dans la légalité, en même temps qu’elle bénéficie de l’immunité du fait de l’amnistie, inscrite dans la Constitution, sa crainte pourrait être double : l’avènement d’un coup d’Etat qui remettrait en cause ses prébendes, probabilité réduite, dès lors qu’elle contrôle jalousement l’accès aux armements, soit alors le retour d’un régime régi par des civils, dont on a vu que l’esprit militaire émet de fortes réserves sur une telle option. Le choix qui s’offre, reste donc le bonapartisme. D’autant plus que, le contexte international, dans le domaine de la justice en particulier, est particulièrement marqué par la recherche et le jugement d’auteurs ou complices de crimes, d’assassinats, de génocides pour peu que des plaintes soient déposées par les parents des victimes ou des associations. Or, cette élite militaire semble, dit-on, de près ou de loin, impliquée dans les actes relatifs à l’assassinat du Président Baré, au massacre de Boultoungour à l’est du pays, aux forfaits commis dans la lutte contre la rébellion armée au nord, etc. Amnesty International avait, on le sait, commis à cet égard quelques rapports d’enquête.
La méfiance quasi épidermique vis-à-vis des civils, jugés très versatiles et querelleurs, accroît dès lors la probabilité de recherche d’une solution dans laquelle Tandja constituera bien évidemment une pièce maîtresse. A défaut de trouver peut-être une alternative plus forte ! Il y a deux types de bonapartisme : celui de l’oncle, Napoléon Bonaparte et celui du neveu, Charles-Louis Napoléon. Le premier type de bonapartisme se rapporte au renversement du Directoire de la Révolution française par un jeune Général en 1805. Revenu de la campagne d’Egypte, le glorieux soldat fut sollicité par certains barons révolutionnaires, notamment royalistes modérés, pour soit disant mettre un terme à l’instabilité politique permanente depuis 1789, avec son lot d’assassinats, de révoltes, d’émeutes. A cette époque, Robespierre, Danton et St-Just ont peu auparavant déjà été éliminés de la scène politique. Napoléon se fit proclamer Empereur à l’instar de César, dans la Rome antique, mena la guerre en Europe et réforma profondément la France. Vu sous cet angle, on peut discuter sur la caractérisation du coup d’Etat du Général Baré en 1996.

Bonapartisme de type militaire ou putsch classique ?
Le second type de bonapartisme se rapporte à un coup d’Etat fomenté par un Président civil élu, mais à une démocratie pluraliste. En effet, alors premier Président français élu au suffrage universel, avec 74% de voix, Louis Bonaparte avait, à la fin de son mandat, alors de quatre ans non renouvelables, tout fait pour chercher à prolonger ce lui-ci pendant que l’Assemblée nationale était, elle, hostile à une telle perspective. Après maintes provocations et manœuvres orchestrées contre ses opposants, il réussit à former un large groupe de cent cinquante députés acquis à sa cause, il réussit à faire soumettre une réforme constitutionnelle, laquelle sera, malgré tout, rejetée par le parlement. Alors qu’il devait quitter le pouvoir en décembre 1852, les préparatifs du coup d’Etat commencèrent dès août 1851, quelques mois avant la fin de son mandat. L’Assemblée nationale se montrant toujours opposée à son projet, le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon la dissout par décret présidentiel et annonce l’élaboration d’une nouvelle constitution. Les principaux ténors de l’Opposition, dont Cavaignac et Thiers, qui le prenaient pour un “crétin” sont nuitamment réveillés de leurs lits et conduits dans des fourgons cellulaires. Interdits d’accès aux locaux de l’Assemblée nationale, deux cent vingt députés se réunirent d’urgence dans une mairie de Paris pour voter purement et simplement la déchéance du Prince-Président. Quelques barricades et insurrections eurent lieu dans certains départements et il y eut plusieurs insurgés tués ici et là. Victor Hugo et Victor Schoelcher organisèrent des rassemblements citoyens à Paris, mais ils furent vite dispersés et matés. Deux jours seulement après le coup, l’armée massacra en une après-midi plus de deux cents parisiens. Restée fidèle à Louis Napoléon, elle cherchait en fait à pérenniser ses acquis, ses positions de pouvoir et son influence sur les institutions. Une fois la tension retombée, une nouvelle Constitution fut élaborée et présentée au peuple par réferendum. On y inclura des dispositions nouvelles, telles que la durée de mandat et la composition du corps électoral. L’intention était également clairement affichée de restaurer le régime impérial, créé par Napoléon 1er. Ce fut un plébiscite et Louis Napoléon eut dès lors toute latitude pour gouverner la France, et l’armée lui fut loyale jusqu’au bout. Le coup d’Etat venait d’être légitimé et le Prince-Président se tailla d’abord un mandat de dix ans, mais la Seconde République va, en l’espace d’un an, c’est-à-dire après une phase de transition, derechef par voie référendaire, céder la place à l’Empire. le nouvel Empereur des Français gouvernera vingt ans, au cours desquels plusieurs réformes modernes furent entreprises. L’Empereur Napoléon III finit par abdiquer à l’issue de la guerre franco-prussienne de 1870. La Commune de Paris se pointe déjà et le peuple entra avec violence dans la révolution.

Nom de code : Tazartché
La persistance du Président Tandja à l’organisation d’un référendum, nonobstant le tollé général, peut donc cacher des desseins plus importants qu’un simple permis de « parachever les grands travaux » ; il s’agirait alors d’une vaste entreprise de restauration autoritaire qui, sous le couvert de finalisation des chantiers économiques, tendra, si l’on n’y prend garde, à enterrer l’expérience démocratique et citoyenne qu’a connue le Niger.
Le nom de code du coup d’Etat de Louis-Napoléon était Rubicon, en souvenir de Jules César. Celui de Tandja est Tazartché. Cela supposera nécessairement le bâillonnement des libertés et la violation des droits de toutes natures. A cet effet, la mise en œuvre et la réussite d’une telle entreprise nécessitent forcément l’élaboration d’une stratégie de compression autoritaire savamment rythmée et où l’élite militaire aura peut-être un rôle déterminant à jouer le moment venu. Il s’agira pour elle, en dernière instance, d’être en position de faire le roi et graduellement de s’institutionnaliser davantage au point de pouvoir gouverner par procuration. L’exemple algérien est éclairant à cet égard.
Des gages donnés à l’aristocratie militaire et du rapport des forces entre tous les acteurs, conservateurs ou non, dépendront significativement l’avenir de la démocratie nigérienne. Ce rapport de forces peut être déterminé aussi par la capacité des forces contestataires à garder leur cohésion et leur esprit de lutte, de même que par celle du pouvoir à contenir l’exacerbation du climat politique et à fragiliser le camp adverse moyennant nominations, enveloppes, impunités et autres avantages. Il importe de craindre le déplacement du combat politique sur le terrain, pervers et dangereux, de l’ethno-régionalisme, au regard de l’insuffisance de l’éthique de responsabilité de certains leaders politiques, civiques et communautaires, une fois à court d’arguments rationnels.
Ce regard rapide montre que le processus démocratique n’est pas irréversible et que, en Afrique, des menaces de tous ordres, notamment le phénomène de dauphinat, de “participation responsable,” la pauvreté endémique, les guerres civiles, et parfois le bonapartisme comme au Niger, peuvent tendre à suspendre, altérer voire carrément supprimer la démocratie pluraliste pour faire place nette à une nouvelle donne étatique, forcément rétrograde et réactionnaire. Au demeurant, le véritable combat est peut-être moins celui qui se déroule sur le terrain du droit que sur celui de la mobilisation politique et citoyenne.


"Je t'appellerai Napo, appelle-moi donc Léon"

Perpignan : en finir avec la guerre d'Algérie

Projection –débat
Mardi 16 juin, 19h10, au cinéma le Castillet

« Mémoires de guerre et de paix» (52 minutes)
3ème volet de la série documentaire de Mehdi Lallaoui « En finir avec la guerre… »
Organisée par le collectif PCDPHFA (Pour un Centre de Documentation à Perpignan sur l’Histoire Franco-Algérienne)
A l’issue de la projection, pourront s’instaurer un débat et des échanges avec le réalisateur, les organisateurs et Georges Treilhou.
Pour davantage d’informations, on peut contacter Jacky Mallea (membre de l’Association nationale des Pieds-Noirs progressistes)
ICI
Le 8 janvier 2004, quatre anciens soldats du contingent créent l’Association des Anciens Appelés en Algérie contre la Guerre (4ACG). Comme des centaines de milliers de jeunes français, ils ont participé à cette sale guerre. Plusieurs dizaines d’années plus tard, ce passé leur revient en boomerang. Un passé qui ne passe pas et qu’ils veulent transmettre pour nous aider à comprendre.
« À cet époque-là, nous les gars du contingent nous ne disions rien et n’avons pas eu le courage de hurler notre désaccord au monde. Aujourd’hui, nous avons décidé de refuser la retraite du combattant et d’en reverser le montant à des populations souffrant de la guerre ou à des organismes œuvrant pour la paix. Ce que nous avons vu et vécu en Algérie, l’inutilité de ce conflit, la conscience de l’horreur de la guerre, le désir de transmettre cette mémoire aux jeunes générations, nous poussent dans cette démarche ».
« Nous venions de nos campagnes pour une mission que nous pensions noble, mais la réalité était tout autre On opposait aux atrocités de nos adversaires, nos propres atrocités. Tout ce que l’on nous a fait faire était couvert par l’impunité, le droit et la justice étaient dans notre camp. Nous, on pouvait y aller. C’est parce qu’on peut devenir le contraire de tout ce qu’on nous a appris à l’école, qu’il nous faut essayer de transmettre. Nous avons vécu avec cette honte, il faut nous libérer à présent».

Qui sont-ils ?

Georges Treilhou. Président de l’association. Né le 8 janvier 1936, au Garric (Tarn). Parents agriculteurs et paysan lui-même, père de cinq enfants. 15 mois en Algérie de 1957 à 1958.
Armand Vernhettes. Né le 9 mars 1937 à Monjoux (Aveyron). Aîné de sept enfants, parents agriculteurs. BEP agricole, Ecole des bergers de Roquefort. Agriculteur à partir de 14 ans. Classe 57. 23 mois en Algérie (Grande Kabylie).

Rémi Serre. Né le 15 février 1938 dans les montagnes du sud de l’Aveyron.Fils de petits paysans, ouvrier agricole jusqu’à l’armée. Père de trois enfants. Retraité aujourd’hui avec un projet de ferme-mémoire. 30 mois de guerre en Algérie.
Michel Delsaux. Né le 9 mars 1937 à Frenyes dans le Pas-de-Calais. Éleveur ovin et maire de Montredon Labessonié (Tarn) depuis 1989. 14 mois en Algérie.

Depuis 2004, les membres de l’association reversent intégralement chaque année leur pension d’ancien combattant (542 euros par an) à une œuvreou un organisme ayant pour vocation la promotion de la paix, le développement ou la fraternité.
Lire Ces anciens soldats français pas comme les autres, par Mounir Cheriffa, Midi Libre (Algérie), 20/5/2009


***
Cérémonie fasciste interdite
Les organisations anticolonialistes du département regroupées dans le collectif « Pour un centre de documentation à Perpignan sur l’histoire franco-algérienne » avaient lancé un appel à manifester le dimanche 7 juin pour s’opposer au traditionnel hommage pro OAS organisé par les fascistes de l’ADIMAD (amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française) devant la stèle érigée à l’intérieur du cimetière nord de Perpignan. Cet appel, relayé nationalement par Jean-François Gavoury, Président de l'Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l'OAS et la Ligue des Droits de l’Homme, a atteint son but. Le Préfet a du prendre un arrêté d’interdiction de « toute manifestation et de tout rassemblement » aux abords du cimetière. De son côté, le Président de la délégation spéciale mise en place à Perpignan a fait fermer le cimetière. Finalement, la cérémonie nationale prévue par l’ADIMAD s’est déroulée le lendemain, quasi clandestinement, devant une dizaine de nostalgiques de l’Algérie française.



Stèle inaugurée le 5 juillet 2003, dans le cimetière du Haut-Vernet de Perpignan à la mémoire des quatre fusillés de l’OAS :

Bastien-Thiry, instigateur et acteur de l’attentat du « Petit-Clamart », le 22 août 1962, qui visait à abattre le Chef de l’Etat, le général Charles de Gaulle,
Degueldre : chef des escadrons de la mort à Alger, qui dirigea l’attentat contre six Inspecteurs des Centres sociaux éducatifs, le 15 mars 1962,
Dovecar et Piegts, impliqués dans l’assassinat du commissaire central d’Alger, Roger Gavoury, le 31 mai 1961.

Une stèle identique, érigée au cimetière de Marignane (13), a été retirée par décision de justice en 2008. Les anticolonialistes de Perpignan continuent d'exiger le retrait de cette stèle du lieu public qu'est le cimetière du Haut-Vernet.

jeudi 11 juin 2009

Eh non, El Hadj Omar Bongo Ondimba n'a pas emporté la Françafrique dans sa tombe !

La mort d'El Hadj Omar Bongo Ondimba, dimanche, à Barcelone, au terme de 41 années passées au pouvor au Gabon, suscite les commentaires les plus divers, sans parler des "révélations" d'un certain VGE (vous vous rappelez, les diamants de Bokassa ?) sur le financement par Bongo de la campagne électorale de Chirac en 1981 (ce que ce dernier a évidemment vertueusement démenti).
Nous vous proposons de lire un point de vue de Sahraouis, qui appartiennent à la cohorte des victimes de la Françafricaine bongoesque.
Selon M. Giscard d'Estaing, Omar Bongo "ne représentait pas à lui seul la Françafrique" mais "ce qui est vrai c'est qu'il était un des derniers à la représenter et donc sa disparition marque d'une certaine manière la fin de la Françafrique", a-t-il aussi déclaré.
Les autres membres sont plus discrets que le défunt qui était connu par sa "spontanéité". Le vrai pilier de la Françafrique est le Maroc qui a participé dans presque toutes les expéditions militaires françaises contre l'Afrique (Congo, Côte d'Ivoire, etc.)
Selon un article publié le 21/11/2005 par le
magazine Jeune Afrique, Omar Bongo était l'ami de Bourguiba et, surtout, de Hassan II, et il était presque le parrain de Mohammed VI. Et en tant que bons alliés, Bongo, lors de la conférence des chefs d'état et de gouvernement de l'OUA, qui se tint à Libreville du 2 au 5 juillet 1977, le Gabon, favorable aux thèses marocaines, interdit l'accès de son territoire à la délégation sahraouie. Plus récemment, et toujours sous les directives de Paris, il a réitéré, à chaque fois, le soutien "ferme" et "constant" de son pays à la proposition d'autonomie au Sahara Occidental comme solution au conflit. La France est allée encore plus loin, lors de la dernière réunion du Conseil de Sécurité de l'ONU, pour empêcher la surveillance des droits de l'homme par la MINURSO, sans oublier l'agression militaire contre les troupes du Front Polisario en 1977.
Jean-Pierre Tuquoi, journaliste au Monde et spécialiste du Maghreb, dans son livre "Majesté, je dois beaucoup à votre père", nous offre des détails croustillants sur cette complicité basée en partie sur du chantage. Hassan II aussi avait beaucoup de secrets enterrés avec lui. Majesté, je dois beaucoup à votre père et, si vous le souhaitez, tout ce qu'il m'a donné, je m'efforcerai de vous le rendre “, les propos sont de Jacques Chirac à Mohammed VI un certain 25 juillet 1999, jour de l'enterrement de Hassan II. Hassan II aussi avait contribué dans les campagnes de Jacques Chirac. Sinon comment expliquer tout cet acharnement des gouvernements français contre le peuple sahraoui?
Contrairement à ce qu'affirme l'ancien président français, la Françafrique n'est et ne sera pas morte en Afrique tant que des hommes comme Bongo pourront gouverner les africains. C’est le problème de la continuité des dictatures africaines à travers et malgré les changements de régime. Une différence de personne ne fait pas une différence de systèmes. Bongo est mort, mais sa famille est là pour assurer la continuité au grand dam des populations qu’ils affament, torturent, assassinent, spolient, violent et déciment. Hassan II est mort, mais Mohamed VI est encore en très bonne santé et plus vif que jamais sur son Jet-Ski. En quoi Mohamed est-il bien différent de son père? En quoi sera Ali Bongo différent de son père? Ils sont là pour montrer que les intérêts de la France sont et resteront prioritaires.
Les dictateurs africains sont mortels, mais pas au même rythme que le système qui les sert et qu’ils transmettent.

mercredi 3 juin 2009

Survie au Festival Afriqu'à Muret


Festiva Afriqu'à Muret
ENTREE LIBRE ET GRATUITE
AU PARC JEAN JAURES DE MURET (31)
Théâtre, débats, conférences, concerts
Voir programme http://www.afriquamuret.ovh.org/

Samedi 6 juin de 13h30 à 15h Tente littérature
Parc Jean Jaurès

La France, le Niger, l'uranium et A.R.E.V.A

Conférence-débat
Avec Fausto Giudice, de l'association Survie

Le 4 mai dernier, Areva inaugure l'exploitation uranifère d'Imouraren, deuxième mine d'uranium du monde :
Le scandale de l'exploitation de l'uranium nigérien continue.
· A.R.E.V.A exploite l'uranium au Niger depuis 1968 ce qui ne contribue ni au développement du pays
· ni à l'amélioration du niveau de vie des Nigériens et a des conséquences sanitaires et sociales désastreuses pour la population.
· Pour obtenir le contrat d'Imouraren au Niger, Paris a fermé les yeux sur les exactions de l'armée nigérienne au Nord Niger constatées par l'ONU et sur l'éventuelle prolongation du mandat du président nigérien, qui serait anticonstitutionnelle.
Notre électricité est à 80% d'origine nucléaire.
Nous ne pouvons pas ignorer l'impact de notre mode de vie sur les populations nigériennes!

jeudi 28 mai 2009

Toulouse: Un présumé génocidaire s'invite impunément aux commémorations à la mémoire des victimes !

Communiqué
CPCR, Survie Midi Pyrénées, LDH Toulouse, 28/5/2009

Mardi 17 Mars 2009, la projection de « Rwanda, un cri d'un silence inouï » d'Anne Lainé, soirée organisée par le Mémorial de la Shoah, est consacrée à la reconstruction psychologique des rescapés, en présence de témoins directs. Dans la salle, un groupe de négationnistes demande la parole à peine le débat lancé, et parmi eux, silencieux : Marcel Bivugabagabo.
Samedi 16 mai 2009, colloque de commémoration pour les 15 ans du génocide des Tutsi du Rwanda, historiens et journalistes sont invités. Et toujours présent dans la salle, parmi un groupe qui tente à nouveau de faire valoir des thèses négationnistes : Marcel Bivugabagabo, insultant de sa seule présence les rescapés présents dans la salle.

Car Marcel Bivugabagabo n'est pas un simple citoyen rwandais ordinaire. Pour nous en assurer, nous pouvons consulter le communiqué d'Interpol au moment de son arrestation, en janvier 2008 à Toulouse: « Ancien lieutenant-colonel et commandant des opérations militaires dans les secteurs de Gisenyi et Ruhengeri en 1994, Bivugabagabo est recherché pour des faits de génocide et est accusé d'avoir participé aux attaques de la cour d'appel de Ruhengeri et du campus de Nyakinama dans lesquelles des centaines de personnes ont trouvé la mort. » (1)
Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence le fait que la justice française, après avoir exécuté le mandat d'Interpol, a rapidement libéré M. Bivugabagabo avant de refuser son extradition vers le Rwanda début octobre 2008. Sans la plainte déposée récemment par le CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda), Monsieur Bivugabagabo ne serait nullement inquiété. On aurait pu s'attendre à ce que le Parquet, en présence d'accusations aussi graves, poursuive de lui-même ce présumé génocidaire .
Réaffirmons quelques principes simples:
- Le génocide des Tutsi du Rwanda (et le massacre des Hutu d'opposition ) est une réalité unanimement reconnue par la communauté internationale (ONU) et par la communauté scientifique. Il est jugé par un tribunal pénal international basé à Arusha (TPIR) dont le mandat se termine fin 2009 pour les procès en première instance.
- Un courant négationniste et révisionniste important existe ici en France, qui perce jusque dans les médias de masse, avec Pierre Péan en figure de proue (2). Ce courant négationniste et révisionniste persiste aussi sur Toulouse depuis de nombreuses années (3), manifesté par un groupe qui va jusqu'à apporter un soutien direct aux présumés génocidaires menacés d'extradition, manipulant pour cela certains défenseurs français des droits humains sincères mais mal informés (4).
Est-ce un hasard s'il y a tant de présumés génocidaires - et leurs amis - en France, pays accusé de complicité diplomatique, financière et militaire avec le gouvernement génocidaire rwandais ? (5) La justice française semble en tout cas ne pas s'offusquer du fait que l'on accorde l'asile à des présumés génocidaires. On s'étonne que le Parquet n'engage pas contre eux des poursuites.
La présence d'un présumé génocidaire à des événements consacrés à la mémoire et au souvenir est vécue par les rescapés comme une profonde blessure et un affront inacceptable. Elle amène à poser la question : en France, les présumés génocidaires se sentiraient-ils plus en sécurité que les rescapés ?
Si l'on doit se mobiliser contre la banalisation d'un génocide, on doit aussi se mobiliser contre la banalisation de l'inacceptable : un génocidaire présumé n'a pas à insulter de sa présence les rescapés. Ne serait-il pas plus honorable, pour notre justice, de prendre exemple sur d'autres pays (Belgique, Canada) qui traduisent devant leurs instances tous ceux qui sont soupçonnés de s'être rendus coupables du crime des crimes ? Ce serait le meilleur hommage que l'on puisse rendre à la fois aux victimes et aux rescapés.
(1)
http://www.interpol.int/public/News/2008/RwandanFug20080109fr.asp &
http://www.ladepeche.fr/article/2008/01/10/424973-Enquete-Un-etudiant-rwandais-arrete-pour-genocide.html
(2)
http://www.rue89.com/tag/pean
(3)
http://iso.metric.free.fr/03/negationnisme-mvRoux.htm
(4)
http://madraffin.centerblog.net/3733310-menaces-d-extradition-vers-le-Rwanda )
(5)
http://survie.org/8-avril-2009-Colloque-a-l.html
http://cec.rwanda.free.fr/

Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda,
Contact : Alain GAUTHIER, président du CPCR 06 76 56 97 61
collectifrwanda@aol.com
SURVIE Midi Pyrénées
survie.midipyrenees@free.fr
Ligue des droits de l’Homme Toulouse
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Katanga Business à Toulouse

Utopia Toulouse du 03/06/09 au 16/06/09
KATANGA BUSINESS Thierry MICHEL - documentaire Belgique 2008

La projection du Jeudi 4 juin 2009 à 20h30 sera suivie d’un débat avec l’association SURVIE (pour cette soirée, achetez vos places à l’avance, à partir du samedi 23 Mai).
Pour débattre avec nous et mieux comprendre la prédation politique et économique en RDC et plus largement en Afrique, nous invitons deux spécialistes de la région. le premier, Alain Deneault, est l’auteur de Noir Canada : Pillage corruption et criminalité en Afrique. Le second, Vincent Munié, est journaliste et documentariste, membre de Survie.


Après Mobutu, roi du Zaïre et Congo River, le cinéaste belge Thierry Michel poursuit son exploration africaine et nous entraine au Katanga, en République Démocratique du Congo ; dans ce nouvel eldorado des temps modernes, se dessinent, à coups de milliards de dollars, les nouveaux rapports économiques mondiaux
Parmi ces personnages, des dizaines de milliers de « creuseurs » cherchent de quoi survivre en occupant illégalement les concessions des multinationales minières alors que les travailleurs légaux luttent pour des salaires et des conditions de travail à peine décents.
Un gouverneur de province richissime et adulé par les foules, un patron belge véritable « Roi du Katanga », un PDG canadien, sorte de sorcier blanc essayant de sauver un empire industriel public tombé en désuétude, un Chinois qui vient signer le contrat minier du siècle avec l’Etat congolais : les personnages du nouveau film de Thierry Michel dessinent les nouvelles alliances stratégiques de l’Afrique.
Les destins de ces personnages s’entrecroisent dans une tragi-comédie sur fond de guerre économique et sociale qui prend ici une dimension symbolique et prophétique, faisant de Katanga Business une édifiante parabole, grinçante et réaliste, de la mondialisation de ses espoirs et de ses revers les plus sombres.